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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION
Du Bourbonnais
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BULLETIN
DK I.A
SOCIÉTÉ D ÉMULATION
DU MOI 1H BONN AJ S
•«♦-e Lettres, Sciences et Arts a-**
TOME DIX-NEUVIÈME
MOULINS
IMPRIMERIE ETIENNE A U CJ, A 1 K E
1911
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PROCÈS-VERBAL
SÉANCE DU 9 JANVIER 1911
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Présidence de M. Morand
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E taient présents : MM. Baury, Besson. Biernawski, Capelin,
Delaigue, Dénier. Flament, Gédel, L. Grégoire, Leutrat,
Sorin de Bonne.
— Excusés : MM. l’abbé Audin, Boutal, R. Chabot, le chanoine
Clément, Joly et Montagne.
— Ed ouvrant la séance, le président souhaite la bienvenue à
MM. Biernawski et Sorin de Bonne, qui assistent pour la première
lois à l'une de nos réunions. 11 annonce, en outre, la perte que la So¬
ciété vient de faire en la personne de M. Albert Defaye. notaire à
Dornpierre. Si notre confrère n’avait pas pris une part active à nos
travaux, il s’y intéressait du moins spécialement et avait fait don
récemment de diverses brochures pour notre bibliothèque ; au nom
de la Société, le président adresse à sa famille l'expression de ses
bien sincères regrets.
— Après lecture du procès-verbal, il est procédé au dépouillement
de la correspondance. — Lettres de MM. Chassain de là Plasse, Rony,
de Boissieu et E. Brassart, remerciant la Société du compte rendu de
la dernière excursion. — De M. Henry de Laguérenne demandant si
l’on pourrait lui donner le titre d'un ouvrage sur les fabriques de
porcelaine où il lui serait possible de trouver des renseignements sur
la fabrique d’Ainay. — De M. Ronjat, président de la Société des
Amis de Vienne, demandant de lui prêter en communication l’ouvrage
de M. l'abbé Perrot : Le patois de Ferrières et proposant l’échange
des publications des deux sociétés. — De M. René de Frémont, avo¬
cat à Périgueux, et de Madame, née des Salles, une lettre de faire-
part de la naissance de leur fils Jean. — De M. Bréhier remerciant
de l’envoi des tirages à part de sa conférence sur la Bible de Sou-
vigny. — Une correspondance et des journaux adressés par la Société
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
préhistorique de France , relatifs au projet de loi sur les fouilles inté¬
ressant l’archéologie et la paléontologie. La Société, après en avoir
délibéré, charge son président de transmettre à la Société préhisto¬
rique l'adhésion de notre compagnie et de l’assurer de notre dévoué
concours pour faire aboutir les démarches entreprises. — Vœux de
nouvel an de la Société archéologique de Tarn-el-Garonne. - Demande
de souscription pour élever à Sfax une statue à notre confrère M. Phi¬
lippe Thomas (renvoyée au conseil d’administration).
— Ouvrages offerts. De M. René de Frémont : Les doléances finan¬
cières du Tiers-Etat du Périgord en 1789 , d’après les cahiers rédigés
par les paroisses en vue des Etats généraux. — De M. Flament : Un
compte de la châtellenie de Souoigny en Bourbonnais (1412-1413). —
De M. Louis Grégoire : un lot de cartes postales illustrées.
— Travaux déposés. M. Montagne fait déposer un travail intitulé”
Une sculpture de l’âge de la pierre polie. — M. Morand : L’armée de
Gaston d'Orléans en Bourbonnais en 1632.
— Le Président donne le compte rendu des publications reçues ce
mois-ci :
« Le Bulletin de la Société académique de Brest publie une notice de
M. Guérin sur la Déesse gallo-romaine des eaux. Il cite (p. 90) les
Vénus de Diou, de Toulon, de Saint-Bonnet-Yzeure, de Saint-Pour-
çain-sur-Besbre. de Saint-Rémy-en-Rollat, de Vichy, de Néris et en
donne la description. Pour l’auteur, toute statue de femme est une
Vénus, c’est par trop simple.
« — La même Société publie la table de toutes ses publications de
1858 à 1910. C’est un exemple que. je l’espère, nous suivrons bientôt.
« — Le Bulletin historique du diocèse de Lyon donne, sous la signa¬
ture de l'abbé Rochigneux, une étude des Croix monumentales du
Forez. L'auteur dit qu’au xvii' siècle, diverses juridictions enjoi¬
gnirent aux maires, echevins, etc., de planter des croix pour fixer
les limites des fiefs, justices et .paroisses. Je rappellerai que cet
usage était également très fréquent en Bourbonnais. D’autres croix
fixaient le lieu de grands événements. Une croix fixait le point prin¬
cipal de la bataille de Cognât. Malheureusement, cette croix a été
déplacée il y a quelque quarante ans et n’indique actuellement plus
rien.
« — Le Bulletin de la Société des Sciences de Semur en Auxois publie
le Journal des fouilles exécutées à Alésia, par le commandant Espé-
randieu, et Au Mont Auxois, par M. Pernet, pendant les années 1908-
1909.
« — La Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Marne publie
les productions des lauréats de son concours de chansons et un
folklore de l’abbé Laurent : Les échos rustiques de l’Argone. Dans ce
recueil, je trouve des chants populaires qui pourraient tout aussi
bien figurer dans un folklore bourbonnais.
« — La Société hacraise publie une étude de l’abbé Anthonin sur
les Sciences nautiques avant Christophe Colomb. L’auteur donne des
notions sur les cartes nautiques, notions qui pourront être utilisées
par M. le chanoine Clément pour dater le beau portulan qu’il nous a
présenté à notre dernière réunion.
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PROCÈS-VERBAL
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a — ht Bulletin historique d'Auvergne continue la publication du Duc
de Morny et l’Auvergne , de M. Prugnard. Avant de donner l’acte de
naissance de Charles-Auguste-Louis-Joseph Demorny, inscrit le 22 oc¬
tobre 1811 sur les registres du 3' arrondissement de Paris, l’auteur
soulève d’une plume indiscrète le voile de gaze qui cachait les amours
de Louis XV avec M"' de Lompré, de l’abbé de Périgord (le futur
Talleyrand, prince de Bénévent) avec la baronne de Souza, et du
colonel comte de Flaüaut avec Hortense de Beauharnais, reine de
Hollande.
« — Les Annales de la Société d’Emulation de l'Ain donne Honoré
d’Ur/é dans ses rapports avec la Bresse. Après l’ouvrage couronné de
notre savant confrère le chanoine Reure : Urfé, sa oie, ses œuvres, je
croirais inutile de signaler cette étude si elle n’était accompagnée de
vues du monument élevé à Virieu-le-Grand, le 20 septembre 1908.
Chacun de nous a présente à l’esprit la gravure du beau portrait
d’Urfé, par Van Dyck. Ce portrait fut fait d’pprès nature vers 1629, au
moment où l’artiste, revenant d’Italie, traversa la France, et il repro¬
duit les traits d’un rêveur à la mise soignée. Au lieu de cette figure
classique, M. Jean Fournier a juché sur le haut d’une fontaine-abreu¬
voir le buste d’un bretteur débraillé rappelant bien plus Coquelin
dans l’une des scènes de Cyrano que l’auteur de VAsirée.
« — Dans les Mémoires de la Société historique de Châïon-sur-Saàne,
une biographie par M.Variot, de l’ingénieur Gauthey, le constructeur
du canal du Centre. L’auteur rappelle que ce canal, mis à l’étude sous
François I" et Henri II, fut construit de 1783 à 1792 et ouvert le 1" jan¬
vier 1793.
« — La Société d'Emulation de Montbéliard nous adresse deux vo¬
lumes : Histoire des Corporations d'Arts et Métiers de Montbéliard,
par MM. Nardin et Mauveux.
« — L'Académie de Reims publie une notice de M. Jodart : Jeanne
cfArc à Reims, qu’accompagnent les fac-similés de trois lettres de la
Pucelle. Reste encore à établir si Jeanne savait écrire ; en tous cas,
l’écriture et la signature de ces lettres n’ont aucune ressemblance
avec celles de la lettre datée de Moulins et conservée aux Archives
de Riom. — Le Bulletin de la Société d’archéologie d’Orléans donne
la reconstitution d’une cheminée de la maison de Jeanne d’Arc.
— Dans le même ordre d’idées, je signalerai la publication, dans
la Revue des Deux-Mondes du 15 décembre 1910, de La Folie de
Charles VI. roi de France, par le D r Dupré. L’auteur est amené à dis¬
cuter la question du secret de Jeanne d’Arc : Charles VII était-il bâ¬
tard, comme le proclamait sa mère, l’odieuse Isabeau de Bavière?
Dans cet article, le D' Dupré n’est pas tendre pour nos ducs de Bour¬
bon ; étudiant les ancêtres de Charles VI, il dit :
« (Mère) Jeanne de B >urhon (1338-1378). En 1353, à l'âge de 35 ans, elle fut
atteinte d'un accès d'aliénation mentale qui dura plusieurs mois, elle perdit
son bon sens et son bon mémoire (chronique des Valois), elle mourut à 40 ans
d'infection puerpérale.
« (Grand-père) Pierre de Bourbon (1311-1356), pas de renseignements mé¬
dicaux.
« (Arrière-grand-père) Louis de Bourbon (1279-1341), dit le Boiteux, fut
impotent de gouttes, mourut d'apoplexie cérébrale. (Olivier de la Marche.)
« (Trisaïeulmaternel) Robert de Clermont (1256 1302). En 1279, à 23 ans, fut
atteint d'aliénation mentale, consécutive d'un traumatisme crânien : coup
de masse d'arme sur la tète, tomba alors t'n amentiam perpetuam. (Guillaume
de Nangis.) »
— M. Baury fait circuler trois pièces romaines en argent, faisant
partie d’un Important trésor découvert récemment dans la commune
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
de Dompierre ; elles sont à l'effigie : 1" de Gordien III (238 à 243), 2° de
Philippe père (244 à 249;, 3" de Volusien (251 à 254) ; notre confrère
fait circuler en outre trois autres pièces de monnaie, dont une à l’ef¬
figie de Henri IV, datée de 1610, trouvée au cours de travaux effec¬
tués place d'Allier. M. Baury offre pour nos collections ces différentes
pièces et la Société adresse au donateur ses plus vifs remerciements.
— Comme suite à une correspondance de M. le D r Chopard, M. Fla-
ment signale un entrefilet de l 'Echo de Paris relatant l’offre faite
par M*' la comtesse de La Roehe-Aymon au sous-secrétaire d'Etat
des Beaux-Arts, de classer parmi les monuments historiques la cha¬
pelle de Champigny-sur-Veude (Indre-et-Loire) dont elle est proprié¬
taire. Cette chapelle, qui appartenait à l’ancien château des Bourbon-
Montpensier, contient une série de vitraux célèbres retraçant la
Passion du Christ, l’histoire de saint Louis et la généalogie des Bour¬
bons. Cette généreuse initiative met sous la sauvegarde de l’Etat les
plus beaux types existant aujourd’hui de l’art français du vitrail du
XVI e siècle. A ce propos, il fait part à la Société de plusieurs mesures
de classement parmi les monuments historiques prises par le sous-
secrétariat des Beaux-Arts sur la demande des municipalités en
faveur des églises de Bes-av, Verneuil. Sainte Croix de Gannat.
Domérat (crypte et chœur). Le maire de Verneuil a chargé M. Tier-
sonnfer de transmettre à la Société ses remerciements pour les dé¬
marches qui ont abouti au classement.
La municipalité de Neuilly-en-Donjon demande également le clas¬
sement de son église, connue par son beau portail roman ; la Société
ne ménagera pas son concours en cette occasion et adresse ses félici¬
tations au maire de Neuilly-en-Donjon et à M. de Quirielle, qui s’est
spécialement intéressé à cette question.
— M. Delaigue ajoute à ce sujet que l’église du Breuil, qui contient
la pierre tombale d’Alix du Breuil que la Société a signalée en 1903
et qu’elle a contribué’ à faire classer, serait elle-même fort avanta¬
geusement classée ; il est en effet question de construire au Breuil
une église neuve, privée, ce qui serait la condamnation de l’ancien
sanctuaire roman, visité par la Société au cours de sa cinquième
excursion. M. Delaigue a signalé cette situation à la Commission des
monuments historiques.
— M. L. Grégoire, de la part de M. Max Boirot, fait circuler la repro¬
duction d’une estampe du xviif siècle représentant Pierre Le Doux,
marchand d’estampes, natif de la Rondhaye, en Basse-Normandie,
mort à Moulins en Bourbonnais, le 28 septembre 1757, âgé de 39 ans,
pesant 423 livres. Ce colporteur mourut dans une auberge de Moulins
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PROCÈS-VERBAL
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et y fut inhumé ainsi qu’en fait foi le registre de Saint-Pierre-des-
Ménestraux, n“ 493, page 17.
— M. Morand montre un fac-similé d’une page de la Bible en
42 lignes de Gutenberg, publié par la maison Welter, et fait passer
deux autres bibles, dont l’une, datée de 1475, appartient à la biblio¬
thèque municipale de Moulins.
— De la part de M. Montagne, M. Flament fait circuler un silex
taillé, trouvé il y a quelques années à Varennes dans la rivière d’Al-
lier. Ce silex, représentant un chien couché, fait d'ailleurs l'objet
d’un travail qui est en même temps déposé sur le bureau.
— M. Dénier signale comme complément à la communication faite
le 2 août 1909 par M. Duchon, les armoiries probables de Françoise
de Boucé, épouse de messire Jacques de Thomassin, qui figurent en
tête d’un terrier de Gayette provenant des archives départementales
et classé sous la cote E 148. Ces armes sont de sabir., au griffon d’or
armé et lampassc de gueules, accroupi, la queue fourchue passée entre
les pattes de derrière, posé au-dessus de Jlammes d’argent rehaussées de
gueules, desquelles il semble sortir.
— Le Président ayant demandé qu'il soit présenté pour la réunion
du jour divers projets d'excursion, M. Montagne fait exposer le
plan d’une excursion dans la région de Varennes, comprenant la vi¬
site de Boucé, Gayette, le Méage, Rongères, Montaigu-le-Blin, Saint-
Gérand-le-Puy, Langy, Créchy, Billv, Saint-Germain-des-Fossés et
Chermont. M. Grégoire soumet un projet dans la région de Besson,
comprenant visite de Bressolles. du Lys. église de Chemilly, château
de Soupaize, Fourchaux. Givry, les Ecossais. Rochefort, Bost, la
grotte des Fées, les Foucaults, les Ramifions, etc. M. Delaigue pro¬
pose la région de Villeneuve avec arrêts à Toury, Confex, Montilly,
Laugère, Belleperche, la Malmotte, le Riau, Villeneuve, Baleine,
Avrilly, église de Trevol.
La Société, après examen, statuera dans sa prochaine réunion sur
le choix définitif et chargera l’auteur du projet retenu de présenter le
plan détaillé de l’excursion.
— Est élu membre titulaire : M. Albéric Devaulx de Chambord.
— Est présenté comme membre titulaire : M. Henry de Lagué-
renne, rue Nationale à Saint-Amand (Cher), par MM. Dénier, Tier-
sonnier et Flament.
— L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 h. 1/2.
M. D.
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Société d’EmaiatioQ da Bourbonnais
STATUTS
I. Bat et eomposition de la Soeiété.
Article premier.
La Société d'Emulation du Bourbonnais (lettres, sciences et arts),
(ondée en 1845, a pour but exclusif de cultiver l'bistoire, l'archéolo¬
gie, les beaux-arts et les sciences dans les limites où ces objets inté¬
ressent l'ancienne province du Bourbonnais et le département de
l'Ailier ; de stimuler et encourager les travaux qui s’y rapportent. La
durée de la Société est illimitée. Son siège social est à Moulins.
Article 2.
Les moyens d’action de la Société sont :
1* La publication d’un bulletin périodique intitulé : Bulletin de la
Société d'Emulation du Bourbonnais.
2‘ Des excursions archéologiques.
3* Eventuellement des expositions, des conférences et la publication
d’ouvrages et de documents.
Article 3.
La Société se compose de membres de droit, de membres hono¬
raires, de membres titulaires et de membres correspondants. Pour
appartenir à la Société, il faut être présenté en séance ordinaire par
trois membres. A la première séance qui suit la présentation, il est
procédé au scrutin d'admission ; ce scrutin est secret.
Les dames peuvent faire partie de la Société ; les mineurs ne peu¬
vent être présentés qu'avec le consentement de leurs parents et
tuteurs.
La cotisation annuelle est de 12 francs pour les membres titulaires
et de 10 francs pour les correspondants.
Elle peut être rachetée par le versement d'une somme dont le mon¬
tant est fixé en assemblée générale.
Sont seuls membres de droit, avec toutes les prérogatives dont
jouissent les autres membres, mais dispensés de toute obligation sta-
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STATUTS DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION
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tutaire : 1* le préfet de l’AUler ; 2* l'évêque du diocèse ; 3° le général
commandant d’armes ; 4* le maire de la ville de Moulins.
La qualité de membre honoraire peut être accordée dans certaines
conditions à des notabilités littéraires, scientifiques ou artistiques,
ainsi qu’à certaines personnes qui se sont signalées par l’envoi de
travaux remarquables intéressant le département ou par des services
importants rendus à la Société. Ce titre est donné au scrutin secret
par la Société réunie en assemblée générale sur la proposition de
cinq membres au moins et après lecturé d’un rapport motivé présenté
par un membre de la Société désigné par elle. Le nombre des mem¬
bres honoraires est limité à dix. Les membres de celte catégorie
sont dispensés de toute cotisation.
Article 4.
La qualité de membre de la Société se perd :
1* Par la démission ;
2* Par la radiation, prononcée pour non paiement de la cotisation
par le conseil d’administration ;
3* Par l'exclusion pour motifs graves prononcée en assemblée gé¬
nérale sur le rapport d’un membre du bureau.
II. Administration et fonctionnement.
La Société est administrée par un conseil composé des membres du
bureau et de neuf administrateurs.
Les membres du conseil sont élus à l'assemblée générale de no¬
vembre, à la majorité absolue des suffrages, et, après deux tours de
scrutin sans résultats, à la majorité relative.
Le bureau de la Société se compose : d’un président, de deux vice-
présidents. d’un secrétaire général, d’un secrétaire adjoint, d’un con¬
servateur des collections, d’un trésorier, d’un bibliothécaire-archi¬
viste et du directeur du Bulletin.
Le président est élu pour deux ans et n’est pas rééligible avant un
égal laps de temps.
Les vice-présidents sont annuels et rééligibles une seconde année,
après laquelle ils ne peuvent être renommés avant deux ans.
Le secrétaire général, le conservateur des collections, le trésorier
et le bibliothécaire-archiviste sont nommés pour cinq ans et rééli¬
gibles.
Le secrétaire adjoint et le directeur du Bulletin sont nommés tous
les ans et rééligibles.
Les administrateurs sont élus pour un an et rééligibles.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Article 6.
Le conseil d'administration se réunit tous les mois et, de plus,
chaque lois qu'il est convoqué par le président ou sur la demande de
cinq de ses membres. La présence du tiers des membres du conseil
est nécessaire pour la validité des délibérations.
Il est tenu procès-verbal de ses séances. Les procès-verbaux sont
signés par le président et le secrétaire.
Article 7.
Toutes les fonctions de membres du conseil sont gratuites.
Article 8.
L'assemblée générale des membres de toute catégorie de la Société
se réunit au moins deux fois par an, en novembre et en mars, et
chaque fois qu'elle est convoquée par le conseil d’administration ou
sur la demande du quart au moins de ses membres.
Son ordre du jour est réglé par le conseil.
A la séance de mars, elle approuve les comptes de l’exercice clos
et vote le budget de l’exercice suivant.
Les comptes figurent au procès-verbal qui est imprimé dans le
Bulletin adressé à tous les membres.
A la séance de novembre, l'assemblée générale pourvoit au renou¬
vellement des membres du conseil. .
Article 9.
Les dépenses sont ordonnancées par le président. Celui-ci ou son
délégué représente la Société en justice et dans tous les actes de la vie
civile. Le représentant de la Société doit jouir du plein exercice de ses
droits civils.
Article 10.
Les délibérations du conseil d’administration relatives aux acquisi¬
tions, échanges et aliénations des immeubles nécessaires au but pour¬
suivi par la Société, constitution d'hypothèques sur lesdits immeu¬
bles, baux excédant neuf années, aliénation de biens dépendant du
fonds de réserve et emprunts, doivent être soumises à l’approbation
de l’assemblée générale.
Article 11.
Les délibérations du conseil d'administration relatives à l'accepta¬
tion des dons et legs ne sont valables qu’après approbation adminis¬
trative, donnée dans les conditions prévues par l’article 910 du Code
civil et les articles 5 et 7 de la loi du 4 février 1901.
Les délibérations de l’assemblée générale relatives aux aliénations
de biens dépendant du fonds de réserve ne sont valables qu’après
l’approbation du gouvernement.
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STATUTS DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION
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III. ponds de pésevve et ressources annuelles.
Article 12.
Le tonds de réserve comprend :
1* La dotation composée de rente sur l'Etat et d’un livret de caisse
d'épargne.
2“ Le dixième du revenu net des biens de la Société.
3‘ Les sommes versées pour le rachat des cotisations.
4" Le capital provenant des libéralités, à moins que l’emploi immé¬
diat n’en ait été autorisé.
Article 13.
Le fonds de réserve est placé en rentes nominatives sur l'Etat ou en
obligations nominatives dont l'intérêt est garanti par l'Etat. Il peut
être également employé à l'acquisition des immeubles nécessaires au
but poursuivi par la Société.
Ahticle 14.
Les recettes annuelles de la Société se composent :
1* Des cotisations et souscriptions de ses membres.
2* Des subventions qui pourront lui être accordées.
3” Du produit des libéralités dont l'emploi immédiat a été auto¬
risé ; des ressources créées à titre exceptionnel et, s'il y a lieu, avec
l’agrément de l’autorité compétente.
4‘ Du revenu des biens.
IV. modification des statuts et dissolution.
Article 15.
Les statuts ne peuvent être modifiés que sur la proposition du con¬
seil d’administration ou du dixième des membres dont se compose
l'assemblée générale. Cette proposition doit être faite au moins un
mois avant la séance.
L'assemblée doit se composer d'au moins vingt membres en exer¬
cice. Si cette proportion n'est pas atteinte, l’assemblée est convoquée
de nouveau, mais à quinze jours au moins d'intervalle, et cette fois
elle peut valablement délibérer quel que soit le nombre des membres
présents.
Dans tous les cas, les statuts ne peuvent être modifiés qu'à la majo¬
rité des deux tiers des membres présents.
Article 16.
L'assemblée générale, appelée à se prononcer sur la dissolution de
la Société et convoquée spécialement à cet effet, doit comprendre au
moins la moitié plus un des membres en exercice.
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SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Si cette proportion n’est pas atteinte, l'assemblée est convoquée de
nouveau, mais à quinze jours au moins d'intervalle, et cette fois elle
peut valablement délibérer quel que soit le nombre des membres pré¬
sents.
Dans tous les cas, la dissolution ne peut être votée qu'à la majorité
des deux tiers des membres présents.
Article 17.
En cas de dissolution volontaire prononcée en justice ou par dé¬
cret, l'assemblée générale désigne un ou plusieurs commissaires
chargés de la liquidation des biens de la Société. Elle attribue l'actif
net à un ou plusieurs établissements analogues publics ou reconnus
d'utilité publique.
Ces délibérations sont adressées sans délai au Ministre de l'Intérieur
et au Ministre de l'Instruction publique.
Article 18.
Les délibérations de l’assemblée générale prévues aux articles 15,
16 et 17, ne sont valables qu’après l’approbation du gouvernement.
V. Sarveillanee et règlement intérieur.
Article 19.
Le président devra faire connaître dans les trois mois, à la pré¬
fecture, tous les changements survenus dans l’administration.
Les registres et pièces de comptabilité de la Société seront présen¬
tés sans déplacement sur toute réquisition du Préfet, à lui-même ou
à son délégué.
Article 20.
Le Ministre de l'Instruction publique aura le droit de faire visiter
par ses délégués les établissements fondés par la Société et de se faire
rendre compte de leur fonctionnement.
Article 21.
Un règlement intérieur adopté par l'assemblée générale sur la pro¬
position du conseil d'administration et approuvé par le Ministre de
l'Intérieur et le Ministre de l’Instruction publique arrête les condi¬
tions de détail propres à assurer l’exécution des présents statuts. 11
peut toujours être modifié dans la même forme.
Le Président , Le Secrétaire,
G. Morand. M. Dénier.
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JAROUFFLET
NOTAIRE A MOULINS
Guillotiné a Paris pendant la Terreur
J ean Jaroufflet succéda en 1761 à Nicolas Jaroufflet, son père,
notaire royal en la sénéchaussée du Bourbonnais, à Moulins.
Il épousa Marie-Anne Péronnin, dont le père, Claude Péron-
nin, avait été lui-même notaire à Moulins de 1738 à 1779. De ce ma¬
riage naquit une fille unique.
La clientèle de son ofllce se composait principalement de prêtres,
de congrégations religieuses et delamilles appartenant à la noblesse.
11 était appelé fréquemment à exercer son ministère pour les prises
de possession de bénéfices et autres actes ecclésiastiques.
Il avait des relations d'amitié avec plusieurs prêtres, notamment
avec l’abbé Dupont, curé de Lucenat-la-Vallée, et il eut le courage de
les continuer alors qu'elles étaient devenues compromettantes.
Dans les plus mauvais jours de la Révolution, tandis que son col¬
lègue Mioche se signalait par son zèle révolutionnaire et devenait un
ardent terroriste, et que parmi ses autres collègues, Amy, Delarue,
Saulnier, Boulard, Bougarel, Pornotte, Billaud et Dufour, les uns
évitaient d'être suspects d'incivisme grâce à d’heureuses circonstances
ou à leur attitude prudente, alors que les autres donnaient des gages
de leur civisme, Jaroufflet attira sur lui la haine des révolutionnaires
en restant fidèle à ses idées et à ses clients et amis devenus sus¬
pects.
Le décret du 29 septembre 1791 supprima la vénalité et l'hérédité
des offices des notaires royaux, seigneuriaux et apostoliques, mais
laissa les titulaires de ces offices libres de continuer leurs fonctions en
attendant l'établissement des notaires publics qui devaient les rem¬
placer.
Jaroufflet continua à exercer ses fonctions jusqu'au 5 septembre
1792.
A partir de celte date, il cessa volontairement de recevoir des
actes, sans doute à cause de la difficulté des temps , suivant sa propre
expression dans l'inventaire Péronnin, dont nous parlerons plus loin.
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12
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Le dernier acte inscrit sur son répertoire porte la date du 5 sep¬
tembre 1792 et est le dépôt du testament de M** de Damas, supérieure
de la Visitation.
En attendant qu’il fût pourvu à son remplacement, il restait dépo¬
sitaire de ses minutes et il en délivrait les grosses et les expéditions
qui lui étaient demandées.
Cette retraite volontaire fut interprétée comme une nouvelle preuve
d’incivisme.
Aussi, le 18 juin 1793, fut-il compris dans la liste des suspects et
mis une première fois en arrestation. Cette liste avait été dressée par
le conseil général de la commune contre le vœu des sections. Les
révolutionnaires invoquèrent pour la justifier le décret du 2 juin, qui
donnait aux autorités constituées le droit de faire arrêter les inci¬
viques, mais en réalité ils se servirent de ce décret pour exercer des
vengeances.
Le mois de septembre suivant, Fouché venait en mission à Mou¬
lins et son premier acte était d’instituer un comité central de sur¬
veillance révolutionnaire dont les pouvoirs illimités étaient tels que
la liberté, la fortune et la vie même des citoyens étaient à sa merci.
Ce comité fit rechercher les prêtres qui étaient soumis à la dépor¬
tation en vertu de la loi du 26 août 1792.
L’abbé Dupont, ancien curé de Lucenat-la Vallée, était du nombre
des prêtres qui étaient recherchés. Il était l'ami de Jaroufflet. Il put
s’échapper et se réfugier à l’étranger, plus heureux que les ecclésias¬
tiques qui furent arrêtés et subirent les plus cruelles tortures à la
rade de nie d'Aix, entassés dans deux vaisseaux qui devaient les
transporter à la Guyane, mais qui ne purent partir, la flotte anglaise
leur barrant le passage.
Avant son départ, l’abbé Dupont avait confié son mobilier à Jaroufflet
et ce dernier l’avait déposé dans un grenier qu’il avait loué aux ci¬
toyennes Petit, attenant à la maison qu il habitait rue de l’Ancien-
Palais, n” 120.
La municipalité de Moulins en eut connaissance et, le 7 octobre
1793, Dupont et Laurent, officiers municipaux, firent une perquisition
au domicile de Jaroufflet et dressèrent un inventaire du mobilier de
l’abbé Dupont.
Le lendemain 8 octobre, le conseil général de Moulins prenait une
délibération par laquelle il décidait d’envoyer cet inventaire au Di¬
rectoire de Moulins pour qu’il statue.
Le mobilier de l’abbé Dupont fut confisqué et vendu, mais Jarouf¬
flet, quoique inculpé de recel, ne fut pas cependant poursuivi devant
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JAROUFFLET
13
le tribunal criminel de Moulins. Le comité central de surveillance
craignit sans doute qu’il ne fût acquitté par ce tribunal, qui était
trop indulgent à son gré.
Dut-il à un oubli de n’êlre pas compris, en frimaire an II, dans le
convoi des 32 habitants de notre ville qui furent transportés à Lyon,
où ils furent massacrés le 31 décembre 1793, convoi dans lequel se
trouvaient Bonnet et Pajot, tous deux avoués à Moulins, coupables
comme Jaroufflet d’avoir conservé des relations avec leurs clients de¬
venus suspects ?
Cet oubli ne fut toutefois que momentané, car quelques jours après
le départ de ce premier convoi, un second était préparé et quinze nou¬
velles arrestations avaient lieu, parmi lesquelles celle de Jaroufflet,
mais Noël Pointe» représentant du peuple envoyé en mission dans
l'Ailier, vint à passer à Moulins et, moins cruel que Fouché son pré¬
décesseur, il s’opposa à ce nouveau crime.
Jaroufflet, grâce à une circonstance inespérée, avait échappé à la
vengeance des terroristes, mais ils avaient juré sa perte et. peu de
temps après, ils le firent arrêter de nouveau. Une dénonciation allait
leur permettre d’arriver à leur but.
Claude Péronnin, beau-père de Jaroufflet, était décédé le 4 août
1792. Il avait laissé pour héritières ses deux filles, Marie Péronnin,
épouse de Jaroufflet, et Marie-Anne Péronin, célibataire.
Le 20 août, Jaroufflet, d’un commun accord avec sa belle-sœur,
fit un inventaire sous-seings privés de la succession de son beau-
père. Il en dépendait notamment 3.090 livres d'assignats au sujet
desquels Jaroufflet et sa belle-sœur firent la convention suivante :
« Quant à la somme de 3.090 livres pour les assignats et à tous les
titres.. .., considérant la difficulté des temps qui nous fait appréhen¬
der la perte d'iceux comme étant en ellets représentatifs de la mon-
noye ayant cours en l'année 1789, ce qui pourrait causer une inéga¬
lité dans ce qui doit revenir à chacun de nous, nous sommes demeu¬
rés d’accord de ne partager les dits immeubles, créances et autres
choses qu'au retour de la monnoye et en attendant nous avons invité
moi Jaroufflet à les administrer. »
Jaroufflet administra la succession de son beau-père jusqu’au 23 dé¬
cembre 1793 et, à cette date, il établit le compte de sa gestion et pro¬
céda au partage avec sa belle-sœur par acte sous-seings privés.
Voyant sa vie en danger, il avait voulu, en agissant ainsi, éviter
toutes difficultés possibles entre sa femme et sa belle-sœur au sujet
de leurs intérêts communs. Ce partage devait, en outre, lui per¬
mettre de faire connaître le chiffre véritable de sa fortune qui était
modeste et de se défendre contre des taxations excessives.
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li
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Il avait été porté le 5 octobre 1793 dans la liste des citoyens désignés
par le comité de surveillance pour la contribution pécuniaire néces¬
saire à la solde de l’armée récolutionnaire et au secours des malheuri ux
citoyens et taxé pour 20 000 francs.
Le 25 mars 1794. M"' Jaroufflet, agissant comme mandataire de son
mari qui était en prison, et M"' Péronnin tirent le dépôt à M'Dufour,
notaire à Moulins, de l’inventaire du compte de gestion et du par¬
tage sous-seings privés de la succession Péronnin.
Le 5 avril suivant, ces actes furent déposés au bureau de l’enregis¬
trement et contrôlés.
Le commis du bureau de l’enregistrement remarqua, en lisant ces
actes,la clause relative aux assignats et fit aussitôt contre Jaroufflet,
sa femme et sa belle-sœur, une dénonciation au comité révolution¬
naire de surveillance portant qu’ils avaient jeté dé la défaveur sur les
assignats.
C’était un crime qui les rendait justiciables du tribunal révolution¬
naire de Paris.
Le 7 du môme mois, Jaroufflet, sa femme et sa belle-sœur compa¬
raissaient devant le comité qui leur faisait subir un interrogatoire.
Il nous a paru intéressant de reproduire ici le procès-verbal de cet
interrogatoire. Ce document et ceux que nous reproduisons ci-après
se trouvent dans le dossier Jaroufflet aux Archives nationales
(W. 370).
« Extrait du registre des délibérations et arrêtés du Comité révolution¬
naire de suroeillance du district de Moulins , département de l'Ai¬
lier.
Séance du 18 germinal, 2' année de la République française,
une et indivisible.
« Le citoyen.. commis au bureau de l’enregistrement, fait une
dénonciation contre le nommé Jaroufflet, notaire, et les nommées
Péronnin, femme et belle-sœur du dit Jaroufflet, portant qu’ils ont
jeté de la défaveur sur les assignats, ce qui résulte d’un acte de par¬
tage sous les signatures privées dont le dit.a déposé la copie
certifiée de lui et du citoyen Dufour, notaire, qui en a été déposi¬
taire .
Le comité, considérant l’importance de ce fait, a décerné un man¬
dat d’amener contre les nommées Péronnin, femme et fille.
Et le nommé Jaroufflet détenu a été amené. Et tous ont été enten¬
dus et interrogés séparément ainsi qu'il suit:
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JAROUFFLET
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Les nommées Marie-Anne Péronnin, femme à Jaroufflet, et Anne
Péronnin, interrogées si elles connaissaient le sous-seing passé entre
son mari, sa sœur et elle relativement à leur partage de la succession
de leur père ;
ont répondu que oui.
Interrogés depuis quand le dit acte de partage avait été fait chez le
nommé Dufour, notaire ;
ont répondu qu’il y avait environ 8 à 10 jours.
Lecture a été faite de la clause portée en ce partage et dont extrait
est ci-joint, relatif à la somme de 3.090 livres en assignats, portant
entre autres choses que, considérant la difficulté des temps qui leur
fait appréhender la perte (d'iceux assignats) comme étant les effets
représentatifs de la monnaye ayant cours en 1789, ce qui pouvait
causer une inégalité dans ce qui devait revenir à chacun d'eux dans
les dites successions, ils sont demeurés d'accord de n’en partager les
dits immeubles, etc..., qu'au retour de la monnaye;
ont répondu qu'on achetait plus cher les dits Immeubles avec des
assignats qu'avec de l'argent, par conséquent que les immeubles va¬
laient mieux que les assignats dans le temps.
Lecture à elles faites de leurs réponses, y ont persisté et ont signé :
Péronnin, Péronnin, Jaroufflet.
Le nommé Jaroufflet, s’il avait connaissance de l'inventaire des
meubles et effets délaissés par Claude Péronnin, son beau-père ;
a répondu que oui, que même il l'avait rédigé et écrit de sa main
et qu'il devait être chez lui.
Interrogé si leur partage était fait ;
a répondu que oui.
Interrogé s’il avait donné ordre de le faire enregistrer et déposer
chez quelque notaire ;
a répondu que non.
Interrogé si son épouse et sa belle-sœur avaient connaissance du
contenu entier du sous-seing ;
a répondu que oui.
Interrogé s'il avait communiqué toutes les clauses à sa femme et à
sa belle-sœur et s'il en avait senti lui-même toute la force et l'es-
prit ;
a répondu que oui.
Interrogé s'il reconnaissait l'acte et les signatures au bas apposées ;
a répondu que oui et que c'était sa propre signature et celles de sa
femme et de sa belle-sœur.
Lecture à lui faite des mots suivants : quant à la somme de .;
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
avant d'en dire davantage, il a dit qu’il n’y avait pas : d'argent. Et lors¬
qu’on lui a ajouté : pour les assignats, il a avoué qu'il y avait bien
des assignats et non de l'argent.
Interrogé de l’emploi qu’il avait tait des assignats ;
a répondu qu’il les avait employés à faire bâtir.
Interrogé que dans son inventaire il devait se rendre dépositaire
de cette somme de 3.090 livres ;
a répondu que c’était vrai, mais que les circonstances ayant changé,
c’est ce qui l’a déterminé à l'employer.
Ensuite il nous a dit que l'acte de partage est au contrôle depuis
sept à huit jours.
Interrogé qui est-ce qui lui avait dit qu’il était au contrôle ;
a répondu qu'il a écrit à sa femme de le déposer, par une lettre
qu’il a mise dans le panier où on lui porte son manger.
Interrogé si sa femme lui avait fait réponse ;
a répondu qu'il y avait cinq à six jours et qu'il l'avait mise au feu.
Interrogé pourquoi il ne voulait plus signer les actes de ses con¬
frères depuis l'établissement de la République ;
a répondu qu’il était fatigué et que c'était pour se reposer qu’il ne
les signait plus depuis 1792. De plus, a déclaré que par argent il en¬
tendait la monnaie républicaine ou royale, dans le cas où elle revien¬
drait.
Lecture à lui faite, a persisté dans ses réponses et a refusé de
signer.
Pour ampliation. »
Le comité décida de traduire d'office Jaroufflet devant le tribunal
révolutionnaire de Paris.-
Il fut expédié à Paris le lendemain avec Madeleine Tourret et
des Escures.
Le 13 avril, le comité adressa à Fouquier-Tinville, accusateur pu¬
blic près le tribunal révolutionnaire de Paris, la lettre suivante :
« Moulins, le 24 germinal l'an II de la République française, une et
indivisible.
Liberté, égalité, fraternité ou la mort.
Les républicains membres du comité de surveillance du district de
Moulins, au républicain accusateur public près le tribunal révolu¬
tionnaire de Paris.
Tu recevras ci-joint, républicain, les pièces que nous avons re¬
cueillies contre le nommé Jaroufflet et que nous n'avions pu Joindre
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JAROUFFLET*
17
aux premières que nous t’avons envoyées, tu en tireras le parti que
ton intégrité républicaine te dictera. Salut et fraternité. »
Le 23 avril, Jaroufflet subissait un interrogatoire de pure forme,
car l’instruction n'existait pas et tout accusé était condamné à
l'avance :
« Ce jourd'hui 4 floréal an II de la République française, une el indi¬
visible, heure de midi et demie, nous, Charles Harry, juge au tribu¬
nal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793, sans
aucun recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pou¬
voirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année,
assisté de Symphorin Larive, duquel avons reçu le serment de com¬
mis greffier du tribunal en l’une des salles de l'auditoire au Palaiç
et en présence de l'accusateur public, avons fait amener de la maison
de la Conciergerie.. .. (un blanc) auquel avons demandé ses noms,
âge, profession, pays et demeure.
A répondu se nommer Jean Jaroufflet. âgé de 51 ans, né à Moulins,
y demeurant, de l’Ailier, notaire public.
D. — Pourquoi, dans l’acte de partage des effets délaissés par
Claude Péronnin, n’avez-vous pas partagé les 3.090 livres en assi¬
gnats. Vous n’avez donc aucune confiance en eux ? Et c’est donc pour
cette raison que vous avez dit que les immeubles et autres effets de
créance ne seraient partagés qu’au retour de la monnaye.
R. - C’est une mauvaise rédaction, n'ayant eu jamais l'intention
de discréditer, les assignats.
D. — Avez-vous connu Dupont, prêtre?
R. — Oui.
D. — Savez-vous où il est ?
R. — Je ne sais.
D. — Combien y a-t-il de temps que vous ne l’avez vu ?
R. — Je ne l’ai point vu depuis le 7 septembre 1792.
D. — N’avez-vous pas des effets à lui, et n’en êtes-vous pas déposi¬
taire ?
R. — Oui, j’en ai été dépositaire. Ils sont actuellement dans un gre¬
nier d’une maison à côté de la mienne, où je les ai mis.
D. — Saviez-vous que Dupont était exporté ?
R. — Oui.
D. — Pourquoi avez-vous recélé ses effets ?
R. — Je ne les ai point recélés dans le temps qu'il a été exporté. Le
décret qui rendait nationaux les effets des exportés n'avait pas encore
été rendu.
D. — Depuis que ce décret a été rendu, avez-vous déclaré que vous
aviez des effets à un prêtre exporté ou émigré ?
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
R. — Au mois d’octobre dernier, la municipalité de Moulins me fit
appeler, me dit qu’elle savait que j’avais des effets à Dupont, a
nommé deux commissaires pour en faire un inventaire, ce qui a été
exécuté.
D. — Avez-vous reçu des lettres de Dupont et savez-vous où il est?
R. — Je n'ai reçu aucune lettre de lui depuis le mois de novembre
1792 et le crois dans la Suisse.
D. — Aviez vous renoncé à votre état de notaire avant le 1" septem¬
bre 1792 ?
R. — Oui, j’avais renoncé quant à ce qui concernait les actes à
faire ; m’étant réservé les expéditions de ceux qui m'étaient restés
dans mon étude.
D. — Avez-vous un défenseur ?
R. - Non.
Et lui avons nommé d’oflice le citoyen... (nom illisible, c'est peut-
être Guillier).
Lecture à lui faite de son interrogatoire, a dit contenir vérité, y
persister et a signé, nous, l'accusateur public et le commis greffier.
Signé : Jaroufflet, Larive. Harry. »
Le dossier Jaroufflet, aux Archives nationales, ne contient pas le
jugement. Deux lettres intéressantes s’y trouvent. Elles ont été écrites
par Jaroufflet et portent la date du 21 mai 1794.
Dans la première, adressée à Fouquier-Tinville, il le priait de faire
parvenir la seconde à sa fille. Cette seconde lettre n’a pas été en¬
voyée à sa destinataire.
Elles sont ainsi conçues :
Première lettre.
« Paris, à la chapelle de la Conciergerie du Tribunal révolution¬
naire, 2 prairial l’an II de la République française.
« Citoyen,
« 11 a dû vous être remis deux lettres que j’ai pris la liberté de vous
écrire pour vous prier de laisser passer les deux lettres que j’avais
Jointes et qui étaient écrites à ma fille, afin d'avoir le double qui est
en ma maison de l’inventaire du partage fait sous-seings privés entre
mon épouse et sa sœur, ou une expédition de ce partage déposé chez
Dufour, notaire à Moulins, chef-lieu du département de l'Ailier. Je
n’en ai point eu de nouvelles. Ces deux actes n’ont point été envoyés
à votre tribunal. Et mes juges ne pourront se dispenser de les avoir
pour connaître la vérité sur l’imputation qui m'est faite d'avoir cher¬
ché à discréditer les assignats. Je crains que vous n’ayez pas encore
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JAROUFFLET
«9
reçu ces deux pièces. Je récris à ma fille pour me les envoyer à votre
adresse. Ayez la bonté de faire mettre à la poste la lettre que je lui
écris, que vous trouverez ci incluse.
Salut et fraternité.
Jaroufflet, »
Deuxième lettre.
« 2 prairial au II de la République française.
J'ai besoin, ma fille, de l'inventaire fait entre ta tante et ta mère,
du 20 avril 1792, et du partage des contrats et des fonds aussi passé
entre elle sous-seings privés. Le partage est déposé chez le citoyen Du¬
four, notaire à Moulins, il y a près de deux mois. Ces deux pièces me
sont nécessaires pour prouver mon innocence dans cequi m’estimputé.
Le double de l’inventaire et des deux actes de partage doivent être à
la maison. Si tu ne les y trouves pas, il faut au moins me procurer
promptement une expédition des deux actes de partage déposés chez
le citoyen Dufour. Dès que tu les auras, tu les mettras sous enve¬
loppes avec une lettre au citoyen Fouquier, accusateur public au
tribunal révolutionnaire à Paris, pour le prier de me remettre ces
pièces.
Adieu, ma fille, je salue tous nos parents et amis.
Jaroufflet. »
Et au dos :
« A la citoyenne Jaroufflet, à Moulins, chef-lieu du département de
l'Ailier. »
Trois jours après, le 24 mal 1794, Jaroufflet fut guillotiné.
Le tribunal révolutionnaire l’avait condamné à mort avant qu’il ait
pu produire pour sa défense les actes sur lesquels était basée l’ac¬
cusation.
Nous avons cité les noms de Bonnet et Pajot, tous deux avoués à
Moulins, qui furent du nombre des 32 habitants de Moulins, massa¬
crés à Lyon le 31 décembre 1793. Comme Jaroufflet, ils avaient mérité
la haine des terroristes par leur droiture et leur fidélité à leurs cliefnts
devenus suspects ; comme lui ils méritent l’hommage qui est dû aux
victimes du devoir.
A. Sabatier, notaire.
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Quelques médisances
SUR DBS
PERSONNAGES INTÉRESSANT LE BOURBONNAIS DU XVII e SIÈCLE
S ous le titre : Portraits des membres du Parlement de Paris et des
maîtres des requêtes eers le milieu du XVII’ siècle auxquels on
a joint un armorial et des notes biographiques , M. Duleau pu¬
bliait, dès 1862, dans le tome I" de la Reçue historique , nobiliaire et
biographique une curieuse série de notes, parfois peu flatteuses, sur
le compte des membres du Parlement de Paris.
Il les emprunta à un cahier manuscrit de 25 feuillets in-4', non
numérotés, provenant des papiers du chanoine Robert Hubert
(1620 -f 1694). Cette copie lui semble avoir été faite sur l’original
même et être plus ancienne et plus exacte que celle existant dans le
fonds des Cinq-Cents Colbert sous la cote CCXIl, utilisée parDep-
ping dans le second volume de la Correspondance administrative sous
le règne de Louis XIV (in-4\ 1851), ou quenelles des n“ 1096 du fonds
Saint-Victor et 890 supplément français (1).
Voici comment M. Duleau s'exprime au sujet de l’origine du docu¬
ment qui nous occupe :
« Enlisant attentivement ces quelques pages, on s’aperçoit à cer-
« tains détails, et surtout au respect avec lequel il est parlé de Fou-
« quel, que les notes ont été composées avant sa disgrâce par un de
« ses plus familiers domestiques, par Pélisson peut-être, et sans
« doute par son ordre. » M. Duleau arrive ainsi à Axer la date du
document entre mars et septembre 1661.
Etant donné les liens bien connus qui rattachent la famille du
surintendant Fouquet à notre province, les « portraits » sont déjà
intéressants, mais il y a plus. Dans le nombre des personnages que
M. Duleau fait défiler sous les yeux du lecteur, il en est de Bourbon¬
nais, il en est d'autres qui furent mêlés à notre histoire provinciale.
N’est-il pas piquant de voir jugés à leur tour par un contemporain tels
ou tels de nos intendants qui, dans leurs notes secrètes au pouvoir cen¬
tral ou dans leurs mémoires, édictaient parfois des arrêts, équitables
(I) Pour plus de détails, voir l'intéressant travail de M. Duleau.
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MÉDISANCES DU XVII' SIÈCLE
peut-être, en tous cas bien sévères sur les gens en place de leur géné¬
ralité.
M. Duleau ayant eu l’heureuse pensée d’accompagner sa publica¬
tion d’un armorial des familles citées, on a la bonne fortune d'y
trouver des renseignements héraldiques sur plusieurs des intendants
du Bourbonnais.
11 a paru à propos de glaner ces quelques miettes d’histoire bour¬
bonnaise. Voici les portraits qui nous intéressent, tels que M. Duleau
les publia jadis :
« N* 225. DE CREIL. — Est homme qui aime la justice.
« D'aiur au checron d'or accompagné de trois clous de même. »
« Henri de Creil, seigneur de Bournezeau, maître des requêtes le 22 dé-
« cembre 1644, mort le 10 juin 1691. Etait d’une famille différente de celle du
« conseiller au Parlement du meme nom que lui. »
Cette autre famille de Creil, originaire du Beauvaisis, portait :
d'atur au checron d'argent chargé de trois molettes de sable et accom¬
pagné de trois roses d'argent. La famille de Creil-Bournezeau est
signalée Ici. parce que c’était celle de l’intendant du Bourbonnais
Jean de Creil (1685) et qu’ainsi nous sommes fixés sur ses armoiries.
« X* 190. CHARLET [conseiller à la première chambre des re-
« quêtes]. - D’humeur fort particulière et de suffisance raisonnable,
« paresseux pour ses amys, ne pouvant pas respondre. facile à gou-
« verner par de petits intéresls. A espousé une Guéroust. M..., son
« père, qui est bon homme et de manières obligeantes, a pouvoir sur
« luy. Est renfermé assez dans sa famille.
« D'or à l'aigle éployée de sable. (Etal de la France de 1661.— Arm.
« de 1696. - Médaille.)
« Pierre Charlet, seigneur des Garennes, d’Esbly et de Tourvoye,
« conseiller au Parlement le 3 août 1640, mort le 1" a,oût 1680, doyen
« des requêtes du Palais, avait épousé en troisièmes noces Marie
« I,e Faulqueux, fille de Martin Le Faulqueux, président en l’élec-
« tion de Paris, et de Jacqueline Guéroult. Elle mourut peu après
a son mari en septembre 1680. »
Pierre Charlet intéresse le Bourbonnais comme seigneur des
Garennes, près Verneuil. Ihdevait être le père de Guillaume Char¬
let, seigneur des Garennes, dont il a été question à l’occasion de
cette seigneurie, dans le compte rendu de l’excursion du 12 juin 1907
(pages 168 et 169 du tirage à part).
« N* 108. DAURAT [conseiller en la troisième chambre des en-
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
« quêtes]. — Se picque d’éloquence ; harangueur, les chambres as-
a semblées. Peu judicieux, emporté, incapable de raison dans ses pas-
« sions peu seur quoy qu'il (le surintendant Fouquet ?) le prise d'amy.
a Grand frondeur, a esté dans les affaires et le recouvrement des
« taxes, déclamant néantmoins contre le mestier. Brouillé avec sa
« famille et particulièrement avec M*' du Tillet, femme du con-
« seillerde la grand’chambre. Nullement attaché à ses intérêts, l’es-
« toitfortà ceux de M. le cardinal de Retz.
« D'argent à trois hermines de sable ; parti d'argent au chevron de
a gueules , accompagné de trois étoiles d’asur. (La Baune, Panéggrique
« du Parlement, en latin ; 1685, in-4\)
• Etienne Daurat, reçu conseiller en février 1642, vivait encore en 1680,
« et en 1685 ; il était mort avant 1696, doyen du Parlement. Sa veuve, Marie
• de Murat, fit enregistrer ses armes et celles de son mari, qui auraient été,
« d’après VArmorial de 1696 : d’aeur au chevron d'or accompagné de trois
a étoiles d’argent. On voit que cet armorial n’est pas d’accord avec l’ouvrage
■ du Père de La Baune. II est très difficile, sinon impossible, de décider lequel
« mérite la préférence. M“ du Tillet, parente d’Etienne Daurat, s’appelait
■ Marie Oudailles. ■
« N” 136. DORAT [conseiller en la quatrième chambre desenquè-
« tes]. — Ne manque pas de capacité, aymant la pratique et les inté-
« resis raisonnables ; est d’esprit civil, obligeant, justicier, un peu
a ingrat et chagrin. A grande defférence pour M. le procureur géné-
« ral, aime tout à fait M. le président Le Bailleul. A curiosité pour
« les tableaux ; aime l’estude et les lettres humaines, s’applique
« à la poésie latine et françoise. Sa femme, qui est (une) d'Espinoy,
a a grand pouvoir sur luy. A les aydes de Massy et Chastenay de
« 900 livres.
b De gueules à trois croix ancrées (ou paitées)d'or. (Moréri, La Ches-
B NAYE DES Bois.)
a Joseph Dorât, sieur de La Barre, fut reçu le 7 août 1637, mourut d’apo-
• plexie le 11 avril 1669. »
Ces deux personnages étaient de la même souche. Le nom primitif
de leur famille était Dinematin. Une branche des Diuematin, origi¬
naires du Limousin, fut possessiorméa sous le nom de Dorât en
• Bourbonnais. Us me paraissent se rattacher au Bourbonnais par
l’alliance Murat de i’un et par la possession du fief de La Barre du
second. (Voir Y Armorial du Bourbonnais de Soultrait.)
a N'280. (Le Febvre) DE LA BARRE [maître des requêtes du quar-
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MÉDISANCES DU XVII' SIÈCLE
23
• lier d'octobre]. — Esprit souple, accommodant. Amy des traittant§
a dans son intendance qui, par ces moyens, a fort augmenté ses biens.
« Ecartele aux 1 et 4 d'asur à un chevron sommé d’une tour, et accom-
a pagnè en chef de deux étoiles et en pointe d'une fleur de souci tigéeet
o feuilléo, le tout d'or gui est Le Febvre ; aux 2 et 3 d'asur au chevron
« d'or accompagné en chef de deux étoiles du même et en pointe d’un
« mouton passant d’argent gui est Séguier. (Jeton de la famille.)
■ Antoine Le Febvre de la Barre, maître des requêtes le 4 mars 1653,
■ mort le 4 mai 1688. »
Antoine Le Febvre, chevalier, seigneur de La Barre, était intendant
de la généralité de Moulins en 1650.
« N' 273. FOULLÉ [maître des requêtes du quartier d’octobre]. —
« A l'esprit dangereux et embarrassé. Est sujet de tomber dans les
« pièges qu’il tend aux autres.
« D’argent à la fasce de gueules et trois pals d'asur brochants sur
« le tout, accompagnés de six hermines de sable, 4 et 2. {Tablettes de
« Thémis, 3' vol. in 16.) Un jeton fait la fasce brochante et met 8 her-
« mines.
m Etienne Foullé, seigneur de Prunevaux, greffier des présentations du
■ Parlement de Paris le 17 juin 1624, conseiller au Parlement le 14 mai 1632,
« premier président de la Cour des Aydes de Guyenne le - 22 août 1633,
■ maître des requêtes les août 1636, honoraire le 31 décembre 1656, inten-
■ dant à Limoges, en Languedoc et à Moulins, puis des finances en 1660,
« mort en 1673. »
On le trouve intendant de la généralité rie Moulins en 1640.
« N“219. GAULMIN [maître des requêtes du quartier de janvier] —
n Hardy, brusque, frondeur contre le Parlement, entend les langues
« orientales, a beaucoup de science, mais un peu confus. Assez bon
« amy et obligeant.
« D'asur à trois glands tiges et feuilles d'or. (Arm. de 1696.)
« Gilbert Gaulmin, seigneur de Montgeorges et de Guyonnières en Bour-
« bonnais, reçu avant août 1631. Il avait été avocat au grand conseil. Il mou-
■ rut conseiller d’Etat en 1665,.âgé de 74 ans. »
L'inventaire si incomplet et si mal conçu des archives municipales
donne sans date, sous la cote n° 116 : « Lettre de cachet par laquelle
« Louis XIV annonce la nomination du sieur Gaumin en qualité de
« commissaire départi dans les provinces du Bourbonnais, Marche
« et Nivernais. » De ce fait parait résulter que Gilbert Gaulmvn
fut un moment intendant èe la généralité de Moulins. En tous oas,
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24
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
c’est lui le Gilbert Gaulmyn, une des illustrations de la vieille maison
noble bourbonnaise encore existante, auquel M. Roger de Quirielle
a consacré un intéressant article dans sa Bio-bibliographie des écri¬
vains anciens du Bourbonnais
« N* 82. DE LAMBERT [conseiller à la deuxième chambre des
« enquêtes}. — Ne manque pas d'esprit ; parle bien, s’applique peu
a aux affaires, est dans le jeu et le divertissement ; est dans la sociélé
b ordinaire avec MM. (de Mcsmes) d'Avaux, Barillon, Courtin. A es-
b pousé une Rouillié, sœur du maistre des requestes, est nepveu de
« M. le président de Mesmes, qui estoit cy devant surintendant et
b chef du conseil de Mademoiselle.
a D'azur au lion d'or ; au chef d'argent , chargé de trois étoiles de
gueules. »
■ Henri Lambert d'Herbigny, marquis de Thibouville, né le 3 novembre
« 16:3, conseiller au Parlement de Paris le 4 février 1650, maître des requêtes
■ le 16 décembre 1660, intendant de Moulins en 1666, en Dauphiné en 1679,
* à Montauban en 1691, à Lyon en 1694, puis à Rouen conseiller d’Etat ;
« mort le 23 novembre 1700 Avait épousé Elisabeth Rouillié. »
Le môme personnage se trouve encore mentionné sous les deux
numéros suivants :
b N* 215. DE LAMBERT [conseiller en la deuxième chambre des
b requêtes], — Ne manque pas d’esprit, etc., est maistre des reques-
a tes, est cy dessus desja à la deuxième (chambre). »
a N” 263. (Lambert) D’HERBIGNY [maître des requêtes du quartier
a d’avril]. — Très honneste homme, fort sage, de grande probité,
a aymant la justice sur toutes choses. »
a N" 238. LE LIÈVRE [maître des requêtes du quartier d’avril]. —
a Fin, adroit, avec beaucoup de suffisance, faisant bien ses affaires,
a est capable de faire celle des autres, s’il vouloit s’en charger. Bon
a juge, mais formaliste au dernier point. »
Les ms. 890 et 1096 ajoutent : et capacité.
a D'azur au chevron accompagné en chef de deux quintefeuilles et en
« pointe d’une aigle à deux têtes , le tout d'argent. »
■ Thomas Le Lièvre, seigneur de Glisy, baron d'Huriel, marquis de Fou-
« rilles et de La Grange, conseiller au Parlement le 19 juin 1626, secrétaire
■ du Roi après son père le 25 juillet 1631, s’en démet en 1648, maître des
■ requêtes le 7 avril 1634. président au grand conseil le 7 novembre 1637,
■ conseiller d’Etat par brevet en 1638, intendant de la généralité de Paris
,« en 1658 et 1659, mort le 13 août 1669. » *
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MÉDISANCES DU XVII' SIÈCLE
25
« N* 243. MORAND [maître des requêtes du quartier d'avril], —
« Fort esclairé, subtil et d’une expression aisée qui sçait donner le
« tour aux choses, et qui en a lait de bons en sa vie ; Normand et un
« peu dangereux.
« D'azur à trois cormorans d’argent , écartelé de gueules au griffon
« d’or gui est Cauchon. »
« Thomas Morand, seigneur et baron, puis marquis de Mesnil Garnier,
« comte de Penzès, né en juillet 1616, conseiller au grand conseil le 18 sep-
a tembre 1638, maître des requêtes le l er -6 août 1643, intendant de Bordeaux
■ et Montauban en 1650, Picardie et Bourgogne en 1651, Caen en 1653,
« Rouen en 1655, Touraine, Anjou et Maine en 1659, maître des requêtes
a honoraire le 30 août 1663, conseiller d’Etat et mort le 6 octobre 1692. »
Quel était son degré de parenté avec Georges Morand, chevalier,
intendant de la généralité de Moulins en 1675?
« N" 268. DE POMMEREUIL [maître des requêtes du quartier de
« juillet]. — A de l’esprit, vif, adroit ; qui a des dispositions à pousser
« sa fortune. Civil, bienfaisant et bon juge.
« D’azur au cheoron d’or accompagné de trois pommes d’or.
« Robert-Auguste de Pommereu, chevalier, seigneur de La Bre-
« tesche, Saint-Nom et Vauxmartin, baron de Riceys, conseiller au
« grand conseil le 18 janvier 1651, maître des requêtes le 31 juillet 1656,
« intendant du Bourbonnais en 1661, président au grand conseil en
« mars 1662, intendant en Auvergne en 1663, à Bourges et à Moulins
« en 1664, conseiller d'Elat, prévôt des marchands de Paris en 1676,
« intendant en Bretagne en 1689, président en la chambre royale de
« l'Arsenal, conseiller au conseil royal des finances en 1697, premier
« commissaire du Roi aux assemblées du clergé, mort le 7 octobre
« 1702. 11 avait épousé une Lesné, fille d'Aubin Lesné, maître des
« comptes, etc., et une sœur de sa femme avait pour mari Michel
0 Bouvard ; — Aubin Lesné était lui-même frère de Jean Laisné ou
« Lesné, conseiller au Parlement. »
« N” 255. TIIUBEUF (maître des requêtes du quartier d’avril).—
Bon juge, a un esprit doux, civil et bienfaisant.
« D’argent à trois aigles cotantes de sable , le col abaissé.
« Charles Tubeuf, baron de Planzat et de Ver, maître des requêtes le 12 dé-
« cembre 1661, mort en 1680. »
Charles Tubeuf, chevalier, baron de Verd et de Blanzat, est inten¬
dant de la généralité de Moulins en 1669.
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Quelques Ex-iris intéressant le Bourbonnais
Cet ex-libris anonyme est aux armes de la famille nu Ligondès.
qui porte : d'azur semé de molettes d'éperon d'or , au lion de même bro¬
chant sur le tout. Cette famille tire son origine et son nom de la terre
du Ligondès, située à la limite du Bourbonnais, de la Combraille et
de l'Auvergne.
Largement possessionnés dans notre province, les membres de
cette maison furent seigneurs du Ligondès (paroisse de Saint-Marcel-
en-Marcillat), du Peyroux, d’Avrilly, de Rochefort. de Bègues, du
Chezeau, de Vieillevigne, de Chàteaubodeau, etc... Nous ne savons
quel fut le possesseur de cet ex-libris dont l’original provient de la
collection de M. René Chabot.
M. D.
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
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*AT A.
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Si lefatal vouloir de mon Dieu fer* tel,
felpere qu'en delfit de tout effort contraire^,
offres as tient mortel*, iobtiendra\y timmortel,
< PuùquvU’ ardente FOT merethaufeJêSm'efcUirc_,.
Antoine i>'V r. f e', Eucfque de S.Flour, & Abbé
de la Chazc-Dieu, finiflant le troifiefine fepcenairc
de Ton âge, l'an 15 91. au mois de May.
Antoine d'Uhfé, né en 1571, de Jacques, seigneur d’Urfé et de
Renée de Savoie-Tende, n’est pas d'origine bourbonnaise, mais nous
pensons qu’il nous est permis d'emprunter au Forez cet ex-libris qui
peut trouver sa place ici. puisque son possesseur est le petit-iils de
Marie de Chabannes-la-PaliSse et qu'une de ses sœurs fut abbesse de
Cusset.
Antoine d’Urfé fit ses études au collège de Tournon, se voua à l’état
ecclésiastique, fit profession dans l’abbaye de la Chaise-Dieu, devint
prieur de Montverdun, puis abbé de la Chaise-Dieu. En mars 1593,
les habitants de Saint-Flour le choisirent pour évêque, mais il ne put
jouir de cette charge ; forcé d'abandonner la ville lorsqu’elle tomba
au pouvoir des royalistes, il se réfugia en Fore/, et fut tué d'un coup
d’arquebuse le 1" octobre 1594, près de Villeret en Roannais. Il ne
justifia que trop la fatale réticence qui se trouvait dans sa noble de¬
vise : S/ies si /ata calent. 11 fut inhumé en la chapelle des Cordeliers
à la Bâtie.
L'anagramme d 'Antoine d'Urfé se lit dans les trois mots en capi¬
tales du quatrain placé sous ses armes : de rair au cher de .
(l’émail du chef, qui n'est pas indiqué et qu’on retrouve dans les ar¬
moiries des autres membres de sa famille, est de gueules).
(Collection M. Dénier. Original 14 X 12.) M. D.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
La maison de Bonnay semble être originaire du Nivernais, mais
elle a possédé des terres importantes et nombreuses dans notre pro¬
vince sur les châtellenies de Belleperche, de Moulins, de Chaveroche,
d’Ainay-le-Château. Elle fut admise aux honneurs de la cour sur
preuves faites en avril 1783 par-devant Chérin.
Seigneurs de i’récy, de Demoret, du Bessay, marquis de Bonnay,
pairs de France, les Bonnay portent : d’azur au chef d’or, au lion
île gueules couronné de môme, brochant sur le tout. L’écu a pour sup¬
port deux griffons. Ils ont pour devise : Oncques ne déoie.
(Collection René Chabot.)
M. D.
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
29
Cet ex-libris est aux armes des Salvert-Montrognon, qui portent :
d’azur à la croix ancrée d'argent. Cette vieille lamilie. originaire
d’Auvergne et qui intéresse le Bourbonnais par les nombreuses
alliances qu’elle prit dans notre province et les terres qu’elle y pos¬
séda, tire son nom du fief de Montrognou (I’uy-de-Dôme), qu elle dé¬
tient dès l’année 1094. Robert de Montrognon, prieur de Montferrand,
fut inhumé en 1276 en l’église de ce lieu ; avant que cette église fût dé¬
truite, on pouvait y lire l’épitaphe ainsi connue : « Annodomini 1276
quinto nonas Martii , /râler Robertux de Monlc-Rugoso qui fuit pvior
do mus hospilalis Ierosolimilani in procincia Aroerniae, obiit, cujus
anima requiescat in pace. » Au-dessous étaient gravées ses armes avec
pour cimier un gerfaut essoré. Jean de Montrognon, qui vivait en
1350, épousa Catherine de Salvert, dame de Salvert. Sa posiérité
adopta le nom de Salvert-Montrognon et forma les nombreuses
branches maintenues dans leur noblesse en Auvergne et en Bour¬
bonnais en 1666 1668.
(Collection M. Dénier.)
M. D.
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Les Communautés agricoles de nos régions
C es communautés ont été généralement assimilées aux « So¬
ciétés taisibles de manans et de serfs », telles que celles dont
parle Beaumanoir.
De tous les faits qui ont été apportés à la discussion, il résulte
qu'elles ne sauraient l’ètre, tant à cause de la nature foncière de leurs
biens que de l’étendue considérable de ces domaines.
Exemple pris parmi les principales : communauté bourbonnaise
des Gourliers, plus de 100 hect. ; communautés thiernoise et vollo-
rienne des bourgades de la Dardye, Decouson du Sandier, Ferriers,
Quittard-Pinon, chacune de 60 à 100 hect. de prés, vignes et excel¬
lentes terres.
En-réalité, les sociétés taisibles du genre de celles dont parle Beau¬
manoir ne pouvaient porter et ne portaient Juridiquement que sur
des meubles. Or, la fortune mobilière était de bien peu d’importance
au Moyen-Age. Si la constitution de ces sociétés taisibles soustrayait
au seigneur quelques minces droits de transmission, elle présentait
l’avantage de favoriser considérablement des voies éventuelles d’exé¬
cution.
Chez nos communautés régionales, au contraire, quelle qu’en fût
l’origine, l’état permanent d’indivision de leurs biens fonciers en fai¬
sait des sortes de baronnies et le non paiement des droits de trans¬
mission, qui était la conséquence de cette indivision, donnait à. ces
biens une allure allodiale, ce qui était par excellence le caractère de
noblesse de la terre.
Aussi M. Tiersonnier a-t-il dit une parole très juste en affirmant
« que ces communautés avaient un véritable reflet de noblesse, tant
parleur tenue générale que par la considération dont jouissaient leurs
membres ». Aussi les appelait-on dans le langage courant de la cam¬
pagne : les grosses maisons, las grossas mouésous.
Quelle était l’origine de ces communautés ? Quelques-unes exis¬
taient de temps immémorial. Ainsi, celle des Decouson, qui habitait
le manoir du Sandier, à côté du village de Couson, entre Augerolles
et Vollore, était tenue pour antérieure à la création du chapitre de
Vollore, au début du xi' siècle.
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LES COMMUNAUTÉS AGRICOLES
31
Celle des Quittard-Pinon — la plus célèbre de toutes grâce à sa
proximité de Thiers, à sa longévité dans le xix' siècle et à la renom¬
mée que lui fit le dernier intendant d’Auvergne, M. de Chazerat, en
présentant son chef au roi Louis XVI — date de la guerre de Cent Ans.
Elle s'installa (je ne sais si ce fut par concession du seigneur de
Thiers ou par un autre mode d'acquisition) dans la baronnie d’Aus-
sandon, ou plutôt Dos Sandons, qui était tombée en déshérence, son
dernier seigneur av ant disparu au cours des guerres. Ce point corro¬
bore avec précision le dire de M. Tiersonnier.
Les comtes de Forez firent des concessions à fin de jouissance com¬
mune et de service militaire à certaines familles de leurs serviteurs :
telle celle des communaux de Sauvain, près Pierre-sur-Haute, qui est,
je crois, du début du xiv' siècle. Lors du procès occasionné par la
possession de ces communaux, sous le règne de Napoléon III. vers
1865 ou 1866. le savant greffier du tribunal de Montbrison, M. Per-
rler, véritable rat d'archives, retrouva le titre originaire de conces¬
sion. Ce qui lit attribuer aux descendants des concessionnaires primi¬
tifs l’usage exclusif de ces communaux.
Les grands feudataires durent souvent faire des concessions sem¬
blables pour avoir des hommes d’armes bien à eux. Les vassaux pos¬
sesseurs de fiefs ne devaient, en ellet, le service d’ost que peu de
temps chaque année et n’étaient pas d'une nature très maniable. Des
vassaux d'un degré inférieur devaient être plus dociles et pouvaient
être appelés en tout temps. Il y a peut-être là un des modes fréquents
de l’origine de nos communautés. N'y aurait-il pas lieu de rechercher
autour de chaque grand fief les traces de celles qui ont pu y exister ?
Quel que soit le résultat de cette recherche, il est constant que
dans les montagnes du Lyonnois et du Forez, en Auvergne et en Bour¬
bonnais, il existait d’assez nombreuses communautés d'un type net
et spécial très distinctes de la société taisible coutumière et consti¬
tuées à différentes époques.
Pour les distinguer de la « communauté taisible de manants et de
serfs » ou communauté coutumière, je proposerais volontiers d’appe¬
ler les communautés qui ont fait l'objet de la discussion de la séance
de la Société d'Emulation du mois de décembre, et qui font l’objet
de cette note : communautés foncières.
J'en arrive à l'hypothèse que J’ai eu l’honneur de soumeltre à notre
Société.
Pour que des constitutions du genre de nos communautés se soient
ainsi faites à différentes époques du Moyen-Age, il y a lieu d’émettre
l'opinion qu’elles se sont faites suivant un type de tenure antérieur
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
et sans doute très ancien, adéquat au milieu où elles ont été établies.
De leurs caractères généraux, de l’aire géographique où nous les
constatons, des particularités ethnographiques des habitants de cette
aire et de ce que nous savons des guerres mérovingiennes et caro¬
lingiennes dans nos régions, j’ai cru pouvoir émettre celle que nos
communautés pourraient être rattachées à la centaine franque. L’exis¬
tence des centaines dans nos régions est certaine. Point n’est besoin
de rappeler que Chazaud, dans la chronologie des Afchambaud,
donne une charte où il est question de plusieurs centaines (il serait
intéressant de rechercher si elles sont mérovingiennes ou carolin¬
giennes) des environs de Souvlgny.
D' Chopard.
CHRONIQUE
11 a paru, au cours de l’an dernier, plusieurs livres dans lesquels
les travailleurs bourbonnais pourront avoir intérêt à puiser. Nous en
signalerons deux notamment : I. De M. A. Thomas, membre de l’Ins¬
titut, Le comté de la Marche et le Parlement de Poitiers (1418-1436), à
Paris, chez H. Champion (1910). C’est un recueil de documents iné¬
dits tirés des Archives nationales, précédé d’une étude sur la géogra¬
phie historique de la Marche aux xiv' et xv' siècles et d’une intro¬
duction sur la formation du comté, lequel fut entre les mains de la
famille de Bourbon de 1328 à 1435. — II. De MM. Gerbaux et Schmidt,
archivistes aux Archives nationales, le tome IV de la publication des
Proqcs-verbauæ des comités d'agriculture et de commerce de la Consti¬
tuante, de la Législatice et de la Convention ; outre l’intérêt général de
ce travail, on y trouvera d’utiles éclaircissements sur le rôle qu’y jouè-
rent deux des membres de ces comités, qui doivent nous intéresser
spécialement, Barailon et Giraud de l’Ailier ; ce dernier, après avoir
été secrétaire du Comité de commerce et approvisionnements, en
fut nommé président à la séance du 24 frimaire an III.
Le Gérant : P. FLAMENT.
Moulins. — Imprimerie Etienne Auclaire.
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PROCÈS-VERBAL
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1911
Présidence de M. Morand
r
E taient présents : MM. le chanoine Berthoumieu, L. Boutal,
Capelin, le chanoine Clément, Dénier, Flament, L. Gré¬
goire, Queyroi.
— Excusés : MM. Baury, R. Chabot, Delaigue, L. Joly, Leutrat
et Tiersonnier.
— Dépouillement de la correspondance. Lettre de M. Tiersonnier
annonçant que notre confrère M. Garmy, juge de paix à Commentry,
a obtenu diverses récompenses aux Jeux floraux de Languedoc : une
première mention très honorable et un prix d'honneur avec eau-forte
et médaille d'or et d’argent. Notre confrère avait déjà l'an dernier
remporté plusieurs mentions et médailles pour les prix de Bornier,
Fabié et Cassan, avec le « Babo ou Barbo, chasse-gallaire ou gayère
du Bourbonnais, la chasse à Ribaud à Châteauroux, la chasse ma¬
ligne dans le Berry, la sarabande infernale dans le Poitou ». M.
Tiersonnier annonce en outre que la monographie historique du
canton de Commentry publiée par M. Garmy, Le pays noir, doit pa¬
raître prochainement. — Lettre de M. René de Frémont demandants!
quelqu’un de notre compagnie pourrait le renseigner sur la postérité
de Gilbert de Combes, qui épousa, en 1643 ou 1644, demoiselle Saincte
Martin, fille de noble Jean, s. de Saint-Priest. — De la Société
d'Economie politique, le compte rendu de sa séance de janvier 1911.
— La Société préhistorique française accuse réception de notre lettre
d'adhésion aux démarches relatives au projet de loi sur les fouilles.
— M. Buriot, gérant des Cahiers du Centre, demande l'échange
de cette publication avec notre bulletin. — Lettres : de M. P. Duchon,
au sujet du possesseur de la Motte des Noyers qui, d’après M. Révé*
3
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
rend du Mesnil, s’appelait Charles de Saint-Aubin, et qui d’après La
Mure comparait au procès du connétable, qualifié seigneur de la
Motte des Noyers ; — de M. Montagne informant la Société qu’une
trouvaille archéologique vient d’être faite à Rongères et qu’une notice
détaillée concernant les objets découverts sera adressée au Bulletin ;
— de M. J. Baury fournissant au sujet de la découverte du trésor de
Dompierre, au lieu dit les Barrières, des renseignements que vient
compléter une note de M. Pérot, présentée par M. Morand, donnant
le classement chronologique des pièces découvertes, qui vont de
Trajan à Dioclétien ; un travail relatif à cette trouvaille a été de¬
mandé pour le Bulletin ; — de M*' S. Pâtissier, de Souvigny, deman¬
dant que le service du Bulletin lui soit continué par abonnement.
— Ouvrages offerts : M. L Bréhier, Les mosaïques mérovingiennes
de Thiers ; — M. L. Caillet, un lot de brochures sur la région lyon¬
naise ; — M. l’abbé Clément dépose la lettre pastorale deMs r l’Evêque
de Moulins, promulguant un questionnaire programme pour les Mono¬
graphies paroissiales du diocèse de Moulins ; — M. P. Flament offre
une série de cartes postales du château de Gien et de l’église Saint-
Étienne, dont la reconstruction fut commencée à la fin du xv' siècle
par Anne de Beaujeu, duchesse de Bourbon, comtesse de Gien. La
duchesse fonda à Gien un couvent de Minimes et, en 1497, installa
les religieuses de sainte Claire, réforme de sainte Colette; le comté
de Gien passa après elle entre les mains du connétable ; — M. E. Méhu
adresse des bulletins de souscription à son ouvrage. Salles en Beau¬
jolais, qui va prochainement paraître ; ce volume présente un cer¬
tain intérêt pour un grand nombre de familles bourbonnaises.
— Travaux déposés : M"' Léonie Duchet adresse copie d’un ma¬
nuscrit en sa possession, relatif au Coup de main tenté à Hérisson
en 1650, suivi de la copie du titre de la fondation faite par les habi¬
tants d’Hérisson en l’église collégiale dudit lieu ; — M. Max Boirot,
Une page de l'histoire d'Ebreuil.
— Des nombreuses publications reçues pendant le mois de janvier,
le Président extrait ce qui suit :
« Deux numéros du Centre médical. M. F. Pérot continue ses bio¬
graphies médicales du Bourbonnais et donne la biographie de Fran¬
çois Faye, né à Moulins en 1736. Je rappellerai que M. Grégoire a déjà
donné dans le Bulletin, tome XV, p. 167, une biographie de Faye.
« La Société de l'Histoire de Paris, en outre de son volume de mé¬
moires, nous a adressé le Recueil des chartes de l'abbaye de Saint -
Germain-des-Prés et ses tables décennales.
« Dans le Bulletin de la Société académique de Laon, on trouve une
étude sur les bibliophiles du Laonnais et leurs ex-libris.
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PROCÈS-VERBAL
35
« Je signalerai dans la Revue des Études historiques une étude sur
Isabelle de Montmorency, duchesse de Châtillon, en rappelant que la
lamille du premier époux de cette belle précieuse, Gaspard de Coli-
gny-Châtillon, avait de nombreuses attaches avec le Bourbonnais.
« La Reoue d'Auvergne publie une étude de M. Glangeaud sur « La
région volcanique du Puy-de-Dôme ». Pour le savant professeur,
les volcans de la Basse-Auvergne dorment mais ne sont pas éteints ;
il en trouve la preuve dans les déjections bitumineuses du Puy de
la Poix et de Pont-du-Chàteau, dans les émanations d’acide carbo¬
nique non seulement de la fontaine empoisonnée de Montpensier ou
de celle du Salet, mais encore dans tout le sous-sol d’une partie de
la ville de Clermont-Ferrand.
Le Bulletin historique et archéologique de la Mayenne donne un mé¬
moire de M. Lécureux sur les « Peintures murales des églises de
Laval » ; l'auteur est conduit à déplorer la démolition d’une foule
d’églises anciennes pendant la seconde partie du xix* siècle.
« Le Bulletin de la Société d’archéologie de la Corrèze publie un
mémoire de l’ingénieur Fayol sur « les sculpteurs et peintres du Bas-
Limousin ». Il étudie dans ce numéro les frères Pierre Léger et Julien
Duhamel, sculpteurs, qui ont meublé de leurs œuvres nombre de
châteaux et d’églises : Tulle, Meymac, Montagnac, Hautefort, etc.
« Les mosaïques mérovingiennes de Thiers, par M. Bréhier. Le sa¬
vant professeur donne une courte note sur l’odyssée de ces mosaïques
découvertes en 1863 dans l’église Saint-Genest, offertes à un Musée de
Paris, placées dans cinq grandes caisses et... oubliées sous le préau
du collège depuis quarante-sept ans. Ces mosaïques représentent un
oiseau (le phénix), un cerf, un lion, un homme à cheval sur un pois¬
son, etc. En comparant leur dessin avec celui de tapisseries égyp¬
tiennes des v' et vr siècles, M. Bréhier est amené à les attribuer â
l’époque mérovingienne. Après l’étude de vieux titres établissant que
saint Didier, évêque de Cahors, fit faire un pavement en mosaïque
en l’abbaye de Mozat, en 655, il croit pouvoir conclure que les mo¬
saïques de Thiers sont de la même époque et du même artiste. »
— M. Flament, au nom de M. Delaigue, correspondant de la Com¬
mission des Monuments historiques, fait circuler des photographies
du plafond du tribunal correctionnel de Moulins, autrefois ancienne
chapelle du collège des Jésuites, plafond dont il est d’avis de de¬
mander le classement à la Commission.
La Société, s'associant à ce désir, émet le vœu que des démarches
soient entamées dans ce but.
— M. L. Boutal montre trois pièces de bronze, dont l'une, monnaie
de confiance de cinq sols, a été trouvée dans la démolition d’un mur à
Bellenaves ; les deux autres proviennent de l'ancienne chapelle désaf¬
fectée, comprise aujourd'hui dans le camp de la Courtine (Creuse).
— M. l’abbé Clément donne quelques explications à propos des
vitraux de Champigny-sur-Veude, et dépose à ce sujet un travail
renvoyé au Conseil.
Il fait part de la découverte, à Urçay, de plusieurs sépultures en
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
pierre provenant de l’ancien cimetière de la paroisse. Il se rensei¬
gnera pour connaître la valeur de cetle trouvaille.
Enfin, notre confrère fait passer sous les yeux de l'assemblée la
reproduction d’une tapisserie déposée aujourd’hui au trésor de la
cathédrale de Sens et provenant du cardinal Charles de Bourbon,
tapisserie sur laquelle on voit les emblèmes du prélat avec les mêmes
caractères que ceux qu'on a pu remarquer sur la planche publiée par
M. de Quirielle dans le compte rendu de la dernière excursion.
— La Société est appelée ensuite à se prononcer sur le choix défi¬
nitif d'un projet d'excursion pour 1911. L’excursion dans la région de
Varennes est votée ; notre confrère M. Montagne voudra bien nous
en établir un plan détaillé. La date sera fixée à la prochaine séance.
— Est élu membre titulaire : M. Henry de Laguérenne.
— Sont présentés comme membres titulaires :
M. Bargnoux fils, huilier à Cusset, par M. Antoine Villeneuve,
M*' la C 1 "" de Fradel et M. Philippe Tiersonnier.
M. Jacques Pays, directeur du pensionnat Saint-Gilles, à Moulins,
par MM. les chanoines Clément et Berthoumieu et par M. Dénier.
— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 heures.
M. D.
NOTA
Nous rappelons que la réunion du 6 mars sera, conformément à
l'article 8 des statuts, une assemblée générale, à laquelle sont
conviés tous les membres pour l'audition des comptes du trésorier et
le vote du budget.
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LE RETABLE DE SAIRT-PROUX
SON EXODE
O n peut voir sous le porche de l’église de Saint-Menoux une
petite collection très curieuse de débris sculptés, alignés le
long des murs. Plusieurs de ces objets sont presque complets
et d’assez grandes dimensions, mais il s’en trouve peu d'intacts. On
les croirait tous, à première vue, découverts sur l’emplacement de
quelque vieux monument enseveli, et à vrai dire on ne se trompe¬
rait qu'à moitié car ils proviennent soit de l'église môme, soit de
l’abbaye de bénédictines du lieu, dont les vastes bâtiments s’élevaient
à côté, et ils rappellent par leurs brisures et le morcellement lamen¬
table de la plupart, les heures terribles qui marquèrent les derniers
moments de l’ancien établissement monastique. Un intérêt d’histoire,
ajouté à l’intérêt d'art se trouve donc attaché à ces vestiges, justifiant
pleinement les soins dont on les entoure.
11 y a quelque cinquante ans il existait à Saint-Menoux de ces débris
en quantité beaucoup plus considérable, mais nul dans la localité
n'attribuait la moindre valeur à ces vieilles et inutiles choses. La
municipalité, qui n’aurait pas osé pourtant les jeter à la voirie par
soupçon d'un blâme possible, ne savait où les loger, quand la restau¬
ration du narthex (1861) était venue fort à propos la tirer d’embar¬
ras. C'était une destination toute naturelle et aucune autre n’eût pu
mieux convenir pour les abriter ; seulement il eût fallu prendre des
moyens préventifs pour en assurer la conservation en ce dépôt en
somme ouvert à tous venants, et c'est ce que l’on avait négligé de faire.
On se contenta de jeter et entasser le tout pêle-mêle sur le dallage,
puis on ne s’en était plus occupé jusqu’à l’arrivée à Saint-Menoux
de M. l’abbé Moret, qui y fut curé de 1888 à 1907. On verra plus loin
les conséquences de cet abandon.
M. le curé Moret n’était pas de ceux qui se désintéressent du passé.
Après avoir en quelque sorte jeté la sonde dans l’espèce de gisement
archéologique étalé sous ses yeux et s’être rendu compte de ce qu'il
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
pouvait contenir, U en avait exhumé et mis en ordre les richesses ;
puis plus tard était intervenu M. René Moreau, architecte, lequel
profitant de travaux qu’il avait à faire exécuter en 1909 à l'église pour
l'administration des monuments historiques, eut l’excellente idée de
faire fixer chaque objet à sa place à l'aide de solides crampons scellés
dans la muraille. La sécurité en était ainsi garantie pour l'avenir.
Actuellement le narthex de Saint-Menoux donne assez bien l’illu¬
sion d’un coin de musée constitué par de patientes recherches. C'est
en tous cas un vestibule digne de la superbe église que tout le
monde connaît. Les visiteurs s’y arrêteront toujours avec complai¬
sance, surtout quand un catalogue explicatif - que l'on pensera bien
quelque jour à faire imprimer et que l'on tiendra sans doute à accom¬
pagner d'une suffisante notice historique, — aura été mis à leur
disposition. L’aspect en est, ainsi qu'on peut le supposer, plus que sé¬
vère, mais non dénué de pittoresque, — un pittoresque portant à la
tristesse et au recueillement. Une ombre discrète y est partout ré¬
pandue, faute d'éclairage sur les côtés, et cela fait penser aux cryptes
funéraires (1). On y remarque particulièrement des chapiteaux de la
vieille église paroissiale (2) et, dans une belle ordonnance, des orne¬
ments divers, des statues en pierre et en bois, des pièces de toutes
sortes dont plusieurs, travaillées avec une véritable maîtrise,laissent
vivement regretter la destruction des œuvres auxquelles elles appar¬
tenaient (3). Les morceaux provenant de l'ancien tombeau de saint
Menoux, notamment ce bas-relie! représentant le Christ dans une
gloire (4), en font partie, ainsi que les trois spécimens de ce dallage
incrusté qui ornait au xu* ou xm* siècle le sanctuaire de l'église, dont
a parlé Viollel-le-Duc et après lui un autre distingué architecte,
M. Lucien Bégule, dans son remarquable ouvrage sur les Incrusta¬
tions décoratives des cathédrales de Lyon et de Vienne (5).
(1) En cet endroit même, sous le dallage, se trouve le caveau qui était des¬
tiné à recevoir les sépultures des abbesses de Saint-Menoux, sépultures qu'un
ancien maire, aidé de plusieurs notables habitants, ne craignit pas de pro¬
faner pour s’emparer du plomb des tombeaux. (V. E. Delaigue, La Révo¬
lution à Saint-Menoux, p. 77-78.)
(2) Remplacée en partie par le narthex. A la vérité ces chapiteaux, fort
habilement fouillés, ont été provisoirement laissés à l'extérieur, vers t'en¬
trée. Il serait désirable, dans l'intérêt de leur bonne conservation, qu’on ne
les y laissât pas trop longtemps.
(3) Quelques-uns de ces fragments, du xii* siècle, ont été classés (2 décem¬
bre 1907).
(4) Reproduit par l'Ancien Bourbonnais, t. I, Voyage pittoresque, p. 188,
et par M. l'abbé Moret dans son Histoire de Saint-Menoux, p. 53. — Classe¬
ment du 7 avril 1902.
(5) Histoire de Saint-Menoux, p. 515-516.
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LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX
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J’ai dit qu’il y avait eu à Saint-Menoux une quan lté beaucoup plus
considérable qu’aujourd'hui d'objets anciens de toute nature. C’est
en effet ce qui résulte de renseignements particuliers ultérieurs à
186t. époque à laquelle tout avait été transporté sous le narthex. Il
parait qu’alors les deux côtés, quoique très vastes, en étaient encom¬
brés au point de ne laisser de libre.au milieu, que le passage nécessaire
pour accéder à l’église. Peut-être exagère-t-on un peu, mais le cer¬
tain c’est qu'une bonne partie de ces précieuses épaves a disparu (1),
entre autres, à ce que l’on raconte, des rouleaux de ces vieilles tapis¬
series dont il est vrai que l’abbaye possédait un grand nombre, ainsi
que le montrent les inventaires dressés en exécution des décrets avant
les ventes mobilières (2), et tout à fait dédaignées dans le moment.
Si l'on veut au surplus se faire une opinion sur la nature et la va¬
leur des objets qui furent enlevés du narthex et prélevés sur l’en¬
semble au gré des amateurs, il suffira de citer comme exemple un
meuble qui, après un exode un peu mouvementé, est revenu très ex¬
ceptionnellement à son point de départ. C'est ce beau rëtable — plus
connu sous le nom d 'autel du Sacré-Cœur , — qui occupe présente¬
ment dans l’église la deuxième travée de gauche, en face de l'ancien
maltre-autel Louis XIII, de la deuxième travée de droite. Cet autel
était, à l’origine, compris dans la masse de débris dont nous parlons,
mais à l’état informe et les panneaux qui le composent complètement
disjoints, dispersés et confondus avec le reste sous une épaisse couche
de poussière. Ces panneaux ont été depuis retirés du fouillis puis
assemblés, restaurés, transférés dans l’église, et cela à la suite de
circonstances qui firent quelque bruit même en dehors de Saint-
Menoux et qu'il n’est peut-être pas inutile de rappeler, ne serait-ce
que pour montrer les dangers que laissait autrefois trop souvent
courir aux œuvres d’art le peu de souci qu'on en avait (3).
Un officier du 19* régiment de dragons en garnison à Moulins, le
capitaine L.(4), collectionneur habile, découvrit un jour ce rétable
(1) Personne ne s’opposait aux enlèvements. On cite ce fait qu'en une seule
fois, en plein jour, on en chargea deux voitures entières, sans empêchement
de qui que ce soit.
(2) Voir notamment celui des 28-31 juillet 1790, transcrit au registre muni¬
cipal de Saint-Menoux, (Arch. de l'Ailier, E. suppl., 1038 [arch. comm. Saint-
Menoux, BB.2J).
(3) Les renseignements qui suivent proviennent de deux dossiers adminis¬
tratifs des Archives départementales, série O, Eglise de Saint-Menoux :
1* Vente irrégulière et 2° Revendication d’objets d’église.
(4) Ce qui suit fera suffisamment comprendre pourquoi M. L.(ou Le B...,
ainsi qu'il se faisait aussi appeler) n’est désigné ici que par une initiale de
son nom.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
en furetant sous le narthex. Pris du désir d'en devenir propriétaire,
il fit dans ce but des ouvertures au curé, M. l'abbé Martin (1), homme
très naïf et très confiant. Quelques jours après un fourgon régimen¬
taire transportait le meuble (avec plusieurs statues en supplément)
chez lui à Moulins, 1 bis, boulevard de Lavieuville (2).
Ceci se passait en juin 1878. Le 9 le préfet (M. d'Ormesson) recevait
de l’adjoint de Saint-Menoux, M. Jean-Louis Bouchand, une lettre l'in¬
formant du fait. « Le conseil de fabrique, y lisait-on, a vendu un vieil
autel vermoulu à M. le colonel des dragons pour la somme de cent
francs... Cet autel a été enlevé par un fourgon des dragons le mercredi
5 juin. »M. Bouchand ajoutait : « Je crois de mon devoir de vous an¬
noncer l'enlèvement de cet autel qui pour moi n'est pas grand'chose,
mais qui pour plusieurs conseillers a une certaine valeur », laissant
entendre par là que lui, Bouchand, ne tombait pas dans ce ridicule de
prêter quelque attention à du vieux bois dont on n’eût pas tiré grand
comme la main de bonne planche. L'archéologie, cependant, ne comp¬
tait pas d'adeptes à Saint-Menoux et il est à présumer qu'un avis reçu
de Moulins par l'un des conseillers municipaux avait provoqué leur
émoi, car malgré le peu de temps écoulé l’affaire s'y était ébruitée ;
une réclamation avait même été présentée déjà au préfet à ce sujet
par M. Alfred Bertrand, actuellement conservateur du musée muni¬
cipal (3), d'où la note de service ci-après :
Urgent. — M. Boucheron ( 4 ).
Note : — Un autel en bois sculpté a été aliéné par le curé de Saint-
Menoux à un officier au prix de cent francs. Le portail (?), dit-on, vaut au
moins mille francs et le curé aurait agi sans autorisation. S’informer dans
la commune. En causer avant avec M. le chef de cabinet, qui est au courant
de la question.
Sur la lettre de l'adjoint M. d'Ormesson écrivit à Mgr de Dreux-
Brézé, évêque de Moulins, pour lui faire part de l'incident, le priant
en même temps « de recommander à messieurs les curés de s'abstenir
(1) L'abbé Gilbert Martin fut curé de Saint-Menoux de 1875 & 1888.
(2) Actuellement boulevard Ledru-Rollin.
(3) Le Bulletin de la Société d.'Emulation (année 1878, I, 581 ; procès-verbal
de la séance du 5 juillet) mentionne cette réclamation. « Si c'est faute de
place à Saint-Menoux que les objets ont été vendus, ajoute le procès-verbal,
le musée départemental pourra bien leur donner asile. » Le rétable fut, ainsi
qu'on le verra plus loin, tiré hors de péril et c’est probablement à M. Bertrand
qu'on le doit.
(4) - Sous-chef de la deuxième division, chef du premier bureau et plus tard
chef de division et conseiller de préfecture.
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LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX
44
à l'avenir de procéder à toute vente d’objets mobiliers n'étant pas
leur propriété particulière » (i). Le curé, mis par M. Gilbert, vicaire
général, en demeure de fournir des explications, répondit :
Saint-Menoux, 27 juin 1878,
Monsieur le Vicaire général,
Voici les faits tels qu’ils se sont passés : nous avions sous le porche
de l’église, au milieu d’une masse de débris, un vieil autel se détériorant
de jour en jour et menaçant de tomber en poussière sans nous procurer
le moindre avantage. De tous les visiteurs de l’église, très nombreux, nul
n'avait remarqué cet autel tout à fait démantelé et dont- les différentes
pièces étaient éparses çà et là, lorsque M. 1.. capitaine au 19* dragons, qui
en cherchait un, m’a-t-il dit, pour placer dans une chapelle que possède sa
mère, est venu me prier de le lui céder Je lui répondis que de mon chef je ne
pouvais rien, mais que j’en parlerais à mes fabriciens et que je lui transmet¬
trais leur réponse. C’est ce que je fis. Ceux de messieurs les membres de la
fabrique que je consultai furent d'avis qu’il valait mieux tirer une somme,
quelque minime qu’elle fût, que de laisser cet autel tomber en ruines, attendu
que, nous trouvant dans la nécessité de remplacer notre grosse cloche, qui
est fêlée, nous avions besoin de nous créer toutes les ressources possibles.
J’écrivis donc au capitaine L. pour lui dire qu’il pouvait venir chercher
l’autel en question. Lorsqu'il s’est agi d’en débattre le prix je lui confessai
ma complète ignorance sur la valeur des objets antiques et laissai à sa bonne
foi le soin de le régler lui-même. Il me dit, en présence de M. l’abbé (son vi¬
caire) et de mon sacristain : « F.n conscience je crois qu’il ne vaut pas plus
de cent francs » et je reçus au nom de la fabrique cette somme qu’il me
donna séance tenante. Plus tard j’appris que cet autel avait davantage de
valeur que ne lui en supposait dans le moment le capitaine L.Aussitôt je
lui écrivis pour faire appel à sa conscience d’honnête homme et le prier d’aug¬
menter la somme déjà donnée. Je n’ai pas encore reçu sa réponse,que je me
propose d’aller chercher moi-même si elle tarde trop à venir.
Veuillez, etc...
Les explications du curé furent portées à la connaissance du
préfet.
(1) Cette invitation eut pour conséquence une note publiée dans le 20*
Synode du dioccse de Moulins, année 1878, laquelle rappelle page 9, article IX
« la prescription du premier synode détendant que, sous prétexte de vétusté,
inutilité ou spéculation aucun objet appartenant aux églises ne soit vendu, à
moins que les administrateurs fabriciens n'y consentent et que l’évèque n'ait
donné son approbation ».
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Monsieur le Préfet,
3 juillet 1878.
Ce rapport (du curé de Saint-Menoux; vous démontrera comme à moi que
tout a été fait par M. l’abbé Martin et tes membres de sa fabrique qu'il a
consultés avec une entière bonne foi. Mais si excusables qu’ils soient pour ce
motif, M. le curé ne l’est peut-être pas autant d’avoir omis de me consulter ;
aussi l'un de mes vicaires généraux, à qui il a cru devoir s’ouvrir il y a une
quinzaine de jours seulement des détails de cette opération, n’a-t-il pas
manqué de lui faire apercevoir aussitôt qu’elle ne laissait pas d’être fâ¬
cheuse .
Quoi qu’il en soit, je déplorerais autant que vous que l’église de Saint-
Menoux fût privée d’un objet d’art qu’elle est d’ailleurs si digne par elle-
même de posséder. Permettez-moi donc de vous proposer de prier ensemble
M. l’architecte Esmonnot ! 1 ) et M Queyroi, conservateur du musée dépar¬
temental, de vouloir bien examiner l’autel vendu à M. le capitaine L.et de
nous en faire connaître la valeur artistique. S’ils la trouvaient véritablement
importante, je ne doute point qu’il ne vous soit aisé ensuite d’obtenir de l’ac¬
quéreur une résiliation amiable de la vente, sauf à l’indemniser des frais dont
elle aurait pu être l’occasion.....
Recevez, etc.
Pierre, évêque de Moulins.
La proposition qui précède ne pouvait qu’être acceptée par M. d’Or-
messon. Elle le fut en effet, ainsi qu’il résulte du rapport suivant,
que ne tardèrent pas à déposer les experts :
14 juillet 1878.
Monsieur lb Vicaire général,
Répondant à la demande que vous avez bien voulu nous adresser par lettre
du 11 juillet au nom de Sa Grandeur, de concert avec M. le préfet de l’Ailier,
d’avoir à fournir des documents précis sur la disparition d’un autel récem¬
ment vendu par M. le curé de Saint-Menoux, nous sommes aujourd’hui en
mesure de fournir ces renseignements pris à diverses sources et concordant
parfaitement entre eux. Nous mettdns d’abord sous vos yeux le détail des
objets enlevés du narthex de l’église et de l’ancien presbytère (2).
Un grand panneau en bois sculpté formant devant d’autel, ayant pour objet
(1) M. Louis-Gabriel Esmonnot avait la direction, pour l’Ailier, des travaux
des monuments historiques. Ses connaissances en archéologie étaient très
étendues.
(2) Il n’est pas tait mention ailleurs que des objets, parmi ceux qui sont
indiqués ensuite, eussent été enlevés de l’ancien presbytère. Cet ancien
presbytère était alors inoccupé par suite delà construction récente du nou¬
veau.
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LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX
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l’adoration des bergers, encadré de deux montants, figures se terminant en
gaines, formant cariatides, et de deux traverses avec ornements sculptés.
Deux autres panneaux plus étroits formant crédences de chaque côté de
l’autel et représentant le baptême du Jourdain et la descente de croix.
Deux ou trois petits anges nus d’une charmante exécution, supportant des
attributs, corne d’abondance et armoiries d'une abbesse, provenant sans
aucun doute du couronnement du rétable.
Nous devons aussi mentionner :
Deux statues d’évêques en bois sculpté, mesurant environ un mètre de
hauteur, et enfin un bas-relief (i) également en bois sculpté, représentant
une vierge debout sur une petite chapelle, dans le style du xvi® siècle, sans
doute Notre-Dame de Lorette.
Lesdits morceaux de l'autel appartenant à la seconde moitié du xvu’siècle,
autrefois entièrement doré, sont les plus beaux spécimens que nous connais¬
sions dans les églises du Bourbonnais. Le nouveau propriétaire lui a fait subir
un lessivage regrettable pour lui donner un ton de bois trop foncé après quel¬
ques restaurations nécessaires aux diverses parties qui avaient souffert de
l’abandon où il avait été laissé.
La valeur historique nous a semblé incontestable. Il provient des embel •
lissements apportés à l’abbaye royale par dame Marie-Gabrielle de Boulay-
Favier, nommée abbesse en 1678 et morte en 1695, comme le fait supposer
l’épitaphe gravée sur cuivre et placée à la porte de l’église (2).
Quant à la valeur artistique, nous pensons ne pas exagérer le prix de l'en¬
semble des objets enlevés en le fixant de 1.800 à 2.000 francs.
Le Conservateur du Musée départemental,
A. Qüeyroi.
L'Architecte diocésain,
Esmonnot.
Cette pièce mettait en évidence l’intérêt qu’il y avait pour la fa¬
brique à annuler un marché trop onéreux pour elle, et c’est ce qu'avait
prévu le vicaire général Gilbert dans sa lettre du 3 juillet. Or
sans l'observation des formes légales, c’est-à-dire à défaut de la dou¬
ble autorisation épiscopale et préfectorale, ce marché se réduisait à
néant ; l'acquéreur, loin de s’être vu conférer un droit de propriété
(1) Ceci doit être une erreur de copiste, — carie dossier des Archives ne con¬
tient pas l'original du rapport, mais simplement une copie. Cette statue de
Notre-Dame de Lorette, debout sur sa maison, n'est pas en bas-relief, mais
en relief entier. L 'Histoire de Saint-Menoux en contient une héliogravure
parfaite, p 166.
(2) D'après la plaque cette abbesse était née en 1642, avait fait profession
dans l’ordre de Saint-Dominique en 1658 et avait été nommée à Saint-Menoux
en 1678. Elle mourut en son prieuré de Bourbon le 16 juin 1695 et fut inhu¬
mée & Saint-Menoux, dans le caveau des abbesses du monastère.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
définitive, ne devait être considéré tout au plus que comme « déten¬
teur temporaire » d’objets qu’il ne pourrait, à aucun titre, se dispen¬
ser de restituer quand sommation lui en serait faite, et dans ces con¬
ditions il ne se refuserait sans doute pas à accepter une résiliation si
la demande lui en était présentée par qui de droit. C’est le raisonne¬
ment que tint Ms r de Dreux-Brézé à M. d’Ormesson en lui trans¬
mettant le rapport des experts. C’était en effet la meilleure solution
et le préfet ne üt aucune difficulté d’en convenir. Par lettre du
27 juillet il invita le président du conseil de fabrique, Saulnier, à
faire une démarche auprès du capitaine pour essayer de le décider
à l’accepter dans cette lettre et il insistait sur ce que l’église de Saint-
Menoux, classée au nombre des monuments historiques(1), ne devait
pas être « dépouillée de meubles aussi précieux que ceux dont la
vente avait été irrégulièrement consentie ».
Il espérait bien, par le moyen de cet intermédiaire, arriver à se
débarrasser d'une affaire qui traînait en longueur, mais le président
Saulnier ne tarda pas à le désabuser. Son interlocuteur s’était con¬
tenté de répondre : « L’autorité régulière (religieuse ou administra¬
tive) peut s’adresser à moi directement ; je verrai ce que j’aurai à
faire... »
Cette fois force était au préfet d'entrer personnellement en rapports
avecM. L.Cependant il semble que celui-ci, sans attendre d'y être
autrement invité, soit allé de lui-même le trouver. Notre collection¬
neur était d'ailleurs un homme bien trop avisé pour ne pas com¬
prendre la faiblesse de sa position. Il n'avait, devant une revendica¬
tion formelle qu’il pressentait imminente, qu’à négocier amiablement
pour tirer son épingle du jeu, et c'est avec des intentions prudem¬
ment conciliantes qu’il avait abordé (16 août) M. d’Ormesson. Il lui
avait fait des propositions que ce dernier déclare, dans une lettre
qu’il lui adresse quelques jours plus tard, le 20 août, « mériter sérieu¬
sement d’être examinées ». Il se disait môme « tout disposé à engager
l’autorité diocésaine à les accepter, pourvu qu’elles fussent formu¬
lées par écrit ». Voici en quoi elles consistaient.
Monsieur le Préfet,
22 août 1878.
Conformément à l’invitation que vous voulez bien m’adresser, j’ai l’hon¬
neur de vous envoyer écrit l’énoncé de mes intentions relatives aux bois par
moi achetés à Saint-Menoux.
(1) Classement d’origine, 1837.
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LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX
45
\
Bien qu’ils ne m’aient été vendus qu’avec le consentement unanime du
conseil de fabrique ; bien qu'ils ne fussent alors que des débris, véritables
matériaux de démolition provenant du remplacement du maltre-autel (rem¬
placement effectué bien avant que l’église fût classée) ; quedès lors la qualité
de monument historique de l’église n’ait pas plus d’importance que si j’avais
acheté des débris de tuiles provenant des réparations à la toiture ; bien que
je juge mon marché inattaquable, mais dans un but de déférence à l’autorité
civile et religieuse et dans un esprit de conciliation, je me suis résolu, Mon¬
sieur le Préfet, à vous soumettre l’arrangement suivant :
Je restituerai à l’église de Saint-Menoux le devant d’autel et deux sta¬
tues que j’ai acquises en même temps.
Mon marché comprenait en outre deux panneaux beaucoup moins impor¬
tants qui n’ont jamais fait partie de l’àutel et qui ne sauraient trouver place
dans sa restauration, à cause de leurs dimensions différentes. J’entendrais
conserver ces panneaux que j'ai d’ailleurs déjà utilisés, croyant qu’ils peu¬
vent m’être à fort juste titre laissés comme compensation de la peine prise
pendant près de soixante-dix jours et des frais considérables faits pour les
réparations.
Si vous voulez bien considérer, Monsieur le Préfet, que le devant d’autel
était, quand je l’ai acheté, en neuf morceaux, le plus grand troué au milieu
par les rats, que chacun de ces fragments était contourné dans un sens diffé¬
rent par les pierres sous lesquelles ils étaient enfouis, que le tout était couvert
de plâtre et que j’offre maintenant un devant d’autel entièrement réparé,
j’espère que mes prétentions vous paraîtront non moins conciliantes qu’accep¬
tables.
Je suis heureux de vous remercier une fois encore. Monsieur le Préfet,
d’avoir bien voulu juger favorablement cette offre, la seule que je sois d’ail¬
leurs disposé à consentir, et vous prie de croire.
Capitaine L.
P.-S. — Aussitôt après avoir reçu avis que cette proposition est acceptée, je
me hâterai de faire réexpédier le devant d’autel et le déposerai dans la hui¬
taine, soit à Saint-Menoux soit à l’évêché.
Ainsi, M. L.qui affecte de parler avec mépris de ces « bois » et
« matériaux de démolition » auxquels il dénie toute valeur, serait
cependant heureux qu'on lui en abandonnât une partie, les deux seuls
petits panneaux, pour lui tenir lieu des cent francs qu’il adonnés au
curé et pour le compenser « de la peine qu’il a prise pendant près de
soixante-dix jours et des frais considérables qu’il a faits pour les répa¬
rations » (1). Pris ainsi en flagrant délit d’absence de bonne foi, pou'
vait-onle croire sur parole désormais ? Pouvait-on croire notamment
( 1 ) Il y eut en effet quelques réparations faites par M. Merlin, tapis¬
sier, place d'Allier.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
que ces deux petits panneaux n’avaient, ainsi qu'il le prétend, jamais
fait partie de l’autel ? Cela valait la peine d'être vérifié, car il va de
soi que dans le cas contraire la pièce principale qu’il consentait à res¬
tituer se fût trouvée subir une notable dépréciation du fait de l’aban¬
don du surplus. On ne pouvait courir un tel risque sans examen.
M. d’Ormesson, en faisant part à l’évêque (28 août) de la proposition
n'en conseilla pas moins de l'accepter purement et simplement.
« Cette réserve (des deux petits panneaux) a été faite surtout, faisait-il
observer, pour indemniser M. L.des dépenses relativement impor¬
tantes (1) qu’il a faites pour réparer les objets acquis, notamment le
devant d'autel » et c’est pourquoi « la transaction parait susceptible
d'être accueillie ».
Mais à l’évêché on était moins confiant. On y avait, à vrai dire,
d’autres raisons de se défier de la sincérité du souple négociateur
qu’était le capitaine de dragons. « Je serais comme vous disposé, dé¬
clare le vicaire général Gilbert (10 septembre), à accepter les pro¬
positions de M. L.. si MM. Esmonnotet Queyroi.àqui nous avons
d'un commun accord confié précédemment l’expertise, Jugent que
les deux panneaux que désire se réserver l'acquéreur ne touchent
point à l'intégrité de l’autel même. Je les prierai donc, si vous n’y
voyez pas d'inconvénient, de nous fournir sur ce point un nouvel
avis, ils voudront bien en même temps s'assurer si les statues que
M. le capitaine consent à nous remettre sont bien les mêmes que celles
dont parle M. le curé de Saint-Menoux dans une lettre du 23 juillet
dernier, dont je crois devoir placer confidentiellement sous vos yeux
l'extrait ci-joint. » Et il ajoutait : « Vous remarquerez en effet que ce
ne sont pas deux statues, mais bien trois que signale M. le curé. »
Cette circonspection et ces précautions inusitées étaient sans doute
motivées, sans quoi elles eussent pu être tenues pour injurieuses.
Mais que signifie ce chiffre de trois statues, alors que jusqu’ici il n’a
été question que de deux et que le capitaine n'en avoue que deux ?
L'extrait de lettre auquel fait allusion M. Gilbert en fournit l'expli¬
cation.
Copie d'extrait , 23 juillet 1878 .
M. le Vicaire général,
Je ne vous ai pas répondu relativement à la note que vous a donnée
M. Queyroi sur les statues de Saint-Menoux ; je pense qu’il vous a transmis
( 1 ) Le dossier ne contient pas d'indication sur le chiffre de ces dépenses.
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LE R ÉTABLE DE SAINT-MENOUX
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la réponse verbale que je lui ai faite ; j’ignore si, depuis que je suis à Saint-
Menoux, on a fait disparaître quelques-unes des vieilles statues ; n’ayant pas
trouvé d’inventaire je ne sais nullement ce qui pouvait se trouver dans le
narthex. Tout ce que je puis vous affirmer c’est que, en chargeant le vieil
autel, le capitaine L. en a enlevé trois, qu’il a certainement prises à mon
insu. Mon sacristain, qui était présent, les a vu charger et n’a fait aucune
observation parce qu’il a cru qu’elles entraient dans le marché. On peut donc
parfaitement poursuivre le capitaine pour ce fait tout à fait déloyal.
Pour copie conforme :
Moulins , le 18 août i 8 j 8 .
Eug. Gilbert.
Déloyal n’est pas trop fort si le curé dit vrai, ce dont il est difficile
de douter, puisqu'il offre de faire la preuve de ce qu'il avance.
D'après lui aucune statue n'a donc été vendue ; celles qui ont suivi
l’autel ont été emportées à son insu. De plus le capitaine en a pris
trois et on a vu que dans sa lettre au préfet il n’en avoue que deux,
encore que le rapport des experts en ait mentionné trois, en y com¬
prenant celle de Notre-Dame de Lorette. On a dû remarquer également
qu’il garde le silence sur les deux petits anges, d'où il résulte qu'il
entendait conserver ces trois dernières pièces. Cela prêtait gravement
à la critique, aussi l'abbé Martin ne s’en fait-il pas faute. A bon droit
furieux du rôle qu’on lui a fait jouer il ne répugnerait pas à des pour¬
suites, à une plainte en justice. Le vicaire général, probablement,
n’y ferait pas non plus d’objections, mais le préfet ne voyait pas les
choses tant au tragique. Peut-être pensait il qu’il n’était pas séant
que pour quelques statues d’évêques un procès fut fait dont on eût
pu redouter un certain scandale, et c’est pourquoi sans doute il répon¬
dait le 14 septembre à la lettre du 10 sans relever l’allusion, se disant
au contraire toujours disposé personnellement à-donner son adhésion
à la combinaison Imaginée par M. L.Il n’avait néanmoins, disait-il,
aucune raison de s’opposer à ce que MM. Esmonnot et Queyroi fus¬
sent consultés encore une fois ; il désirait seulement que cette affaire,
vieille ^éjà de plus de deux mois, prit fin avant le prochain départ
du capitaine, dont le régiment était désigné pour changer prochai¬
nement de garnison (1).
Les experts eurent par suite à donner leur avis sur le cas spé¬
cial des deux panneaux et cet avis, exprimé par M. Esmonnot, fut
que ces panneaux « bien que distincts du meuble lui-mème en étaient
(1) Le 19* régiment de dragons quitta en effet Moulins le mois suivant pour
aller k Saint-Etienne.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURDONNAIS
cependant des appartenances notablement importantes et dont la
disparition nuirait visiblement à l’ensemble artistique de l’autel ».
Le vicaire général, en faisant part (25 septembre) de cette appré¬
ciation à la préfecture, ajoutait que dès lors la fabrique préférerait
une résiliation pure et simple de tout le marché et qu’elle serait
disposée à prendre à sa charge l’indemnité qui pourrait être due. Il
disait se ranger lui-même à cette opinion « la plus conforme aux
prescriptions législatives en même temps qu’aux intérêts bien en¬
tendus de l’église... ». Puis : « Veuillez donc être assez bon pour faire
connaître cette décision, si vous ne voyez de votre côté aucun incon¬
vénient à l’adopter, à M. le capitaine L. et l’inviter à remettre
l’église en possession de l’autel tout entier , comme aussi de toutes les
statues qui lui appartiennent... ». M. L.fut informé de ce refus, mais
M. d’Ormesson tint à déclarer ensuite (3 octobre) que dès le moment
où les offres qu’il avait considérées comme de nature à être accep¬
tées étaient repoussées, il entendait rester désormais en dehors de
la question. Le capitaine n’avait plus qu’à s’exécuter et à présenter
sa note de dépenses.
Cependant, quatre mois plus tard, le préfet n’avait reçu aucun avis
de réintégration, ainsi que le constate une lettre du 6 mars 1879, par
laquelle il demande à l’évèché un renseignement à ce sujet afin de
répondre à une question de la commission de classement des ri¬
chesses artistiques du département, qui siégeait alors. A cette date
l’autel n’avait pas encore reparu à Saint-Menoux et l’affaire, contraire¬
ment à ce que l’on eût pu penser, était loin d’être terminée. Comme
un aérostat près de toucher terre et qui a jeté du lest, elle allait au
contraire prendre un nouvel essor, ou plutôt après une phase de
négociations elle allait entrer dans une autre, celle de la lutte. On
allait plaider.
Mais, dira t-on, pourquoi plaider? Le capitaine n’ayant pas le droit
de conserver les objets litigieux, il avait l’obligation stricte de les
rendre, et puisqu’on lui offrait de l’indemniser de ses déboursés —
ce dont on eût été peut-être en droit de se dispenser, — il eût dû
être, sinon satisfait, du moins résigné. Or il ne l’était nullement et
il faut croire que la déconvenue qu’il éprouvait de ne pouvoir rete¬
nir entre ses mains aucun trophée de son expédition de Saint-Menoux
était telle qu’il n’entendait plus raison. De même que l’avare entraîné
au fond de l’eau par son trésor et qui néanmoins ne peut se décider à
s’en séparer, il se cramponnait désespérément à sa proie.
Après la réponse faite par l’évêché à la lettre du préfet du 6 mars,
celui-ci avait compris qu’il n’obtiendrait rien par les voies ordinaires.
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LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX
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Il informa le ministère des Beaux-Arts de la situation et chargea
l’avoué de l’Etat, \1* Rondeau, d’intenter des poursuites pour faire
prononcer l’annulation de la vente (1). Ultérieurement, le conseîï
de fabrique, dont les incessantes démarches et tentatives de concilia¬
tion auprès de M. L. s’étaient constamment heurtées à des moyens
dilatoires ou n’avaient eu pour résultat que des promesses jamais
tenues (2). avait résolu de poursuivre aussi pour son compte et dans
ce but s’était fait autoriser administrativement (3). Mais les choses
en étaient là encore à la fin de l’année quand vint à Moulins M. Sel-
mersheim, récemment nommé architecte diocésain. Ii eut naturelle¬
ment à s’entretenir du rétable de Saint-Menoux avec le préfet (4)
et celui-ci, sur son conseil, voulut faire intervenir la commune.
« L’Eglise n’est pas la propriété de l’Etat ni de la fabrique, écrivait-il
à ce propos au maire pour répondre à quelques objections de sa part,
mais bien de la commune, comme toutes les églises rendues au culte
par la loi de germinal an X, et il en est de même de tous les objets
mobiliers et autres se trouvant dans les églises. » Il concluait en
disant que c’était à la commune à traduire la fabrique devant le
tribunal civil de Moulins, afin que celle-ci pût à son tour appeler en
cause M. L.Le 3 Janvier 18 S 0 , le conseil municipal prenait une déli¬
bération dans ce sens et de son côté le conseil de fabrique tenait
également, le 1" février — « toutes tentatives de conciliation étant res¬
tées infructueuses malgré les promesses réitérées du détenteur. »
— une nouvelle séance où étaient adoptées les résolutions les plus
énergiques.
Le capitaine allait donc avoir à tenir tète à la fois à deux adver¬
saires en réalité coalisés contre lui malgré leur apparente division.
Pour s’en défendre, quelle diversion allait-il imaginer ?... Tout sim¬
plement de s’en prendre à sa propre victime, au malheureux abbé
Martin, décidément le personnage sacrifié en cette aventure. Le curé
était, il est vrai, la cause initiale du démêlé, l’artisan de sa propre
disgrâce, mais devait-il attendre cette dernière infortune de celui qui
avait déjà tant abusé de sa simplicité ? Tenu maintenant par lui pour
responsable de tous les risques du conflit, combien l’imprudent ne
devait-il pas amèrement regretter d'avoir écouté trop complaisam¬
ment les insidieuses paroles de l'officier ?
( 1 ) D'après une lettre ministérielle du i 3 mai, mentionnée ci-après.
( 2 ) Délibération du conseil de fabrique du l* r février 1880 , mentionnée
ci-après.
( 3 ) Lettre du 13 mai 1880 , ci-après mentionnée.
( 4 ) Lettre du 27 décembre 1879 , mentionnée ci-après,
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU. BOURBONNAIS
Toutefois le procès ne semble pas au début avoir été poussé avec
beaucoup d'activité. N'en entendant plus parler, un rappel fut adressé
de Paris au préfet. « Depuis un an bientôt, lui écrivit (13 mai 1880) le
sous secrétaire d’Etat Edmond Turquet, je n’ai reçu de vous aucune
communication nouvelle sur cette alïaire, à laquelle j'attache une
grande importance. Je ne puis m’empêcher de vous en témoigner
mon étonnement et je vous prie de ne pas différer plus longtemps à
me faire connaître si les objets aliénés ont été réintégrés... »
Le préfet répondit en envoyant copie d’une lettre de M' Rondeau.
Monsieur le Préfet,
26 mai 1S80.
Le procès relatif A l’aliénation des objets d’art de l’église de Saint-Menoux
est pendant devant la première chambre du tribunal civil de Moulins Les
conclusions seront posées A t’audience de mercredi 2 juin, et la cause viendra
en plaidoiries, vraisemblablement, A la quinzaine suivante.
Le retard de la mise en état de cette affaire vient de ce que la commune,
qui est propriétaire des objets revendiqués, ayant assigné la fabrique respon¬
sable vis-à-vis d’elle, celle ci a appelé en garantie et demandé la restitution
desdits objets au sieur I..acquéreur. A son tour le sieur l.a appelé en
garantie M. Martin, curé de la paroisse de Saint-Menoux, qui lui aurait
vendu les objets litigieux. Pour ne pas compliquer la procédure, nous avons
attendu que tous les appelés en cause fussent présents pour un jugement con¬
tradictoire.
Agréez. .
J’ignoi’e à quelle date fut rendu le jugement et quel fut ce jugement.
J'espère, quoiqu’il mérilât une sévère leçon que les juges, pitoya¬
bles à l'abbé Martin n’auront pas usé de rigueur envers lui au point
de le charger d’indemnités et de frais dont eût bénéficié l'astucieux
militaire. Mais à vrai dire ce qui importait davantage c’était que la
commune et la fabrique obtinssent gain de cause et que la réinté¬
gration fût ordonnée.
Telle est l'odyssée de ce rétable, meuble magnifique et de haute
valeur (1) auquel le comité des monuments historiques ne pouvait
manquer de faire et fit en effet les honneurs du classement. Il est
maintenant et pour toujours à la place que j'ai indiquée, où on peut
(!) Lechiffre de deux mille francs fixé par MM. Queyroi et Esmonnot, y
compris les statues et les anges, serait aujourd'hui considérablement dé¬
passé.
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LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX
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le voir (1) Ainsique l’ont noté dans leur rapport MM. Queyroi et
Esmonnot il a été complètement dédoré, ce qui est un malheur, et
fâcheusement noirci à l’encaustique, ce qui en est un autre. Il est en
bois de chêne, mais donnant l'illusion de l'ébène (2). Par surcroît la
lumière, trop discrète en cet endroit de l'église, ne laisse que diffici¬
lement apercevoir les détails (3) ; venant de droite et de gauche, un
peu de face aussi et de haut, elle ne produit sur l'ornementation que
des ombres vagues et contrariées. Les sujets sont tous bien composés
et dans le style tourmenté du xvu' siècle. Les deux petits panneaux,
placés en retour et non en crédence, sont encadrés de rinceaux, de
têtes d’anges et de chutes de fleurs de la même habile exécution que
l'on observe dans le panneau de face. On doit savoir gré à M. le vi¬
caire général Gilbert d'avoir su éviter le piège tendu à la bonne foi
de M. d’Ormesson par l’adroit capitaine pour s'en emparer.
Tout ceci, en fin de compte, se résume en une restauration dont il
est douteux que, sansM. L., l'initiative eût été prise par un autre.
On sait qu’il ne faut pas l’en congratuler ni penser que ce bienfait
fût digne de figurer parmi ses états de services, mais on avouera tout
de même que si les enlèvements plus ou moins subreptices d’objets
d’église aboutissaient toujours à un semblable résultat, on serait dis¬
pensé de les déplorer.
E. Delaigue.
(1) Les deux évêques ont été replacés sous le narthex. La statue de N.-D.
de Lorette et les petits anges sont dans l'église, sur l'ancien maiUe-autel.
(2) Le décret de classement du 2 déc. 1907, porte en effet qu'il est en ébène.
(3) M. le chanoine Moret en a publié cependant une excellente reproduc¬
tion en plusieurs phototypies obtenues d'après les clichés de M. l'abbé Duriat
(Hist. de Saint-Alenoux, p 156).
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I*e Trésor de’ Rongères
U ne découverte d’un intérêt archéologique considérable vient
d'être faite à Rongères. Il y a environ un mois, un cultiva¬
teur de l’endroit, M Antoine Démonnet, en creusant dans
son champ un fossé de drainage, profond de 50 centimètres, ramena
à la surface un objet de la grosseur du poing, rond et tout souillé de
terre, ayant apparence de métal ; il le rejeta sur l’accotement sans
lui accorder plus d'attention. Mais le lendemain, pris de doutes, il
vint le reprendre et ne fut pas peu surpris, après l’avoir plongé dans
l’eau, de voir apparaître, au fur et à mesure que la terre se désagré¬
geait, un petit vase en métal brillant d’une belle couleur jaune, con¬
tenant quatre autres objets de même métal : un bracelet, un anneau
et deux sortes de ressorts à boudin. Il venait ainsi de découvrir un
petit trésor, dont il ne soupçonna pas tout d’abord même la valeur
intrinsèque ; ce n’est que quelques jours après qu’il apprit d'un bijou¬
tier de Varennes-sur-Allier auquel il l'avait soumis que tous ces
objets étaient en or.
Cette trouvaille, du poids exact de 196 grammes, comprend :
1” Une lasse sans anses, d'environ 0*,065 de hauteur sur 0*,090 de
diamètre, formée d’une mince feuille d'or estampée, sans soudure.
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LE TRÉSOR DE RONGÈRES
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Elle est décorée d'ornements simples, disposés en zones parallèles
composées alternativement de bossettes entourées de cercles concen¬
triques, de bossettes simples, de rayures, de côtes et enfin d'une
surface lisse sur les bords où devait se poser les lèvres.
2" Un bracelet non fermé, fait d’une bande d’or massif, dont cha¬
cun des bouts est terminé par deux fils d’or roulés extérieurement en
spirale. L’ornementation consiste en rayures incisées dans le sens de
la longueur, alternant avec des raies de points également en creux.
Il mesure 0",068 dans son plus grand diamètre, 0*,057 dans le plus
petit et 0",013 en largeur.
3* Un anneau ou virole d’or, formé d'un ruban légèrement renforcé
dans le milieu.
4* Enfin, deux spirales faites chacune de deux fils d’or soudés au
deux bouts et comprenant six spires.
Ces objets, provenant d'un dépôt et non d'une sépulture, n'étaient
accompagnés d’aucun autre qui permette de les dater. Néanmoins
les spirales qui servaient, croit-on, à la parure des cheveux et l’or¬
nementation en volutes du bracelet sont suffisamment typiques, pour
qu’on puisse sans trop d’hésitation les faire remonter à la fin de la
première moitié de l’époque du bronze, soit de treize à quinze cents
ans avant notre ère.
Cette trouvaille a déjà été signalée (1) par un journal moulinois,
dont l’érudit correspondant, après avoir, entre autres choses, raconté
que des connaisseurs en avaient offert jusqu’à 2.000 francs, termine
son entrefilet par celte docte affirmation : « Ces objets vraisembla¬
blement remontent à la période gallo-romaine et sont simplementen
bronze. »
L. Montagne.
Saint Germain-des-Fossés, io février igu.
(1) Le Progrès de l'Ailier , n° du 9 février 1911.
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Quelques Ex-libris intéressant le Bourbonnais
Deux écussons accolés : le premier, de vair plein, qui est Vichy, le
second, aux 1 et 4 de sable, à la croix d'or, aux 2 et 3 d’or, au dauphin
d'azur, qui est d’Albon.
Ex libris de Gaspard de Vichy, comte de Champrond, né en 1699,
de Gaspard de Vichy, seigneur de Montceaux, capilaine-lieutenant
des gendarmes du Berry, et d'Anne Brulard, fille de Nicolas Brulard,
marquis de la Borde, premier président au parlement de Bourgogne.
Ce rejeton du seigneur de Montceaux suivit la carrière des armes
Mestre de camp d’une brigade du régiment royal des carabiniers,
puis brigadier de cavalerie, il devint maréchal de camp le 20 février
1743.
11 avait épousé Marie-Diane-Camille d’Albon de Saint-Marcel, Allé
de Claude, comte d'Albon de Galles, prince d’Yvetot. 11 mourut à
Ligny, le 17 juin 4-781.
(Collection Louis Grégoire.)
Roger de Quirielle.
O O O
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
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Deux écussons accolés : le premier, de cair, qui est Vichy, le se¬
cond, d'argent à la croix de gueules, qui est Saint-George.
Ex-libris d’Abel-Claude Marie, marquis de Vichy Champhond, sei¬
gneur de Montceaux. Né le 8 octobre 1740, il était fils de Gaspard
de Vichy, comte de Champrond, dont l’article précède. Le 26 no¬
vembre 1764, il épousa Claude-Marie-Joseph de Saint-George, fille de
Claude-Marie, comte de Saint-George, seigneur d’Etiengue, et de
Marie-Cécile d’Amanzé. A la date de son mariage, il était guidon
des gendarmes de Berry.
Le marquis de Vichy survécut à sa femme qui était morte avant
1777. Cette année-là, en effet, fut achevé un superbe mausolée, que
ce seigneur avait fait élever en mémoire de la défunte dans l’église
de Montceaux, lieu de sépulture des Vichy. La Révolution n'a pas
laissé trace du monument (I).
(Collection M. Dénier.)
Roger de Quirielle.
(i) La tamille de Vichy est représentée, aujourd'hui, par Louis-Abet, mar¬
quis de Vichy, né à Marcigny, le 3 février 1848, marié, en 1879, à Madeleine
Simon de Quirielle, fille de Jean-Marie-François-Xavier Simon de Quirielle,
et de Jeanne-Marie-Constance Richard de Soutirait, et par Georges, comte
de Vichy, né à Marcigny le 7 août 1849.
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CODIGNY-jSADIGNY
( 1617 - 1686 )
n accuse souvent le Bourbonnais d'être pauvre en
grands hommes et spécialement en hommes de
guerre ;M. II. Faure avait cependant déjà pu donner
les biographies de Villard, de Choisy, de Berwick
et d’Orvilliers, tous nés en cette province. Cette
liste est loin d'ôtre complète : j'y ajouterai Jean, comte daColigny-
Saiigny, lieutenant général des armées du roi, qui vécut de 1617 à
1686.
Ce personnage a écrit des mémoires (1), sorte d'autobiographie;
aussi le laisserai-je se présenter lui-même.
« Je nacquis le jour de Noël 1617 à Saligny, je fus tenus sur les
fonts par Jean Coligny, chevalier de Malte, mon oncle paternel, et
par M"'de Saint-Geran, ma bis-ayeule paternelle, mère du maréchal
de Saint-Geran, gouverneur du Bourbonnais, et de Françoise de La
Guiche, ma grand’mère.
« A l’âge de dix ans je fus mis au collège des Jésuites à Moulins (2)
avec Gaspard, mon frère aîné, nous y demeurâmes un an et demi,
ensuite mon frère fut mis page de la chambre du roy Louis XIII et
on me ramena de Paris pour me mettre à un méchant petit collège à
Paray-le-Monial où je demeurai huit mois, ensuite on me mita Paris
au collège de Bauvais où je demeurais deux ans.
« En 1643, on me mit aux pages du cardinal de Richelieu, où j'ai
appris assez bien mes exercices excepté que je n’ai jamais été bon
homme de cheval quoique j’y fusse fort ferme, mais j’avais la main
rude. »
(1) Les mémoires du comte de Coligny-Saligny ont été publiés par la
Société de l'histoire de Fiance, en 1844.
(2) Henri IV autorisa les Jésuites à prendre la direction du collège de
Moulins par lettre du 29 juin 1604. Ils ouvrirent leurs cours le 10 novembre
1606. (Le collège de Moulins, par E. Bocchabd.)
Digitized b;
^Société d’^mulatioh du Bourbonnais
C .COKTEDE COUCNYLV’OG'OTENF.NTE
Minérale dlg'lie.sercitî de PeChristianissimo y
Commandai te Ge.nf.rale dellf. trvppe Francesi i n
Vnchf.ria
D'après une gravure de le collection du merquis des MMoizes.
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COLIGNY-SALIGNY
57
Quelques feuillets plus loin, il nous trace son porlrait en ces termes :
« Je suis d'une taille fort droite, fort aisée, fort grande et très belle,
je suis gaucher au dernier point sans qu’on m’en ayt jamais pu
châtier, j'ay la main extraordinairement petite pour un homme de ma
taille, les bras un peu trop longs, la jambe bien faite mais le Usage
fort irrégulier, le nez gros et mal fait, la bouche grande, les yeux
beaux et excellents, le teint assez vif, dans la jeunesse le poil châ¬
tain, mais je suis devenu chauve de bonne heure; j'ay été fort adroit
à de certains exercices et fort maladroit dans d'autres, j'ay parfaite¬
ment dansé sans aimer la danse, j’ay été fort adroit à faire des armes
et il y a paru, car j’ay tué ou battu tous ceux quy ont eu affaire à moy.»
En quelques mots je vais faire connaître sa famille : Les Coli-
gny étaient originaires de la Bresse et le Père Anselme en fait
remonter l’origine à un certain Manasses, seigneur de Coligny, vi¬
vant en 1086 ; ils s'implantèrent dans notre pays par suile du mariage,
en 1437, de Guillaume de Coligny, seigneur d’Andelot, avec Cathe¬
rine de Saligny, fille unique de Jean de Saligny, baron de la Mothe-
Saint-Jean, qui fut chambellan du roi Charles VI etdes ducs de Bour¬
gogne Jean sans Peur et Philippe le Bon ; il en est souvent question
comme diplomate à l'époque de Jeanne d’Arc.
Guillaume Coligny eut de ce mariage quatre fils, mais dont deux
seulement, Jean et Jacques, eurent postérité.
I.—Jean eut en partage les terres de Bresse et celle de Châtillon-sur-
Loire, d’où le nom de Coligny-Châtillon ou simplement de Cbâtillon
donné à sa lignée. Il eut deux fils : l'alné, Jacques, fut tué à Ravennes
en 1512, sans laisser de postérité ; l’autre, Gaspard, fut fait maréchal la
veille de la bataille de Pavie (1525) et épousa Louise de Montmorency,
sœur du connétable, de laquelle il eut trois fils, les trois Châtillon,
chefs du protestantisme en France à l’époque des guerres de Reli¬
gion : l’Odet, cardinal de Châtillon ; 2° Gaspard, amiral de Coligny ;
3* François,seigneur d'Andelot. Si tous les trois se marièrent, l’amiral
eut seul un fils, François de Châtillon, qui joua un rôle sous Henri III
et Henri IV. Le fils de ce François, Gaspard, eut lui-même deux fils :
l'alné, Maurice, mourut peu après son duel avec le duc de Guise (1) ;
( 1 ) « Maurice de Coligny était faible et peu adroit et il relevait d'une longue
maladie, it choisit d'Estrades pour appeler te duc de Guise qui se servit de
de Bredieu et ils prirent leur rendez-vous à la place Royale. Le duc de
Guise en mettant l'épée à la main dit à Coligny : « Nous allons décider les
querelles de nos deux maisons et on verra quelle différence on doit mettre
entre le sang de Guise et celui de Coligny. » Le combat fut bientôt fini :
Coligny tomba et Guise pour l'outrager en lui ôtant son épée le frappa du
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
restait Gaspard, qui épousa Isabelle de Montmorency-Bouteville et
dont nous parlerons par la suite. Fait duc de Châtillon après la vic¬
toire de Lens. il fut tué au combat de Cliarenton en 1649. Il laissait
sa femme enceinte d'un flls, Henry, qui mourut le 23 octobre 1657 et
en qui s’éteignit la branche ainée des Coligny.
II. — Jacques 4e Coligny eut en partage le fief de Saligny et la ba¬
ronnie de la Motte Saint-Jean, d’où le nom de Coligny-Saligny donné
à sa descendance. Il se trouvait à la fois vassal des ducs de Bourbon
et de Bourgognes à l'exemple de son père et de ses grands-pères, il
prit parti pour Charles le Téméraire et fut fait prisonnier à la bataille
de Monllhéry, en 1465. Ayant envahi le Bourbonnais à la tète des
Bourguignons qui, en 1470, allèrent assiéger Charroux, le duc Jean II
de Bourbon s’en vengea en faisant prononcer, le 5 juillet 1472, la
confiscation du fief de Saligny, et ce ne fut qu’après l'annexion de la
Bourgogne à la France, après la mort de Charles le Téméraire (1477)
que par suite de l'intervention de Louis XI. qui tenait à se l’attacher,
il put obtenir du duc Pierre II la restitution de ce fief. Il mourut en
1510. Son fils, Renaud Lourdln, successivement chambellan des rois
Charles VIII, Louis XII et François I", mourut à la Mothe Saint-Jean
en 1547 ( 1) ne laissant de son mariage avec Jacqueline de Montboissier
qu'un flls, Marc Lourdin. Celui-ci épousa Gabrielle Loup de Belle-
nave, embrassa la Réforme vers 1559 comme ses cousins les Châtillon,
abjura à la même époque qu’Henri IV et mourut à Saligny, en 1597,
ne laissant aussi qu'un fils, Lourdin Gaspard, qui épousa, le 18 no¬
vembre 1586, Françoise de la Guiche-Saint Geran. Celui-ci fut député
delà noblesse du Bourbonnais aux Etats généraux de 1614 et bailly
du Charolais en 1628 ; ce fut lui qui fit rebâtir le château de Saligny
qu'il timbra de ses armes et de celles de sa femme. Il eut trois fils :
le plus jeune, Claude, mourut sans postérité ; le second, Jean, che¬
valier de Malte, fut tué au siège de Saint-Antonin en Languedoc
(1622), c’était le parrain de notre personnage. Restait l’alné, Gaspard,
né le 10 juin 1590, pour continuer la maison.
Gaspard de Coligny-Saligny épousa, le 17 novembre 1609, Jacque¬
line de Montmorin-Saint-Héiem, dont il eut deux fils, Gaspard et
plat de la sienne. Coligny, accablé de douleur d'avoir si mal soutenu une si
belle cause, mourut quatre ou cinq mois après d'une maladie de langueur. *
(Mémoires de La Rochefoucauld, t. LI, page 391, de la collection Petitot.)
(1) Ils furent inhumés lui et sa femme en l’ancienne église de la Motte au¬
jourd’hui détruite, et leur pierre tumulaire sert actuellement d'appui de
fenêtre dans une modeste maison de la Varenne (commune de la Motte).
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COLIGNY-SALIGNY
59
Jean. Il tintloujours parti pour le roi. Ce fut lui qui dirigea la défense
de Cusset contre Gaston d'Orléans en Juin 1632. Richelieu l’en fit
récompenser par le titre de comte de Saligny, puis par le gouverne¬
ment d’Autun. Nommé maréchal en 1637, il fut fidèle à Anne d'Au¬
triche et à Mazarin jusqu’à sa mort (8 mars 1651). Il avait acheté
suivant acte de Revanger, notaire à Moulins, le 30 juillet 1620, la
terre de Dôme, dont il fit l'apanage de son fils aîné; celui-ci prit le
nom de marquis de Dorne (ou de l’Orne, comme écrivaient ses con¬
temporains) et fut tué au combat de Charenton en 1649.
Le second fils de Gaspard de Çoligny-Saligny fut le Jean de Coligny,
celui dont je vais vous parler. Il se fit tout d'abord appeler simple¬
ment Saligny, et ce ne fut qu'après la mort de son père qu'il prit le
titre et le nom de comte de Coligny-Saligny.
Comme il n’est qu'un cadet d'une branche cadette, ses débuts dans
la carrière militaire sont assez durs. En sortant des pages de Riche¬
lieu. il entre à 17 ans comme simple soldat dans les gardes-françaises
(compagnie de Rambure) et fait campagne sous les ordres du cardinal
de la Valette. On sait que cette armée après avoir occupé Mayence
et Bergem dut repasser le Rhin et battre en retraite sur Metz où elle
fut licenciée. Coligny rentra à la Motte où il retrouva sa mère, qu’il
□ avait pas vue depuis huit ans. En 1636, il accompagne son père en
Artois puis entre à son grand déplaisir aux mousquetaires : il lui
était pénible, nous dit-il, de monter la garde devant la porte du car¬
dinal, à lui qui, comme page, avait eu ses entrées dans les salons,
puis ses camarades étaient gens grossiers ne se plaisant qu’au caba
rel ou dans les mauvais lieux ; aussi, avec quel plaisir il obtint une
lieutenance aux dragons en 1638, lors de l’organisation de ces corps,
sorte d'infanterie montée, armée de mousquets et devant combattre
bien plus à pied qu'à cheval. Immédiatement envoyé en Italie, il se
distingua aux sièges de Novi et de Tortone. En 1611, il fut nommé
capitaine au régiment d’Harcourt (cavalerie) avec lequel il passa, en
1645. en Catalogne où il fut blessé au siège de Lérida.
« J’y reçus un grand coup de pistolet au bas ventre, mon péché
me sauva, car j’avais mon gousset gauche rempli de poulets d’une
religieuse, ils soutinrent le choc de la balle qui, par ce moyen, ne
fit que percer la peau. »
En 1647, il fut avec son régiment en Flandre. Après l’échec du
maréchal de Ranlzau contre le fort de Nieuvendam, ce fut Saligny
qui sauva les débris de l’armée par sa défense à Dixmude ; le cardinal
lui adressa une lettre de félicitation pour ce fait d’arme, mais cela
ne l’empécha pas de l’envoyer quelques jours après à la Bastille pour
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60
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
avoir gourmandé un peu trop fortM. Gamin, intendant de Picardie.
« Avec le seul régiment d'Harcourt Je battis l’avant-garde des Espa¬
gnols et Je rétablis les affaires, mais J'ai toujours été accompagné
d'une destinée si bizarre que quand J’ai bien servi j’ai été maltraité
et que quand Je méritais châtiment et la mort j’ai été le plus caressé. »
A peine en liberté, au printemps de 1648, il retourne en Flandre où
Condé venait de prendre le commandement, ayant pour aller ego son
ami le jeune Cbâtillon, âgé de 27 ans et déjà maréchal de camp.
Saligny lut des mieux reçu par son cousin qui le présenta au prince.
11 retrouva aussi à l’armée son frère, le marquis de Dorne, maître de
camp aux gendarmes de la reine.
Après une suite de succès et d'insuccès à Ipres, à Tournay, à Os-
tende, les armées française et espagnole se trouvèrent en présence,
le 20août,entre Béthune et Lens. Vingt mille Espagnols, avec trente-
huit caiîons, étaient solidement retranchés sur les hauteurs de Lie-
ven ; Condé, qui ne disposait que de seize mille hommes et de dix-
huit canons, jugea que c'était folie de les attaquer dans cette position,
il feignit de battre en retraite ; l’ennemi, pour le poursuivre, descen¬
dit dans la plaine, c’est ce qu’il espérait ; il fit faire halte, puis volte-
face à ses troupes et la bataille s’engagea ; suivant la tactique de
l'époque, le prélude fut un combat de cavalerie pendant lequel Sali¬
gny, dans une sorte de cartel, tua un colonel ennemi, mais eut lui-
mème un bras cassé d’un coup de pistolet.
Châtilion, qui avait le commandement de toute l'infanterie, voyait
déjà faiblir son centre, formé des gardes-françaises, lorsqu'il fut
dégagé par une brillante charge des gens d’armes conduite par le mar¬
quis de Dorne ; prenant à son tour l’offensive, il chargea à la tète de
toutes ses troupes et enleva l'artillerie espagnole. Grâce aux Coligny,
Condé avait la victoire (1).
En récompense, Châtilion, chargé de porter les trophées à Anne
d’Autriche, fut nommé duc de Châtilion ; Saligny, lui, fut nommé
par Condé mestre de camp du régiment d’Enghien. « C’est ce qui a
causé mon attachement à lui et tout s’est terminé en une guerre mor¬
telle, d’une haine irréconciliable entre nous, car il me hait en diable
et je le hais en diable et demi », écrivait-il dans ses Mémoires.
La paix fut signée quelques jours après à Munster (29 octobre 1648).
Pour soutenir cette longue guerre, Mazarin avait dû augmenter les
impôts ; le peuple murmura, puis, à la voix du Parlement, se révolta.
Paris se couvrit de barricades (26 août), la reine s’enfuit à Saint-Ger-
(1) Histoire des Condés , par le duc d’Aumale, Lens, tome V, p. 246 et suiv.
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CÛLIGNY-SALIGNY
61
main avec ses deux fils et le cardinal rappela Condé et son armée
victorieuse : c'était la Fronde qui commençait.
Les Parisiens, en outre de la fameuse cavalerie des portes cochères
(ainsi nommée parce que chaque propriétaire de maison à porte co¬
chère devait fournir un homme monté et équipé à ses frais), avaient
armé douze régiments d’infanterie auxquels étaient venus se Joindre
deux mille déserteurs sous les ordres de Bernard de Chaulin. Condé,
au lieu de faire le siège de Paris, en établit le blocus, pensant prendre
les bourgeois par la famine. Le 8 février, Châtillon reçut l’ordre de
s’emparer de Charenton qu'occupait Chaulin. Dès le début de l’action,
les Parisiens firent une sortie à grand bruit de tambours et de trom¬
pettes et s'avancèrent jusqu'au bois de Vincennes, mais, pris de pa¬
nique, ils se retirèrent avant même d'avoir été engagés. Le combat
n'en avait pas moins été des plus vifs à Charenton ; le Jeune duc de
Châtillon y fut blessé et expira le lendemain, à Vincennes, fcntre les
bras de sa femme ; le marquis de Dorne y fut tué raide à ses côtés.
Bientôt Mazarin, craignant de s'ètre donné un maître en Condé vic¬
torieux, traita avec les Parlementaires et la paix fut signée à Saint-
Germain le 30 mars.
(A suivre.) G. Morand.
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BIBLIOGRAPHIE
Frémont (R. de). Les doléances financières du Tiers-État du
Périgord en 1789, d’après les cahiers rédigés par les pa¬
roisses... — Bordeaux, 1910, in-8". 174 p.
Voici une savante étude de notre confrère sur tout le système
financier de l’ancien régime. L’auteur prend successivement chaque
impôt, en fait l’historique, nous indique son origine, sa base, son
mode de perception, ses abus, ce qui le discrédite et souvent un nou¬
veau mode de perception proposé.
Dans l'introduction il cherche, peut-être un peu sommairement,
les causes du mauvais état des finances royales, ciie les efforts
faits par Loménie de Brienne et par Necker pour y porter remède,
mais ne dit pas un mol de Turgot qui, lui, cependant, avait bien vu
d'où venait le mal et avait voulu porter le fer rouge dans la plaie ;
il avait été brisé par la coterie de la reine et des Polignac, car trop
de gens de la cour vivaient de ces abus, notamment des lettres de
créance.
Après cette légère critique, revenons à l'ouvrage de M. de Frémont.
Nous y trouvons une étude très fouillée des divers impôts de la
taille, puis, comme impôts indirects, des aides, des traites, des ga¬
belles, du contrôle, des insinuations, du monopole du tabac, du droit
de franc fief, etc. ; comme impôts en nature : des corvées, de la mi¬
lice, des convois militaires et du logement des troupes.
Après les impôts royaux, il étudie les impôts seigneuriaux, les
rentes foncières, les lods, le retrait féodal, les banalités, les péages
et... le droit de cuissage (encore en usage, nous dit-il, àSaint-Sulpice
de Roumagnac).
Enfin, il consacre tout un chapitre aux finances ecclésiastiques, ce
qui l'amène, après avoir parlé des dîmes, à dire quelques mots du
traitement du clergé.
Cet ouvrage a un intérêt tout spécial pour nous Bourbonnais qui
ne pouvons nous livrer â la même étude ; les cahiers de doléances
de notre province étant en grande partie perdus. M. Dénier a cepen¬
dant pu nous donner dernièrement le cahier de Bessay-le-Monial et
M. Bodard celui de Cérilly.
J’aurais voulu voir M. de Frémont terminer son travail par une
comparaison des impôts de l’ancien régime avec les impôts actuels.
Nous dire que bien souvent l'appellation a seule changé, qu’ainsi
la taille est devenue la contribution foncière, les aides l’impôt sur
les boissons, les traites les douanes, les gabelles les droits sur le sel,
le sucre, etc., le contrôle l’enregistrement, les Insinuations les droits
NÉCROLOGIE
63
de transcription aux hypothèques, les francs fiefs les droits de muta¬
tions, etc.
. M. de Frémont nous montre que i'idée de l’impôt sur le revenu
n'est pas nouvelle ; déjà, en 1789, dans plusieurs cahiers du Périgord
on demande que la taille soit basée sur le revenu, dans plusieurs
autres on demande, à l'exemple de Vauban. qu’elle soit un dime royal
sur tous les produits du sol. Mais le eri général est l'égalité pour
tous devant l’impôt, plus de privilège financier pour la noblesse et
pour le clergé. G. Morand.
Bujon (Ch.). En Italie. Journal des voyages d’Allnda Bru-
namonti. — Paris, Fa'que, 1910, V, 406 p.
Ce livre est un guide à travers l’Italie, mais un guide dont l’auteur
est à la fois un poète sensible, une artiste intelligente et une huma¬
niste passionnée. Alinda Brunamonti. née en 1841, à Pérouse, d'un
père fort érudit, écrivit, au bord du mélancolique lac de Trasimène,
brillant « comme un miroir d’étain », ce journal de ses voyages à
travers la Lombardie, la Toscane, les Marches et J’Ombrie, dont cha¬
cune des merveilles est analysée d’une émotion pénétrante que
l’auteur sait faire partager au lecteur. Ces impressions n’étaient
pourtant pas destinées au public ; ce n’était qu'un « album d'artiste ».
M. Ch. Bujon a traduit, avec tact, ces confidences intimes ; le livre
qu’il nous donne ainsi est à lire par tous ceux qui connaissent le
pays du Dante, — et aussi par ceux qui l’ignorent. P. F.
NÉCROLOGIE
M. Albert Defaye. — Nous extrayons du journal Le Libéral, du
dimanche 1" Janvier 1911, les lignes qui suivent, dues à M. Léon
Tissier et consacrées à la mémoire de M. Albert Defaye, notaire à
Dompierre, décédé le 25 décembre dernier. Notre président a déjà,
en ouvrant la séance de janvier, résumé par quelques mots l’existence
empreinte de tant de droiture élégante de notre regretté confrère,
qui ne comptait parmi nous tous que d’afïeelueuses sympathies :
«... Albert Defaye méritait, en effet, qu’on rappelât ce qu'a été sa
noble existence. Possesseur d’une fortune qui lui eût permis de ne
s’occuper que delà gestion de ses intérêts, il préféra se rendre utile
aux autres en suivant la voie qui lui avait été tracée par les siens.
Pendant trente années, il dirigea cette étude qui, durant soixante ans,
avait été gérée par son père et par son aïeul et qu'il désirait pouvoir
remettre lui-même à son fils. Doué de connaissances juridiques pro¬
fondes, complétées par une exquise distinction et une bonté parfaite,
il était le guide le plus sûr et le plus aimable... Ses confrères de l’ar-
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
rondissement rendirent hommage à ses qualités, en le nommant
membre de la chambre de discipline aussi souvent que la loi le per¬
met et en l'appelant cinq fois aux fonctions de président. Dans ces
délicates fonctions, il apportait constamment le tact qui lui était
familier et trouvait toujours la solution élégante des difficultés, sou¬
vent ardues, soumises à ces assemblées confraternelles. Son souve¬
nir demeurera parmi ses confrères, comme il restera dans le cœur
de tous ceux qui font connu... »
HI. Brugière de Lamotte. — Des circonstances Indépendantes
de notre volonté nous ont empêché jusqu’ici de décerner à notre
confrère, depuis si longtemps membre de la Société, qui avait eu
maintes occasions de l'apprécier à sa Juste valeur, l’hommage qu’ap¬
pelait tout naturellement le caractère de cet homme de bien. Une
personnalité bien connue à Montluçon lui a consacré dans le Centre
du 22 décembre 1909 un article dont voici le principal passage :
« Le regretté défunt appartenait à une des familles les plus an¬
ciennes et les plus estimées de notre ville. Son grand-père, qui fut
sous-préfet de Montluçon, sous lçi monarchie de juillet, était un
archéologue distingué et a publié plusieurs mémoires intéressant le
passé de sa ville natale.
Son père exerça longtemps la médecine à Montluçon et mérita, par
sa bonté, le titre de médecin des pauvres.
M. Georges Brugière de Lamotte était donc « un vieux Montlu-
çonnais » dans toute la force du terme. Né à Montluçon. il ne l’avait
Jamais quitté que pour ses études de droit à Paris, après avoir fait
ses humanités chez les Maristes de Montluçon.
En 1870, il fit, avec les mobiles montluçoanais, la campagne d’Al¬
gérie. Toujours et partout il sut mériter l’estime et la sympathie de
ceux qui l’approchaient, par la droiture de sou caractère, sa mo¬
destie, son affabilité, la distinction de son esprit et l’enjouement de
sa conversation.
Il aimait et cultivait les arts, surtout le dessin et la peinture où il
avait acquis un vérilable talent. On lui doit des plaquettes très artis¬
tiques qui ont servi à illustrer divers ouvrages sur le vieux Mont¬
luçon.
M. Brugière était un homme d’œuvre ; il était depuis fort long¬
temps le président de la Société de secours mutuels de Saint-Fran¬
çois-Xavier, dont tous les membres professaient pour lui une véri¬
table et respectueuse sympathie.
Il aimait à faire le bien, mais sans ostentation, en véritable chré¬
tien qu’il était.
C’est en vrai chrétien aussi qu’il a vu arriver la mort et qu’il Ta
acceptée avec une résignation parfaite, dans la pleine lucidité de
cette belle intelligence qu’il a gardée Jusqu’à la fin.
A toute la famille que cette mort met en deuil, nous offrons nos
condoléances. »
Le Gérant : P. FLAMENT.
Moulins. — Imprimerie Etienne AUclaire.
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PROCÈS-VERBAL
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 6 MARS 1911
Présidence de M. Morand
r
E taient présents : M"* Françoise de Bonand, MM**‘ la M'*' de
Champeaux, la V'” M d’Orcet, R. de Quirielle, la C'“" de
Saint-Laumer, MM. le chanoine Berthoumieu, L. Boutal, le
D r de Brinon, E. Capelin, R. Chabot, le chanoine Clément, Delaigue,
Dénier, Flament, Frobert, L. Grégoire, Leutrat, Linglin, Queyroi
et R. de Quirielle.
— S'élaient fait excuser : MM. Joly, Milcent el Montagne.
— En ouvrant la séance, le Président souhaite la bienvenue à ceux
de nos confrères qui assistent pour la première fois à l’une de nos
réunions.
— Après lecture du procès-verbal, M. le chanoine Clément donne
quelques renseignements complémentaires au sujet des cercueils de
pierre découverts à Urçay ; ces renseignements lui ont été communi¬
qués par M' Grandjean, notaire. Notre confrère M. H. de Laguérenne
donne d’intéressants détails sur cette trouvaille et sur celles anté¬
rieurement faites dans la même commune.
— Dépouillement de la correspondance.— Lettres : de M. le général
Pérez remerciant de l’avoir compris dans la liste des membres de
droit de notre Société ; — deM. H. de Laguérenne remerciant de son
admission ; — de M. Choussy donnant sa démission de membre titu¬
laire. — Autorisations de la municipalité de Montoldre et des divers
propriétaires des châteaux dont la visite est projetée pour l’excursion
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
prochaine ; — de M. Montagne signalant que, dans son ouvrage sur
le chevalier de Togues, seigneur de la Motte des Noyers, le seigneur
de ce fiel est bien dénommé, quelquefois aussi, Charles de Saint-Aubin,
comme l’indique M. Duchon d’après M. Révérend du Mesnil.
— Ouvrages offerts. — M. de Quirielle, au nom de son fils, M. Jean
de Quirielle, offre à la Société son dernier ouvrage récemment paru :
L’homme qui fit parler les bêtes. La Société adresse ses remercie¬
ments aux donateurs.
— Le président fait ensuite le compte rendu des publications re¬
çues :
« La Société historique et scientifique des Deux-Sècres publie une
biographie par M. Petiet, du comte de Sainte-Hermine, ancien dé¬
puté.— Cette étude est précédée d’une note généalogique bien incom¬
plète. Notre confrère M. Delaigue. dans sa Révolution à Saint-Menoux.
nous en avait déjà donné une, M"' Andrée de Sainte Hermine, tante
de l’ancien député en question, ayant été la dernière abbesse de Saint-
Menoux au moment de la Révolution. Notre confrère le chanoine
Moret avait lui aussi consacré quelques pages à M*' de Sainte-Her¬
mine dans son Histoire de Saint-Menoux.
a Le Bulletin archéologique du Comité des Travaux historiques pu¬
blie une étude de M. Audollent, professeur à la Faculté des Lettres
de Clermont, sur les tombes à incinération du musée de Clermont.
« Dans les Mémoires de la Société historique du Cher, on peut lire :
1“ une notice de M. Supplisson sur « le canon de Sancerre », pièce de
4 en bronze sortie de la fonderie de canons de Moulins pendant la
Révolution ; on y trouve des renseignements sur cette fonderie d’une
durée bien éphémère et sur le conventionnel Noël Pointe, ancien
ouvrier arquebusier, qui l’organisa ; inutile de rappeler que l’un des
premiers actes de Pointe en arrivant à Moulins, en nivôse an II, fut
de faire élargir quinze suspects que l’on se disposait à envoyer re¬
joindre les trente-deux victimes de Lyon. — 2° Une chronique du
comte de Toulgoët : Les trois mariages de la dame de Ville-gougis ;
l’héroïne de ce roman historique est Avoye de Chabannes, noble
sinon vertueuse dame qui vécut de 1493 à 1542. Elle tenait au duc
de Bourbon par la main gauche et autour d’elle s’agitent de nom¬
breux personnages de notre pays. Toutefois, je préviendrai les lec¬
teurs que cette chronique n’est peut-être pas complètement ad usum
puellarum.
« Le Bulletin de la Société pour la protection des paysages annonce
un projet de modifications dans la législation du classement comme
monument historique. Ce classement pourrait être fait en dehors et
malgré les propriétaires. »
— Le trésorier donne l’état des comptes de l’exercice écoulé et le
projet de budget pour l’exercice suivant ; l’ensemble en est approuvé
et M. le président se fait l’interprète de la Société pour adresser à
M. Frobert les plus vifs remerclments pour son dévoué concours.
Conformément à l’article 8 des statuts, nous donnons les comptes de
l’exercice de l’année passée.
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PROCÈS-VERBAL
67
COMPTE DE GESTION 1909-1910
Recettes :
Solde en caisse au 1" janvier 1910 .... 1.975 08
226 cotisations de membres ac- \
tils à 12 francs.2.712 » I
12 cotisations de membres cor- /
respondants à 10 francs. ... 120 » > 3.310 45
30 abonnements à 10 francs. . . 300 » I
Vente de bulletins . 118 45 ]
Intérêts de l'avoir. 60 » /
Total des recettes. 5.285 53 ci. 5.285 53
Dépenses :
Imprimerie du bulletin et gra- \
vures. 1.657 85
Frais de recouvrements et de j
bureau. 143 40 I
Bibliothèque. 60 50 \ 2.061 75
Gens de service. 130 » L
Souscription aux inondés. ... 50 » !
— Philippe Thomas. . . 10 »
— du millénairedeCluny 10 » /
Achat de 90 francs rente 3 •/. 2.930 85
Total des dépenses. 4.992 60 ci. 4.992 60
Solde en caisse.
292 93
— M. l’abbé Clément fait passer sous les yeux des membres plu¬
sieurs photogravures extraites de l'ouvrage de M. Bégule sur les vi¬
traux dans la région lyonnaise et qui donnent la vue de la chapelle de
Bourbon, édifiée dans la cathédrale de Lyon par le cardinal Charles
de Bourbon. Les sculptures, les vitraux reproduisent le monogramme
et les dextrochères du cardinal, dans la même forme qu'on les trouve
répétés plusieurs fois à la cathédrale de Moulins, dans le missel de
Montbrison et sur la tapisserie du trésor de Sens.
Enfin, il lit une note sur la composition des tissus dans les ver¬
rières de notre vieille collégiale, prouvant, par des comparaisons, que
si les tissus qu'on trouve dans quatorze verrières sont de composition
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
française, les damas de la robe et de la tapisserie de fond de la jolie
sainte Catherine du vitrail des ducs sont d'inspiration italienne et
relèvent spécialement des cartons employés depuis le xiv' siècle par
les ateliers de Lucques, qui sont d’origine persane.
— M. Delaigue signale que, dans les déblais d’un terrain situé rue
de Decize, anciennement rue des Carmélites, entre les numéros 26
et 30, appartenant à M. Thibaud, boulanger, les ouvriers ont mis au
jour un fragment de terre cuite revêtu d’une couche d’émail présen¬
tant une partie d’inscription funéraire :
MONT CARMEL. . .
SECOND COUVE. . .
LE 27 AOUST 16.
ANS ET DE.
Requieacat .
Cette épitaphe doit provenir de la tombe d’une ancienne carmélite
décédée à Moulins, et il est à croire que cette terre émaillée est un
spécimen de l’industrie moulinoise.
— M. Dénier fait circuler une reliure aux armes d’Antoine d’Urfé,
mort en 1594. qui est le complément de 1 ’ex-libris publié dans un
numéro précédent. Cette reliure présente un intérêt d’autant plus
grand que ce fer n’avait pas été signalé dans Y Armorial des Biblio¬
philes.
— Sous ce titre : Les lettres de Jeanne d’Arc et la prétendue abjura¬
tion de SaintOuen , M. le comte de Maleissye a publié dans la Reçue
des Deux Mondes (1911, I, p. 610-642) un travail qui, par certains
côtés, offre pour nous un intérêt local. M. Delaigue en a fait un
compte rendu dont il donne lecture et dont les conclusions, à savoir
que Jeanne d’Arc avait appris à lire et à écrire pendant les trêves,
ne lui ont pas paru soutenables. Il termine ainsi :
a M. de Maleissye a fait certainement un effort méritoire, mais je
crois qu’il a été gagné par le mirage de l’idée fixe et qu’il a confondu
les apparences avec la réalité. Il n’a mis en avant aucune preuve
sérieuse, ni même de ces demi-preuves dont on peut parfois consti¬
tuer un ensemble vrai. Sur les cinq lettres qu’il cite, il en possède
trois, ce qui est, on en conviendra, une circonstance très propre à
entretenir les illusions. »
M. l’abbé Clément parle dans le même sens et, à ce propos, M*' la
comtesse de Saint-Laumer signale que la Société archéologique
d’Eure-et-Loir a eu aussi à s’occuper de cette question, sous l’inspi¬
ration de M. de Maleissye lui-même.
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PROCÈS-VERBAL
6a
— M. Louis Grégoire fait circuler un volume assez rare de Claude
Duret : Traité de la vérité des causes et effets des divers cours de la
mer Ocèane, ouvrage orné d'un monogramme du xvn' siècle et ayant
appartenu à Anquetil-Duperron.
— Après avoir montré un sceau curieux aux armes des Bourbons
trouvé récemment à Billy, M. Morand demande à la Société de fixer
le jour de la prochaine excursion. La date du jeudi 22 juin est
définitivement arrêtée.
— Le Secrétaire donne lecture du projet de règlement Intérieur qui,
mis aux voix, est approuvé en assemblée générale.
M. Dénier donne ensuite connaissance d'une inscription relevée
sur une pierre tombale de l’église de Souvigny ; celte épitaphe, placée
à gauche de l'autel de Notre-Dame de Lourdes, est ainsi conçue :
t
Cy gist Jehan Sirot jadis
CONSEILLER ET TRÉSORIER
GÉNÉRAL DE MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURBONNOIS ET
d’Auvergne, et receveur des
AIDES POUR LE ROI AU DIT PAYS
LEQUEL TRESPASSA LE XU' JOUR
DU MOIS DE DÉCEMBRE L’AN
MCCCCLVIII. PRIEZ NOSTRE
Seigneur pour luy.
Jehan Sirot occupait les fonctions de trésorier général des finances
depuis le 8 août 1439. fBlbl. nat., ms. de la collection Gaignières 654,
1" registre de Bourbonnais, f* 51.) En reconnaissance des libéralités
faites au monasière de Souvigny, un service annuel était célébré à
la date anniversaire de sa mort ainsi qu'en fait foi l’obituaire de Sou¬
vigny à la date du II des ides de décembre : « Offlcium sollenne fiat
pro honorabili viro Johanne Sirot, consilliario et thesaurario Karoli
ducis Borbonii, qui dédit nobis annuatim quindecim libras turonensium
annui et perpetui redditus. »
— Sont élus membres titulaires : MM. Bargnoux et Jacques Pays.
— Sont présentés comme membres titulaires :
M' 1 ' Joséphine de Boisé de Courgenay, château de Chabenet, par
Saint-Marcel (Indre), par MM. Dénier, le chanoine Clément et L. Gré¬
goire.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
M*' la C 1 "” Louis de Ronseray, 25, rue Paul-Bert à Moulins, par
M" la C 1 "" de Saint-Laumer, MM. Boutai et Flament.
M 11 * Thonier-la-Rochelle, 5, rue de la Croix-Verte à Montluçon,
par M' 1 ' Léonie Duchet, MM. J.-B. Thonnié et le chanoine Clément.
M. le D r Paul Benoit, à Saint-Gérand-le-Puy, par MM. Montagne,
Morand et Dénier.
M. le baron Desmaroux de Gaulmin, au château de Saint-Allyre,
près Saint-Gérand-le-Puy, par MM. J.-B. Thonnié, H. Olivier et
Morand.
M. Duchollet de Costebelle, 87, rue Taitbout, à Paris, et château
de Champfeu, à Avermes, par MM. Henry Frobert, Queyroi et
Morand.
M. Albert Grellet-Dumazeau, avocat général, 10, rue Duplat à
Lyon, par MM. Tissier, J.-B. Thonnié et Morand.
M. Orsel, notaire à Billy, par M*' la C"“* de Fradel, MM. R. de
Quirielle et Morand.
M. Georges Pégat, au château de la Croix-de-l’Orme, par M“' la
C 1 "" de Fradel, MM. H. Olivier et Morand.
M. Joseph Robin, propriétaire au Moulin-à-Vent, Yzeure, par MM.
Dénier, Grégoire et Tiersonnier.
M. le baron de Waldner de Freundstein, au château de Lévy
(Allier), par M*'la C 1 "*' de Saint-Laumer, MM. Boulai et Flament.
— Est présenté comme membre correspondant :
M. Henri de Feydeau, contrôleur général de l’armée du cadre de
réserve, 70, avenue du Maine à Paris, par MM. Flament, H. de Brinon
et Queyroi.
— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 h. 3/4.
M. D.
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Ai A* A *A* *A» -A A A A A A A A
Kysr^ySr
Coup de main tenté a Hérisson en 1650 "'
A u temps de la guerre civile suscitée par le prince de Condé, le
sieur Simon Sanson, écuier, s. de Brie, qui s'était secrète¬
ment rangé dans son parti, entreprit de faire prendre la ville
d’Hérisson. Sous prétexte de mettre à couvert ses meubles des incur¬
sions des troupes de ce prince, il demanda à M. François de Fou-
gières, seigneur du Creux, qui, en sa qualité de capitaine châtelain,
avolt la garde de cette ville, la permission de les faire transporter
dans le château : le s. de Fougières, sans méfiance et ajoutant une foi
crédule à son exposé, la lui accorda.
Aussitôt le s. de Brie en prévient le s. Thomas de Méchalin, s. du
Tilloux, qui étoit en garnison à Monrond, ayant des troupes sous ses
ordres, et l’invite à venir seconder son projet. Tandis que celui-ci
s’avance avec son régiment, le s. de Brie fait voiturer au château
quatre grands coffres dans lesquels étoient renfermés des soldats
armés au nombre de neuf à dix et contenants en outre des muni¬
tions de guerre. A peine furent-ils déchargés qu’il en fit sortir les
soldats et s’empara avec eux de la cour et du devant du donjon du
château.
La femme du concierge, qui s'en aperçut, courut au donjon, en
ferma la porte et appela du secours ; à ces cris, M. le chevalier du
Creux, fils de M. de Fougières, accourt avec quelques particuliers et
le s. de Brie et ses soldats se retranchent dans une petite tour, un
combat s’engage entre eux. Le bruit de la mousqueterie et le son du
tocsin de l'horloge donnent l’éveil aux habitans de la ville qui se
rendent en grand nombre au château. Ayant trouvé le pont levé et
barricadé, ils plantent des échelles, escaladent les murs, entrent dans
le château et rompent les barricades.
Alors le s. de Brie s’élance sur le chevalier du Creux et veut le poi¬
gnarder, mais celui-ci esquive le coup et saisit au corps son adver¬
saire. Tandis qu’ils étoient ainsi aux prises, le s. de Fougières père,
qui étoit dans le donjon très incommodé de la goutte, se mit à une fe-
(l)Ce court mémoire inédit, dû à G.-B. Perrot de Saint-Angel, nous a été
communiqué par notre confrère M l,a Léonie Duchet, sa petite-nièce.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
nètre et, s'étant armé d'un fusil, couche en joue le s. Debrie ; celui-ci
s’en étant aperçu lui crie : « Cousin, tu turas ton fils ! — N'importe,
lui réplique le s. de Fougières, pourvu que je tue le traître. » Et de
suite, il lâche son coup, dont le s. Debrie fut mortellement blessé.
Il y eut dans cette action, du côté des ennemis, trois soldats de tués,
les autres mirent bas les armes et furent faits prisonniers, et du côté
des habitans il n'y eut que Claude Madet de tué. Le sieur Pierre
Demay, écuyer, s. de Breuilly, lieutenant de la châtellenie, fit ensuite
la visite des coilres et les trouva remplis de poudre, plomb, balles,
mèches et de trois douzaines de grenades, faites en terre et char¬
gées.
Le s. de Méchatin, qui s'était mis en embuscade aux abords de la
ville, ayant été instruit que cette trahison était découverte, se retira
du côté de Saint-Amand.
(Pour perpétuer la mémoire de cette action, les habitans d’IIérisson
firent la fondation suivante :)
« Copie du titre de la fondation faite par les habitans d’Hérisson en
l’église collégiale dudit Heu.
Ainsi fut par les officiers du Roi, ecclésiastiques, sindics et babi-
tans de cette ville d'Hérisson assemblés, résolu et juré serment de
fidélité au service du roi, mourir plustot et perdre tous leurs biens
que de s'en départir, garder ceste dite ville et château à son service
et s'opposer vigoureusement contre les entreprises qui seroient faites
par les garnisons de la forteresse de Montrond et autres lieux, leurs
ennemis, se seroient resoux prendre les armes pour garder la dite
ville et chateau, et, par exprès, le vingt-septième juillet 1650, Simon
Sanson, écuyer, s. de Brie, et Thomas Méchatin, écuyer, s. du Til-
loux. oublieux de leurs naissances et devoirs, par une insigne trahi¬
son et pratique faites avec les ennemis de cette dite ville, ayant fait
entrer des coffres dans le château d’icelle, sous prétexte d'y serrer les
meubles du dit Debrie. mirent des hommes dans les dits cofres, et
par cette invention surprirent le château, à la réserve du château
donjon, lequel étant vigoureusement défendu le dit Debrie et quelques
soldats [furent] tués ou faits prisonniers. De quoi les dits officiers du
Roi et habitans de cette dite ville, incertains de la dite surprise, se
seroient résolus d’attaquer le dit château, ce qui leur auroit si favo¬
rablement réussi qu’ayant escaladé le pont, rompu la grille, coupé le
verrouil, se seroient rendu les maîtres, si bien que, songeant au
dehors, quelques particuliers, étant montés au haut du donjon, au-
roient reconnu un gros de cavalerie posté dans le dessein de favori¬
ser la dite trahison.de quoi les dits habitants s’etant apperçu auroient
sommé et obligé le sieur marquis de Persant en personne, comman¬
dant la dite cavalerie, comme il est certifié, par leur trompeté, de se
retirer ; ayant ainsi assuré le château et ville, se résolurent en pre¬
mier lieu en rendre grâce au Tout-Puissant, ce qui fut sur le champ
solennellement fait ; et, du depuis, s’étant glorieusement maintenu dans
le dit service du Roi, contre tous les efforts et menaces de leurs enne-
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COUP DE MAIN TENTÉ A HÉRISSON
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mis et ce pendant une année, faisant réflexion de la haute et puissante
protection spéciale et particulière du Très-Haut, se sont assemblé et
ont avisé dans leur assemblée d’en marquer le jour d'icelui, le solem-
niser comme le saint Dimanche par prières et vœux faits à Dieu, et
afin gu’il soit pour eux et leurs descendants tenu et inviolablement
gardé et observé, de faire une fondation autant que leur commodité
peut le permettre, et de requérir le chapitre de celte dite ville la vou¬
loir accepter pour eux et les leurs et contribuer de leur part, comme
il est dû, à cette divine protection.
« Pour ce est-il qu’en sa personne M' Pierre Roueron, sindic de celte
dite ville, de son gré et volonté et suivant le résultat des dits habi-
tans, assemblés en corps en leur hôtel commun, ce jourd’hui vingt
sixième juillet 1651, a constitué et constitue par ces présentes une
charge annuelle et perpétuelle de six boisseaux seigle sur la dîme de la
charité dè cette dite ville, à prendre et percevoir par les s" doyen et
chanoines de l’église collégiale de Saint-Sauveur de cette diteville.aux
charges et conditions de faire à pareil jour, 27' juillet, une procession
générale qui, partant de leur église, sortira par la porte de la Varenne,
ira montant autour des murailles et château, à la croix de Piraveau,
et. au pied du donjon du dit château, faire une station, y faire les
prières nécessaires en action de grâce de ce que l’on a été délivré de
l’effet de la trahison des dits Debrie et Méchatin, ainsi qu’il est or¬
donné par la sainte Eglise en pareille rencontre, et pour la conserva¬
tion des dits habitans les prières jaculatoires et bénédictions accou¬
tumées, et après revenir an leur eglise par la porte du pont, où étant
chanteront un Te Deum et grande messe en musique avec diacre et
sous-diacre, les chanoines revêtus des plus beaux ornemens de
leur église, icelle en l’honneur de saint Sauveur, patron de la dite
église, avec le sufrage de la Vierge.de saint Loup, patron de cette dite
ville, de saint Pantaleon et des sept dormans. jour de leur fête, et,
pendant la levée du Saint Sacrement, chanteront un mottet en l’hon¬
neur et bien de la délivrance du château, et à la fin d’icelle messe, un
exaudiat pour la prospérité et santé de Sa Majesté. Outre quoi, secélé
brera par les dits sieurs vénérables une messe de mort basse, le len¬
demain à la mémoire et pour prier pour l’âme de Claude Madet,
maître cordonnier, tué à la reprise du dit château, et faire par les
dits sieurs vénérables pour la solennité du dit service, soit de mu¬
sique, orgue qu’autrement, tout ce qu’ils trouveront avantageux à
cette fin. Sera offert par le sindic de cette dite ville un pain béni d’un
boisseau froment. A quoi les dits sieurs doyen et chanoines ont ac¬
quiescé et accepté le traité des habitans. en présence de P’rançois
de Fougières, écuier, seigneur du Creux, capitaine et châtellain d’Hé-
risson, Pierre Lemire, s. des Jardins, procureur du rov, Pierre De-
may, écuier. sieur de Breuilly. conseiller du roy, lieutenant général
civil et criminel en la ville et châtellenie d’Hérisson ; et le dit Roue¬
ron, sindic, pour et au nom des dits habitans et leurs successeurs, a
fait vœu à Dieu et juré sur les saints évangiles, icelles présentées
par messire Gabriel Luylier, chanoine, revêtu d’habits sacerdotaux,
au devant du grand et principal autel de la dite église, de garder
et inviolablement observer le jour vingt-septième juillet comme le
saint dimanche et assister à la procession générale et service qui
sera fait par les dits sieurs chanoines en leur église en commémo¬
ration de ce que Dieu, par sa toute puissante main, les a gardé et
délivré de la main de leurs ennemis, en foi de quoi ils ont signé les
jours et an que dessus. »
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, ï , ï'ï r »f. 3E**"4 3E*SE*3?3u^
Uqe page de l’Hi5toire d’Ebreuil
L e 5 décembre 1743, mourait à Ebreuil messire Jean-Baptiste
Massillon, «prêtre licencié, archidiacre et chanoine de la cathé¬
drale de Clermont, vicaire général de Mgr l’évêque, conseiller-
aumônier du Roi »,abbé commendataire de l'abbaye royale de Saint-
Léger d’Ebreuil. Il était le neveu du célèbre prédicateur promu en 1717
à l'évêché de Clermont.
Le successeur à Ebreuil de messire J.-B. Massillon fut l'abbé
Jacques-François-Paul-Aldonce de Sade, originaire de Provence. Fort
Jeune, il avait été vicaire général de l'archevêque de Toulouse, puis,
en 1735, de l'archevêque de Narbonne, et ses talents et la considéra¬
tion dont il jouissait l’avaient fait charger d’une mission à la cour
par les Etats du Languedoc. Placé en 1744 à la tète du monastère
d'Ebreuil, le nouvel abbé s'occupa plus de littérature que des inté¬
rêts de son abbaye. Les Remarques sur les premiers poètes français et
les troubadours , les Mémoires pour la vie de François Pétrarque qu’il
commençait à publier d'après les traditions de sa famille, l'absor¬
baient davantage que les discussions matérielles de son administra¬
tion et le souvenir charmant d’une de ses aïeules, la belle Laure de
Noves, la dame « aux beaux cheveux blonds et bouclés », muse de
Pétrarque, ménageait à sa plume des images plus riantes que les
comptes de son bénéfice (1). D’aucuns prétendent également que le
chagrin causé par la mort d’une amie dévouée, M*' de La Popeli-
nière, fut un nouveau motif à sa retraite, à son indifférence et à son
mépris des choses d’ici-bas. Il séjourna peu dans le palais abbatial
des bords de la Sioule et se retira bientôt dans son château de Sau-
mane près Avignon, où il mourut en 1778.
Bref, quelles qu’en soient les raisons, c’est pendant la durée de son
administration que commence le déclin du couvent des Bénédictins.
Par ses dépenses exagérées et par sa négligence, l’abbé de Sade com¬
promit les intérêts de la célèbre abbaye qui, peu à peu, perdit quantité
de petites rentes ou redevances grossissant les revenus des Pères.
Une de ces redevances consistait en un droit de péage qui se parta-
(1) Laure de Noves, immortalisée par Pétrarque, avait épousé en 1325
Hugues de Sade, dit le Vieux, syndic d’Apt en 1348. Les traditions recueillies
sur elle par l’abbé de Sade sont curieuses, mais manquent d'authenticité.
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UNE PAGE DE L’HISTOIRE D’EBREüIL
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geait entre l’abbaye et les habitants de la ville : d'après l'abbé Bou¬
dant, ce droit aurait été supprimé en 1745 (1).
La suppression de ce droit est exacte, mais ce qui l'est moins, c'est
sa date. Ce n’est pas en 1745, mais seulement sept ans plus tard, en
1752, qu'un arrêt du Conseil d’Etat du Roi interdit ce droit de barre
ou de péage ; en voici d'ailleurs le texte intégral :
« Arrest du Conseil d'Etat du Roi
« qui fait défenses au sieur abbé de l'abbaye de Saint-Léger
d'Ebreuille, généralité de Moulins, et aux habitans de ladite villed’y
percevoir des droits de péage ; et déclare qu'il n’a point été statué sur
les droits, si aucuns sont dûs, sur les bestiaux amenés dans la ville
pour y être vendus ou consommés, ni sur les droits de foire ou de
marché. »
« Du 20 juin 1752. •
« Extrait des registres du Conseil d'Etat.
a Vu par le Roi, étant en son conseil, les titres et pièces représentés
en exécution de l'arrêt rendu en icelui le 29 août 1724, et autres ren¬
dus en conséquence, et de l'arrêt interlocutoire du premier avril 1749,
signifié le 27 mai suivant, par le sieur de Sade, abbé de l'abbaye de
Saint-Léger d’Ebreuillî. se prétendant en droit de percevoir moitié
d’un droit de péage ou barre, sur le pont et en la terre et seigneurie
d'Ebreuille. généralité de Moulins, l'autre moitié appartenante aux ha¬
bitans dudit lieu ; savoir, etc..., conclusions du sieur Maboul, maître
des requêtes procureur général de Sa Majesté en cette partie ; Vu aussi
l’avis des sieurs commissaires nommés par ledit arrêt du Conseil du
29 août 1724,et autres rendus en conséquence ; Ouï le rapport et tout
considéré, le Roi étant en son Conseil, conformément à l'avis desdits
sieurs commissaires, fait très-expresses inhibitions et défenses audit
sieur abbé de l’abbaye de Saint-Léger d'Ebreuille, et aux habitans de
ladite ville, de percevoir aucun droit de péage, sous quelque déno¬
mination que ce soit, sur les voitures, bêtes de somme, bestiaux,
denrées et marchandises qui y passent debout, sous les peines por¬
tées par les ordonnances. Déclare Sa Majesté qu'il n'a point été statué
par le présent arrêt sur les droits, si aucuns sont dûs, tant audit
sieur abbé qu'auxdits habitans et communauté d'Ebreuille, sur les
bestiaux amenés en ladite ville, pour y être vendus et consommés,
ni sur les droits de foires et de marché, attendu que lesdits droits ne
sont pas sujets à la vérification ordonnée par l'arrêt du Conseil du
29 août 1724. Fait au Conseil d'Etat du Roi, Sa Majesté y étant, tenu
pour les finances, à Versailles, le vingt juin mil sept cens cinquante-
deux. Signé : Phelvpeaux. »
Tel est cet arrêt qui dorénavant fixera un léger point de l'histoire
du monastère d’Ebreull. Treize ans plus tard, à Compiègne, le roi
Louis XV signera un autre édit et cette fois pour la dislocation de
l’antique abbaye des Bénédictins qui, cependant, était jadis l’objet
de la sollicitude des papes et de la munificence des rois. Ce sera le
premier glas qui sonnera pour cette illustre fille de saint Benoit, la
Révolution de 1789 se chargera d'en tinter le dernier.
Max Boirot.
(iy Histoire d’Ebreuil, par l'abbé Boudant, page 11.
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COMGNY-jgADIGNY
(1617-1080)
(Suite et fin)
Dix-huit mois se passèrent en intrigues. A l'hiver 1649 « le vieux
renard » persuada à Condé d’envoyer ses quatre tégiments personnels
prendre leurs quartiers d’hiver dans les provinces dont il avait le
gouvernement : le régiment d’Enghien dont Saligny était maistre de
camp lut envoyé en Limousin, le régiment de Condé (cavalerie) en
Berry, les deux régiments d'infanterie Persan et Condé, dont Saint-
Micaud était colonel, en Bourgogne ; puis, croyant faire un coup de
maître, le cardinal fit. le 18 janvier, arrêter et conduire au donjon de
Vincennes les chefs de ses opposants, Condé, Conli, Longueville et
Beaufort.
Saligny était à Limoges chez son oncle l’évêque de La Fayette lors¬
qu’il apprit l’arrestation de Condé. Il forma de suite le projet de réu¬
nir les deux régiments de cavalerie qui étaient dans les environs, de
passer en Bourgogne, d’y rallier les deux régiments d’infanterie
Condé et Persan et de marcher sur Paris pour délivrer les princes.
Il se mil immédiatement en route et entra en Bourbonnais à la tête
de deux mille chevaux. En arrivant à Montluçon, il apprit que son
cousin Saint-Géran, gouverneur de la province, avait pris parti pour
Mazarin (les deux partis se réclamaient bons et fidèles sujets du roi)
et se disposait à lui disputer le passage par Moulins ; changeant de
route, il fut avec six cavaliers s’emparer de Vichy, ce qui lui permit
de faire passer l'Ailier, alors en crue, à toutes ses troupes sur le pont
de cette ville, mais il n’osa y séjourner à la nouvelle que Laferté-
Imbaud. qui occupait Riom (1), venait de se mettre à sa poursuite ;
continuant sa route, il passa le 1" février au Donjon (2), alla franchir
(\) Ces troupes avaient été envoyées à Riom pour réprimer une révolte
des paysans qui refusaient de payer la taille (ordonnance du 7 octobre 16491.
12) Registres paroissiaux du Donjon.
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COLIGNY-SALIGNY
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la Loire au gué de Cée, en amont de Digoin, puis, prenant par la
Clayette, rejoignit la Saône à Belleville ; remontant alors la vallée,
il lut faire sa jonction avec le comte de Tavannes à Seurre.
Entre l'Ailier et la Loire, Laferté-Imbaud, le futur maréchal
d’Etampes, le serrait de si près qu’à Givardon il lui enleva un page
et un trompette qui, étant du pays, avaient voulu s'arrêter quelques
heures chez leurs parents. Fort heureusement pour Saligny, faute
d’ordres, a les Mazarins » n’osèrent entrer en Bourgogne et s'établirent
au Donjon, où ils étaient encore le 15 mars « mettant à mal hôtes et
hôtesses » (1).
En Bourgogne, le comte de Tavannes, à la nouvelle de l'arrestation
des princes, avait essayé dès le 23 janvier de soulever Dijon, mais il
avait été chassé de la ville par son oncle le marquis, lieutenant du
roi, et, après un échec à Is-sur-Tille, il avait dû se réfugierà Seurre,
qu'occupait Salnt-Micaud, lieutenant-colonel du régiment de Condé
(infanterie), tandis que le régiment de Persan, tout au moins en par¬
tie, refusait de suivre son colonel.
Le 16 février, le duc de Vendôme, nommé gouverneur de Bour¬
gogne au lieu et place de Condé, avait fait son entrée à Dijon, où il
fut bientôt rejoint par le roi, la reine et Mazarin ; ayant reçu l'ordre
d'attaquer Seurre, il en commença le siège et le cardinal y conduisit
le jeupe roi ; à la vue de cet enfant de douze ans, les troupes con-
déennes refusèrent de combattre et jetèrent bas les armes au cri de
« Vive le roi ! » Saint-Micaud et Tavannes durent capituler le 18 avril.
Aux termes de cette capitulation, les troupes condéennes devaient
être licenciées et les officiers, après avoir donné parole de ne plus
servir contre le roi, devaient se retirer sur leurs terres. Saligny se
trouvait compris dans cette capitulation, il se retira au château de la
Motte-Saint-Jean, mais, assez froidement reçu par ses parents qui
tous tenaient pour la reine, il ne fit qu'embrasser sa mère déjà bien
malade (2) et prit la route de Montrond-sur-Cher où venait d’arriver
la princesse de Condé.
Immédiatement après l’arrestation de Condé, sa mère, sa femme,
son fils âgé de sept ans avaient reçu l’ordre de se retirer à Chantilly,
qui devint de suite un centre de galanteries, d'intrigues et de conspi¬
rations où, parmi toutes ces belles Précieuses, M" la duchesse de Châ-
tillon tenait la première place. Craignant pour elle et son fils, la prin¬
cesse s'évada dans la nuit du 14 au 15 avril et alla se réfugier en son
château de Montrond, près de Saint-Amand-sur-Cher.
(4) Registres paroissiaux du Donjon.
Elle mourut à la Motte le 21 août 1650.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Ce château de Montrond, aujourd’hui en ruine, était alors une vé¬
ritable forteresse d'où l’on pouvait commander au Nivernais, au
Bourbonnais et au Berry, et d’où l’on pouvait agir soit vers la Bour¬
gogne et l’Allemagne, soit- vers la Guyenne et l’Espagne. Il se com¬
posait d’un vaste bâtiment de trois étages, appuyé par un donjon de
cent vingt pieds de haut et était entouré de jardins, de vergers, de
bosquets, compris dans une enceinte de plus d’une lieue de tour,avec
des fossés alimentés par le Chignon.
Dès son arrivée à Montrond (1), la princesse s'occupa d’organiser
la défense de la place en y réunissant armes, vivres et munitions ; dès
le 20 avril, elle écrivait aux présidiaux de Moulins et de Bourges pour
les déterminer à prendre parti pour elle, ce à quoi ils se refusèrent ; elle
convoqua alors tous ses partisans; bientôt, plus de cinq cents répon¬
dirent à son appel et se réunirent à Saint-Amand ; grâce à eux, elle
put faire occuper les villes voisines, notamment Cérilly, Ainay-le-
Chàteau et Hérisson. Ce qui lui manquait le plus, c'était l’argent :
elle écrivit à sa tante, la duchesse de Montmorenci (2), qui venait
d’entrer chez les Visitandinesà Moulins. La pieuse femme lui répon¬
dit qu'elle avait rendu à sa famille d'Italie tous les biens qui en
venaient, qu’elle avait fait don du surplus de ses immenses richesses
aux pauvres ou à son couvent, enfin qu’elle ne pouvait plus faire
qu’une seule chose : prier Dieu ! C'était peu. On lança des coureurs
pour piller et rançonner, il en vint même jusqu’aux portes de Mou¬
lins, où ils enlevèrent l’un des échevins, pour lequel la ville dut com¬
poser (3).
Après la capitulation de Seurre, les Condéens arrivèrent en bien
plus grand nombre à Montrond ; François de Ventadour, marquis de
Persan, y arriva avec quarante officiers et cinq cents hommes de son
ancien régiment et le 4 mai Saligny avec cent cavaliers. A peu près
en môme temps, on apprit que le comte de Paluau venait à marches
forcées du Poitou avec des troupes mazarines pour faire le siège de
Montrond ; d'autre part, le duc de Bouillon pressait la princesse de
venir avec son fils le rejoindre pour se mettre à la tète des révoltés
de Guyenne, ce qu’elle décida de faire. A qui laisserait-elle le com-
(1) Voir Mémoires de Lenet, t. LUI de la collection Petitot.
(2) Marie-Félicie des Ursins, veuve d'Henri de Montmorenci, avait été ar¬
rêtée après l'exécution de son mari à Toulouse en octobre 1632 et envoyée
prisonnière au château de Moulins ; mise en liberté après la mort de Richelieu
en 1645, elle étéit entrée à la Visitation où elle fit ses vœux en septembre
1657. La mère de Condé, Charlotte-Marie de Montmorenci, était la sœur
de son mari.
(3j Mémoires de Gaspard comte de Chavagnac, p. 79.
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COLIGNY-SALIGNY
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mandement de Montrond ? 11 fut question de Saligny, mais, sur la
remarque que son cousin Saint-Géran était gouverneur du Bourbon¬
nais, que son père le maréchal de Coligny était peut-être avec Paluau,
on lui préféra Persan.
Le 10 mai, sous le prétexte d’une chasse au chevreuil suivie de
dtner et de bal, la princesse réunit tous ses officiers, au nombre de
plus de cent vingt, au château. A minuit sonnant, elle fit son entrée
dans la salle de bal en costume de voyage, tenant le jeune duc d'En-
ghien par la main, et annonça son départ immédiat pour le Poitou,
exhortant tout le monde à faire son devoir et à obéir à Persan comme
à elle-même ; puis, montant en voiture avec son fils et deux de ses
femmes sous l'escorte de cinq ou six cavaliers, dont Coligny, Lenet
et son écuyer Vialas, elle partit tout en recommandant de bien fer-
merles portes et de ne laisser sortir qui que ce soit du château avant
le lendemain soir, tant sa confiance en ses gens était grande. Elle
prit la route du Poitou, mais, un peu avant Châteaumeillant,.elle
descendit de carrosse avec son fils qu’elle confia à Vialas, donna
ordre à sa voiture avec ses femmes de continuer route sur la Châtre
et monta elle-même en croupe derrière Saligny sur le Brézé, un fa¬
meux cheval qui lui venait de son père.
Après avoir dîné à Vierzac et passé le Cher à Chambon, la petite
troupe arriva à la nuit à Marcillat. Coligny alla demander gîte à
M. La Garde, seigneur du lieu, qui lui fit bon accueil, sans même
s’inquiéter qui il était. En le voyant arriver avec une femme en
croupe, M" La Garde ne douta pas que ce fussent deux époux, et
elle ne leur fit préparer qu’un seul lit. Coligny dut prendre la dame
à part pour lui expliquer que « la jeune veuve » avec laquelle il voya¬
geait n’était pas encore sa femme, mais simplement sa fiancée, qu'il
enlevait, a Oh ! qu’à cela ne tienne, répondit M* e La Garde, j'ai
Ju stement un prêtre ici, je vais le faire appeler, il bénira votre union
et vous ferez votre première nuitée sous mon toit. » Coligny et la
princesse se récrièrent, ils ne voulaient pas d’un mariage clandestin,
ils préféraient attendre quelques jours ; et, après avoir, pour mieux
jouer leur rôle de fiancés, échangé quelques tendres baisers, la prin¬
cesse alla seule occuper le lit, tandis que Coligny allait coucher à la
paille, avec le Brézé. Le lendemain, dès l'aurore, ils partirent dans
le même équipage, avant le réveil de leurs hôtes, dînèrent à Saint-
Agoulin, près Aiguepérse, passèrent l'Ailier au bac de Dallet, en
amont du Pont-du-Château, et arrivèrent le soir au château de Mon-
taigu-Listenois, près Billon, où la marquise de Bouillé leur fit bon
accueil. Le 12, l'étape fut encore plus longue, mais la princesse de
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Condé et son Gis purent la faire en grande partie en voiture ; on
coucha à Lempdes (Haute-Loire). Le 13, il fallut reprendre les cde-
vaux, la route devenant plus mauvaise ; après avoir dîné à Bras, près
Murat, on fut coucher à Dienne, chez Montboisier-Canillac. En arri¬
vant, la princesse et son 01s étaient si las que, bien qu'on vint leur
dire que le duc de Bouillon les attendait avec huit cents cavaliers à
Mauriac, il leur fut impossible de se mettre en route avant le lende¬
main midi. Ils dînèrent à Vaumier (seigneurie d’Apchon) et rejoi¬
gnirent le duc à Neussargue. Le 15, la petite troupe était reçue à
Turenne avec les honneurs royaux.
Après quelques jours de repos, de fêtes et d'orgies, on se rendit à
Bordeaux, qui venait de se révolter et avait chassé son gouverneur,
le duc d'Epernbn. C’est pendant ce trajet que se passa un incident
qui devait avoir la plus haute importance sur la destinée de Saligny.
L’histoire veut que tous les Condé aient été malheureux en mé¬
nage ; le grand Condé ne Ot pas exception à la règle, et l'on sait que
sa femme, Claire-Clémence de Maillé-Brézé, après avoir toujours
passé pour coquette et légère, mourut enfermée à Châteauroux, à la
suite d'une aventure galante avec l'un de ses pages, le jeune Ra-
butln.
Que s'était-il passé, pendant la longue chevauchée en Auvergne,
entre Coligny et la princesse, en dehors des quelques complaisances
auxquelles celle-ci avait dû se prêter à Marcillal pour mieux Jouer
son rôle de Gancée ? Rien, bien certainement, et Coligny, en parfait
galant homme, dit à deux reprises dans ses mémoires que jamais
il n'aurait osé lever les yeux si haut ; il ajoute même qu'il était déjà
pourvu de Miss Gerbier, l'une des ûlles d'honneur de la princesse,
« qui, en fait d’honneur, n'en avait que le nom ». Peu importe, on
jasa dès leur arrivée à Turenne ; ce fut bien pis quelques jours après.
Entre Brive-la-Gaillarde et Bordeaux, Saligny crut s’apercevoir que
le Gis du comte de Clermont-Lodève, le jeune marquis de Cessac, se
montrait très assidu auprès de la princesse ; il lui en üt reproche,
d'où querelle suivie d'un duel où Cessac fut tué. Ce ne fut, il est
vrai, que trois ans après que Condé eut connaissance de cette his¬
toire.
Peu après l'arrivée de la princesse de Condé à Bordeaux, Mazarln,
la reine et le roi vinrent, le 2 août, assiéger cette ville. Coligny se
distingua pendant ce siège et la princesse le nomma elle-même maré¬
chal de camp de ses armées ; puis l’on traita à Castillon le 1" octobre.
D’après ce traité, les Condéens devaient se retirer sur leurs terres, ce
qui fait dire à Coligny : « Mais ceux qui n’en avaient point, comme
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COLIGNY-SALIGNY
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moi, furent bien empêchés, car mon père ne me voulut point voir et
jamais homme ne fut plus embarrassé de sa personne que moi. »
Fort heureusement, la fortune tourna :
Mazarin dut s'exiler ; en partant, il alla ouvrir les portes de la pri¬
son de Condé (21 février 1651). Quelques jours après, le comte de
Coligny mourait à Paris (8 mars 1651), ce qui permit à son fils de se
retirer sur ses terres : on le voit le 15 juin signer sur les registres
paroissiaux de Saligny comme parrain et il s'y qualifie de « général
des armées du prince de Condé ». Anne d'Autriche, pour se l’attacher,
fit faire des démarches auprès de lui : après l’avoir nommé gouver¬
neur d’Autun au lieu et place de son père, elle lui fit oflrir la lieute¬
nance de ses gardes ; Mazarin, allant plus loin, lui fit offrir la main
de sa nièce, Hortense Mancini ; mais le nouveau comte de Coligny-
Saligny voulut rester fidèle à Condé, et peu après nous le retrouvons
avec Tavanne, à la tête de quinze cents hommes, allant rejoindre les
Espagnols à Slenay. Leurs troupes désertèrent en partie et ils n’avaient
plus qu’un millier de soldats lorsqu'ils furent attaqués par six mille
cavaliers royaux.au moment du passage de la Meuse à Belle ville.
Ce passage d’un fleuve en présence de l'ennemi est certainement
l’une des belles manœuvres de notre général. Sur son ordre, l'infan¬
terie passa au gué, ayant de l'eau jusqu'aux aisselles, et alla prendre
position sur la rive opposée, pendant que les seize escadrons, divisés
en deux lignes, se retiraient par échelons ; lorsqu'il ne resta plus
qu'une ligne sur la rive gauche, quatre escadrons se Jetèrent au grand
trot dans le fleuve, tandis que les quatre autres tenaient tête à l’en¬
nemi, puis, se mettant eux-mêmes à l’eau, ils continuèrent à com¬
battre jusqu'au milieu du fleuve, soutenus par les feux de l’infan¬
terie.
En mars 1652, Coligny reçut la mission de conduire cinq mille
hommes, surtout des Espagnols, de Flandre jusque sur les rives de
la Loire. Après s’être emparé de Mantes par surprise, il rejoignit
Condé à Jargeau, entra avec lui à Montargis le 2 avril et prit part à
la bataille de Bléneau (7 avril) ; mais, tandis que le prince revenait
sur Paris se faire battre au faubourg Saint-Antoine (2 juillet), il fut
envoyé, à la tête de douze cents cavaliers, au secours de Montrond,
assiégé depuis le 16 octobre 1651. Le comte de Paluau occupait Salnt-
Amand et serrait la place de très près ; Persan, à bout de ressource,
avait, le 15 août, signé une capitulation par laquelle il s'obligeait à
se rendre s’il n'était pas secouru avant le 1" septembre. Lorsque Co¬
ligny se présenta, il trouva les lignes bien gardées, et, n'ayant que
des cavaliers avec lui, après un léger échec, il fut forcé de se retirer ;
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
il remit le commandement de sa troupe à son second, Briaide, et se
réfugia à Saligny. Après la prise de Montrond, Paluau, qui avait reçu
le bâton et pris le nom de maréchal de Clérambauld, vint à Saligny
avec quelques cavaliers lui donner ia chasse, il dut se cacher dans
les bois ; Clérambauld, quoique appartenant à un parti contraire,
avait toujours été son ami ; il entra dans le château de Saligny, y
dîna et, en partant, laissa une lettre pour le maître de céans, le priant
d'avoir à quitter immédiatement le Bourbonnais. Coligny n'en fit
rien et Clérambauld dut revenir à Saligny : « Je fus obligé une
seconde fois de me retirer dans les bois, il ne fit encore nul désordre
et, ce qui est plaisant, c’est qu'il logea dans les villages de mes voi¬
sins, sans vouloir toucher aux miens, dont ils criaient comme des
enragés et ils avaient raison. »
La Fronde était finie, Mazarin était rentré plus puissant que jamais
à la cour, il renouvela ses démarches auprès de Coligny, Le Tellier
lui fit les offres les plus avantageuses et il semble avoir hésité : le
13 mars 1654 il est de nouveau parrain à Saligny, où il prend le titre
de général des armées du roy ; puis, tout à coup, il quitte son châ¬
teau de la Motte avec cinquante chevaux, emportant toute sa vais¬
selle plate, tout l'argent qu'il peut réunir, et va rejoindre Condé à
Péronne, au milieu des troupes espagnoles, où pendant cinq ans il
servit contre la France.
A la bataille des Dunes (14 juin 1658), notre général commandait le
centre de l’armée de Condé. Celui-ci, vaincu, allait être fait prison¬
nier, son cheval venait de s'abattre, lorsque Coligny se porta en per¬
sonne à son secours ; il fut blessé et fait prisonnier ; il obtint de
se retirer sur parole en son château de la Motte, où il ne séjourna
que très peu du reste,ayant été peu après échangé contre le maréchal
d'Aumont ; il retourna en Flandre, où il resta jusqu'au traité des Pyré¬
nées (7 novembre 1659). L’une des clauses de ce traité autorisait tous
les officiers de Condé à rentrer en France et leur maintenait leurs
grades.
La réconciliation officielle entre Condé et Louis XIV eut lieu à
Avignon ; le prince partit de Lyon en bateau, accompagné de ses
principaux officiers, et Coligny était du nombre. L'accueil fut un peu
froid à l’égard de Condé ; le roi demanda au contraire que Coligny
lui fût présenté et le fit asseoir près de lui, Mazarin ne parlait que par
lui, Anne d'Autriche le réclamait en ces termes : « Où est ce Coligny,
que je l’embrasse. » Tout cela n’était pas fait pour calmer la jalousie
de Condé, aussi, en quittant Avignon, la brouille était-elle complète
eqtre eux : le prince lui enleva le commandement de son régiment
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COLIGNY-SALIGNY
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d'Enghien et s'opposa à ce qu'il fût fait chevalier du Saint-Esprit,
enfin refusa de lui verser douze mille livres qui lui étaient dues pour
la solde à l'armée du roi d'Espagne.
C’est à cette époque, en 1661, que Coligny épousa Anne Conchonde
Maupas. Peu après son mariage, se trouvant en présence de Condé
dans la chambre même d'Anne d'Autriche, à Fontainebleau, une
querelle des plus violentes éclata entre eux, Coligny ne parlait de rien
moins que découper la gorge au prince. Il en appela au roi, qui,l’ayant
en haute estime, chercha un moyen honorable de l'éloigner de la
cour.
Les Turcs venaient d'envahir la Hongrie, l'empereur Léopold I"
Implorait le secours de la France ; Louis XIV donna à Coligny le
commandement en chef de l’armée qu'il envoyait sur le Danube (1).
Notre général se rendit immédiatement à Metz, où se concentrait
cette armée, composée de six régiments d’infanterie et de quatorze
escadrons, de cavalerie, auxquels vingt-six autres escadrons, qui
hivernaient alors à Modène et à Parme, devaient venir se joindre à
Vienne même, en traversant la Vénétie. Il lui fut donné comme ma¬
réchaux de camps les comtes de La Feuillade et de Podwitz, et pour
intendant M. Robert, parent de Louvois ; cent vingt jeunes gens des
premières familles de France vinrent se mettre sous ses ordres
comme volontaires.
Cette armée quitta Metz le 17 mal 1664, alla franchir le Rhin à
Spire le 31 et atteignit le Danube à Danawerth, en aval d’Ulm. Pen¬
dant que la cavalerie suivit les rives du fleuve, l’infanterie le descen¬
dit, montée sur des bateaux. En arrivant à Vienne, les Français
lurent reçus bien plus en ennemis qu'en amis ; on leur ferma les portes
delà ville. Léopold se crut obligé d’offrir un banquet et une chasse aux
offieiers à Edelsdof, mais quelle chasse ! Desmadry écrivit à ce sujet
à Louvois : « Nous allâmes à Edelsdof, où l'empereur avait fait pré¬
parer une chasse, ou plutôt le meurtre de trois cerfs, que de gros
limiers terrassaient après avoir été tirés par l'empereur, qui, aussitôt
qu'ils étaient à terre, allait leur fourrer son épée dans le corps. »
Immédiatement après avoir été rejoint par la cavalerie venant
d'Italie, on reprit route et, le 24 juillet, Coligny faisait sa jonction
avec l'armée allemande à Salnt-Gothard. Montecuculli, qui en avait
le commandement, ne disposait pas de plus de 25.000 hommes ; le
(1) Voir Histoire de Louvoie, par le colonel Roussit, t. I, p. 35 et sui¬
vantes ; voir aussi Batailles françaises, du général Hardy de Perini, t. IV,
p. 256 et suivantes.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
margrave de Bade avait le commandement de l'armée des cercles,
tandis que le prince de Hohenlohe commandait les troupes de l’em¬
pire. Les Turcs, au nombre de plus de quatre-vingt mille hommes,
avec une cavalerie qui passait à bon droit pour la première du monde,
avaient déjà traversé le Danube et ne se trouvaient plus qu'à trente
lieues de Vienne, sur la rive droite du Raab, petit fleuve qui prend
sa source près de Gratz et coule du sud au nord, mais dont les eaux
étaient alors si basses qu'on pouvait partout le passer à gué.
Trois jours après l’arrivée des Français, Montecuculli exécuta une
reconnaissance avec toute sa cavalerie. Coligny lui demanda de l’ac¬
compagner avec douze cents chevaux et ses volontaires. On se trouva
subitement en présence des Turcs, qui traversaient le lleuve ; les
Allemands n'avaient pas d’infanterie avec eux, Coligny fit immédia¬
tement mettre pied à terre à ses hommes et leur fit engager le combat,
ce qui donna le temps à Montecuculli d'organiser une charge et de
culbuter l’ennemi dans le fleuve.
Ce général, tenant à présenter un front égal à celui de l’ennemi
sur le Raab, avait dû, vu son infériorité, laisser de longs intervalles
entre ses divers corps de troupe. Les Français, appuyés au couvent
de Saint-Gothard, formaient l'extrême gauche ; à une assez grande
distance, les troupes des cercles formaient le centre et, à une lieue
plus au sud, les troupes de l'empire formaient la droite. Telles
étaient les dispositions depuis trois jours, lorsque, dans la nuit du
31 juillet au 1" août, Coligny crut s'apercevoir que l'ennemi élevait et
armait une forte batterie sur la rive droite face à la position du centre.
11 fit aussitôt prévenir le margrave, mais celui-ci. qui était au lit.
refusa de se lever. Dès l’aurore, les Turcs commencèrent à passer le
fleuve et, à dix heures, attaquèrent : les troupes des cercles prirent
la fuite, trois régiments impériaux, envoyés à leur secours, furent
cernés dans Grossdorf et complètement détruits malgré leur belle
défense. Les Turcs, après avoir occupé ce village, s’y retranchèrent
solidement ; bientôt, ils y furent attaqués par toute l’aile droite de
l’infanterie allemande. Jusqu’à cet instant, les Français étaient restés
inactifs à'Saint-Gothard. A la demande de Montecuculli, Coligny,
laissant Podwitz avec deux régiments pour garder Saint-Gothard, se
porta, avec ses quatre autres régiments et toute sa cavalerie, à l’at¬
taque de Grossdorf par le nard; il allait forcer l’entrée du village,
lorsqu’on vint lui dire que les Turcs restés sur la rive droite pas¬
saient le fleuve en face Saint-Gothard et allaient écraser Podwitz ; il
commit la faute de passer le commandement de ses troupes déjà
engagées à La Feuillade et de revenir en personne à Saint-Gothard ;
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COLIGNY-SALIGNY
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là, voyant de suite que ce n'était qu’une fausse attaque, il retourna à
Grossdorf, mais, lorsqu'il arriva, la bataille était gagnée. Les Turcs
devant la double attaque des Français et des Allemands, craignant
d’être cernés à leur tour, avaient essayé de repasser le Raab et
avaient été accablés sous les feux de l’artillerie. « Le Raab devint un
cimetière flottant, toute notre armée est devenue pêcheuse et on ne
saurait dire toutes les richesses qu’on a trouvées sur les noyers. »
(Lettre de Coligny à Louvois.)
Montecuculli annonçant sa victoire écrivit à l'Empereur : « Les
troupes françaises ont fait merveilles ; on doit la louange de cet heu¬
reux succès aux deux généraux français MM. de Coligny et de La
Feuillade, le premier s’étant porté partout pour donner au succès les
ordres nécessaires, et le dernier qui commandait la cavalerie ayant
mis pied à terre pour assister l’infanterie. » De son côté, Coligny
écrivit à Louis XIV : « Nous avons aujourd’hui pu voir deux choses
opposées : la valeur des Français et la poltronnerie des Allemands ;
aujourd’hui la France a sauvé l’Empire, car sans les Français il n'y
aurait pas un Allemand qui eut sa tète présentement sur ses
épaules. »
Ce succès nous avait coûté cher, plus de six cents morts, le dixième
de l'effectif ; parmi les blessés était le propre neveu de Coligny, le
jeune marquis de Saligny ; pour trophée, nous avions onze canons (1)
et plus de cinquante étendards.
La reconnaissance a toujours été chose lourde à porter : si, dans la
noblesse et le monde militaire allemands, on ne parla que par Coli¬
gny, si l'on se disputa ses portraits dont, grâce à l’obligeance de
M. le marquis Des Méloizes, l’un des descendants de notre général, il
m’est possible de mettre sous vos yeux un exemplaire, dans le peuple
la haine contre les Français ne désarma pas. Au portrait on opposa
une gravure populaire représentant Montecuculli avec ses Allemands
massacrant les Turcs, tandis que dans un coin les Français restaient
simples spectateurs.
Les Turcs, après leur défaite, battirent en retraite ; l’Empereur
traita avec eux, le 9 août, à Temaswar, sans même en aviser ses alliés,
et Louis XIV mécontent rappela ses troupes. Si le voyage à l’aller
avait été pénible, le retour ne fut qu’une marche triomphale. Au pas¬
sage à Vienne, Léopold fit offrir cent mille livres aux généraux fran¬
çais, ceux-ci lui firent répondre qu’ils ne recevaient de l'argent que
(1) Quatre de ces canons, donnés par Louis XIV à Coligny, ornaient
encore la terrasse du château de la Mothe à l’époque de la Révolution.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
de leur roi ; ou dut convertir les florins en diamants qui lurent accep¬
tés. L’armée était, le 28 octobre, à Presbourg, traversait, le 31, le
Rhin à Spire, et était licenciée le 8 Janvier, à Metz.
Coligny se rendit immédiatement à Versailles où il fut des mieux
reçu par le roi ; celui-ci affecta de le garder plus de trois heures
près de lui pour lui faire narrer ses exploits, mais il fut plus froide¬
ment reçu par Le Tellier, mal disposé par suite d'une querelle entre
le général et son intendant. A la cour Condé était tout-puissant, on
affecta de dire que La Feuillade avait tout fait, que Coligny était
absent lors de la bataille, enfin il n'eut pas la récompense sur laquelle
il comptait : le bâton de maréchal de France, et mécontent il se retira
à la Motte-Saint-Jean.
Aux débuts de la guerre de Dévolution (1667), Coligny revint à
Versailles demander un commandement ; il était à peu près oublié.
Louvois lui répondit que certainement il ne voudrait pas aller en
Franche-Comté sous les ordres de Condé, et qu'en Flandre, sous
Turenne, il n'y avait plus de place pour lui, le maréchal d’Aumont
ayant déjà l’aile droite et le prince de Conti l’aile gauche. Louis XIV
le reçut un peu mieux, lui exprima le regret de n’avoir aucun
commandement à lui donner et pour calmer son ressentiment il lui
offrit de l'accompagner comme volontaire dans la maison du roi ; c'est
ainsi qu'il assista aux sièges de Tournai, de Douai et d'Oudenarde ;
mais le rôle de courtisan, les courbettes devant la Montespan ou la
La'Vallière n’étaient pas dans le caractère de notre général, bientôt
il demanda à se retirer, aussi M"' du Bouchet pouvait elle écrire, le
10 janvier 1668, au comte de Bussy : « On ne parle non plus de notre
ami Coligny dans le nombre des officiers généraux nommés pour
servir que s’il y avait cent ans qu’il fût mort. »
C’était la retraite à 50 ans, c’était l’oubli ! Coligny rentra à la Motte
où il ne s'occupa plus que de ses affaires personnelles, disant simple¬
ment non sans dépit : « Je termine ma vie avec un esprit gaillard
dans un corps usé. »
La succession de son père, mort en 1651, n’avait pu encore être
réglée par suite de la minorité des enfants du marquis de Dorne, son
frère. Aux termes d’un acte reçu Mesnard, notaire à la Motte,
le 30 juin 1673, Jean de Coligny, qui avait droit du chef de son père
à la moitié de la baronnie de la Motte, racheta les droits de son neveu
et de sa mère sur l'autre moitié ; il en ût faire le terrier le 30 juin,
et flt rebâtir presque complètement le château.
Le vieux château-fort de la Motte, construit au x' siècle par le
comte Hugues de Chalon et dont il avait confié la garde aux premiers
COLIGNY-SALIGNY
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sires de La Motte, avait été en partie détruit et incendié par les Ecor-
cheurs lors des luttes entre les ducs de Bourgogne et de Bourbon,
vers 1434 ; il avait été réparé par Jean Lourdin de Saligny qui en
avait timbré l'entrée de ses armes (aux trois tours avec le collier de
la toison d'or en sautoir) ; son gendre, Marc Lourdin de Coligny, y
avait fait ajouter par Rlbournier, le grand architecte de Bourgogne,
une aile en pierre rouge dans le plus beau style de la Renaissance.
On admire encore une frise avec des entrelacs où les armes des Co¬
ligny (à l'aigle déployé) alternaient avec la date 1565 et les armes des
Saligny ( aux trois tours) qui en proviennent (1).
Coligny-Saligny fit raser tout ce qui restait du vieux burg féodal
et le fit remplacer par une magnifique construction style Louis XIV
en pierre jaune. Puis il occupa ses loisirs, ses longues soirées d’hiver,
à écrire les mémoires où j’ai tant puisé, et, par une bizarrerie, sans
doute pour mieux assurer leur conservation, il les écrivit sur les
marges du missel de la chapelle de son château.
En voici les dernières lignes écrites à l’automne 1685.
« Peut-être voici la dernière fois que j'écris dans ce livre, me
voyant sur le point de partir pour aller voir mes enfants à Paris, après
avoir essuyé trois mois de goutte, ce qui a achevé de me mettre à
bas. Il n’y a pas d’apparence que je puisse revenir ici : Je n’y trouve
plus de foin pour mes chevaux et j’ai tant fatigué mes corvéables à
me charrier mon bois, mon vin, mon blé et mes fournées qu’ils ne
peuvent plus y fournir. Il me faut les laisser reposer car, en ce pays
de montagne où ma maison est située, les charrois sont plus pénibles
qu'ailleurs, joint que les rivières, qui ont été grandes toute l'année,
m’ont empêché de rien tirer de mes gens qui sont en grand nombre
de l’autre côté de la Loire. J’attends un temps un peu plus doux, un
peu de beaux chemins, et un peu de santé pour m’en aller d’ici. »
Coligny fit son voyage etre vint à la Motte, mais ce fut pour y
mourir le 16 avril 1686, à l'âge de 68 ans, 3 mois et 20 jours.
Par son testament daté de la Motte, le 29 novembre 1682, il deman¬
dait à être enterré dans la chapelle du château de la Motte avec le
moins de cérémonie que ce pourrait et que ses héritiers fissent bâtir
un hôpital à la Motte-Saint-Jean.
Ce testament se termine par des conseils aux arrivistes de toutes
les époques et par une dernière plainte de son cœur ulcéré:
(1) Des restes de cette construction, notamment une statue, une cheminée,
une porte et la frise en question, se voient actuellement chez M. Poncet, à
I* Varenne, commune de la Motte.
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SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS
« Je conseille à tous ceux qui verront ceci, s'ils veulent être plus
soigneux de l'utile que de l'honnêteté, de s'attacher toujours aux
ministres de préférence à tout, même au roi, car qui est bien avec le
ministre est bien avec le roi ; je ne m'en repens pas quoique je m'en
suis fort mal trouvé.
« Je ne me suis jamais plaint que d'un homme, que de ce b.
et ingrat prince de Condé. »
G- Morand.
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Quelques Ex-iris intéressant le Bourbonnais
hV j Hd’luuhrqur Jr >
/ ■' tHôpital Sdturtr
ti v,._ J*
;
Ebreuil, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gannat, dépen¬
dait autrefois de l'Auvergne ; son monastère créé au x' siècle, érigé
en abbaye en 1080, fut en 1765 transformé en hospice. Sur l'initiative
de Juste Vialard, provincial et vicaire général de l’ordre de la Cha¬
rité. l’hôpital succéda à l'abbaye de Saint-Léger, par un brevet donné
par le roi à Compiègne, en juillet de cette môme année.
La direction de cet établissement fut confiée aux religieuses de
Saint-Jean de Dieu, ordre qui dirigeait déjà l’hôpital de Moulins
depuis 1628 et celui deGayette depuis 1694. La nouvelle communauté
composée de quatre membres vint s’installer à Ebreuil en 1766.
L’hôpital fut placé sous le vocable de saint Juste, qui figure dans
ses armoiries.
(Collection X. de Chavagnac.) M. D.
• • «
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société d'émulation du bourbonnais
Michel-Henry Ferrand, écuyer, seigneur de Fontorte (paroisse de
Monteignet), fils de Michel-Amable et de Jeanne-Antoinette de Rehez
de Sampignv, naquit en 1753 et fut baptisé à Riom le 24 Janvier de
la même année.
Officier au régiment Roval-Navarre cavalerie, il fut convoqué en
1789 à l’assemblée de la noblesse de Riom. 11 avait épousé à Saint-
Saturnin-les-Montagnes, le 17 janvier 1785, Françoise-Catherine d’An-
glars, fille de Barthélemy, chevalier, seigneur de Saint-Saturnin et
de Jeanne Neyron.
Répandue au xvr siècle dans la région de Gannat, installée à Fon¬
torte de 1642 à 1883, cette famille posséda en outre en Bourbonnais :
les Ecossais et Champagnat (paroisse de Bresnay), la Garenne (pa¬
roisse de Monteignet) et, en Auvergne, la Tour-Saint-Vidal.
Les Ferrand portent : Ecartelé aux 1 et 4 d'or , au lion de sable,
aux 2 et 3 d’asur à trois coquilles d’or.
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
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Comme le vicomte de Bourbon Busset, auquel nous avons consacré
une précédente notice, Michel-Henry Ferrand, quand vint la Révolu¬
tion, eut soin de recouvrir son ex-libris par la vignette moins héral¬
dique et moins compromettante que nous donnons ci-dessous.
BIBLI OTE q'JE
Son petit-fils, Alphonse Gilbert, né en 1830. époux d'Alice de Frétât,
vendit Fontorte, en 1883, au baron du Peyroux et mourut à Cellule
(Puy-de-Dôme), le 1" mai 1893, sans postérité mâle.
(Collection de M'" Léonie Duchet.)
M. D.
« • é
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Ce n’est pas à proprement parler un ex-libris bourbonnais que
nous reproduisons ci-dessus, car son possesseur, Louis de Chaume-
jean, marquis de Fourille, habitait la Touraine ; mais la famille de
Chaumejean est originaire de notre province ou nous la rencontrons
au xv' siècle en possession des fiefs de Chaumejean, Givry et Fou¬
rille. La terre de Fourille en Bourbonnais fut érigée en marquisat en
1610 pour Biaise de Chaumejean, capitaine d'une compagnie du ré¬
giment des gardes ; son fils Michel ayant commandé pour le service
du roi dans les provinces de Touraine s’y fixa. Il mourut à Paris en
1644 ; sa postérité continua à résider en Touraine. En 1662, le marquis
de Fourille ayant été obligé de vendre son fief du Bourbonnais, le
roi érigea en sa faveur en marquisat de Fourille la baronnie d'Au-
vrigny-ia-Touche (Indre-et-Loire).
Dans l'armorial de Guillaume Revel, Colas de Chaumejehan porte :
d'argent à la croix ancrée de sable, chargée en cœur d'une coquille du
champ ; devenus marquis de Fourille, les Chaumejean portèrent :
d'or à la croix ancrée de gueules.
(Collection M. Dénier.) M. D.
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
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«• -w
«• A/o +*
W* 7V ' +4
g Antoine DOMINIQUE 5
«* DE LA GaUGUIERE, 2
M-
«• Confeiller
w*
«• Moulins 1777.
w*
au Préfidial de
44
44
Cet ex-libris typographique est celui d’Antoine Dominique de la
Gauguière, s' de la Gauguière et Beaurosier, conseiller et procureur
du roi au présidial de Moulins et sénéchaussée de Bourbonnais,
pourvu de cette charge le 25 mai 1774, en remplacement d’Etienne-
Yves Barbara de Boncourt. Son ancêtre, Pierre Dominique, avocat
en parlement, fut compris à l’Armorial général et y reçut d’office le
blason suivant : D’argent à un taureau de gueules passant sur une
terrasse de sinople, au chef dentelé de sable, chargé de trois besants
partis d’or et d'asur. (Registre de Moulins, I. n* 346). On trouve de
nombreux membres de cette famille dans les registres paroissiaux
de Verneuil.
(Collection M. Dénier.)
M. D.
» « «
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BIBLIOGRAPHIE
L’Avenir de l’Agriculture et le Socialisme agraire. — Tel
est le titre d'une intéressante brochure que vient de faire paraître
notre confrère M. J. Viple, docteur en droit, diplômé des sciences
politiques (Gannat, 1910, 38 p., in-18). Dans la première partie, l'auteur
expose la doctrine et le programme du parti socialiste et les moyens
employés pour faire la conquête du paysan ; il résume avec impar¬
tialité les principaux arguments du socialisme agraire récemment
développés à la Chambre par M. Compère-Morel : absorption de la
petite propriété par la grande, concentration et domination capita¬
liste, augmentation de la dette hypothécaire rurale, extension du
prolétariat agricole, et indique les méthodes que préconisent les
chefs du parti, pour arracher le paysan à cette nouvelle féodalité,
c'est-à-dire socialisation des grands domaines capitalistes, expropria¬
tion par la nation des gros propriétaires, etc. Il conclut cet exposé en
constatant qu’on a oublié de préciser le plan de cette organisation
future de l’agriculture dans la société collectiviste.
Dans la deuxième partie, M. Viple examine et réfute les théories
socialistes ; en réalité, dit-il, la petite propriété rurale n'est pas,
comme on le prétend à tort, en décroissance ; si les petites exploita¬
tions ont diminué en nombre — ce qui est dû en grande partie à la
diminution de la natalité — elles ont augmenté en étendue ; la con¬
centration capitaliste est une erreur historique, « de plus en plus la
terre va à celui qui la cultive et c'est justice ». La dernière enquête
sur la situation de la propriété en France accuse une augmentation
de ia petite propriété dans quarante-deux départements et en parti¬
culier dans l'Ailier. Mais cette petite propriété, soi disant respectée
par les socialistes, finirait logiquement, en régime collectiviste, par
être absorbée et abandonnée à la collectivité.
On pourrait peut-être reprocher à l’auteur de la brochure un opti¬
misme un peu exagéré : l'amour du paysan pour la terre est-il de
nos jours aussi profond qu’il l'aflirme, et ne voyons-nous pas au
contraire augmenter de plus en plus l’abandon des villages et l'émi¬
gration vers les villes ? Le prolétariat rural va-t-il en décroissant ?
L'accession à la petite propriété est-elle si facilement réalisable ?
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BIBLIOGRAPHIE
95
M. Viple préconise avec raison les lois nouvelles sur le bien de famille
et le crédit à long terme, mais ces lois trouvent-elles dans nos cam¬
pagnes de nombreuses applications ? Toutes les critiques de l’école
socialiste ne sont pas injustifiées quand elles signalent les charges
écrasantes qui pèsent sur le monde agricole, et l'augmentation de la
dette hypothécaire rurale.
Pourquoi passer sous silence les causes qui favorisent le dévelop¬
pement du socialisme agraire, et qui ne sont pas toutes d’ordre éco¬
nomique. La question sociale, a-t-on dit, est aussi une question morale.
Quels moyens indique-t-on pour retenir aux champs les cultivateurs
et les a enraciner » sur la terre dont ils se désafifectionnent de plus
en plus ? Si le socialisme fait miroiter des espérances chimériques,
il faut opposer des solutions pratiques et immédiatement réalisables
aux problèmes qu'il est impuissant à résoudre. — Il faut travailler à
refaire une organisation du travail, ayant pour base le syndicat et
l'association professionnelle. C’est le seul moyen, croyons-nous,
d'améliorer le sort des travailleurs ruraux, d’équilibrer les deux
forces, capital et travail ; de défendre les intérêts professionnels et
économiques des cultivateurs, et de garantir à chacun la justice à
laquelle il a droit. N’est-ce pas aussi la meilleure barrière à opposer
au socialisme agraire ?
G. M.
Inventaire sommaire des archives départementales anté¬
rieures & 1790... Puy-de-Dôme, archives civiles, série C, tome V.
— Clermont, 1910, in-4*.
L'inventaire ci-dessus, dû à M. Rouchon, archiviste du Puy-de-
Dôme, analyse les articles 6260 à 7275 de la série C qui, tous, con¬
tiennent des documents provenant de l'intendance d'Auvergne. Il
serait superflu d’insister sur l’intérêt que ce fonds présente pour le
Bourbonnais, principalement dans les parties qui concernent les
routes, les rivières d'Allier et de Loire, les mines. L’article 6264 con¬
tient des pièces sur le personnel des ponts et chaussées à la fin du
XVIII' siècle, les ingénieurs Faullain, Mauricet, Lomet ; l'art. 6291
(états du roi), un mémoire de subdélégué sur le chemin de Riom à
Montaigut-lès-Combraille, par le pont de Menât situé dans l’élection
de Gannat (1730) ; l’art. 6333, une lettre de 1724 sur le mauvais état
de la route de Paris, entre Bessay et Aigueperse ; les art. 6391 et
suivants, d’intéressants renseignements sur la route de Paris au
Puy, par Thier3, au xvm' siècle ; l’art. 6471, des lettres sur les ponts
de Saint-Pourçain et de Moulins (1686-1753) ; les art. 6869 à 6879 ont
trait à la rivière d’Allier. Le dépouillement de ce fonds, si riche en
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
documents de tout genre pour les deux derniers siècles de l’ancien
régime, laisse de bien amers regrets sur les destructions désolantes
qu’a subies jadis notre pauvre londs de l’intendance de Moulins,
aujourd’hui si mutilé.
P. F.
Jean de Quirielle. L’homme qui fli parler les bêles, conte.
Paris, A. Méricant, éditeur, rue du Pont-de-Lodi. —Notre confrère,
M. Jean de Quirielle, vient d’enrichir la littérature bourbonnaise
d’un nouveau volume. Après Sistres et tambours, contes au titre
sonore, et son roman si discuté de Province bohème, il nous donne
un nouveau conte : L'homme qui fit parler les bûtes. Vais-je vous le
dire, ce conte ? Nenni, vous pourriez me prendre pour une de ces
bêles que lit parler un singulier docteur quelque peu meneur de
loups... et vous ne liriez pas le livre. Or, Justement, si je vous en
parle c’est pour vous le faire lire. Je me bornerai donc à vous dire
que j’ai lu ce conte avec intérêt, que M. Jean de Quirielle s’y affirme
avec une note personnelle très caractérisée et dans un style sobre,
clair, qui m’a séduit.
Vous y verrez aussi que notre compatriote s’y montre de son pays.
C’est chez nous, sur la frontière bourbonnaise-forézienne que la scène
se passe, aussi trouverez-vous çà et là d’alertes descriptions d'une
régioq que nous aimons tous pour son charme et son pittoresque.
Ainsi envoûtés comme de vulgaires bêtes, prêtes à parler comme
celles du docteur Barrail (un des personnages mis en scène par
M. Jean de Quirielle), vous ne pourrez vous dispenser de suivre
mon exemple et, comme moi, après l'homme qui fit parler les bêtes,
vous voudrez lire l’homme qui pouvait ne pas mourir ... et mourut
tout de même, mais par sa propre volonté, las d’une existence sans
fin où il restait seul.
Pour quatre-vingt-quinze centimes, on peut voguer aux pays mer¬
veilleux de l'hypnotisme et de la sorcellerie ; on s’évadera un instant
du terre à terre de la vie quotidienne. Donc, nul ne voudra se priver
de goûter à l'élixir composé par Jean de Quirielle, présenté par l’édi¬
teur sous une forme suggestive et avec un frontispice qui pour le
moins intrigue.
T.
Le Gérant : P. FLAMENT.
Moulins. — lmp. Etienne Auclairb.
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PROCÈS-VERBAL
SÉANCE DU 3 AVRIL 1911
Présidence de M. Morand
'r
E taient présents : MM. le chanoine Berthoumieu, L. Boutal,
D' de Brinon, E. Capelin, A. Cordez, E. Delaique, Dénier,
Faulquier, Flament, Garmy, L. Grégoire, Leutrat et Tier-
SONNIER.
— Excusés : MM. R. Chabot, le chanoine Clément, Joly et Pays.
— En ouvrant la séance le Président souhaite la bienvenue à
MM. Cordez et Garmy, qui assistent pour la première lois à l’une de
nos réunions. Il annonce ensuite la perte que la Société vient de faire
en la personne de M. Louis Mazzia, artiste peintre, décédé à la Pa¬
lisse ; il se fait l’interprète de notre Compagnie pour adresser nos
plus vives condoléances à la famille de notre confrère.
— Dépouillement de la correspondance. — Lettres : de M. Pays
remerciant de son admission et s’excusant de ne pouvoir assister à la
réunion de ce jour ; — de M. de La Chauvinière, qui propose à nou¬
veau qu’il soit fixé une somme pour le rachat de la cotisation an¬
nuelle ; la Société statuera sur cette demande dans son assemblée
générale de novembre ; — de M. C. Grégoire, informant que le con¬
seil municipal de Saulcet a entrepris les démarches pour obtenir le
classement de l’église de cette commune parmi les monuments histo¬
riques. Une grille en bois et les peintures murales de la chapelle de
la Vierge ont déjà fait l’objet de classements précédents en 1902 et
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
1907. Notre conlrère demande que la Société veuille bien, par un avis
favorable, appuyer cette démarche. Mise aux voix, cette question est
favorablement accueillie.
— Circulaire de M. Louis Passy, membre de l'Institut, demandant
notre adhésion à la pétition qu’il se propose de déposer à la Chambre
des députés, relativement à la conservation des vieilles églises et
vieux cimetières de France. La Société, après en avoir délibéré,
donne son adhésion à cette pétition.
— Ouvrages offerts : de M. Louis Grégoire, une carte du départe¬
ment de l’Ailier et le tirage à part de l’étude de son père : Le Bureau
des finances de Moulins (1587-1790) ; — de M. E. Lebrun, une plaquette :
Procès-oerbal de la prise du château d'Hérisson par le seigneur de Brie,
écuyer (2 août 1650), suivi de deux lettres des 27 et 29 juillet 1650, rela¬
tives à la surprise de ce château.
— Parmi les publications reçues ce mois-ci, le Président cite :
« Dans les Mémoires de l'Académie de Dijon : Napoléon à Auiun,
d’après un manuscrit de M. Philibert Baune. — L'auteur avait, dit-il,
recueilli les renseignements publiés de la bouche de Simon de Grand-
champ, condisciple des deux Bonaparte au collège d’Autun, officier
au régiment de Guyenne, au 111' régiment, puis à la 197' demi-bri¬
gade, enfin directeur d’une troupe lyrique ambulante, et qui mourut
dans la plus noire misère vers 1853.
h Joseph, âgé de 11 ans, et Napoléon, âgé de 8 ans, étaient arrivés
au collège d’Autun en 1778, conduits par leur père Charles Bonaparte
et leur mère.
« Voici ce que racontait d’eux leur condisciple :
« Joseph était bon camarade et d’un caractère avenant. Napoléon,
« taquin, tout petit, rêveur, boudeur, irascible : il ne faisait pas bon
« de le plaisanter sur son nom de baptême, que nous estropions par
« malice. C’était un joueur infatigable aux gobilles et aux échecs, où
a il était provoqué par l’abbé Bertrand, l’un de nos professeurs, qu’il
« rossait toujours ; hargneux à tel point qu’il nous défiait tous ; pour
t parer nos coups, il s’enfuyait dans l’un des angles de la cour et là,
« du poing, du pied, nous repoussait ... Je voudrais avoir autant de na-
« poléons dans ma bourse, aujourd'hui bien plate, que je lui ai donné
« de taloches. »
« — Dans ia Revue de Haute-Auvergne, une étude du D' de Ribier sur
une branche bâtarde des Chabannes-Curton, les Chabannes-Sauvat.
et une notice du comte de Dienne sur la Bienheureuse Bonne d’Ar-
magnac. L'auteur de ce dernier travail est conduit à longuement
parler des BourbouVendôme. Cette notice est suivie d’un tableau gé¬
néalogique qui rattache Bonne d’Armagnac à la maison de France.
« — Dans les Mémoires de l’Académie de Caen, un article de M. Vanel
sur l’auteur de la charmante nouvelle Le curé de Cucugnan, qui figure
dans l'œuvre d’Alphonse Daudet. Le véritable auteur de cette nou¬
velle serait M. Blanchot de Brenas, juge à Cusset, qui, bien qu’ori¬
ginaire d’Issingeaux, devint un peu Bourbonnais par son long séjour
parmi nous et par son mariage avec M 1 " Desbrest de la Corre.
M. Blanchot avait publié dans le n” du 30 juillet 1859 de la France
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PROCÈS-VERBAL
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littéraire, sous le titre de : Voyage dans les Corbières, diverses nou¬
velles, notamment Le Siège de Carcassonne, L'Anneau de Cléopâtre,
Le Curé de Cucugnan, Les Mittonnes de Lannet, etc. En 1866, les
Félibres publièrent un Armana Prouoenceau et l’un des rédacteurs,
M. Roumanelle. manquant de copie pour cette publication populaire,
traduisit simplement en langue provençale la nouvelle de M. Blan-
chot. se contentant, après une légère coupure, d*y ajouter sa signa¬
ture. L 'Armana eut du succès à Tarascon ; Alphonse Daudet, qui
écrivait alors à VEcènement, Journal de Villemessant qui allait deve¬
nir le Figaro, prit, avec l’autorisation de Roumanelle. la nouvelle,
la traduisit à son tour presque mot à mot de provençal en français,
la publia sous son nom et depuis elle figure dans ses Lettres de mon
Moulin. Blanchot réclama à Roumanelle, à Daudet, à Villemessant,
commença même un procès, mais mourut sans avoir obtenu resti¬
tution de son bien. »
— Le Président signale la publication, dans le Courrier de l'Ailier,
d'une chronique historique : « Un prêtre terroriste à Moulins », par
Saint-Leu. 11 adresse ses plus sincères félicitations à l’auteur, pour
cette étude si impartiale, qui nous fait revivre d’une manière vraie
cette époque si troublée de la Terreur en Bourbonnais, nous montre
la Révolution faisant des victimes dans tous les rangs sociaux, des
deux côtés de la barricade.
L’auteur nous retrace la biographie de Grimaud, prêtre né à Cler¬
mont, successivement professeur de théologie, principal du collège
de Billom, grand vicaire constitutionnel à Moulins, membre du
comité de surveillance du district de Moulins, président du dépar¬
tement de l’Ailier, puis déporté sur les pontons de Rochefort avec
tant d’autres prêtres, souvent les victimes de ses dénonciations.
Une antithèse qui vient de suite à l’esprit en lisant la biographie de
Grimaud est celle de Jacques Portier qui, après avoir lui aussi été
principal du collège de Billom, vint à la même époque en Bourbon¬
nais et se mit à la tête de l’opposition des prêtres insermentés contre
la Constitution civile du clergé.
— M. le docteur de Brinon signale que dernièrement une quantité
de squelettes ont été mis au Jour dans le Jardin du presbytère du Mon-
tel ; détail curieux, les corps avaient été disposés comme les rayons
d’uhe roue, toutes les têtes au centre ; un certain nombre de petits
pots en terre accompagnaient les ossements.
— M. Garmy montre une hache en silex trouvée dans des terrains
carbonifères, aux Vergnauds, commune d’Hyds, ainsi qu’un monne -
ron semblable à celui présenté par M. Boutai à l’une des dernières
séances, trouvé au village de Beaumont, dans la même commune. Il
fait circuler en outre une série de belles photographies destinées à
l’illustration de son ouvrage sur Commentry : Le Pays noir. Parmi
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
celles-ci, nous citerons nne très belle reproduction d’une Piela de
l'église de Malicorne, dite la Vierge d'Urcy.
— M.Capeun fait passer quelques pièces romaines en bronze, trou¬
vées aux Vesvres, commune d’Yzeure.
— M. Dénier, au nom de M. Raymond, notre confrère de Saint-Pour-
çain, montre l'ex-libris de Davy de Cussé, correcteur des comptes, et
demande si la famille Davy ne serait point d'origine bourbonnaise.
M. Tiersonnier et le docteur de Brinon fournissent d’intéressants
renseignements sur plusieurs branches de cette famille, qui n’a aucun
lien avec notre province. — M. Dénier fait circuler en outre les ex-
libris de M. G. Brugière de Lamotte et de M" la baronne Gertrude
de Veauce, ainsi que deux échantillons de fers de reliure du marquis
des Gouttes et de notre confrère M. René Martin de Frémont.
— M. Capelin lit la communication suivante :
« La villa où Banville aimait à se réfugier, à Lucenay, loin du bruit et de
l’agitation de Paris, va perdre sa dernière parure. Les meubles du poète sont
sur le point de partir pour une destination inconnue. Ne serait-il pas possible
de perpétuer sous une forme saisissante le souvenir de notre célèbre conci¬
toyen ? Le fait de rassembler en une salle du Musée, spécialement aménagée,
les meubles de Banville, rangés dans le même ordre qu'à la villa, exciterait
vivement l’attention du public. Cette évocation serait passionnante pour les
uns, documentaire pour d’autres, curieuse pour tous. Pour être complète, il
faudrait y joindre les panneaux peints avec une si spirituelle fantaisie par le
maitre Rochegrosse. Le peintre des Assyriens et des Babyloniens, ne devant
jamais rester indifférent à la gloire de Banville, ne nous ménagera sans
doute pas son précieux concours. »
La Société accueille avec empressement l'idée de M. Capelin et
exprime le voeu que sa proposition soit suivie de réalisation. La
question est renvoyée au conseil d’administration, qui entreprendra
la démarche nécessaire.
— M. Louis Grégoire communique un album qui lui a été confié,
contenant des photographies de la région désignée pour notre pro¬
chaine excursion (Billy, -Varennes, église de Rongères, Montaigu-
le-Blin, leMéage. Gayetteet Poncenat). Quelques-unes de ces photo¬
graphies pourront être utilisées pour l'illustration du compte rendu
de l’excursion.
— M. Tiersonnier annonce qu'il a reçu la visite de notre confrère
M. Valéry Larbaud, lequel l’a prié d’informer notre Compagnie que
le 27 avril au soir, il viendrait, dans une salle de la mairie, faire une
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PROCÈS-VERBAL
101
conférence sur notre compatriote Charles-Louis Philippe, romancier,
décédé l'an dernier.
M. Tiersonnier donne ensuite lecture des notes suivantes :
« 1 ° J’ai déjà eu l’occasion de parler de l'ancienne communauté des Gour-
liers (Monétay-sur-Loire) et d’une trouvaille de monnaies faite après incendie
dans une cachette pratiquée au milieu d’une grosse poutre. Une nouvelle
trouvaille a été faite dans le soi de l’ancienne maison d’habitation de la com¬
munauté des Gourliers, le bâtiment brûlé précité. Dans un pot en terre com¬
mune, M. Girard et sa femme, née Gourlier, ont trouvé 8 kilogrammes de
pièces en argent s’échelonnant entre François I" et Henri IV.
Voici la nomenclature des divers types représentés dans cette trouvaille,
après identification faite grâce à l’aimable concours de M. Givois.
i° Pièces françaises :
— Teston de François I er .
A. Buste couronné à droite. Légende : FRANCISCVS.D.G. FRANÇO¬
IS VM.REX. ^Couronnelle ou briquet entre le commencement et la fin de la
légende.)
R. Ecu de France couronné. Légende : XPS.VINCIT, etc.
— Teston de Charles IX.
A. Buste à gauche. Légende : KAROLVS. D.G.FRANCOR.REX.
R. Ecu de France couronné accosté de deux K couronnés. Légende :
XPS.VINCIT, etc... 1564 (atelier de Marseille).
— Autre teston du même.
A. Buste à droite. Légende: CAROLVS. VIII.D.G.FRAN.REX.
R. Ecu de France couronné accosté de deux C. couronnés. Légende :
f SIT. NOM EN. DOM . BEN EDI. M. D. LXXV (atelier de Toulouse).
— Teston de Henri III, roi de France et de Pologne.
A. Buste lauré à droite. Légende : HENRICVS.D.G.FRANC.ET.
POL.REX.
R. Croix fleurdelisée ; au centre de la croix, un H. Légende : SIT.
NOMEN., etc... 1576.
— Quart d’écu de Henri IV (Henri il comme roi de Navarre).
A. Ecu à nombreux quartiers couronné et accosté de deux II IL Légende :
GRATIA. DE 1 .SVM .Q.SVM. 1585.
R. Croix fleurdelisée. Légende : HENRICVS . il. D . G. RKX.NA¬
VARRE. (Lettres D.B. en monogramme.)
— Quart d’écu du même comme roi de Navarre.
A. Ecu parti de Navarre et de Bourbon, couronné.
R. Croix fleurdelisée. 1587.
— Autre quart d’écu semblable. 1589.
— Quart d’écu d’Henri IV comme roi de France, pièce frappée pour la
Navarre et présentant l’écu parti de France et de Navarre (1602).
— Autre quart d’écu du même, frappé pour le Béarn. Ecu parti au pre¬
mier de France et au deuxième coupé de Navarre et de Béarn (1602).
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102
SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS
—. Quart d’écu de Henri IV, roi de France (écu de France, 1602).
2° Monnaie féodale :
Teston.
A. Buste tourné à droite. Légende : -j- HENRIC.P.DOMB.D.MOM-
TISP.R.
R. Ecu aux armes de Bourbon-Montpensier, couronné, accosté de deux H H
couronnés. Légende: DNS.ADIVTOR.ET.REDEM.MEVS.
3° Monnaie étrangère.
Ducaton de Charles-Emmanuel I", duc de Savoie, 1595.
A. Buste tourné à droite. Légende : CAR.EM.D.G.DVX.SABAVDIE.
XI.
R. Ecu couronné, écartelé et contre écartelé sur le tout aux armes de Sa¬
voie. L’écu accosté du mot FERT. Légende : DEVENTRE.MATRIS.
DEVS.PROTECTOR.MEVS (r).
De l’ensemble de cette trouvaille, il résulte que la cachette est postérieure à
1602, date du dernier millésime relevé sur les pièces datant de Henri IV. »
II» Notre confrère M. Georges Bodard m’a envoyé le croquis d’une taque
de cheminée armoriée. Ce contre-feu a 1 mètre de hauteur et 1 mètre 40 de
largeur. Ladite plaque est entourée d'un listel d’ornementation assez grêle
cantonné aux angles de 4 cœurs. Au centre, un écusson terminé en accolade
et timbré d’un casque à cinq grilles, taré de face et orné de ses lambrequins.
L’écusson présente un semé d'hermines. M. Bodard m’écrit que, suivant
M - ' Defoullenay, qui lui a communiqué cette plaque de cheminée, elle pro¬
viendrait de l’ancien château de la Bruyère- Laubespin. Quelles sont ces
armoiries ?
Suivant M. Bodard, dans ce vieux château féodal, siège de la châtellenie,
résidaient les officiers des ducs de Bourbon : lieutenants généraux et de
police, procureurs, greffiers, etc... Il ne connaît aucun des anciens lieute¬
nants généraux qui purent habiter le château. Ce château, ajoute M. Bodard,
fut démoli par ordre d’Henri IV, en 1595.
S’il en est ainsi, je ne crois pas que cette plaque de cheminée puisse réelle¬
ment provenir du château de la Bruyère-Laubespin. En effet, à voir son
style, je ne crois pas qu’on puisse la faire remonter à une époque plus haute
que la première moitié du xvu' siècle.
II y a une famille nivernaise et un peu bourbonnaise qui portait d'hermines
et existait encore au xvu' siècle, la famille de Varigny. Peut-être faudrait-il
lui attribuer la plaque communiquée par M“' Defoullenay (2). »
— M. Flament, au nom de M.Crépin-Leblond, fait circuler une bro-
( 1 ) Sur la pièce, dans les mots centre et motris, les lettres T.R. sont liées.
( 2 ) Voir Armorial du Nivernais et Armorial du Bourbonnais, par SouL-
tr ait. — Marolles, Inventaire des titres de Nevers. — Noms féodaux , etc.
On trouve parfois (Armorial du Bourbonnais ) les armes des Varigny avec
une .bande composée brochant sur le champ d'hermine.
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PROCÈS-VERBAL 103
chure ayant pour titre : Nouveau plan d'éducation, soit pour l’ordre
à observer dans la transmission des sciences, soit pour la manière de
les transmettre, par J. Fallier, propriétaire et ministre du culte catho¬
lique exerçant en la commune de Bagneux en 1792. ( Souoigng , le
20 janvier 1801.) A Moulins, de L’imprimerie de Thibaud (1), rue du
Temple, in-8", 14 pages.
Il en donne le résumé suivant:
« Jean Fallier, curé de Bagneux, abjura la religion dont il était le ministre
le 12 frimaire an II, d’après M. Delaigue, La Révolution à Saint-Menoux,
p. 89. Il était en effet le frère du célèbre curé de Saint-Menoux, François
Fallier, qui s’était, lui aussi, ■ déprêtrisé » le 7 frimaire.
Jean Fallier se propose, dans ces quelques pages, de dire ce qui constitue
une bonne éducation et d’exposer également comment il entend la donner
dans un pensionnat qu’il va ouvrir le 1" octobre 1801. C’est donc là une sorte
de prospectus-réclame.
Le but d’une tonne institution, dit-il, doit être de faire des savants et des
artistes vertueux.
Après un préambule sur la méthode à adopter dans le développement
des facultés de l’élève, préambule embarrassé d’un pathos philosophique
assez négligeable, Fallier en arrive aux précisions : on sera reçu dans son
pensionnat au-dessus de 7 ans ; il y aura au début trois maîtres, un sous-
directeur et le directeur, qui est lui-même. Il y aura six classes. la première
étant élémentaire ; c’est dans la sixième seulement qu’on abordera le latin.
Les élèves se lèveront à 6 heures en été, à 6 heures 1/2 en hiver. On com¬
mencera la journée par une prière. A midi, le dîner, ■ pendant lequel on
pourra converser • et où on servira le bouilli, une bonne entréê et un plat de
dessert. Souper à 7 heures 1/2. avec un rôti ou ragoût, un entremets et un
dessert. Coucher à 9 heures, après la prière en commun.
Le dimanche, la prière du matin et la récréation du dîner seront suivies
des actes de religion pratiqués par les catholiques et d’une conférence sur la
morale.
Ce qu'il y a de remarquable, c’est que les six classes précitées ne sont pas
étanches et qu’il y a plusieurs exercices communs, les langues vivantes, par
exemple.
Mais Fallier désire compter d’avance sur un certain nombre de pension¬
naires. Il fixe le prix à 600 livres par élève, chaque élève devant apporter son
lit, 4 draps, 12 serviettes et une rrçaUe pour ranger ses hardes. En attendant
l’époque où il pourra ouvrir sa pension, il déclare pouvoir se charger dès
maintenant, pour 500 livres, dè quelques élèves en retard qu’on lui enverra
à son domicile, à Souvigny. place Saint-Eloi, alors appelée de l’Abondance.
La liste des membres du culte catholique existant dans le département et
méritant la confiance du gouvernement, dressée à la fin de l’an IX (été de
(l) Thibaud était le beau-frère de l’auteur.
Di. zed by LaOOQle
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
104
iSoo), ne laisse pas de côté Jean Pallier : • Homme d’esprit, y lit-on, et de
connaissance, se livre à l'enseignement. Bon à faire un curé de ville de troi¬
sième ordre. • Et aussi : ■ Cy-devant curé de Bagneux, ayant des connais¬
sances particulièrement dans la géométrie ; a prêté le serment exigé par la
constitution civile du clergé ; s’est retiré à Souvigny. A plusieurs élèves à
qui il enseigne les principes de la langue latine, la géométrie, etc. 48 ans.
Sage. » Ce document a été publié par M. l’abbé Clément dans son ■ Per¬
sonnel concordataire », paru dans le Bulletin de la Société <T Emulation.
Sage, en effet, car, dans son prospectus, on voit Fallier revenir à plusieurs
reprises, sans le mauvais goût il est vrai d’une exagération suspecte, sur la
nécessité de l’enseignement de la religion et de l’observation de ses préceptes.
Il fut récompensé en 1802 : on le nomma desservant des Jacobins de Mou¬
lins, dépendant de la cure de Saint-Pierre (les Carmes), dont était titulaire
l’abbé Nicolas de La Mousse.
— Sont élus membres titulaires : M"'de Boisé de Courgenay, M"' la
comtesse Louis de Ronseray, M“* Thonier-la-Rochelle, MM. Paul Be¬
noit, le baron Desmaroux de Gaulmyn, Duchollet de Costebelle,
Albert Grellel-Dumazeau, Orsel, G. Pégat, J. Robin, le baron de
Waldner de Freundstein.
— Est élu membre correspondant : M. Henri de Feydeau.
— Sont présentés comme membres titulaires : M*’ Joseph de Cham-
pigny, demeurant au château de Champigny par Hérisson, par
MM. André Cordez, le chanoine Clément et Robert Villatte des
Prugnes ; — M. André Devaulx, propriétaire, demeurant à Saint-
Gérand-le-Puy, par MM. Edmond Tabouët, André Cordez et le cha¬
noine Clément.
— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 h. 3/4.
M. D.
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Programme
de la
13 e Excursion archéologique
Dans la région de Varennes,
Montaigu-le-Blin, Billy et Saint-Germain-des-FosSés
Le Jeudi 22 Juin 1911
M éfaitt de Moulins par le train de 5 heures 20, arrivant à
5 heures 50 en gare de Varennes, où les excursionnistes ve¬
nant de Saint-Pourçain seront arrivés à 5 heures 25 et ceux
de Saint-Germain-des-Fossés et au-delà à 5 heures 33.
Visite de l’ancienne église de Saint-Pierre de Vouroux, aujour¬
d’hui caserne de gendarmerie, de la chambre de Napoléon I" à l’hôtel
de la Poste, de la maison des Trois-Maures (xvT siècle). Départ à
6 heures 25 pour Gayette (2 kilomètres).
Gayette, château du xv' siècle.— Chambre où coucha le connétable
de Bourbon les 7 et 8 septembre 1523, au début de sa fuite. Chapelle
du xviii* siècle. Pharmacie avec série de pots en faïence et mortiers
en bronze. Départ à 7 heures 1/2.
Rongères (5 kil.). — Visite de l’église romane.
Le Méage {arrivée à 9 heures). — Elégant château du xvi' siècle,
belle porte d’entrée en fer forgé. — Visite à Préont d’une cheminée
Henri II. Départ à 9 heures 1/2 pour Montaigu (5 kil.).
Montalgu-le-Blin, à 10 heures. — Visite de l’église et des ruines
du château, souvenir des luttes des ducs de Bourbon et de Bourgogne
au xv* siècle Siège pendant la Fronde, en septembre 1651.
Départ à 10 heures 1/2. Coup-d’œil sur l’église de Ciernat, les châ¬
teaux de Ciernat, Puy-Digon, Gondailly.
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106
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
A 10 heures 3/4, visite de Poncenat (la tour, la terrasse, etc.),
souvenir du capitaine Poncenat (François de Boucé), le chef protes-
TJirEXCURSiON
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fc VXRENNES
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tant qui mit le siège devant Moulins en 1562 et fut tué à la bataille
de Cognât en 1568.
Arrivée [à Salnt-Gérand-le-Puy à 11 heures 1/2. — Visite de
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PROGRAMME DE LA XIII' EXCURSION
107
l'église, du château, d’où l'on admirera une belle vue sur la vallée
de la Besbre et la Palisse.
Midi : Déjeuner à l’hôtel Guéret.
Départ à 1 heure 1/2. Visite de l’église de Langy (tombe de Jac¬
queline de Morainville), coup-d’œil sur les châteaux des Angles, de
Teillat, beau panorama sur le cours de l'Ailier, vue des châteaux de
Togues, de la Toulle, de Chazeuil, de Cordebœuf, de Châteauvert, de
Champfollet et du Lonzat. Arrivée à Créchy à 2 heures 1/2.
Visite de l'église de Crécby, des châteaux de Fouz, les Andrivaux.
Arrivée à Billy à 3 heures.
Bllly, l’un des plus beaux spécimens de l'architecture militaire au
xnrsiècle. Visite du château, de la place d'Armes.des fortifications de
la ville (porte Chabotin). Vieilles maisons du xv' et du xvi' siècle.
Horloge avec cloche du xvu'. Départ à 5 heures.
Coup-d’œil sur Poénat et les Epigeards. Arrivée à Cbermont à
5 heures 3/4, visite du château. Départ à 6 heures 1/2.
6 heures 3/4, visite de l’église de Saint Germain-des-Fosxés,
ancien prieuré avec Vierge miraculeuse. — Restes du château de
SaintGermain-des-Fossés, donné en dot par Jacques d’Albon à son
fils, le maréchal de Saint-André. Chapelle où dorment les derniers
Apchon-Saint-Germain.
7 heures 1/2 : IMncr.
Départ pour Moulins à 8 heures 10, arrivée à 8 heures 45.
I.es personnes désireuses de prendre part à l’excursion sont priées
d'en donner avis au Président de la Société avant le 15 juin.
Les personnes étrangères à la Société qui voudront bien s'y joindre
seront comme de coutume les bienvenues ; elles n’auront qu’à se
faire présenter, lors de leur inscription, par l’un des membres de la
Société.
Vu les difficultés pour assurer le transport et les vivres, chaque
excursionniste est prié, en se faisant inscrire, de spécifier s'il usera
des breaks ou s'il assurera son transport par ses propres moyens,
s'il prendra part à un seul ou aux deux repas. t
Aucune adhésion ne pourra être acceptée après le 15 juin , terme de
rigueur.
Comme toujours, les dames sont invitées à prendre part à l'excur¬
sion.
Les excursionnistes photographes sont priés de se munir de leurs
appareils.
--'^i». — . ■
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My tysFs? S?
UNE SCULPTURE
De l'Epoque de la Pierre polie
L ’homme ne vit pas seulement de pain , mais encore de toute parole
qui sort de la bouche de Dieu (1).
Par parole de Dieu, il faut entendre Ici l’Idéal sous toutes
ses formes ; c’est-à-dire : le Beau, le Bien et le Vrai.
L’Idéal ainsi compris est indispensable au développement normal
de l’Etre humain, il est pour son esprit ce que le pain est pour son
corps : un aliment. Aussi le voyons-nous en poursuivre la réalisation
avec la même énergie qu’il met à se procurer sa nourriture maté¬
rielle. Cet appétit d’idéal est sa marque caractéristique, celle qui le
distingue le mieux de la brute, qui, elle, n’éprouve que le besoin de
se repaître.
La preuve que cette recherche de l’idéal est bien inhérente à la
nature de l’Homme, qu’elle lui est propre, c’est que nous la retrou¬
vons chez les individus de tous les temps et de toutes les races, bien
qu’à des degrés différents, suivant le niveau de leur intelligence et
leur progrès dans la civilisation. Chez les sujets pourvus déjà d’une
culture intellectuelle, elle éclate dans les manifestations les plus
sublimes : tels les arts, la littérature, la religion ; chez les autres, les
arriérés, les sauvages, elle ne se traduit souvent que par des appa¬
rences futiles, comme le souci exagéré de la parure au moyen d’or¬
nements grossiers et inesthétiques. Il n’est pas jusqu'à nos ancêtres
des temps quaternaires, contemporains de l’ours des cavernes et du
mammouth, qui ne nous aient laissé, sous les espèces d'objets ou¬
vrés, empreints d’un cachet artistique indéniable, des témoignages
patents de cette vérité.
Les premiers échantillons de cette industrie antédiluvienne, révé-
( 1 ) Deutéronome, chap. vin, v. 3 .
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Société d’JSmulatioh du Bourbonnais
Fig. 1. — Fig. 2
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IG. 4
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UNE SCULPTURE UE LA PIERRE POLIE
109
lés vers 1864 par E. Lartet et H. Chrisly, qui venaient de les exhu¬
mer des grottes de la Dordogne, provoquèrent dans le monde savant
presque autant de méfiance que d’étonnement, ils parurent trop par¬
faits pour être le produit d'une civilisation que l’on croyait primitive
et partant rudimentaire, mais qui, vraisemblablement, doit nombrer
derrière elle un long passé de siècles d’expérience. On concevait mal
que des hommes grossiers et inexpérimentés aient pu dessiner au¬
trement que les sauvages ou les enfants, et cela parce qu'on oubliait
que, même dans l'état de notre société, où la science toute d'obser¬
vation du dessin est presque toujours le résultat d'un enseignement
spécial, on rencontre parfois des sujets suffisamment doués pour
dessiner ou sculpter correctement du premier coup et sans étude
préalable.
Depuis, les découvertes se sont multipliées et plus personne n'émet
de doute sur l'authenticité de cet art des cavernes ; je dis bien de
cet art, car c'est autant et plus d’un art véritable que d’une indus¬
trie dont il s'agit : il y a nombre d'objets, en effet, qui excitent non
seulement notre curiosité mais encore notre admiration, tant par la
rectitude du dessin que parle goût qui a présidé à la composition des
sujets qui les ornent.
N’est-ce pas un petit chef-d'œuvre que cette figure de renne,
gravée au trait sur fragment du bois de l’animal, trouvée à Taïn-
gen, près de Schaffouse ? La bête est admirable de naturel : on la
voit s'avancer un pied levé et la tête à ras le sol pour y prendre sa
pâture. Il serait malaisé au critique le plus sévère d'y relever le
moindre défaut : le dessin est irréprochable. 11 y a du mouvement
aussi dans le combat de rennes sur plaque de schiste ardoisier pro¬
venant de Laugerie-Basse ; la scène est prise sur le vif et bien ordon¬
née ; ce n'est qu'une esquisse, mais une esquisse que ne désavoue¬
raient pas nos meilleurs animaliers et qui fait honneur à son auteur
anonyme, précurseur de Courbet dans le genre. Qui ne reconnaitrait
non plus à première vue, sur le galet de la grotte de Massat, l'image
d’un ours dans laquelle les paléontologistes découvrent sans hésita¬
tion tous les caractères de l’ours des cavernes, disparu un peu avant
le mammouth. Et comment, enfin, ne pas trouver jolis ces poissons
gravés sur os que Paignon a retirés de dessous l’abri de Montgaudier
en 1886 et que M. J. Bertrand qualifie d 'admirables. De fait, l'artiste
a fait preuve d'une observation méticuleuse c'u monde des eaux,
qu'il a su reproduire avec autant de vérité que de bonheur.
La ronde bosse n’a pas été moins bien traitée, et l’on a peine à
comprendre qu'il se soit trouvé des ouvriers assez experts pour, avec
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110
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
le seul outillage dont ils disposaient à l'époque lithique, tailler dans
des matières aussi dures que le merrain de rennes et l'ivoire, des
œuvres relativement aussi achevées que le mammouth de Bruni*
quel, les deux rennes du même lieu et cet autre renne de Laugerie-
Basse, qui, bien que non terminé, ne leur est point inférieur. Ce sont
de vrais bibelots artistiques en même temps que les premiers exem¬
ples de l’art appliqué à l’industrie, puisqu’ils ont servi de manches à
des poignards. Et autant qu’on en peut Juger par les quelques débris
de statuettes en ivoire trouvés par Piette dans la grotte de Brassom-
puy, la représentation humaine ne parait pas avoir été inférieure à
la représentation animale. On connaît un buste mutilé de femme que
A. de Mortillet considère comme une des plus belles sculptures paléo¬
lithiques connues... d’un modelé superbe et d'une grande vérité (1).
Ces troglodytes n'ont ignoré aucune des branches des Beaux-Arts,
et la peinture même ne leur fut pas étrangère. Les parois de quel¬
ques-unes de leurs grottes sont couvertes de sujets peints, représen¬
tant principalement des animaux. Bien que les premières découvertes
remontent environ à trente ans, ce n’est guère que depuis la moitié
de ce temps que les savants s'en sont occupés sérieusement.
Certes, leur palette n’était pas riche, et, avec les trois ou quatre
couleurs dont ils disposaient : le blanc formé d'un mélange brillant
de silice et de carbonate de chaux, le rouge et le Jaune fournis par
l'oxyde de fer et enfin le noir tiré d’un oxyde de manganèse, il leur
eût été difficile de commettre des chefs-d’œuvre. Ce ne sont d'ailleurs
pas des peintures dans le sens strict du mot, mais plutôt des gravures
aux traits rehaussés de couleurs. Parfois cependant, comme dans les
grottes d’Altamira (Espagne), la Font-de-Gaume (Dordogne), etc., ils
ont procédé par masses compactes de couleurs posées avec Justesse
et accentuées aux bons endroits. Ce sont là les timides et premiers
tâtonnements pour parvenir au modelé des figures sur surface plane
par l'artifice des ombres.
Mais, pour n’avoir rien de commun avec les fresques du Vatican,
ou seulement avec les décorations d’Herculanum et de Pompéi, ces
essais de peinture n'en sont pas moins impressionnants. L'adjonction
de la couleur au trait indique un effort sérieux pour arriver à une
(1) Musée préhistorique, Schleicher frères et Créditeurs à Paris, deuxième
édition, 1903, planche xxv.u.
Je n’ai cité que les pièces tes plus connues, celles qui sont classiques et
que l’on trouve reproduites dans tous les ouvrages d’Archéologie préhisto¬
rique.
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UNE SCULPTURE DE LA PIERRE POLIE 111
représentation plus exacte de la nature, elle montre chez leurs au- 1
teurs une compréhension plus saine de l’art.
Je ne mentionnerai aucune de ces peintures ; les descriptions que
j'en pourrais faire, en l’absence de reproductions graphiques scrupu¬
leuses, ne constitueraient qu'une phraséologie insipide qui ne ferait
qu’alourdir un texte dont la lecture est déjà rendue pénible par
l’aridité du sujet. Il suffit de savoir qu’en général le dessin est aussi
correct et précis que celui des graffiti sur bois de rennes et sur
ivoire.
Ces contemporains du mammouth et du renne ont donc fait preuve
d’un sentiment artistique réel. Habiles à discerner les traits caracté¬
ristiques des animaux au milieu desquels ils vivaient, ils ont su les
reproduire dans leurs attitudes favorites tout en leur conservant leurs
physionomies exactes et animées. Leurs œuvres témoignent d’une 1
esthétique se rapprochant plus de la nôtre que celles d’artistes anciens
beaucoup plus voisins de nous, tels les imagiers du Moyen-Age,
qui se sont moins préoccupés de la forme que de l’idée et dont, pour
cette raison, les productions de facture naïve sont sans vie.
Pour être vieux cet art n’en est que plus original, et à ce titre il ne
doit laisser indifférent personne, pas plus l'artiste que l’archéologue.
En résumé, l’homme des premiers temps quaternaires s’est montré
accessible aux jouissances délicates que procurent les œuvres de
l’Esprit ; il avait le sentiment du Beau et il a su, dans la mesure de
ses moyens, satisfaire à ce besoin d’idéal qui est le propre de l’hu¬
manité. 11 n’était ni sauvage ni barbare.
Mais brusquement, cette civilisation naissante et si péniblement
acquise, s’évanouit sans qu’on soit, jusqu'à ce jour, parvenu à en
découvrir la cause réelle.
Ayant constaté, dans les grottes-habitations, une couche stérile'
entre les strates inférieurs renfermant des dépôts d’origine archéoli-
thique et les strates supérieurs contenant des objets néolithiques, les
préhistoriens en ont conclu qu’un espace de temps assez long s’était
écoulé entre le départ des premiers habitants et leur réoccupation
par les seconds. C’est cette époque de transition qu’en jargon scien¬
tifique ils ont désigné sous le nom de hiatus, c’est-à-dire de trou ou
lacune. Et la seule explication rationnelle qu'ils en aient encore don¬
née, c'est que s'il y a une lacune, elle existe surtout dans leurs con¬
naissances. Mais quelle qu'en soit la cause, un fait reste et lui seul
importe, c’est : qu’à la race archéolithique et probablement autochtone
qui s’est distinguée par ses productions artistiques, s’est substituée
une race nouvelle que l’on suppose descendue des plateaux de l'Asie
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
et qui, elle, a fait montre d'une inaptitude absolue dans les arts. Elle
était pourtant plus industrieuse, taillant et polissant le silex aussi
parfaitement que pourraient le faire les lapidaires de nos jours. Je
connais entre autres pièces remarquables, une pointe de flèche, si
petite, si ténue et d’un travail si poussé, qu’elle semble n’avoir pu
servir que de parure, et c'est bien aussi comme un bijou que la con¬
sidère son propriétaire actuel, qui l'a fait monter en épingle de cra¬
vate. C’est pourquoi j’incline à croire que cette impuissance artistique
avérée a été plus voulue que réelle. 11 ne'faut pas oublier en effet
que nos néolithiques étant d’origine asiatique devaient comme tous
les Orientaux éprouver de la répugnance à reproduire la nature ani¬
mée. Grands édificateurs de mégalithes phalliques (menhirs), qui sont
la représentation idéalisée de la puissance créatrice, ils devaient
craindre de contrevenir au précepte divin que Moïse a codifié ainsi :
« Tu ne te feras pas d'image sculptée, ni de tout ce qui est en haut
dans le ciel et en bas sur la terre, ni de tout ce qui est dans les eaux
sous la terre » (1). Cette loi, promulguée à l’aurore de l’humanité,
est encore religieusement observée de nos jours par les sectateurs de
Mahomet.
Les néolithiques ne nous ont laissé aucune peinture et, jusqu'à ce
jour non plus, on ne connaissait d'eux aucune sculpture véritable.
Les rares gravures qui leur sont attribuées sont absolument bar¬
bares. Les unes, incisées en creux sur les mégalithes, ressemblent
plutôt à des signes idéographiques. Les autres, (aillées en relief peu
accusé, sont rares : il y en a qui, comme à Coizard dans la Cham¬
pagne, à Collorgues (Gard), aux Maurels et à Saint-Sornin (Aveyron),
représentent d'une manière schématique la forme humaine ; elles
ont même une affinité certaine avec les vases dits à la tête de
chouette et les idoles que Schliemann a découvertes à Hissarlik, dans
la cité incendiée, la Troie d’Homère. Chez les unes comme chez les
autres, on retrouve la même technique grossière, la même représen¬
tation idéalisée de l’homme. Evidemment, elles sont les œuvres
mystiques de peuplades de même race et ayant la même conception
religieuse ; elles datent peut-être de la même époque.
Qu'on me pardonne ce trop long préambule, mais un résumé de
l’état de l’Art aux âges lithiques m’a paru nécessaire, pour mieux
faire comprendre, à ceux des lecteurs qui sont encore peu familia¬
risés avec les études préhistoriques, toute l'importance de la sculp-
(1) Non faciès tibi sculptile, neque omnem similitudinem quœ est in cocto
dtsuper et quœ in terra deorsum, nec eorum quœ sunt in aquis «ub terra.
(Exode, cb. xxv, 4.)
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UNE SCULPTURE DE PIERRE POLIE
113
ture en silex qui fait l’objet de cette notice. Je la crois unique en
son genre, du moins il n’est pas à ma connaissance qu'aucun ouvrage
en ait signalé de similaires, et Je ne sache pas qu’un musée quel¬
conque en possède aucune présentant la moindre analogie avec elle.
Il y a plus de quarante ans qu’un pêcheur de Varennes-sur-Allier*
M.Burlaud, l’a ramassée dans les sables du lit de la rivière d’Allier.
Ce caillou l’avait frappé par son étrangeté et il l’avait gardé pré¬
cieusement, sans se douter néanmoins qu’il pût avoir un intérêt autre
que de curiosité ; ce en quoi il est bien excusable, puisque de plus
avertis n’y volent encore comme lui qu’un Jeu de la nature.
C’est ainsi qu’on m’a opposé comme lui étant similaire le silex
reproduit flg. 3.
Et pourtant, pour se convaincre qu’ils n’ont aucun rapport entre
eux, point n’est besoin de posséder des connaissances spéciales ; U
suffit de les examiner, de les comparer, mais avec un esprit délié de
toutes idées préconçues.
L’un ne présente aucune forme bien déterminée ; ce n’est que
l’imagination aidant, qu’on arrive à lui trouver la figure d’un oiseau
monstrueux, sorte de bête innommée, dont la ligne vague et imprécise
montre bien qu’il n’est que le produit du hasard. On ne peut même
pas le classer dans la catégorie encore douteuse de ces pierres-
figures, dont M. Thieullen s’est fait l’initiateur et le propagandiste
zélé mais peu suivi, car il est impossible à l’œil le mieux exercé d’y
découvrir l’apparence la plus légère d’une retouche.
Sur l’autre au contraire, l’empreinte du génie de l’homme est
manifeste ; il n’y a pas une seule de ses parties qui n’ait été l’objet
d’une touche résultant d’une volonté réfléchie et constante.
Il représente un animal couché dans l’attitude hiératique du sphinx.
Et de même que dans les gravures néolithiques dont nous nous
sommes entretenus plus haut, cette représentation bien que plus
exacte est encore tout idéale. C’est moins une sculpture qu’une
silhouette très poussée, dont le modelé grossier n’apparaît que sur
l’un des côtés : le gauche, où seules l’oreille, l’épaule et la hanche
saillent, mais d’une façon anormale. L’autre, le côté droit, est resté
plan, comme si le sujet n’était destiné à être vu que sur l’une de ses
faces. Et soit horreur religieuse de l’ouvrier à copier trop fidèle¬
ment la nature, soit que son impéritie l’ait fait hésiter à détacher des
organes aussi grêles, dans la matière dure et brisante qu’est le silex,
avec l’outillage défectueux qu’il possédait, il a négligé de reproduire
la queue et les pattes. Enfin, ni l’œil ni la gueule ne sont indiqués.
Mais si elle est sans valeur artistique, cette sculpture offre cepen¬
dant un intérêt archéologique réel.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
De plus, le faire en est habile et mérite d'être décrit.
L’ouvrier l'a sculpté dans un rognon de silex brun rouge à noyau
plus clair de couleur grise.
Comme on peut s'en rendre compte par l'examen de la face pos¬
térieure (fig. 1), il a procédé d’abord par larges tailles, réduisant son
caillou en une plaquette, d'environ deux centimètres d’épaisseur, sur
douze de longueur et sept de largeur, formée entièrement de la couche
grise du noyau, syr laquelle il a laissé subsister une mince écorce de
silex coloré. Puis, au moyen d’un léger sillon, peu apparent sur la
gravure, mais bien visible sur le sujet, il a tracé l’esquisse ou plus
exactement le contour d’un animal. Et après avoir découpé sa plaque
un peu au-dessus de ce sillon, qu’il a suivi de façon à obtenir un
profil régulier et semblable des deux côtés, il a attaqué la pierre sur
la face opposée, la creusant pour détacher dans un relief outré
l’oreille, l’épaule et la hanche (fig. P). Il semble bien toutefois qu’il ait
eq le souci, moins de modeler convenablement son sujet, que de repro¬
duire le pelage taché de roux delà bête, en utilisant à la manière des
sculpteurs de camée, les couches colorées de la pierre. Il a ensuite
poli le seul côté en relief, mais on a peine à comprendre qu'il l’ait
pu faire avec les polissoirs fixes à rainures et à cuvettes. Il m'est avis
que pour ce travail un outil long et maniable à la façon d'une lime
lui ait été indispensable, et je n'en connais point d'autres qu’il ait pu
utiliser que ces pierres longues en grès fin et percées d’un trou d'at¬
tache, auxquelles on a donné le nom d’allutoir (fig. 4), sans bien
savoir à quel usage déterminé elles pouvaient servir, à une époque
où le bronze et le fer étaient inconnus.
Enfin, tel un sceau posé par le temps sur la pièce pour l'authenti¬
quer, des incrustations qui sont sur le revers prouvent indéniable¬
ment que les tailles qu’elles recouvrent remontent à une très haute
antiquité.
Et si, malgré ce qui précède, quelqu’esprit obstiné se refusait encore
à reconnaître le travail de l'homme sur ce silex, je pourrais lui objec¬
ter que la hanche, l’épaule et l'oreille sont trop normalement situées
sur un corps d'animal qui ne manque pas de proportions pour n'être
qu’un simple Jeu de la nature. En outre, comme s’il était fixé sur un
socle, le sujet se maintient dans la position verticale et naturelle d’une
bête couchée sur le ventre. Je vols là un ensemble de faits qui ne peu¬
vent qu’être le résultat d’une volonté consciente, car il n’y a pas
d'exemple que le hasard aveugle ait jamais réuni sur un même objet
un aussi grand nombre de réussites.
Cette sculpture présente une autre particularité : l’oreille est pen-
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UNE SCULPTURE DE PIERRE POLIE
115
dante. Ce détail, en apparence insignifiant, va cependant nous aider
à déterminer le genre d'animal qu’on a voulu représenter.
Buflon a écrit (art. chien et chèvre) que l'oreille couchée est un
signe de domesticité chez les animaux.
Or, comme on nous enseigne que les hommes de i'époque de la
pierre polie avaient asservi seulement le cochon, le cheval, le bœuf,
la chèvre, le mouton et le chien, il saute aux yeux que celui de ces six
animaux avec lequel cette sculpture a le plus de ressemblance est le
chien.
C'est très certainement un chien que notre néolithique a portrai¬
turé.
Apparemment, c'est l’œuvre d'un chasseur, qui, pour conserver le
souvenir de sou compagnon fidèle, mort peut-être en le défendant
contre un fauve, a taillé son image dans le silex.
Possesseur d’un document que Je crois précieux pour l’histoire de
l'homme, Je l’ai publié, en m’eilorçant uniquement de faire ressortir
les preuves qui militent en faveur de son authenticité. Pour le reste,
je l’abandonne à la libre discussion des maîtres en archéologie, qui
sauront en extraire la quintessence et formuler s’il y a lieu, toutes
conclusions utiles.
Saint-Germain-des-Foasés , le 8 janvier 1911.
L. Montagne.
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Quelques fragments de comptes bourbonnais
(XIII e -XVI* SIÈCLES)
D ans une communication faite en 1909 au Comité des travaux
historiques et insérée dans son Bulletin en 1910, J’ai sommaire¬
ment exposé en quel petit nombre les comptes bourbonnais
(copaptes des châtellenies, comptes de l'hôtel, etc.) étaient parvenus
Jusqu'à nous et je faisais figurer, parmi ce qui nous en reste, les frag¬
ments plus ou moins mutilés conservés aux Archives de l'Ailier sous
la cote provisoire A. 157. Ces fragments ont presque tous servi de cou¬
vertures à des registres reliés à partir du xvn' siècle et c'est le hasard
qui les a fait apparaître au cours d'un travail de dépeçage des vo¬
lumes ainsi reliés, travail dont on comprendra que je n'aie pas à me
repentir. Un seul n’a pas trop souffert et pourra être publié en entier ;
des autres, au nombre de huit, je devrai me contenter d'extraire les
passages les plus intéressants et les mieux conservés.
I. — Le premier de ces fragments est transcrit sur une feuille de par¬
chemin de 0*,340 de hauteur sur 0*,225 de largeur ayant jadis servi de
couverture à un des registres de catholicité de Saint-Gerraain-d’En-
travaux, ancienne paroisse aujourd'hui réunie à Châtel-Deneuvre
(Allier, arr. de Moulins, cant. de Souvigny). Le compte est sur deux
colonnes et remonte aux dernières années du xin* siècle ; l'écriture
en est la même que celle du compte des châtellenies de Bourbonnais
de 1287, conservé aux Archives du Pas-de-Calais sous la cote A. 125,
mais sa transcription en est rendue beaucoup plus difficile par le
grand nombre d'abréviations par sigles qu'on y rencontre. C'est, en
effet, un compte de recettes en nature réparties par « villes franches » ;
dans chaque « ville franche » sont énumérés les noms de ceux qui
doivent payer, avec ce qu'ils doivent payer ou ont payé. Voici les
noms des « villes franches » inscrites : villa francha de Tylia ; - de
Chier Grabet (ou Garbet ) ; — de Melhars ; — de P incars ; — des Eschi-
roles ; — de Monlor ; — de Contigniaco ; — de Briagles. On remar-
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FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS
117
quera que tous ces lieux, sauf deux. Chier Grabet et Pioears, qu'il
a été impossible d'identifier, appartiennent à la région saint-pour-
cinoise et, même sur la rive droite de l’Ailier, la ville franche dés
Ecberolles (I) fait partie du territoire qui forma plus tard la châtel¬
lenie de Verneuil.
Tout ce territoire a laissé plusieurs lois échapper des débris anti¬
ques (2) et il est permis de se demander si les huit localités de notre
fragment ne sont pas de ces groupes ruraux, à l'origine desquels on
trouve une villa romaine et qui, enrichis par la culture du sol,
purent, aux xir et xnr siècles, se libérer du servage et gagner une
liberté moins parfaite toutefois que celle des agglomérations ur¬
baines (3). Et sans doute ici acquirent-ils cette liberté à la suite d'une
de ces associations, appelées pariages, conclues entre les sires de
Bourbon et un seigneur ecclésiastique ou laïc, associations que Cha-
zaud a signalées dans une étude posthume, Les cilles franches du
Bourbonnais (4) ; le seigneur co-contractant serait ici le prieuré de
Saint Pourçain (pour Briailies, Contigny, Montord) et celui de Souvi-
gny (pour Meillard et sans doute Tilly et les Eeherolles). Il convient
de noter qu’en 1285, le 3 juin, par transaction entre Odart, prieur de
Saint-Pourçain, d'une part, et Robert d’Artois et Agnès de Bourbon,
d’autre part, la justice devait désormais être commune par moitié à
chacune des parties sur les terres delà Feline, de Montord, de Bayet
et autres lieux (5).
Aux villes franches issues de pariages connues de Chazaud (Saint-
Pierre-le-Moûtier, Escurolies, Valigny, Sancoins, Cusset, Saint-
Menoux, Agonges fie Breuill, Limoise, la Petite-Marche, Mans près
Menât, Saint-Bonnet, Montessaut, Saint-Germain-des-Fossés, Saint-
Léopardin, Saint-Didier, Jenzat, Beliefaye, Marcillat. Poligny, Bes-
say), lequel Chazaud reconnaissait lui-mème (6) que beaucoup exis¬
tèrent qui n'ont pas laissé trace, il faut donc ajouter : Tilly (com¬
mune de Châtel-Deneuvre), Chez Grabet (?) (7i, Meillard, Pincars (?),
les Eeherolles (commune de la Ferté-Hauterive), Montord, Contigny,
(1) Voir Tiersonnier, Verneuil, dans la neuvième excursion de la Société
d'Emulation, tirage à part, p. 82 et suiv.
(2) Cf. Bull. Soc. Emul., t. VII, p. 84 et année 1906, p. 215.
'3) Viollet, Hist. des Institut, polit, de la France, t. III, p. 29.
(4) Archives historiques du Bourbonnais, t. I, p. 293 et suiv.
(5) Arcb. nat., P. 1373. analysée par Huillard-Bréholles, Inventaire des
titres de la maison de Bourbon, n s 766.
(6) Loc. cit., p. 295.
(7) U y a un lieu dit Chez Gourbaix sur le territoire d'Arpheuilles-Seint-
Priest.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Briailles (commune de Saint-Pourçain). A observer que deux de
ces groupements se décèlent encore de nos jours ; on trouve, en
effet, sur la carte de Cassini, deux hameaux dits « Villefranche »,
l'un à Saint-Pourçain, au sud de la butte de Briailles, l’autre
non loin de l’église de Contigny. Pour ce dernier, un travail de
M. Pérot (1) le cite seulement, en rapportant que la tradition y place
a une ville antique», sur l'emplacement de laquelle on aurait trouvé
d’importants débris de constructions ; il s’agit donc bien là de quelque
villa romaine, bâtie sur ce sol riche et peuplé, et ayant suffisamment
prospéré pour pouvoir profiter plus tard du grand mouvement d'af¬
franchissement.
II. — Deux feuillets de parchemin, dont l'encre est très effacée,
d'un registre de dépenses mesurant 0\340 de hauteur sur 0’,250 envi¬
ron de largeur, constituent notre deuxième fragment ; ces feuillets
ont également servi de couverture et sont détachés d'un registre de
comptes de l’hôtel du duc de Bourbon pour 1360. Sur le premier
feuillet est transcrit le mandement suivant :
Loys, duc de Bourbonnois, conte de Clermont et chamberier de France,
lieutenant de monseigneur le roy et de monseigneur le regent le royaume
de France ès païs de Berry, d’Auvergne et de Masconnois et ès ressors
d’iceulx, a Colas Regnier (2), trésorier des guerres soubz nostre gouverne¬
ment, salut. Nous avons ordenné nostre amé cler Jehan de Mars, maistre de
nostre maistre (sic} chambre aux deniers et faiseur de la despensse de nostre
hostel, et vous mandons que audit Jehan de Mars vous bailliés et délivriez ar¬
gent et toutes autres choses qui nous seront necesseres à la dicte despensse
de nostre hostel, cy prenant de luy lettres de recognoissance de toutes les
choses que vous baillerez et aussi tout ce qui par ses cedulles vous aperra en
quoy noussoions tenuz pour vivres pris pour la despensse de nostre dit hostel,
le paiez a ceulx a qui il sera deu, en prenant les dictes cedulles de chescun de
ceulx a qui vous le paierez, par les quelles nous volons que toutes les choses
que vous aurez baillé a nostre dit clerc et paié par ses sedules, vous soit alloé
en voz comptes sens contredit par celluy ou ceulx a qui il appartiendra, car
ainssi le volons nous estre fet, non obstant quelcunques ordenances faites ou
a fere au contraire. Donné à Molins, le iiij' jour du mois de janvier, l’an
mil ccclix. Par monseigneur le lieutenant en son conseilh, J. Chauvkaul.
Suivent des articles de compte malheureusement illisibles.
Au second feuillet ont été copiés : 1* un acte, royal semble-t-il, ou
du moins du régent Charles, acte daté du 9 octobre 13.., avec un nom
(1) Contigny, Moulins, 1902, p. 19.
(2) Sur lui, voir plus loin, le fragment n° V.
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FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS
119
de ville commençant par M, Melun peut-être ; et 2* un mandement
du duc de Bourbon Intitulé : « C'est la teneur du povoir que Mon¬
seigneur le lieutenant a donné audit Colas Regnier pour lere et exer¬
cer l'office de la tresorèrie des guerres soubz son gouvernement. »
Ce mandement, dont la date est arrachée, est sans doute de 1360 et
antérieur au 31 juillet, où nous voyons Colas Régnier déjà pourvu de
cette charge de trésorier de Bourbonnais et des guerres (1), que le
duc lui conférait pour la levée des deniers royaux nécessaires à la
campagne qu’il allait entreprendre et eu égard aux services qu'il en
avait reçus antérieurement.
III. — Le troisième fragment, deux feuillets de parchemin de O»,275
de hauteur sur 0*,20 de largeur, coupés en bas et sur le côté, provient
d'un compte de l'hôtel du duc de Bourbon, — Louis II sans aucun
doute. Il est impossible de le transcrire entièrement, toutes les lignes
ayant été rognées. Par les quelques notes suivantes, on verra com¬
bien est regrettable cette mutilation :
« A messire Robert Dalphin (2), par le mandement monseigneur,
pour le deffraver des despens [des gens] d’armes et de pié que il avoit
amené au [service?] de monseigneur à Aigueperse... ; » — « à Riehar-
din, le messagier de monseigneur, par mandement monseigneur,
pour achapter un cheval pour [aller en ?] France, où monseigneur
l’envoyoit hastement ; » — mentions : de Perrot de Beausant, tailleur
du duc ; — de messire Philibert de L'Espinace (3) ; — d’Arnaud d'Al-
bret (4) ; — mouvements de gens d'armes et dépenses faites « pour
conforter la ville (de Moulins) pour ce que l’on disoit que les Anglois
vouloyent combatre » ; — dépenses « au nom et pour Gacion Du Cas¬
tel, Jadix capitaine de Montempuy, # après le «rachat du fort de Mon-
tempuy » ; — autres dépenses causées par les écuyers de Jean d’Ar-
magnac, qui sont allés à Clermont chercher une somme d’argent que
le duc de Bourbon devait à leur maître ; — aumônes « aux religieuses
nonnains » (bénédictines) de Marsat (5), aux Cordeliers de Riom ; —
(1) Hüillard-Bbéholles, op. cit., n* 2801.
(2) C'est un des fils de Béraud I* r , dauphin d'Auvergne, qui,‘avec Béraud 11,
son neveu, combattit en 1359 les Anglais de Robert Knoll, venant du Berry,
et les défit sur les limites du Limousin et de l'Auvergne, en un lieu que
Froissard ne précise pas (éd. Siméon Lues, V, p. 185-190). La Mure (t. I, p. 414)
se trompe en plaçant cet événement en 1357. Voy. Delachenal, Histoire de
Charles V, t. Il, p. 38.
(3) Conseiller du duc.
(4) Il épousa en 1368 Marguerite de Bourbon, sœur de Louis II.
(5) Puy-de-Dôme, cant. de Riom.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
paiements faits : « à messire Jehan de La Roche, chevalier, par le
mandement monseigneur, auquel monseigneur le donna, pour les
frais [et despens ?] qu'il fit au lieu de Menât que il tint pris et occupé
pour grever aucuns ses ennemis [et qu'il rendit ?] à monseigneur
liberaument... # ; — à Gouçaut, seigneur de Toury, pour le mariage
de sa fille ; — à Pierre de Giat, chancelier du duc ; — à Jean de
Maison-Conte, chevalier, bailli d’Auvergne ; — à Limoges, chevau-
cheur de « messire Philippe de France » (1) ; — à maître Gervaise de
Chaulieu, clerc du roi et secrétaire du duc ; — à Jean de Montagu,
chevalier ; — au chevaucheur de la duchesse de Normandie (2) ; —
aux ménétriers du duc ; - à un écuyer d’écurie «pour achapter...
mettre en estât pour aler avec monseigneur en Angleterre » ; — etc.
il est aisé de dater ce fragment. On y trouve en effet mentionné,
dès les premières lignes, a mons. le conte de Poitiers », qui ne peut
être que Jean, troisième fils du roi Jean le Bon ; Jean posséda le
comté de Poitiers jusqu’au traité de Bré!igny,en 1360et, cette année-
là, reçut de son père le duché de Berry (3) ; il porta dès lors le nom
de duc de Berry eton peut difficilement admettre que le rédacteur du
compte lui ait donné son ancien titre par ignorance du nouveau.
D'autre part, après la conclusion définitive du traité de Brétigny, en
octobre 1360, Louis II de Bourbon, ainsi du reste que le duc de Berry,
eut à se rendre en Angleterre comme otage et par échange avec le
roi de France (4) qui y était prisonnier depuis sa défaite en 1356 ;
notre fragment, de ce fait encore, est nécessairement antérieur à la
fin du mois d'octobre 1360. Louis II était duc de Bourbon depuis le
mois de septembre 1356 ; en 1359, malgré sa jeunesse, il fut nommé
lieutenant du roi et du régent ès pays d’Auvergne, Berry et Mécon¬
nais, titres avec lesquels il figure dans les deux actes du fragment
précédent (n"II). Dès le début de 1360, il organise la défense en Au¬
vergne ; en mai, on le voit à Aigueperse(5)et un article de notre compte
se rapporte à ce passage. Les dépenses militaires qui figurent à plu-
(1) Fils de Jean le Bon, qui lui donna le duché de Bourgogne en 1363. Il
mourut en 1404.
(2) Jeanne de Bourbon, fille du duc Pierre I", mariée en 1350 au dauphin
Charles, duc de Normandie, roi de France en 1364 sous le nom de Charles V.
(3) Voir l'analyse de l’acte de donation dans Huillard-Bréholles, op. cit.
n* 2806.
(4) Cf. Froissard, ch. CDLIX.
(5) Huillard-Bréholles, op. cit., n” 2795. Le duc est à Saint-Pourçain le
3juin, au Puy le 22, à Clermont le 10 juillet [ibid. n»’ 2^97, 2799. 2799 A).
Cl. La Mure, Hist. des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, t. H, p. 44
et 45, note de A Steyert.
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FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS
121
sieurs reprises dans notre fragment ont évidemment trait à sa cam¬
pagne de 1360, notamment le paiement fait à Jean de La Roche. Enfin,
le dernier article est une dépense engagée à l'occasion de son départ
en Angleterre, qui eut lieu à la fin d'octobre 1360. Si mutilés et in¬
complètement lisibles que soient ces deux feuillets, on peut donc dire
avec certitude qu'ils proviennent, comme le précédent fragment, d'un
cahier de comptes de l'hôtel de Louis II contenant les dépenses des
dix premiers mois de 1360 et qu’ils offrent un intérêt particulier du
fait que ce cahier était le dernier des comptes de l'hôtel tenus avant
le départ du duc pour l'Angleterre. Louis II reviendra en 1366, date
où commence la chronique de Cabaret d'Orville et de Jean de Châ-
teaumorand.
IV. — Les quatre feuillets qui suivent (0*,195 de largeur X 0*,276 de
hauteur) sont extraits d'un ou de plusieurs cahiers de comptes, sur
papier, datant de 1376 à 1390, tenus par le « faiseur des garnisons » de
Louis II, Hullequin Amblon, et concernant uniquement le vin du
duc.
On appelait « garnisons » les approvisionnements de toute nature
nécessaires aux besoins d’une maison bien montée. Les comptes de
l’hôtel du roi mentionnent des « garnisons » dans les châteaux où un
séjour de quelque importance était à prévoir (I) et toujours on semble
avoir pris un soin particulier de fournir de vins la cave du maître.
L’oCQcier chargé de cette partie importante devait s’enquérir des bons
crus, des marchands honnêtes, veiller au transport des fûts à desti¬
nation et, sans doute, traiter selon les règles le vin fatigué par le
voyage ; le prix du vin payé au maître des garnisons pour les besoins
de l’hôtel entrait dans les recettes (2). Si la charge de maître des gar¬
nisons venait à vaquer, l’hôtel achetait le vin directement à des per¬
sonnes que payait le maître de la chambre aux deniers (3).
Le vin tint toujours une grande place sur la table de nos ducs, tant
en Bourbonnais qu'en Forez. Un compte delà prévôté de Montbrison
de 1383 est consacré exclusivement aux vendanges qui occupèrent
dans « le doux de monseigneur », 67 femmes et 10 hommes pendant
deux jours ; huit àniers « avoyque leurs baltes » amenèrent la ven-
(1) Voy. Douet.d’Arcq, Comptes de l'hôtel des rois de France aux XI V* et
X V• siècles, dans la collection de la Soc. de l'Histoire de France (1865), p.9,
74, 289, etc., et les extraits de comptes royaux publ. par Vallet de Viriville
dans l’édition de la Chronique de Charles VII de Jean Chartier, t. lit, p. 252
et suiv.
(2) Ibid., p. 320 (compte de Charles VII de 1450 1451).
(3) lb., p. 323 (compte de Charles Vil de 1450-1451).
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
dange au cellier ; 26 temmes durent encore achever la vendange le
mardi avant la Saint-Michel (1). En 1449, Agnès de Bourgogne, du¬
chesse de Bourbon, achète dans son pays natal 60 queues devin pour
elle, pour sa belle-fille, Jeanne de France, et pour ses enfants (2).
Enfin, on vendait une partie du vin récolté : le 19 février 1418, eh
la chambre des comptes de Montbrison, sont vendus à Jean Robert,
de Sury-le-Comtal, dix-huit tonneaux de vin, tenant chacun quatre
« asnées » (3) environ et que « Monseigneur avoit audit lieu de Sury-
le-Comtal, de ses servis et du creu dudit lieu » ; le 3 mars suivant,
sont vendus neuf tonneaux provenant du cellier de Saint-Marcel¬
lin (4).
Nous connaissons les noms de quelques faiseurs des garnisons du
duc de Bourbon : Jean de Montataire, en 1340 (5; ; Chariot Cordier,
maître des garnisons de vins en 1446 (6) ; Jean, fils de Charles Cor¬
dier, en 1481 (7). Mais il en est peu sur qui nous ayons autant de
renseignements que sur Hullequin (Hulhequin, Willequin) Amblon :
déjà maître des garnisons en 1376, il délivre en 1382 dix tonnes de
vin pour la duchesse de Bourbon au receveur de Murat, Jean Four-
rin (8) ; il figure encore avec ce titre dans un compte de 1407-1412 de
Barthomé Tart, faiseur des garnisons particulier de la duchesse; enfin,
c'est encore lui sans doute que l’on voit consul de Moulins en 1412 (9)
et qui prend part le 14 décembre 1422. à Moulins, à l'élection de
« quatre notables pour avoir le gouvernement de la ville » (10).
Voici le texte du compte :
[1” feuillet recto.)
Les comptes Hullequin, des anz. Ixxvj., .txxvij. et .lxxviij.
(1) Arcb. de la Loire, B. 1974.
(2) Arch. de la Côte-d'Or, B. 11942, pièce 247. — Voir aux Archives de la
Loire (B. 1935,1936, etc.) plusieurs comptes de l'hôtel d'Anne Dauphine, com¬
tesse de Forez.
(3) Du Cange (mot asinata), dit que l'asnée, charge d'un &ne, était aussi
celle de toute bète de somme qui portait cette charge.
(4) Arch. de la Loire, B. 1914. — Saint-Marcellin (Loire, arr. de Montbri¬
son, cant. de Saint-Rambert).
(5) Arch. nat., P. 1362» (Huillard-Brêholles. op. cit., n» 2262)
(6) Compte de Gilles Le Tailleur, publié par A. Vayssière, loc. cit.
(7) Bibl. nat., ms. anc. Gaignières, n» 654.
(8) Huillard-Bréhoixes, op. cit., n° 3515.
(9) Arch. comm. de Moulins, n" 252, 253.
(10) P. Baer, Les Institutions municipales de Moulins, p. 102.
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FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS
123
(2* feuillet recto.)
C’est le compte Huillequin Amblon, faiseur des garnisons monseigneur le
duc de Bourbonnois, des vins qu’il a pris, receuz, despenssez et gouvernez
pour mondit seigneur et dont il a acompte des années qui s’enssuivent.
Premièrement de l'an. Ixxvj.
Recepte de vindud. an.
De feu Jehan Bardelin (i), pour le temps qu’il estoit receveur de Verneulh,
pour le dit an. iiij“x. tonneaulx.
De Guillaume Sarsin (?), pour le temps qu’il estoit receveur de Chan-
telle. xviiij. tonneaulx.
De plusieurs bourgeois de la ville de Saint-Pourcein, dont les noms s’ens¬
suivent et pour composicion faite avecques les gens du conseilh monseigneur :
De Berthom[ier] Mole, .j. tonel, \
De Thomas Arnoux, .ij. tonneaulx.
De Jehan Mige, .j. tonnel, I
De Pierre Charbonnier, .ij. tonneaulx, > pour tout ce, .ix. tonneaulx.
De Tevenet Frison, .j. tonnel, k
De Jehan Moreaul, solarier, .j. tonnel, ]
De Monin Gaude, .j. tonnel, /
Du doux de Beçay (2).xxxiij.tonneaulx.
Somme, ,viij”xvj. tonneaulx (3).
(2* feuillet verso.)
Despense de vin de l’an .Ixxvj.
Premièrement baillé et délivré et (sic) pour la despensse de l’ostel de ma¬
dame faite à Bourbon ès mois d’octobre, novembre et décembre, l’an .Ixxvj.,
si comme appert par lettre de messire Hugues Caquo (4), lors faiseur de
la dite despensse. xxiij. tonneaulx.
(1) D’une famille qui a fourni plusieurs officiers ducaux. Le 26 mai 1389,
le duc de Bourbon, & la requête de Guillaume et de Marguerite Bardelin, les
tient quittes du tiers des sommes de deniers et des redevances qui lui sont
dues sur l’état des comptes de feu Jean Bardelin, leur frère et pire (Arch.
nat., P. 1355* et Huillard-Bréholles, op. cit., n* 3766). Guillaume Bardelin est
receveur de Moulins en 1389, 1394, 1400 (Huillard-Bréholles. d 0> 3770, 3948,
3773 et Arch. comm. de Moulins, n° 245, fol. 8 v a ). — Verneuil (cant. de
Saint-Pourçain), siège d’une châtellenie étudiée par M. Tiersonnier dans la
9* excursion de la Soc. d’Emulation ; le premier receveur cité par M. Tier¬
sonnier est Mathieu Jacquet, avant 1470 (tirage i part, p. 109 n.).
(2) Bessay, Allier, arr. de Moulins, cant. de Neuilly-le-Réal. Fief dépen¬
dant du duché de Bourbon.
(3) Dans ce total de 176 tonneaux est évidemment comprise une somme
partielle de 25 tonneaux que nous n’avons pas ici.
(4) Recteur de l’Hôtel-Dieu de Montbrison en 1369 (Arch. nat., P. 1402 3 et
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SOCIÉTÉ D‘ÉMULA.TION DU BOURBONNAIS
l tem, envoie audit lieu de Bourbon pour la provision dudit hostel madite
dame, si comme appert par lettre donnée dud. messire Hugue donnée le
.xxij'jour d’avrilh l’an .lxxvij. rendue ès comptes . . . xiiij. tonneaulx.
Baillé et délivré à madame de Bourbon la grant ( t ; dont Dieux ait l’âme, en
deducion de .xl. tonneaulx qu’elle prenoit un chacun an sur monseigneur, si
comme appert par lettre de cognoissance de ma dite dame rendue ès comptes
donnée le .xx'jour de novembre l’an Ixxvj. xxviij. tonneaulx.
Baillé et délivré à Odin Charbonner ( 2 ), receveur lors de Molins, pour
mettre et convertir ou fait de la despensse de sa recepte, si comme appert par
lettre donnée le .xxiiij' jour de décembre, l’an .Ixxvj. rendue ès comptes.
lxxij tonneaux .xiiij. setiers ( 7 ).
Baillé et délivré à maistre Pierre, le mire de monseigneur, auquel monsei¬
gneur a donné un chacun an le cours de sa vie pour sa pencion, si comme
appert par mandement de messeigneurs de la chambre, et quittance de lui
rendue ès comptes. ij. tonneaulx et demy.
(3 e feuillet r ‘.)
Autres vins pris par moy. Hullequin, pour les garnissons de monseigneur,
tant à Saint-Aon ,' 31 , comme ès appartenances, desquelx vins je, Vuillequin,
ay donné certifficacmns ès parties qui s’enssuivent.
Premièrement, de Jehan Meurceint de la parroche de Renezonx ( 4 ), j.
tonel tenant à la mesure du paîs "vj. anées, dont chacune anée a estée prisée
.xxxiij. s. iiij. d. t. et le fust .xv. s. t. ; somme pour tout. . x .1 . xv. s. t.
l ten, de Jehan Morel, de la dite parroche, .j. tonel tenant . v. anées et demi,
Huillard-Bréholles, op. cit.n°3122); chanoine de Montbrison, 1375 (Preuves
de La Mure, t. III, p. 165, 167).
(1) Isabelle de Valois, femme de Pierre I tr ; duc de Bourbon, morte le
28 juillet 1383, ce qui implique que le compte'de Hullequin Amblon a été
rédigé après cette date. M me de Bourbon la grant, c'est la veuve du duc,
d’une façon générale. En oct. 1416, la ville de Moulins achète deux tonneaux
de vin pour le passage de « Madame la grant », c'est-à-dire d’Anne Dauphine,
veuve de Louis II. laquelle testa le 19 sept. 1416 et fut inhumée à Souvigny
(Arch. comm. de Moulins, n* 254, fol. 36). En 1471, «Madame la duchesse
la grant » c'est Agnès de Bourgogne, veuve de Charles I" (La Mure, t. II,
p. 288 n.).
(2) On lit au dos d’un acte de donation consentie par Jean de La Motte à Jean
de Rochefort, bâtard de Bourbon, le 9 avril 1371 : « Vidimus des lettres de
la donation de la Mote-Jolivet. lesquelles lettres Pierre Desniers a prises de
Odin Charbonnier, auquel l’en les avoit baillez pour porter en France. »
(Huillard-Bréholles, op. cit., n* 3178.) — En marge : « acompte ».
(3) Saint-Haon (Loire, arr. de Roanne).
(4) Renaison (Loire, arr. de Roanne).
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FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS
iæ
qui a estés prisés au pris dessus dit, compris son fust prisé .x .s .t., . . . , .
.ix 1. xiij. s. (i).
Item, de Mathieu Chiryer, .j. tonel tenant .v. anéeset .j. quart, qui monte
au [pris] dessus dit, compris le fust prisé .x. s. t.ix. 1. v. s.
Item, de messire Girart Danodet, prestre, .j. tonel tenant .iiij. anées et
demi qui monte au pris dessusdit avesquesson fust prisé .x. s. t. . . .viij. 1.
Item, de Jehan le Former, .j. tonel tenant v. anées qui. monte au pris des¬
susdit, compris son fust prisé .xv. s. t.,.ix. I. j. s.
Item, de Girart Guichon, .i. tonel tenant .iiij. anées et demi qui monte au
pris dessusdit avesques le fust prisé .vij. s..,.vij. 1. x. s.
Item, de Hugues Chappes, .j. tonel tenant .vj. anées, qui monte au pris
dessus dit], avesques son fust prisé .xv. s. t.,.x. 1. xv. [s.]
Item, de Pierre Chambon, .j. tonel tenant .iiij. anées et demi qui monte au
[pris] dessusdit, avesques le fust prisé .vij. s.,.vij. 1. [xvij. s.].
(3' feuillet o'.)
Item, de Hugues Fretif (2), .j. tonel tenant .iiij. anées et demi, qui monte
au pris dessus-dit avesques son fust prisé .x. s. t. viij. I.
l tem, de Jehan Victon {3), .j. tonel tenant .iiij. anées et demi, qui monte
au prix dessusdit, comprins son fust prisé .vij. s. t.,. . . .vij 1. xvij. s. t.
lten, de Pierre de Tharon, ,j. tonel tenant .iiij. anées et demi, qui monte
au pris dessusdit, compris son fust prisé .vij. s t., . . . .vij. 1. xvij. s. t.
Item, de Durand Esvin, .j. tonel tenant .iiij. anées qui monte au pris des¬
sus dit, avesques son fust prisé .viij. s. t.,.vij.l. j. sol. t. iiij. d.
Item, pour les voistur' iers] des diz vins, pour men[er] de Saint-Aon, jusque»
au port de Creschi sur Alier (4), nil, car les prevost des diz lieux de Saint-
Aon, Croset, les ont faiz venir à la courvée de monseigneur, ès quelx j’ay
donné certifficacion de ce qu’ilz ont poié pour les despens des boyers.
Item, poié pour mener les diz .xij. tonneaulx de vin dud. port de Creschi
jusques à Molins, pour eau,pour chascun tonel, v. savaient. . .1 x. s. t. (5).
(1) Ce paragraphe est cancellé. On lit en marge : « L’on lui rendra led. vin
et recouvrera Ion la cedule. »
(2) Bourgeois de Saint-Haon dont la maison est dite en 1461 avoir été dé¬
truite. « h l’occasion des guerres » (Bibl. nat., ms. anc. Gaignières654). Le
même sans doute que Hugue t Fraytitz », notaire royal et juré des cours de
Lyon et de Forez, dont la femme, Bonne Salv.aigny, teste le 26 juillet 1398, et
qui lui-mème teste le 6 juin 1403 (Arch. de la Loire, B. 1880 et 1885).
(3) Dans un compte du trésorier de Forez pour 1392-1394, on voit qu’il fut
payé à Jean Viton et à Hugues Fraitiz, pour cinq tonneaux de vin menés en
Bourbonnais, une somme de 261. 2 s. t. (Arch. de la Loire, B. 1917).
(4) Allier, arr. de la Palisse, canton de Varennes-s.-A.
(5) Le rédacteur du compte avait d’abord écrit 60 sous.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Item, poié à ung charpentier qui a gouvernez les diz vins de Saint-Aon
jusques à Molins, où il a vaqué .xiij. jourz, pour chascun jour, journée et
despens, .iij. s. t., valent.xxxix. s. t.
l tem, pour les journées et despens de moy Vuiilequin et de ung clerc qui a
esté avecques moy pourarrester et lever lesdiz vins tant de Rix (i), Thiart (2),
comme de Saint-Aon, esquelx lieux j’ay vaqué .xxviij. jourz, pour (3) tout,
somme.cxiij. I.
Somme toute de ladite despense : ,iij c xiiij 1 . vij. s., dont led. Hullequin a
receu parla main de Guillaume Seguin, tresourier de Bourbonnois, .ij c viij , 1 .x. s.
Item, il a ballé cedules à Saint-Aon des vins qu’il y a pris, dessus escrips,
montenz .iiij«xiiij . 1 . vj. s., laquelle somme doit poier Palloux '4) par man¬
dement de monseigneur. Par ainssi, reste qui est.(5).
(4* feuillet r‘.)
Ce sont les parties de ce que ont cousté dix huit tonneaulx de vin que je
Hullequin Amblon ay achapté tant à Rix comme à Thiart, pour les garnis¬
sons de monseigneur de Bourbon, tant en achapt, en voisturiers, en despens,
comme en autres missions, les quclx vins furent achaptez et levez ès moy s de
décembre et janvier l’an mil.ccc iiij xx . et neuf (6).
Premièrement, poié pour l’achapt de six tonneaulx de vin achaptez à Rix,
du prieur dud. lieu, la pièce .xiiij. 1., valent.iiij” iiij. I.t.
l ten, poié pour l’achapt de douze tonneaulx de vin achaptez à Thiart, dont
l’un des diz tonneaulx tient plus que de moison la valeur [de] xv.s.t., poié
pour chacun tonel, .viij. l.x.s.t. et pour le tonei d... (7) .ix. l.v.s.t.,
valent.cij. 1.xv.s.t.
Iten, poié pour* relier les .vj. tonneaulx de vin de Rix dessus diz pour
chacun [tonel] .ij.s.vj.d.t., valent..xv.s.t.
Iten, poié pour les mener dudit lieu de Rix au rivage sur Alier, pour cha¬
cun [tonel], .ij.s. vj.d.t, valent.*. . .xv.s.t.
Iten, poié pour gepter hors des cavez tes diz vins de Thiart et charger sur
les chars.x.s.t.
(1) Ris (Puy-de-Dôme, arr. de Thiers, cant. de Châteldon).
(2) Thiers (P.-de-D.).
(3) Hullequin avait d’abord écrit « chascun jour ...xj.l. ».
(4) En 1386, Jean Pailloux est « faiseur de la despense de l’ostel » de la du¬
chesse (Arch. de la Loire, B. 1913). En 1397, sur un registre de nomination
des officiers de Forez, il est dit ancien receveur des aides de la guerre pour
le roi au pays de Forez, ancien capitaine et châtelain de Bussy-la-Presie
(La Mure, t. Il, p. 86 n.).
(5) La page est coupée ici. •
(6) Janvier 1390 nouv. style.
( 7 ) La page est coupée ici.
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FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS
127
Iten, poié pour les despens des bovyers qui ont mené les dix . xij. ton-
neaulx de vin de Thiart dessuz diz à la courvé de monseigneur, dud. lieu
de Thiart jusques au Bec de Dore, ouquel charroy avoit .xij. chars, pour
chacun chars .iij.s., valent.xxxvj.s.t.
(4" feuillet, o\)
Iten, poié pour les voisturiers des dix .xviij. tonneaulx de vin, tant de Rix
comme de Thiart, à mener pour eau jusques à Molins, pour chacun tonel,
.x.s.t., valent. ix. l.t.
Iten, poié à Hugues Charpentier qui a aydé à lever les vins dessus diz des
diz lieux de Rix à Thiart et les a gardés [tant ( 7 )] pour eau comme pour
terre, jusques à Molins, où il a demoré .xij. jours, pour chacun jour, jour¬
nées et despens, .iij.s., valent .xxxvj.s.t.
Somme : . ij c j. livres ,vij. s.
V. — Le cinquième fragment (2 feuillets, parchemin, o*312 de hau¬
teur sur 0*251 de largeur}, si on le rapproche des comptes connus de la
châtellenie de Souvigny, semble bien être un compte analogue, mais
s’étendant sur plusieurs châtellenies, du moins sur celles de Bourbon,
d’Ainay, d'Hérisson et de Souvigny. Les recettes et les dépenses sont
celles de 1382. Le recto du premier feuillet et le verso du second ont
été très éprouvés ; il est cependant possible d’en extraire les princi¬
paux passages. La première moitié du premier feuillet ne laisse voir
que des mentions effacées : vente de 6 chênes au fils du grand Mi-
nart, etc.
(1" feuillet r°, in fine.)
Autre recepte de deniers des exploiz des fourestz de Bourbonnois pour les
termes de la Saint-Jehan [-Baptiste] et de Noël l’an mil ccciiij** et deux.
Premièrement en la chastellenie de Bourbon.
De Guillaumin Fromentaul et Guillaume Alasimone, fourestiers de Gros-
bois, pour les exploiz de la dicte fourest dud. terme de la Saint-Jehan-Bap¬
tiste l’an iiij« et deux, .xxxviij. 1 . viij.s.ix.d., et pour le terme de Noël
ensuivant, .xvj. I. xij.d., pour tout ce. .liiij. I. ix.s.ix.d.
De Jehan de l’Espine, fourestier de Cromaire (i), pour ledit terme de
Saint-Jehan, .lxxv.s. et pour le terme de Noël ensuivant .xliij.s.iij.d. ;
pour les diz deux termes . .. cxviijs.iij.d.
De Durand Touralier, fourestier de Cyvray, pour ledit terme de Saint-
Jehan, .xvij. 1 . ix.s.iij.d. et pour le terme de Noël ensuivant, .xxx. 1 . xviij.s. ;
( 1 ) Cette forêt n'a pu être identifiée.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
pour tout ce. .xlviij. I. vij.s.iij.d.
Somme : .cviij. 1. xv.s.iij.d.
(1” feuillet, o u .)
Autre recepte de deniers des diz exploiz en la chastellenie d’Aynay pour
les termes de la Saint-Jehan, l’an .iiij**. et deux et de Noël ens. dessus diz à
cause de Troncey la grant.
De Jaquet Fouacier, fourestier de la dicte fourest, pour le dit terme de
Saint-Jehan l’an .iiij* et ij., .vij. 1. iij.d. et pour ledit terme de Noël ens.
Ixxix.s. vj.d. ; pour les diz deux termes. ' ... . x.l.xix.s.vj.d.
De Jehan Valegny, fourestier de la dicte fourest, pour ledit terme de
Saint-Jehan l’an .iiij**. et deux, .cxv.s.vj.d. et pour le terme de Noël ens.
oudit an, .vj. 1 . vj.s., pour ce.xij. 1 . xviij.d.
De Pierre Grumelet, fourestier de la dicte fourest, pour ledit terme de
Saint-Jehan l’an .iiij**. et deux, .cxvij.s.vj.d. et pour le terme de Noël ens.
oudit an, .viij. 1 . vj.d., pour ce.xiij. 1 . xviij.s.
De Philippot de Chailly, fourestier de la dicte fourest, pour led. terme de
Saint-Jehan„l’an .iiij**. et deux, .lj.s. et pour le terme de Noël ens. oud. an
■lxxij.s., pour ce. vj. 1 . iij.s.
De Jehan de Foureinart, fourestier de la dicte fourest, pour le dit terme de
Saint-Jehan, l’an .iiij**. et deux, .ciij.s.vj.d., et pour le terme de Noël ens.
oud. [an], .iiij. 1 . x.s., pour tout ce. ix. 1 . xiij.s.vj.d.
De ... (t) Paris, pour led. terme de la Saint-Jehan, l’an .iiij**. et deux,
.vj. 1. [et) de Noël ens. .vj. 1. ix.d.t. ; pour les diz deux termes. . xij. 1. ix.d.
Somme : lxiiij. 1. xvj.s.iij.d.
Autre recepte des diz exploiz faiz en la chastellenie de Heriçon à cause de
Lespinace ( 2 ), de Solengi ( 3 ) et de Druille ( 4 ), pour les termes dessus diz.
De Hugues de Bonnefont, fourestier de Druille, pour le terme de la Saint-
Jehan, l'an iiij** et ij., .lxij. 1. vij.s.ix d. et pour le terme de Noël ensui¬
vant oudit an de luy et de Martinot de Vieure, .xxx. 1. xv.s. ; pour
tout. iiij**xiij. I. ij.s.ix.d.
De Guiot du Brueil, fourestier de Solengy,pour le terme de la Saint-Jehan,
l’an .iiij**. et .ij. dessusdit, x. 1. xxj.d., et pour le terme de Noël ensuivant
(1) Passage détruit.
(2) Forêt de Lespinasse, actuellement sur le territoire des communes de
Lournux-Hodement et Venas (arr. de Montluçon, cant. d’Hérisson).
(3) Forêt de Soulongis, actuellement sur le territoire des communes de
Saint-Caprais et du Vilhain (cant. d'Hérisson et de Cérilly).
(4) Forêt de Dreuille. actuellement sur le territoire des communes de
Cosne-sur-l’Œil et de Vieure (arr. de Montluçon et de Moulins, cant. d'Hé¬
risson et de Bourbon-l'Archambault). . *
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FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS
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oudit an, xj. 1 . viij s. ; pour tout ce. xxj.l.ix s.ix.d.
De Philippe Robert, fourestier de Lespinace, pour le terme de la Saint-
Jehan .iiij**. et deux dessusdit .ix. 1. x s.vj.d. et pour le terme de Noël
ensuivant oudit an, .viij. 1 . ix.s. ; pour tout ce .... xvij. 1 . xix.s.vj.d.
Somme : vj**xij. 1. xij.s.
{2* feuillet r\)
Paié par le mandement de monseigneur à messire Robert de Chaluz (i),
chevalier, auquel mondit seigneur les a donnez pour une foiz, si comme il est
apparu par ledit mandement donné le xviiij' jour du moys de juillet
l’an .iiij ** et deux, et lettre de cognoissancede lui rendue ès comptes. ij c . 1 .
Paié à Philippot Lebisson, pour acomplir le priffait de l’estant de Saint-
Bonnet et comptez ès comptes precedens dud. tresourier, lesquelx furent
copez pour ce qu’il disoit (?) que Perrin de Rousers senz chargeroit pour ce
qu’il avoit fait le dcmorant dudit ovrage et en donroit descharge audit tresou¬
rier, si comme il est apparu pour le dit compte. xxx.I.
Paié et délivré par le mandement de monseigneur à Kutlequin Emba-
lon ( 2 ), maistre des garnisons mondit seigneur, qui dehu lui estoient pour
cause du charroy de mener pour aigue, de Molins à Tourz en Toraine,
.iiij. tonneaulx de vin que mondit seigneur avoit donnez à messire Jehan
de Beuilh, si comme il est apparu par ledit mandement donné le premier
jour de juing l’an de grâce ccciiij.** et deux et cognoissance dudit Hulle-
quin, escripte au dox dudit mandement rendu ès comptes. ix.l.
Paié et délivré par le mandement de monseigneur à Pierre Pasquin de
Montluçon, auquel il estoit dehu pour cause d’un toneaul de vin pris sur lui
ou moys de janvier de l’an .lxxix. pour mettre à Sovigny pour les garnisons
de l’ostel mondit seigneur, si comme il est apparu par ledit mandement donné
le .xxviij* jour du moys de juillet, l’an de grâce mil .ccciiij.**, avec une escrohe
de Pierre Desniers ( 3 ), atachée audit mandement donnée ou moys de janvier
l’an .lxxix. et lettre de cognoissance dudit Pasquin rendue ès comptes . . ,
xij. 1 . x. s.
Paié par le mandement de monseigneur à Agnes, fille feu Jehan Char¬
bonnier, à laquelle monseigneur devoit pour certain acort fait à la somme
de .c. livres t. pour cause de plusieurs debtes en quoy mon dit seigneur estoit
tenuz envers feu Peronnin Macheclo, lesquelles .c.l. monseigneur a ordenné
estre poiées à la dicte Agnes à .v. ans à venir à comancier le jour de la date
(1) Seigneur d'Entragues et de Bouthéon (Loire), achète divers cens et
rentes provenant de feu Etienne de Faye, en 1366-1390, à Fougerolles, Saint-
Jean-de-Bonne-Fontaine et autres lieux. (D. Bétencouht, Noms féodaux.)-
(2) Sur Hullequin Amblon voir plus haut, p. 121 et suiv.
(3) Ou Desmer. Le même qui est cité p. 124, n. 2 ?
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
dud.' mandement, c’est assavoir à chascune feste de Toussainz .xx. 1 . t. dont
pour la feste de Toussainz l’an ,iiij. x * et deux derrain passée, troiz terme, si
comme il est apparu par copie dud. mandement donné le .vij' jour de mars
de l’an .Ixxix. et cognoissance de elle rendue ès comptes passée en une lettre
sur le chappitre des gaiges sur la rente à vie de Hemee (?) Hermant. xx . 1 .
Paié pour le mandement de monseigneur à Hugues de Treffort (t), es-
cuier, ou nom et à cause de dame Jehanne sa femme, femme feu de Guil¬
laume des Molins, dont la dite femme dit avoir cause, auquel monseigneur
devoit la somme de ,ij c . livres t. pour certaine cause plus aplain déclarée ès
lettres de mondit seigneur, de laquelle somme de ,ij c . francs mondit seigneur
l’a assigné un chascun an sur le tresourier de .xl. livres, dont pour le pre¬
mier poiement de l'an .iiij. xx et troys, lequel est escript au doux doudit man¬
dement, si comme il est apparu pour coppie d’icellui mandement donné le
.x' jour d’aoust l’an mil .ccciiij 1 *. et troys, et cognoissance de lui rendue ès
comptes. . . xl. 1.
Somme : ix'lviij. I. xvj. s. vij. d.
(2' feuillet d°.)
Autres despens de deniers.
Paié et délivré pour les despens des gens du conseilh monseigneur et de
plusieurs autres mercheans faiz à Sovigny à l’enquorue des extrousses des
paissons des fourestz de Bourbonnois, le dimenche ,xv*. jour du moys de
septembre l’an de grâce mil .ccc iiij 1 * et ung, sy comme il est apparu par cer-
tifficacion de Jaquet Boubillet, clerc et garde du martel generaul des fouroistz
de Bourbonnois, et des quelx despens Denis Nachete, receveur de Sovigny,
se debvoit charger en despens en ses comptes pour certiHicacion du tresourier,
lequel Denis les avoit mis en ses comptes pour compter, lesquelx li ont esté
coppez et roiez, disent que ledit tresourier s’en chargera en despens, pour ce
qu’il fait recepte des deniers des dictes paissons, et dont ledit tresourier
a donné décharge audit receveur pour passer en ses comptes et de ce fait
ledit tresourier recepte dudit receveur, si comme il appert par la dicte recepte
comptée en recepte de deniers, cy devant. viij. 1. ix.s.iiij.d.
Paié et délivré à Denis de la Quarte pour chambrillier la oratoire de
monseigneur qui est costé sa chappelle estant en sa maison neuve de Sovigny
et de [h doux toute la dicte ouratoire et de y fere ung siégé, à lui baillé à preffait
pour la main (?) de Jehan d’Entraigues (2), nagueres tresourier de Bourbon-
(1) D. Bétencourt (.Voms féodaux) cite un Hugues ou Rugonin de Treffort,
en 1366 et 1375. Marié à Marie de la Porte, déjà veuve de N. des Barres ; il
possède fiet dans la châtellenie d'Ainay.
(2) Sur Jean d'Entraigues, devenu trésorier de Forez, conseiller du duc et
auditeur en la chambre des comptes de Montbrison, lequel, avec son frère
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FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS
131
nois, si comme il est apparu par certifficacion dudit Jehan d’Entraigues avec
cognoissance dudit Denis rendue ès comptes ..x.l.
Paié et délivré à Robin Lescot, verrier, pour fere deux verrines de deux
fenestres de la chambre de Jehan monseigneur (i) à Sovigny, chascune
fenestre de .iiij. piez de quarrehure, pour fere aparellier la grant verrine
de la grant chappelle de l’ostel mondit seigneur aud. lieu de Sovigny, c’est
assavoir là où est l’imagerie de la administration Nostre Dame, auquel
Robin fut ballé à preffait pour ledit tresourier en la presence de Jehan
Loncle ( 2 ), chastellain dudit lieu de Sovigny, si comme il appert par
certiffication dudit chastellain et' cognoissance dudit Robin rendue ès
comptes.. . . . viij. 1 . x.s.
Paié et délivré par le mandement de monseigneur à Michel Regnier ( 3 ),
de Saint-Pourçain, auquel mondit seigneur devoit pour la fin d’un compte
fait avec Colas Regnier feu son pere, dont il a esté assignez sur le tresourier
de Bourbonnois à paier ès termes de la Toussainz, dont pour le terme de
la Toussainz derrain passée, si comme il est apparu par copie dudit man¬
dement donné le .xxiij'. jour du moys de janvier de l’an de grâce mil .ccclxxvij.
et cognoissance de Jehan Loncle ou nom dudit Regnier, rendue ès
comptes. Ixiij. xvj.s.viij.d.
Paié et délivré par le commandement du conseilh monseigneur à Loys,
fitz feu de Jehannet de Br..., escuier, pour une malestote à lui ordennée par
ledit conseilh, si comme il est apparu par certifficacion de Guillaume de
Neuviz, en l’ostel duquel ledit Loys demoroit, rendue es comptes, .lx.s.
...(4)
VI. — Quatre feuillets de papier (0*270 de hauteur x 0*190 de lar¬
geur), jadis intercalés dans une reliure, constituent le sixième frag¬
ment. Ils proviennent d'un inventaire de forestier du comté de Cler¬
mont en Beauvaisis, sans doute, si on tient compte du passage
suivant :
Etienne, se fit construire une chapelle dans l’église prieurale de Souvigny
(Arch. Allier, Thésaurus Sylviniacensis , p. 427), voir l'histoire du château
de Montaret, par M. Tiersonnier, dans la il* excursion de la Société d’Emu-
lation (tirage à part, p. 38 et suiv.).
(1) Premier fils de Louis II et d’Anne Dauphine, né en mars 1380, duc de
Bourbon en 1410, connu jusqu'à la mort de son père sous le nom de comte
de Clermont ; marié en 1400 à Marie de Berry.
(2) Jean Dubreulh, dit Loncle, qui est en 1410 procureur ducal en la châ¬
tellenie de Souvigny. (Compte de cette châtellenie, Arch. de l’Ailier, A. 157
n* provisoire.)
(3) Cité, par dom Bétencourt, avec plusieurs autres bourgeois de ce nom
à Saint-Pourçain et aux environs, en 1374. Sur Colas, son père, voir plus
haut.
(4) Deux articles de comptes trop effacés pour être transcrits ici.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Le mercredi ,xij f . jour de ce dit présent moys de juing oud. an, a esté
continué cest présent inventaire par les devant nommez et ie rapport desd.
priseurs mis et reddigé par escript par led. Jehan Petit, en la manière accous-
tumée, et ainsi qu'il sensuit.
Premier, en lad. garde du Puis des Loges :
Entre le chemin qui maine de la Neufville à Creilg et celuy de la Garde,
a esté trouvé ung cabliz de chesne martelé couppé puis six ans, extimé. . .
vj. s. p.
La Neuville-en-Hez et Crell sont dans le département actuel de
l'Oise, à peu de distance, la première de ces localités dans le canton
de Clermont, la seconde dans l'arrondissement de Sentis, dont elle
est un des cantons. Le hameau de la Garde est un peu au sud-est de
la Neuville et la forêt dont on a ce morceau d’inventaire est la forêt
de Clermont, située à l'ouest de cette ville, sur la rive gauche de la
rivière du Thérain. Cet inventaire n'ofTrirait un réel intérêt que s’il
était, sinon complet, du moins représenté par un plus grand nombre
de feuillets ; on aurait alors sous les yeux un modèle de l’exploitation
des forêts à la fin du moyen âge.
VIL — Le septième de nos documents se compose de deux feuillets
de parchemin à moitié déchirés (1) et en partie effacés d'un compte
de l'hôtel du duc de Bourbon, Charles I", pour 1445 Sur le recto du
premier feuillet on lit :
De lui, par autre cedule donnée le septiesme jour dud. moys de juillet oud.
an, pour convertir et employer au fait et entretenement de la despence de
l’ostel d’icellui seigneur. vij.
De lui par autre cedulle donnée le .xxiij* jour dud. moys de juillet, l’an que
dessus, pour convertir et emploier ou que dit est.
De lui par autre cedule donnée le xij e jour d’aoust ensuivant oudit an
mil [,iiij c ]xlv., en deniers paiez aux archiers de mond. seigneur pour leurs
gaiges ordinaires du moys de juillet lors derrenier passé.
De lui par autre cedule donnée le .xxiiij 0 jour dudit moys d’a[oust l’an]
que dessus, en deniers payez à Girart Buron, marchant boufchier de] mon-
dit seigneur, à cause du service de boucherie et poullaillerie .. livrez en l’ostel
d’icelluy seigneur ou moys de juillet lors derrenier [passé].
De lui par autre cedule donnée le .viij'. jour de septembre [l’an] mil .iiij r xlv.,
en deniers paiés à Girart Buron, mar[chant bouchier de] mondit seigneur, à
cause du service de boucherie et poullaillerie... en l’ostel d'icelluy seigneur ou
moys d’aoust derrenier [passé]. ...
( 1 ) Le cahier dont ils proviennent mesurait environ 0”,240 de hauteur sur
O 0 ,210 de largeur.
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FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS
133
De lui par autre cedule donnée le .ix' jour ... oud. an, en deniers paiez
aux archiers [de mond. seigneur pour leurs gaigcsj ordinaires du moys d’aoust
lors [derrenier passé].
Le verso du premier feuillet et le second feuillet tout entier ne pré¬
sentent que des mentions trop Incomplètement illisjbles^ On'y tplève
seulement la somme de 30 écus couronne pour lès gages des archers
en septembre et les noms de Guillaume Cadier (1), maître des comp¬
tes, et de « Massiz, receveur de Nonnete » (2).
VIII. — Le numéro huit, feuillet de parchemin plié en deux, cons¬
tituant sans doute le commencement et la fin d’un cahier de plusieurs
feuillets, est trop incomplet pour présenter un intérêt réel. Ce feuillet
a également servi de couverture ; il n’a que 0*,13 environ de largeur
sur 0*,26 de hauteur. Il a pour titre : « C'est le rolle des tailhes de la
prevosté d’Archignault (3), dont est prevost maistre Jehan Pallhoux,
fllz et heritier feu Jehan Pailhoux, fait et renouvellé par nous, Jehan
Chaverot et Jehan Moutonet, notaires.commissaires à ce ordon¬
nés par les gens des comptes de monseigneur le duc et sont lesdlctes
tailhes doubles une année autre non et y en a plusieurs qui cy (?)
doivent à Noël et à Pasques. Fait le .xxij' jour de juillet l’an mil
.iiij c iiij xx douze. » Suivent les noms des taillables.
IX. — Le numéro neuf se compose de trois extraits, sur papier, des
comptes conservés à Moulins, au lieu dit la Voûte, extraits délivrés en
décembre 1740 et janvier 1741 par Claude Guérin de Chermont, prési¬
dent lieutenant-général en la chambre du domaine de Bourbonnais.
Ces extraits concernent les recettes et dépenses de la châtellenie de
Bourbon en 1493-1494(Gilbert Dessalles, receveur), en 1546-1547lAndré
Gauterin ou Gautrain, receveur) et en 1549-1550 (le môme).
P. Flament.
(1) Seigneur de la Brosse, fief sis à Saint-Bonnet (auj. commune d’Yzeure).
Il habitait à Moulins, en haut de la rue appelée aujourd'hui rue d'Allier,
dans la maison «qui fut Babute» (Arch. Allier, A. 116, fol.553 et 554). 11 mou¬
rut président de la chambre des comptes de Bourbonnais, après le 23juillet
1469. Il était fils de Jean Cadier et petit-fils de Guillaume Cadier et Mari e
Babute.
(2) Puy-de-Dôme, arr. d'Issoire, cant. de Saint-Germain-Lembron. Le châ¬
teau de Nonette, Gilbert de La Fayette, maréchal de France, en étant capi¬
taine, fut remis en 1425, par ordre du roi, entre les mains du duc de Bour¬
bon (Arch. nat., P. 1361', Huillard-Bréholles, op. cit., n” 5239). Guillaume
Revei en a donné un dessin dans son Armorial ; cf. La Mure, op. cit., t. II,
passim.
(3) Archignat, arr. de Montluçon, cant. d'Huriel.
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be Sabotage de l’Histoire bourbonnaise
L e premier numéro du Bulletin historique, archéologique et héral¬
dique, organe de la Société héraldique de France et de la So¬
ciété archéologique de France , a paru récemment (1). Il con¬
tient un article qui pourrait être intéressant pour le Bourbonnais,
mais en fait constitue un pur sabotage. On va en Juger. Ceci dit, je
ne surprendrai aucun des membres de la Société d'Emulation en
ajoutant que cet article, intitulé : Le contre-scel d'Archcmbaud IX,
est signé : Francis Pérot.
En 1878, dit M. Pérot, il a été découvert dans les déblais provenant
de la démolition d'une très ancienne maison de Souvigny !e econire-
« scel d'Archembaud IX, sire de Bourbon a.
Après cette affirmation sans réserve, M. Pérot devient cependant
quelque peu dubitatif. Il écrit, en effet, quelques lignes plus bas :
« Ce contre-scel en bronze est une matrice du XIII' siècle que nous
« rapportons par son style et sa facture à Arcbembaud IX. Elle est de
« forme orbiculaire, d’un diamètre dé 0*,824 et pesant neuf grammes ;
« de la tige qui portait un anneau de suspension, il n'en reste que
a l'amorce. La gravure représente l'écu de Bourbon ancien qui est de
« forme ogivale allongée ; il porte le lion rampant, l'exiguïté de la
« pièce n'a pas permis au graveur d'y faire figurer t’orle de coquilles,
« les sires de Bourbon portant : d'or , au lion rampant de gueules , à
a l'orle de huit coquilles d’asur. L’écu est entouré d’une légende ano-
« nymeen caractères gothiques : SECRETVM MEVM, terminée par
a une croisette. »
M. Pérot me permettra de lui demander à quoi il reconnaît que ce
contre-sceau provient des Archembaud, sires de Bourbon. L’écu est
armorié d'un lion ; or, chacun sait que le roi des animaux fut tou-
(1) Numéro contenant les fascicules de janvier et février 1911. La direction
de ce Bulletin a son siège à Paris, quai d'Orléans, n° 30. Le Bulletin parait
par les soins de M. Paul Bugnot, secrétaire perpétuel.
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SABOTAGE DE L’HISTOIRE BOURBONNAISE
135
jours (ort employé en blason, rien ne prouve donc qu’il s'agisse des
armes de Bourbon ancien. M. Pérot affirme bien que si les co¬
quilles en orle manquent sur son contre-scel, c’est que le graveur n'a
pas eu la place de les mettre. Sans doute M. Pérot a-t-il en mains,
pour justifier une telle assertion, un parchemin bien en règle, por
tant sur ce point une authentique déclaration du graveur (1).
Tant qu'il ne l'aura pas montré, on sera en droit de lui dire qu’il
affirme une chose qu'il ne sait pas, car seule la présence d’un écu
portant le lion entouré de coquilles en orle pourrait permettre d’at¬
tribuer avec certitude le contre-scel qui nous occupe à l'un des sires
de Bourbon des deux premières races.
C’est donc plus gratuitement encore que M. Pérot attribue à Archen.-
baud IX le contre-scel en question ; ce petit meuble sigillaire, prê¬
chant la prudence aux chercheurs d’identification, leur répond : se-
cretuin meum, c’est mon secret.
Au surplus, M. Pérot, qui nous affirme imperturbablement aujour¬
d'hui posséder le contre-scel d'Archembaud IX. a non moins formel-
ment déclaré jadis, dans la grotesque sigillographie rédigée par lui
pour la seconde partie du catalogue du Musée, que c’était là le contre-
scel d’Archembaud VIII (2).
Je lui répéterai aujourd’hui ce que je lui disais alors. Un sceau, par
lui même, ne porte pas de date certaine, seul l'acte auquel il est ap-
pendu permet de le dater autrement que par approximation. Il est
donc seulement permis d'affirmer, dans l’espèce, que, par son style
et sa facture, ce contre-scel parait appartenir au xm* siècle.
Les étonnantes assertions de M. Pérot ne se bornent pas là. C'est
ainsi que, dans cette même étude, il nous déclare gravement : « Sou-
« vigny était l'antique Umbra Vallis de César, ainsi désignée aucha-
(1) Cette déclaration est d’autant plus indispensable que l'on connaît des
sceaux ou contre-sceaux où les armes de Bourbon ancien ont été entière¬
ment reproduites dans des champs au moins aussi restreints. Voir dans l’édi¬
tion de La Mure, tome 111, p. 29, 2« partie, les reproductions suivantes : un
contre-sceau d’Archambaud X (ancienne numérotation) et un sceau équestre
d’Archembaud XI (ancienne numérotation) ; sur l'écu du sire de Bourbon
sont ses armoiries très complètes.
(2) Voir catalogue. II* partie, sigillographie, n* 126. Voir aussi dans Bul¬
letin de la Société d'Emulation du Bourbonnais, année 1903, « Remarques sur
la sigillographie figurant au catalogue du Musée départemental de Moulins»
et tirage 6 part page 86. Voir également dans le Bulletin de la Société
d Emulation du Bourbonnais ,- tome XV, 1879, page582, une communication
sur le même contre-scel par M. Pérot. 11 s'y montre plus prudent dans ses at¬
tributions.
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136
SOCIÉTÉ D’ÉMÜLATION DU BOURBONNAIS
« pitre VII des Commentaires. » Or, si l’on se reporte non au cha¬
pitre VII qui n'existe pas, mais au livre VII du De bello gallico, on
aura, je crois, du mal à trouver « Umbra Vallis» et à l’identifier avec
-le lieu devenu par la suite Souvigny. Pour ma part, j'y ai vainement
cherché cet « Umbra Vallis » (1).
M. Francis Pérot, jugeant à propos d'esquisser une généalogie des
Archembaud, cite pêle-mêle Justel, du Bouchet, Blondel, La Thau-
massière, le P. André, Mabiilon, Baluze, etc... Il informe ses lecteurs
que les généalogies plus ou moins exactes des sires de Bourbon ont
été rectifiées. « Chazaud, dit-il, remit les choses au point dans son
« Etude sur la chronologie des sires de Bourbon , X-XIII' siècles. »
N'empêche que dans la filiation qu'il produit un peu plus bas. il
s'empresse de donner tantôt la généalogie même critiquée par Cha¬
zaud, tantôt celle de ce dernier, d'où filiation incompréhensible.
Dans un français qui lui est spécial, M. Pérot nous apprend aussi :
« Coiffier-Demoret, dans son histoire du Bourbonnais, donne des
« textes variables avec ceux de Chazaud. » Il semble ignorer que
Coiilier-Demoret vivait avant Chazaud.
De la.filiation des sires de Bourbon avancée par M. Pérot, négli¬
geant les détails, Je veux retenir seulement quelques points extraor¬
dinaires. 11 écrit à propos d'Aimon II, qui de son propre aveu vivait
dans la première moitié du xir siècle : « Aimon II, dit Vaire-Vache à
« cause de la couleur de ses cheveux, jura entre les mains de saint
.« Louis que jamais il ne causerait de préjudice à qui que ce soit, car
« on lui avait reproché d’avoir dépouillé son frère et son neveu, le
o Roi s’en était ému au point qu’il vint faire le siège de Germigni, où
« Aimon s’était retranché vers 1108. »
Ainsi donc, dès avant sa naissance, Louis IX était assez puissant
pour châtier Aimon II. Cet indiscutable miracle a dû certainement
(1) Tout ce que l'on peut concéder à M. Francis Pérot, sur ce point de dé¬
tail, c'est qu'il a voulu parler, sous le nom de chapitre, d'un des paragraphes
arbitrairement numérotés du texte des livres des Commentaires. En ce cas,
M. Pérot aurait dû dire chapitre VII de tel livre.
J'ai cherché dans les alinéas numérotés VII des divers livres des Commen¬
taires sans y trouver le ténébreux Umbra Vallis. M. Pérot a sans doute em¬
prunté cet Umbra Vallis à la Générale Description du Bourbonnais de Ni¬
colas de Nicolay. Au tome I er , pages 69, 79, 80 de l'édition Vayssière, Umbra
Vallis s'y trouve cité comme étant du temps de César ia ville des Bolcns
ou au moins la vallée où s'éleva depuis Souvigny, mais notre vieux géographe
se garde bien de dire qu'il a pris ce renseignement dans le Livre VII ou un
chapitre VII du De bello gallico. Cette référence, comme bien d'autres réfé¬
rences fantaisistes, reste à l'actif de M. Pérot.
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SABOTAGE DE L'HISTOIRE BOURBONNAISE
137
peser d'un grand poids lors de la canonisation du saint monarque. Je
m’empresse d’ajouter qu’à la page suivante, M. Pérot a soin d’écrire
que saint Louis fut aussi le contemporain d’Archembaud IX.
M. Pérot, après avoir parlé d’Archembaud V (numérotation Cha-
zaud), écrit :
« En lui finit la première maison de Bourbon, et pour reprends la
« filiation de celle maison, il faut rappeler les Bourbon-Dam pierre,
« alors représentés par Mathilde 1”, dame de Bourbon, laquelle épousa
« d’abord Gaucher de Vienne, sire de Salins, avant 1183; elle succéda
« à son grand-père, sous la tutelle de sa mère Alix de Bourgogne et
« sa grand’mère Agnès de Savoie ; le fief paternel passait légalement
o aux filles au défaut d'hoirs mâles (1).
« Devenue veuve, elle se remaria à Gui de Dampierre, vassal du
« comte de Champagne... »
Dans ces alinéas, il y a presque une erreur par ligne.
1° Mathilde I" n’appartenait pas par sa naissance à la maison de
Dampierre puisqu'elle était fille d’Archembaud (V suivant Chazaud,
et VII suivant beaucoup d’autres) et d’Alix de Bourgogne.
2* Dire que « le fief paternel passait légalement aux filles au dé-
« faut d’hoirs mâles », c’est une vérité, mais ici c'est une erreur, car
justement Mathilde 1” hérita du fief paternel, bien que la première
race des sires de Bourbon fût encore représentée par des mâles, les
sires de Blot.
3* Ce n’est pas devenue veuve de Gaucher de Vienne que Mathilde I"
épousa Gui de Dampierre, c’est parce que son mariage avec le sire
de Salins fut annulé en cour de Rome, pour cause de consanguinité .
Plus loin, M. Pérot multiplie encore les erreurs.
Parlant d'une façon fort peu précise d'Archembaud de Dampierre-
Bourbon, qui épousa Yolande de Châtillon (Archembaud VII suivant
Chazaud, et IX suivant d'autres, dont le regretté commandant
du Broc), notre auteur écrit :
« Ses deux filles, Mathilde II, dame de Bourbon (sic), lui succé-
« dèrent. Mathilde avait épousé Eude de Bourbon, lequel prit de ce
« fait le titre de sire de Bourbon ; elle décéda en 1262, laissant le Bour-
a bonnais à Agnès, dame de Bourbon, sa sœur, mariée à Jean, second
(1) M. Pérot semble ici avoir mal copié la chronologie des sires de Bour¬
bon, de Chazaud. Chazaud avait dit, page <83, que le fief paternel passait
légalement aux filles à défaut de fils. En substituant au mot précis de fils
celui beaucoup plus large d'hoirs, M. Pérot ne s'est pas aperçu qu’il chan¬
geait le sens et la portée de la remarque faite par Chazaud.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
« fila du duc de Bourbon ; elle en devint veuve et se remaria: ensuite
« à Robert, comte d’Artois (1).
« A sa mort, le Bourbonnais cessa d'appartenir aux Bourbons-
« Dampierre. Soft gendre, Robert, devint la tige de la maison royale
« de Bourbon. »
Il y a lieu d’observer :
1* Que Mathilde II, dame de Bourbon (Dampierre-Bourbon), épousa
non pas Eudes de Bourbon, mais bien Eudes de Bourgogne.
2" Qu’Agnès, sœur de la précédente, n'épousa pas Jean, second fils
du duc de Bourbon, pour deux raisons, la première est qu'il s’appe¬
lait Jean de Bourgogne et était fils du duc de Bourgogne ; la seconde,
parce qu’il n'y avait pas encore de duc de Bourbon à cette époque.
3* A la mort d’Agnès de Dampierre-Bourbon, le Bourbonnais passa
entièrement à sa fille Béatrix de Bourgogne, dite de Bourbon, qui
épousa en 1276 Robert de France, comte de Clermont en Beauvaisis,
sixième fils de saint Louis, roi de France, et apporta à son mari la
sirerie de Bourbon.Pour être tout à taitexact, il faut dire que Robert,
comte de Clermont, fonda la maison de France-Bourbon, devenue du¬
cale et dont une branche forma là tige de l’illustre maison royale de
Bourbon.
Après nous avoir parlé de Robert de France, comte de Clermont,
M- Pérot lui aligne comme successeurs :
« Archembaud VIII, sire de Bourbon, dit le Grand ; Archembaud IX,
a sire de Bourbon, dit le Jeune, son fils. »
Or, il est connu qu'aucun des sires ou ducs de Bourbon, de la mai¬
son de France, n’a été prénommé Archembaud. Il s'agit tout simple¬
ment de membres de la famille de Dampierre-Bourbon que M. Pérot
fait intempestivement sortir de leur tombe.
Suivant M. Pérot, il y a eu deux races avant les Bourbon de la
maison de France. C'est une erreur. Nous devons compter, en effet :
1* Bourbon ancien.
2* Dampierre-Bourbon.
3" Bourgogne-Bourbon (représentés seulement par Eudes de Bour¬
gogne, Jean de Bourgogne et sa fille Béatrix).
M. Pérot dit encore, dans un français moins bon que ses inten¬
tions :
(1) On me permettra de rectifier ici une erreur typographique du tirage fc
part des Bemarques sur la sigillographie figurant au catalogue du Musée
départemental de Moulins. Page 94, ligne 19, il faut lire : a Agnès était
alors femme de Jean de Bourgogne, sire de Charoiais, et veuve épousa Robert
de France, comte d'Artois.
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SABOTAGE DE L’HISTOIRE BOURBONNAISE
139
a Le nom de Bourbon est Inséparable du royaume de France. Si
« l’un d’eux, Aimon II, fit résistance à l'autorité royale, ce ne fut
.« qu'une simple querelle de famille. L’attachement des sires et ducs
« de Bourbon à la France royale ne s’est Jamais interrompue (sic).
a tous ont loyalement et superbement servi le Roi et la Patrie. »
Certes, les trois maisons de Bourbon ont bien servi, comme le pro¬
clame M. Pérot, mais si l’on veut faire œuvre d'historien sérieux, on
doit reconnaître qu’entre nos suzerains et les rois de France, il y eut
d'autres « querelles de famille » que celle d’Aimon II. par exemple
sous Louis XI et sous François I".
Il me reste à m’excuser d’avoir rappelé ici des choses bien connues
des érudits du Bourbonnais. Si l’article de M. Pérot n’avait pas dû
dépasser les frontières de notre province, on aurait pu certes se bor¬
ner à sourire, mais le Bulletin historique , archéologique et héraldique
ayant des lecteurs qui ont le droit de n’être pas aussi bien que nous
au courant de notre histoire provinciale et pourraient être trompés,
il appartenait à la Société d’Emulalion, gardienne vigilante des saines
traditions de l’érudition bourbonnaise, de protester contre les erreurs
nouvelles qui s'ajoutent à toutes celles qu’elle a dû déjà reprocher à
notre compatriote. Le silence eût semblé un acquiescement.
En terminant, M. Pérot me permettra de lui signaler une... erreur
beaucoup plus moderne et qui le touche personnellement.
Dans le Bulletin historique, archéologique et héraldique, continuant
ses errements de Y Annuaire du Conseil héraldique de France (1), il se
fait qualifier par deux fois de « membre correspondant du Ministère
de l’Instruction publique ». Or, d'après la dernière liste officielle que
les Archives départementales ont pu mettre à ma disposition, aucun
Francis Pérot ne figure avec une telle qualité. D'autre part, notre
confrère M. Flament, qui, lui, est bien officiellement correspondant
du Ministère de l’Instruction publique, n’a jamais été avisé qu’on lui
ait adjoint un émule à Moulins. J'en conclus que M. Pérot est sous
l'influence d'une distraction très prolongée. Quando bonus dormitat
H orner us.
Philippe Tiersonnier.
(t) Dès 1899, M. Francis Pérot se faisait inscrire dans l'Annuaire du Conseil
héraldique de France avec le titre officiel de correspondant du Ministère de
l'Instruction publique.
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Qoelqnes Ex-libris intéressant le Bourbonnais
Annet-Frédéric-Henry-René de Chavagnac, né le H novembre 1738
à Blesle (Haute-Loire), était fils de Gilles-Henri-Louis Clair, marquis
de Chavagnac, et d'Anne-Angélique de Froullay de Tessé.
D’une famille originaire d’Auvergne, il épousa le 7 octobre 1761
Marie-Anne des Escotais de Chantilly, fille de Michel Rolland, comte
des Escotais, et d'Anne-Geneviève Pineau de Vicnnay ; il mourut
avant 1785.
Nous donnons cet ex-libris, parce qu'au xix' siècle il a été repro¬
duit pour un des membres de cette famille dont une branche est
devenue bourbonnaise.
Les Chavagnac portent : de sable à trois fasces d'argent surmontées
de trois quintefeuilles de même en chef.
Dans l’Armorial de Guillaume Revel, ils portent : de sable à deux
fasces d'argent abaissées sous trois roses rangées d'or.
(Collection M. Dénier.)
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
141
Gilberl-Pierre-Alexandre de Chavagkac était fils de Gilbert-René,
chevalier de Saint-Louis, capitaine de vaisseau à Rochefort, et de
Françoise Harranger du Mesnil-Roland.
Capitaine de vaisseau et commandant du port de Cherbourg,
chevalier de Saint Louis, il épousa en premières noces, en 1773,
Charlotte d'Orvilliers dont il n'eut pas de postérité et, en secondes
noces,‘Jeanne-RosalieduDrenecdeTredern, dont il eut trois enfants.
Son arrière grand-père Antoine-Henry, qui avait épousé en 1648
Diane Forget, devint seigneur de Bussoles en Bourbonnais par son
second mariage vers 1683 avec Catherine des Gallois de la Tour.
(Collection X. de Chavagnac.)
M. D.
« O «
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Cet ex-libris : d'asur à la fonce d'argent, accompagnée de trois bustes
de pucelles de carnation , chevelés d'or et posés de front, est aux armes
des Le Gendre, de Saint-Aubin sur-Loire, seigneurs en Bourbonnais :
de Saiigny (Bagneux), Saint-Martin des-Lais, l’Epine, les Noix, la
Brosse Raquin, la Forêt, Liernolles, etc...
Cette famille, dont la filiation remonte au xv* siècle, eut de bril¬
lantes alliances dans le monde parlementaire et fournit plusieurs
conseillers d'Etat, des intendants, un prévôt des marchands de Paris,
un lieutenant général des armées.
Gilbert-Charles Le Gendre, chevalier, marquis de Saint-Aubin,
baron de la Forêt, conseiller du roi, maître des requêtes ordinaire
de son hôtel, naquit à Paris le 9 avril 1688 de Charles et de Margue¬
rite Vialet. Il a laissé différents ouvrages qui lui ont donné une cer¬
taine réputation, parmi lesquels nous citerons une étude généalo¬
gique intitulée : Des antiquités de la Maison de France et des Maisons
mérovingienne et carlienne et de la diversité des opinions sur les Mai¬
sons d’Autriche , de Lorraine , de Savoie, etc.
En 1718, il obtint l'érection en marquisat de sa terre de Saint-Aubin
et, à cette occasion, il fit frapper un Jeton à ses armes, signalé par
M. le comte de Soullrait dans son Essai sur la numismatique bour-
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QUELQUES EX-LIBRiS BOURBONNAIS
143
bonnaise { 1). Quelques années plus tard, en 1736, ses biens furent
saisis et leur vente poursuivie en Justice. G.-Charles Le Gendre mou¬
rut sans alliance le 8 mai 1746.
(Collection Xavier de Chavagnac.)
Les Frères des écoles chrétiennes, sur la demande de l’abbé Louis
Aubery. s’établirent en 1710, à Moulins, dans l'ancien grenier à sel
situé entre la rue de la Courroirie et le cours d’Aquin ; vers 1759, ils
ouvrirent une seconde école dans une maison située près le pont des
Canes, au-dessous des tanneries, qui subsista jusqu'en 1786.
En 1785, la ville donna aux Frères un logement dans l’ancien cou¬
vent des Sœurs de la Croix, situé à l'emplacement du marché couvert
actuel ; ils y installèrent leurs écoles. Dès 1791, ils furent requis
de prêter le serment et refusèrent, ils furent laissés en paix jus¬
qu'au mois de février 1792. A cette époque, ils furent remplacés par
quatre instituteurs laïques et reçurent l’ordre de se disperser. Sous
la Restauration, des démarches furent faites en 1817 pour leurrappel,
mais ce ne fut qu'en 1821 que le conseil municipal mit à la disposi¬
tion des Frères une maison entre la rue des Carneaux et la rue Saint-
Jacques et porta au budget de la ville une somme de 1.800 francs pour
le traitement de trois Frères. Cette situation dura jusqu'en 1879 ; à
cette époque, l’école fut laïcisée. Un comité s'étant formé pour l’éta¬
blissement et l’entretien d'une école libre, les Frères s’installèrent
en 1879 rue de Bourgogne, puis en 1883 rue de l’Oiseau.
(Collection M. Dénier.)
M. D.
(t) Bulletin de la Société d’Emulation, tome VI, première série, page 368.
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CHRONIQUE
— Nous sommes heureux d’enregistrer ici la nomination toute
récente de notre concitoyen, M. G. Lavergne, au poste d’archiviste
du département de la Dordogne et de lui adresser nos bien cordiales
félicitations. M. Lavergne était, précédemment, archiviste adjoint aux
archives de la principauté de Monaco.
— Il convient également de féliciter, à un autre point de vue,
M. Félix Chambon, de Gannat, bibliothécaire à l'Université de Paris,
du classement et de l'inventaire qu’il a su mener à bien des archives
communales de Gannat. Le dépôt de Gannat est fort intéressant et
nous ne saurions trop vivement souhaiter que la municipalité, qui
sait en apprécier tout l’intérêt et aurait ainsi droit aux remerciements
de tous les fervents des recherches historiques, fasse imprimer l’ex¬
cellent travail de M. Chambon. Celui-ci a rédigé une petite notice
fort instructive sur les archives de sa ville natale, notice autographiée
à peu d'exemplaires, où il raconte, succinctement mais clairement,
les vicissitudes de ces vieux papiers dont la quantité était beaucoup
plus considérable autrefois que de nos jours. La première mention
qu’il en ait rencontrée se trouve dans une délibération du corps de
ville de 1501, où l’on voit diverses pièces être remises « au coffre de
la ville » ; autre mention en 1519, à l’occasion d’un procès entre la
ville et Pierre Filhol, s. de la Fauconnière, l’archevêque d’Aix bien
connu. Le plus ancien inventaire manuscrit des archives de Gannat
est de 1560 ; espérons que l'inventaire imprimé ne va pas larder à
faire connaître définitivement tout ce que l’on peut tirer de ce dépôt
désormais bien classé et bien conservé.
— M. Chambon vient également de faire autographier à douze
exemplaires un Historique de la compagnie des sapeurs-pompiers delà
ville de Gannat (Gannat, 1911) ; son exposé est compris entre les deux
dates 1592-1910. Il a bien voulu faire hommage d’un exemplaire à la
bibliothèque des Archives du département.
Le Gérant : P. FLAMENT.
Moulins. — lmp. Etienne Auclairb.
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PROCÈS-VERBAL
SÉANCE DU 1" MAI 1911
Présidence de M. Morand
r
E taient présents : M"' Françoise de Bonand ; MM. le chanoine
Berthoumieu, Fr. Bidault, le docteur H. de Brinon, E. Ca-
pelin, le chanoine Clément, Dénier, Gédel, Leutrat, J. Pays,
Queyroi et Tiersonnier.
Excusés : MM. Boutal, Delaioue, Faulquier, Flament, Grégoire,
Joly, Milcent.
— En ouvrant la séance, le Président souhaite la bienvenue à
M. J. Pays, directeur du pensionnai Saint-Gilles, qui assiste pour la
première fois à l’une de nos réunions.
— Dépouillement de la correspondance : Lettres de M. Montagne,
relatives à l’excursion ; — de M. Buffet, au nom de M. Barrés, remerciant
la Société d’avoir donné son adhésion à la pétition concernant les
vieilles églises de France ; — de M.le lieutenant-colonel Dulac, offrant
à la Société quelques reproductions de portraits mis à sa disposition
par plusieurs familles bourbonnaises pour l’illustration de son livre :
les Levées départementales dans l’Ailier sous la Révolution ; — de la
Société d’Economie politique : sa circulaire mensuelle.
— Ouvrages offerts : de M. le lieutenant-colonel Dulac son ouvrage
déjà cité. La Société adresse au donateur ses plus vifs remerciements
et charge son président de vouloir bien les lui transmettre.
— Le Président donne ensuite le compte rendu des publications
reçues dans le mois :
a Dans la Revue d'Auvergne, M. Audollent publie une étude critique
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
des travaux de MM. Desdevises du Dézert et Bréhier parus dans les
Villes d'arts célèbres sur Clermont, Royat et le Puy-de-Dôme.
« Le Bulletin archéologique de la Corrèze continue la publication
de l’étude de M. Forot sur les sculpteurs elles peintres du Bas-Li¬
mousin.
« La Société saooisienne donne un travail de M. Michel sur les dra-
gonades et la révocation de l'Edit de Nantes en Dauphiné.
« Dans le Centre médical , M. F. Pérot continue la publication de
ses biographies médicales du Bourbonnais. Le numéro d'avril est
consacré à Pierre Peronnaux, 1797-18.natif de Besson.
« La Société neuchàteloise adresse son vingtième volume et demande
à notre Compagnie de vouloir bien reprendre l'échange de nos pu¬
blications interrompu depuis quelques années.
« La Revue Mabillon publie une étude sur les rapports diploma¬
tiques du régent et de la papauté par Dom Denis. »
— M. Morand donne ensuite quelques renseignements complé¬
mentaires sur le projet d'excursion du 22 juin. Puis, comme suite au
procès-verbal de la dernière séance, il signale qu'il n'y aurait aucune
difficulté à créer dans la maison Mantin, dans la partie non meublée,
une salle dite salle Banville. Malheureusement le projet soumis par
M. Capelin ne pourra être entièrement réalisé, le propriétaire de la
villa Banville ayant refusé de se dessaisir des panneaux peints par
M. Rochegrosse. Une démarche n’en sera pas moins tentée près de
ce dernier pour obtenir de lui au moins le mobilier de Banville.
— M. l'abbé J. Clément entretient la Société de l'antiphonaire bien
connu de Souvigny et conservé jusqu'à ce jour dans la sacristie de la
grande église bénédictine. Depuis quelques années ce manuscrit,
qui date de 1779 et a beaucoup souffert de l'humidité, était menacé
de destruction complète par suite du mauvais traitement des visi¬
teurs. M. le curé doyen de Souvigny a l'intention de faire relier à
nouveau ce précieux reste de l’art bénédictin. Notre confrère, M.l'abbé
Clément, qui a relevé tous les jolis dessins, en-tètes et culs-de-lampe,
qui décorent ce livre d’église, se propose de rédiger pour notre Bul¬
letin une étude relative à la composition artistique et liturgique de
ce manuscrit.
M. Dénier ayant appelé son attention sur une note de la presse si¬
gnalant à Montluçon la formation d'une société archéologique,
M. l'abbé Clément répond qu'il est autorisé par notre confrère mont-
luçonnais, M. Vignier, fondateur de la nouvelle société, à dire à
notre Compagnie qu’elle recevra incessamment notification officielle
de la fondation projetée. M. Vignier lui a demandé son adhésion
personnelle et a promis d'entretenir avec la Société d'Emulation les
plus cordiales relations.
— Le Secrétaire donne lecture de la lettre suivante de Dotre compa¬
triote M. Géraud Lavergne, le nouvel archiviste de la Dordogne.
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PROCÈS-VERBAL
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* Avant de quitter Monaco, je veux vous transmettre quelques notes sur
un Bourbonnais de 1793, retrouvées dans les archives de la Place et que vous
pourrez signaler à l’Emulation.
Pourçain Mallat naquit à Charroux le 4 juin 1766. Entré au service le
17 septembre 1793, il fit les guerres de la Révolution. On le retrouve à
Monaco l’an IX, où il commande la 4'compagnie des canonniers sédentaires.
Puis il est réformé et obtient à cette occasion un certificat de vie du maire
de Charroux, Navaux, le 15 fructidor an X de la République.
Dans cet intervalle, une compagnie de canonniers-gardes-côtes est fondée
dans les Alpes-Maritimes, sous le n° 97, avec Rey comme capitaine. Le
20 fructidor an XI, Rey est nommé aide de camp du général Partouneaux,
inspecteur des côtes de la 8' division, et Mallat est appelé par ce dernier à
prendre le commandement provisoire de la 97*. En brumaire an XII, il est
confirmé danî son emploi, dont l’exercice est rendu difficile. L’indiscipline
est grande parmi les canonniers, généralement enfants du pays et peu dé¬
voués à l’intérêt national. D’ailleurs, Mallat s’entend fort mal avec son su¬
bordonné, le lieutenant Orsibal.
Après divers incidents qui marquent la carrière de ce soldat dévoué,
Mallat est rétabli dans la jouissance du traitement de réforme du grade qu’il
avait avant sa nomination à la 97* compagnie, par décision du ministre de
la guerre du 27 septembre 1806.
Il va s’établir à Bordighera où il devient secrétaire en second de la mairie.
La recommandation de M. Chassepot de Chapelaine, sous préfet de San-
Remo, lui fait obtenir, en octobre de la même année, le bureau de la poste
aux lettres de Bordighera. « II le gère avec une si grande loyauté qu’il s’est
attiré la confiance générale ». écrit le maire.
Dès lors, je perds les traces de Mallat. »
— Le Secrétaire rappelle que dans la chronique parue dans le nu¬
méro d’avril dernier, il avait été signalé que M. Félix Chambon, biblio¬
thécaire à l'Université de Paris, venait de terminer le classement et
l’inventaire des archives communales de Gannat. Il demande s’il ne
conviendrait pas d’intervenir auprès de la municipalité Intéressée,
en la priant de faire aboutir l’impression de l’excellent travail de
M. Chambon.
Après en avoir délibéré, la Société émet le vœu que le Conseil
municipal de Gannat, qui sait en apprécier tout l’intérêt, et aura
droit ainsi aux remerciements de tous les fervents des recherches
historiques, fasse imprimer le plus tôt possible le travail de M. Cham¬
bon. Elle charge son Président d’être son interprète près de la muni¬
cipalité pour lui transmettre ce vœu émis à l’unanimité.
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148
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
— Au nom de M. le lieutenant-colonel Dulac, qui en fait don à la
Société, M. Dénier fait circuler un carreau de terre cuite provenant
du pavage d'une vieille maison de Verneuil.
— M. Dénier signale en outre les armoiries de la famille Moulhard
de Souvlgny, omises dans Y Armorial du Bourbonnais : Gilbert Mou¬
lhard, conseiller du roy, élu en l'élection de Gannat, fit enregistrer,
le 30 janvier 1699, les armoiries suivantes : d’asurà trois glands d'or,
tigés et fouillés de même posés un en chef deux en fasce, et une étoile
d'argent en pointe. (Registre de Gannat, n* 26.) Il ne faut pas confondre
ces armoiries avec celles imposées d'office au n' 139 du même registre
à François Moulhard, conseiller et procureur du roi en l’hôtel de
ville de Gannat : de gueules à deux meules de moulin d'argent posées
l’une sur l'autre.
— M. Tiersonnier offre pour les collections de la Société une
aquarelle de notre compatriote, M. Mouret, représentant la rue des
Orfèvres à Moulins. Il signale en outre une souscription ouverte par
les Amis de l'Hàtel-Dieu de Beaune, ayant pour but de faire des répa¬
rations urgentes à cet établissement hospitalier qui intéresse l’art
bourguignon.
— M. Tiersonnier demande à ce que notre Société adresse son adhé¬
sion au Comité des Amis des Monuments de France, dont le but est
la sauvegarde des églises. Le Président fait observer que notre Société
a déjà voté dans sa séance du 3 avril son adhésion à la pétition qui
doit être déposée par M. Louis Passy à la Chambre des députés,
relativement à la conservation des églises de France, que MM. Mau¬
rice Barrés et Buffet nous ont adressé leurs remerciements de cette
adhésion, que dans sa circulaire le Comité des Amis des Monuments
de France dit lui-même qu’il n’a été créé que pour servir de centre
aux personnes et aux sociétés adhérentes à la pétition de MM. Barrés
et Buffet, que par suite il pense que la proposition de M. Tiersonnier
ferait double emploi.
— Sont élus membres titulaires : M*' J. de Champigny et M. A. De¬
vaux.
— Sont présentés comme membres titulaires : M. Bouchet, phar¬
macien, à Moulins, rue François-Péron, par MM. Tixidre, L. Gré¬
goire et Dénier. — M. Cailhe, conducteur des ponts et chaussées en
retraite, à Moulins, rue du Lycée, par MM. Delaigue, Flament et
Dénier.
— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 heures.
M. D.
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LES PORTRAITS DES BOURBON
DANS LES VERRIÈRES
de la Sainte Chapelle de Champigny-sur-Veude
( INDRE-ET-LOIRE )
ous avons, l’an passé, signalé à la Sociéié d’Emula-
tion tout l'intérêt qui s'attache, au point de vue de
la généalogie de la famille de Bourbon, aux beaux
vitraux de la Sainte Chapelle de Champigny-sur-
Veude, ancienne demeure des Bourbon-Montpensier (1).
Nous avons fait passer sous les yeux de plusieurs de nos confrères
la jolie série de cartes postales éditées par M. Dando-Berry, de Lou-
dun, et consacrées au château et aux vitraux de la chapelle.
Dans sa séance de Janvier dernier, M. le docteur Chopard et
M. Flament ont signalé l'offre faite par M*' la comtesse de la Roche-
Avmon, au sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, de classer ces
verrières du xvi* siècle parmi les Monuments historiques.
Il nous parait utile de revenir sur cette question pour indiquer, une
fois pour toutes, dans quelle exacte limite ces vitraux, dont on parle
tant, peuvent intéresser le Bourbonnais.
La chapelle Saint-Louis du château de Champigny-sur-Veude pos¬
sède une suite de onze verrières qui mesurent 3*,50 de largeur
sur 7 mètres de haut, et qui sont au point de vue de l’art des plus
remarquables.
Elles renferment de nombreux portraits des membres de la famille
de Bourbon. Ce qui faisait dire à notre compatriote, M. Emile Male :
(1) Champigny a été possédé par les familles : Bernier (1067-1096) ; de Blo
(1096-1230) ; de Beauçay (1260-1340) ; de Beaumont (1340-1360) ; d'Artois (1360-
4384) ; d’Anjou (1384-1416) ; de Beauvau (1416-1425) ; de Bourbon-Vendôme
(1425-1477) ; Bourbon-Montpensier (1477-1608) ; Bourbon-d'Orléans (1608-
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150
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
« Jamais lamille française n'étala aussi orgueilleusement sa noblesse
dans la maison de Dieu (1). »
Chacune de ces verrières est divisée en quatre parties. Le compar¬
timent du sommet reproduit les L couronnées et les cols qui sont les
emblèmes des Bourbon de la branche atnée (2), adoptés par un des
bienfaiteurs de l'édifice : Louis de Bourbon, des comtes et ducs de
Vendôme, né le 2 janvier 1495, évêque de Laon et du Mans, arche¬
vêque de Sens, abbé de Saint-Denis, créé cardinal le 1" juillet 1517,
et mort à Paris le 11 mars 1556.
Les panneaux placés au-dessous reproduisent, dans chaque fenêtre,
des scènes de la Passion du Christ, et en plus l’Ascension et la
descente du Saint-Esprit. Dans la fenêtre centrale, le sujet emprunté
à l'Ancien Testament est consacré à la création du monde. Le grand
espace compris entre les meneaux droits est occupé, dans sa partie
supérieure, par un événement mémorable de la vie de saint Louis,
patron de cette chapelle, d'après les mémoires de Joinville dont le
texte lui-même a été reproduit dans les légendes. Enfin, dans la partie
inférieure, se déroule la galerie des portraits des principaux membres
de la famille de Bourbon.
Ce sont ces panneaux qui nous intéressent ici plus spécialement.
Nous donnons dans l’ordre même des fenêtres la suite des portraits
qui les décorent.
pe Fenêtre ; Portraits de Claude de Longvy, cardinal de Givry,
« ecesque et duc de Langren (3;, per de France, lequel a donè (4) les
vitres de cestes chapelle », et celui de Lois, cardinal de Bourbon,
fils de François, comte de Vendôme, et de Marie de Luxembourg,
successivement évêque du Mans, puis de Laon et archevêque de
Sens en 1517 ; mort en 1557.
1635) ; Richelieu (le cardinal et le duc Armand-Jean) (1635-1654) ; Bourbon-
d'Orléans (1654-1750) ; trois nouveaux ducs de Richelieu (1750-1791) ; de Quin¬
son (1791-1825) ; de Costa de Beauregard (1825-1866) ; enfin de la Roche-Aymon
(1866 à nos jours). — Cf. : Le château et la Sainte Chapelle de Champigny-
sur-Veude, par l'abbé Bossebœuf. Tours, Louis Bousrez, lib.-édit. ; p. 94.
(1) L'art religieux de la fin du Moyen-Age en France, 1908, p. 168.
(2) On retrouve aussi, en beaucoup d’endroits, la ceinture « Espérance » et
le «■ chardon » de notre bon duc Louis il.
(3) Il fut transféré de Mâcon à Langres, en 1528 ; à Périgueux, en 1533 ; h
Amiens, le 13 octobre 1540.
(4) Il faut entendre par là qu'il a offert la plupart de ces vitraux ou du
moins ceux qui furent exécutés de son temps, car beaucoup ont été placés
après sa mort, qui survint en 156t. Quelques-unes de ces verrières, comme
nous le dirons plus loin, sont même postérieures de plus de trente ans à cette
dernière date.
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LES PORTRAITS DES BOURBON
151
2' Fenêtre : Suzanne de Bourbon, fille de Pierre II et d'Anne
de France, née le 20 mars 1491, morte le 28 avril 1521 ; et son mari
(1505), Charles de Montpenster, duc de Bourbon, le « conné¬
table », né le 17 février 1489, tué au siège de Rome, le 6 mars 1523 ;
et ses parents : Gilbert de Bourbon et Claire de Gonzague.
3 e Fenêtre : Gabrielle de la Tour, fille de Béraud IV, et de
Jaquette du Pécbin ; et son mari : Louis de Bourbon, 3' fils de
Jean 1", duc de Bourbon, né en mars 1380, mort à Londres en 1433,
dont on voit à côté le portrait, ainsi que celui de sa femme (20 mai
1400) : Marie de Berry, fille de Jean de France et de Jeanne d'Ar-
magnac, morte à Lyon, en juin 1434, et inhumée à Souvigny.
Fenêtre : Anne, dauphine d'Auvergne, dame de Mercœur et de
Forez, fille de Béraud II, comte de Clermont, inhumée à Souvigny ;
et son mari : Louis II de Bourbon, « le bon duc », né le 4 avril
1337, mort à Montluçon le 19 avril 1410 et inhumé à Souvigny ; et ses
parents : Pierre 1", due de Bourbon, tué à Poitiers en 1356, et
lsabeau de Valois, fille de Charles de France et de Mahaut
de Châtillon.
5* Fenêtre : Louis 1", duc de Bourbon, fils de Robert de France
et de Béatrix de Bourgogne ; et sa femme : Marie de Hainaut, fille
de Jean II et de Philippe de Luxembourg, morte en 1354 au château de
Murat, et inhumée aux Cordeliers de Champaigue, près de Souvigny.
La généalogie des Bourbons-Montpensier est inscrite sur un car¬
touche placé entre les deux personnages.
6' Fenêtre : Saint Louis et Marguerite de Provence : les auteurs
de nos ducs. 11 y a une transposition évidente dans les armoiries
qui accompagnent Marguerite de Provence, appelée en outre ici
a lsabeau » !
7* Fenêtre : Robert de France, 6' fils de Saint Louis, comte de
Clermont en Beauvaisis, tige des ducs de Bourbon, et sa femme
Béatrix de Bourgogne, fille de Jean de Bourgogne et d'Agnès,
dame de Bourbon, morte le 2 octobre 1310 au château de Murat et
inhumée aux Cordeliers de Champaigue.
8* Fenêtre : Jacques I" de Bourbon, comte de la Marche, 3' fils de
notre duc Louis I" ; et sa femme Jeanne de Chatillon Saint-Pol ;
Jean I" de Bourbon, comte de la Marche, fils de Jacques I" et de
Jeanne de Châtillon Saint-Pol, et sa femme, Catherine de Vendôme.
9* Fenêtre : Louis de Bourbon, comte de Vendôme, et sa seconde
femme : Jeanne de Laval ; Jean II, comte de Vendôme, et sa femme :
Isabeau de Beauveau, dame de Champigny.
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152
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
10* Fenêtre : Louis de Bourbon (1), prince de la Roche-sur-Yon,
depuis duc de Montpensier, seigneur de Champigny-sur-Veude,2' fils
de Jean II, comte de Vendôme, qui épousa à Mouiins, le 21 mars 1504,
Marie-Louise de Bourbon, fille de Gilbert de Bourbon, comte
de Montpensier, qui est représentée près de lui.
Louis de Bourbon (2), 2* duc de Montpensier, né à Moulins, et sa
femme : Jacqueline de Longvy, fille du seigneur de Givry, décédée
à Paris en 1561.
11' Fenêtre : François de Bourbon, duc de Montpensier, fils de
Louis II, mort en 1592, et sa femme : Renée d’Anjou ; enfin leur fils :
Henri de Bourbon, et sa femme : Catherine Henriette, duchesse
de Joyeuse.
ir
Ces riches verrières sont, attribuées par l’abbé Bossebœuf à Robert
Pinaigrier (3), pour une part et à deux peintres de Chinon, René
Grésil et Arnoul Ferrand, pour le reste. Mais M. Ottin dans son
histoire du « Vitrail » (4), y voit une hypothèse qui demanderait à
être confirmée par des documenls positifs. En tout cas tous les his¬
toriens s'accordent à déclarer que la plupart de ces vitraux ont dû
être exécutés de 1560 à 1597 (5).
Si on ajoute à la constatation de cette date tardive, la remarque
que tous les portraits paraissent se ressembler, que les costumes sont
identiques... on devra conclure que, si ces verrières de Champigny
méritent d'être considérées comme de très beaux spécimens de l’art
des verrières de la fin du xvi* siècle, du moins elles n’ofïrent pas,
comme portraits authentiques de nos vieux ducs, tout l'intérêt bour¬
bonnais qu’on pourrait souhaiter.
Abbé Joseph Clément.
(li C'est lui qui fit construire la Sainte Chapelle qui renferme les verrières.
Elle fut commencée dans les premières années du xvi< siècle et terminée en
1543. — Cf. De Busserolles, Dictionnaire d'Indre-et-Loire, p. 86, et Bosse-
bœuf (ouv. cité, p. 20).
(2) Il fonda à Champigny un monastère de femmes de l’ordre de Saint-
François, qui s'appela « Notre-Dame de Bonne-Espérance ». Cette fondation
fut enregistrée au Parlement le 20 décembre 1570.
(3) Ce maître, qui fut 6 Tours le chef d'une école célèbre de peinture sur
verre, n'exécuta pas sans doute lui-même les verrières de Champigny, car il
mourut en 1550. Tl a pu, cependant, en établir les cartons et commencer
certains vitraux qui ont peut-être été exécutés par ses fils ou ses élèves.
(4) Le vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges
et les peuples. H. Laurens, éditeur ; p. 206-207.
(5j Dans la H* verrière, on voit les portraits de Henri de Bourbon revêtu
des ordres du roi qu'il ne reçut qu'en 1595, et celui de sa femme, Henriette-
Catherine de Joyeuse. Or, leur mariage n'eut lieu qu'en mai 1597.
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DEjS> BOU$BONNAI$E#
DE jSAINT-CYït
I l nous a paru de quelque Intérêt pour notre province, d'extraire
du livre de M. Fleury-Vindry : Les demoiselles de Saint- Cyr (1),
ce qui concerne les jeunes Allés d'origine bourbonnaise.
Nous avons relevé, avec l’autorisation de l’auteur, les différentes
notices qui leur sont relatives, renvoyant les chercheurs pour une
étude plus complète à l’ouvrage lui-même, ainsi qu’aux Listes don¬
nées par le Comte de Riocour dans la Reçue historique nobiliaire et
bibliographique i3' série, tome IV, année 1879).
Chacun sait que cette communauté de Saint-Cyr. de l’ordre de
Saint-Augustin, lut fondée en 1685 par Madame de Maintenon avec
l’autorisation de Louis XIV, pour l’éducation de250 jeunes Ailes dont
les pères avaient vieilli ou étaient morts au service du roi (2).
Pour être admises, ces demoiselles devaient faire preuve de quatre
degrés de noblesse du côté paternel ; elles avaient la liberté de de¬
meurer à Saint-Cyr jusqu’à l’âge de vingt ans et trois mois et rece¬
vaient à leur sortie une dot de 1.000 écus, ainsi que leur trousseau.
Voici les noms bourbonnais que nous avons relevés.
Albon (Anne d’). baptisée le 7 février 1705, à Abrest, diocèse de
Clermont-Ferrand, Aile de François d’Albon, capitaine au régiment
des fusiliers du roi, et d’Antoinette Chardon. Preuves (3)7 janvier 1713.
Billet de sortie 8 février 1725. Dot 18 janvier 1727. Elle épousa le
(1) Paris, Librairie Honoré Champion, 1908.
(2) Cette fondation fut supprimée en 1793, elle devint hôpital militaire
et caserne. Napoléon y transporta l’Ecole militaire de Fontainebleau.
Louis XVIII y ressuscita la maison d’éducation de Saint-Louis, mais de¬
puis 1818 on y a fondé l’Ecole militaire de Stint-Cyr.
(3) Bibliothèque Nationale : Ms. Fr. 32125 et suivantes.
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154
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
16 Juin 1733 Gilbert de La Souche, chevalier, seigneur desFoucauds,
d'Abrest, Gaudinière, etc... mousquetaire du roi, fils de Claude et de
Catherine de Bilquin, né à Chemilly le 26 avril 1697.
Bar (Marie-Elise de), née à Gannatle 27 novembre 1762, paroisse de
Saint-Etienne, fille de Gabriel de Bar-la-Garde, capitaine aux chas¬
seurs de Hainaut en 1758, chevalier de Saint-Louis, et de Marie Mollet
de la Beaume. Novice à Saint-Cyr (1" avril 1784), professe (1" avril
1786; devant M" Elisabeth. Sortie à la suppression.
Barrin la Galissonnière (Anastasie de), née le 10, baptisée le
11 janvier 1741 à Saint-Bonnet de-Roeheîort, fille de Vincent deBarrin
et de Marie-Madeleine Barrin. Preuves 18 avril 1750. Morte le 28 no¬
vembre 1828 au Plessis-Guerry-en-Monnières (Loire-Inférieure).
Barrin la Galissonnière (Apolline de), née le 20, baptisée le 21 jan¬
vier 1745 à Saint Bonnel-de-Roehefort, fille de Vincent de Barrin
et. de Marie-Madeleine Barrin. Morte le 14 novembre 1756 à Saint-Cyr
(mairie de Saint-Cyr).
Bégon de la Rouzière (Marie-Scolastique), née et baptisée le
14 mars 1746 à Saint-Pont en Bourbonnais, fille de François Bégon et
de Marie-Antoinette du Bec. Preuves 15 mars 1755. Billet de sortie
25 octobre 1765 Dot 31 juillet 1767.
Bermond-Bressolles (Marié de), née le 8, baptisée le 11 février 1686
à Hyds, fille de Pierre de Bressolles et d'Anne de Villars. Preuves
20 mai 1697. Billet de sortie 9 février 1706. Dot 9 février 1706 Ursu-
line à Gisors ( 708-1749) (Sœur Saint-Cyr), dépositaire (1734-36), mai-
tresse des novices 1741-43, dépositaire 1746 47).
Biotière (Madeleine-Sophie de), née le 21 avril, baptisée le 22 avril
1777 à Saint-Pourçain (église Saint-Georges), fille d'Antoine Gil¬
bert de Biotière, écuyer, seigneur des Jonets, et d'Anne Desrolines du
Fé. Preuves 8 janvier 1787. Entrée le 7 février 1787. Sortie le 17 mars
1793 (billet signé par M" deCrécy).
Bongars (Marie-Françoise de), née le 7, baptisée le 8 mars 1779 à
Saint-Pourçain-sur-Sioule, fille de Jean de Bongars et de Marie de La
Codre. Entrée le 7 novembre 1786. Sortie le 11 mars 1793.
Boulaye (Julienne-Monique-Etienne-Valère delà), née et baptisée
le 4 juin 1779 à Etroussat, fille de Charles Joseph-Nicolas de la Bou¬
laye, chevau-léger de la garde du roi. réformé en 1787, chevalier de
Saint-Louis, et de Jacquette-Geneviève-Françoise Le Turcq. Preuves
13 novembre 1787. Entrée le 16 novembre 1787. Sortie le 14 mars 1793.
Boutet (Anne-Elisabeth), née et baptisée le 3 mai 1717 à Sazeret,
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BOURBONNAISES DE SAINT-CYR
155
fille de Gilbert Boutet etde Marguerite de Fontis. Preuve 5 juin 1727.
Billet de sortie 21 mai 1737. Dot 6 lévrier 1739. Professe à Beaulieu-
lès-Loches 3 février 1739. Morte à Beaulieu le 2 avril 1765.
Boutet (Madeleine), née le 27, baptisée le 29 mars 1746 à Chareil,
fille de François Boutet et de Charlotte Granger. Preuves 6 novembre
1755. Billet de sortie 12 mars 1766. Novice bénédictine à Notre-Dame
de Cusset 26 février 1768.
Bouys (Antoinette du), née au château du Bouys le 29, baptisée le
30 décembre 1728 à Marcillat, fille d’Antoine du Bouys, garde du
corps du roi, et de Jeanne de Durât. Preuves 11 décembre 1740. Billet
de sortie 31 décembre 1748. Dot 14 août 1750. Novice à Notre-Dame
de Sens. Abbesse.
Breuil (Jeanne du), née et baptisée le 31 août 1729 à Lavault-Sainte-
Anne, fille d’Etienne du Breuil, capitaine au régiment de Rufïec,
chevalier de Saint-Louis, et d'Elisabeth-Marie de Salvert. Preuves
4 avril 1740. Morte à Saint-Cyr le 2 août 1743 (mairie de Saint-Cyr).
Brinon (Marie-Madeleine de), née et baptisée le 26 juin 1756 à
Saint-Pierre-des-Ménestraux (Moulins), fille de Jean-Camille de Bri¬
non, capitaine de grenadiers au régiment de Languedoc-infanterie,
chevalier de Saint-Louis, et de Marie-Anne Cadier. Preuves 25 juin
1768. Billet de sortie du 28 juin 1776. Dot 2 juin 1778. Chanoinesse.
Elle épousa (1), le 18 novembre 1784, Jean-Baptiste Maréchal, et mou¬
rut à Moulins le 31 décembre 1823.
Brinon (Anne-Marie de), née le 14, baptisée le 15 novembre 1763 à
Saint-Pierre-des-Ménestraux (Moulins), sœur de la précédente. Billet
de sortie 30 août 1783. Dot 3 mars 1784. Chanoinesse.
Buysson (Marie-Louise-Charlotte-Euphémie du), née le 16, baptisée
le 18 décembre 1754 à Treban. fille de Pierre du Buysson des Aix,
major au régiment de Lessonnette-infanterie, chevalier de Saint-
Louis, et d'Anne-Charlotte de Monestay. Preuves 23 février 1765.
Billet de sortie 4 juin 1775..Dot 12 juillet 1775. Elle épousa, le 8 fé¬
vrier 1779, Jean-Baptiste de Soalhat de Fontalard, chevalier seigneur
de Lampret.
Chabannes-Mariol (Henriette de), née le 18 à Mariol, baptisée le
28 décembre 1681, fille d'Anne-Marie de Chabannes et d’Henriette
Coifïler. Preuves 10 décembre 1689. Billet de sortie 18 novembre 1701.
(1) Archives municipales de Moulins (Saint-Pierre-des-Ménestraux), re¬
gistre 488, f° 145.
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156
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Dot 26 novembre 1701. Elle lut novice à Cusset (18 lévrier 1710). Elle
épousa le 18 avril 1719, à Saint-Léon, François Feydeau de Demoux,
chevalier, seigneur de Marcelanges, capitaine au régiment de Lou-
vigny, flls de Jean Feydeau, s* de Demoux, et de Marguerite Heroys.
Agée de 83 ans. elle épousa en secondes noces, le 2 juin 1764, Pierre-
Augustin Valette de Bosredon, né en 1722.
Chabannes-Pionsat (Anne-Josèphe de), née le 16, baptisée le 17 oc¬
tobre 1690 à Pionsat (Puy-de-Dôme), diocèse de Clermont, fille de
Gilbert de Chabannes et d’Anne-Françoise de Lutzelbourg. Preuves
20 Janvier 1699. Billet de sortie 20 décembre 1710. Dot 20 décembre
1710. Elle épousa, le 27 mai 1713, François de Laqueuille (mort le
29 août 1754) et mourut elle-même le 29 décembre 1756 à Clermont-
Ferrand.
Chambaud (Gilberte de), née et baptisée le 4 octobre 1747 à Beaune,
fille de Gilbert de Chambaud, garde du corps du roi, et de Françoise
Varin. Preuves 27 mai 1758. Billet de sortie 4 octobre 1767. Dot 7 dé¬
cembre 1768
Chambon (Àntoinette-Marie-Sylvle de), née le2, baptisée le 4 novem¬
bre 1726 à Marcillat, fille de Jacques de Chambon, chevalier, comte
de Marcillat, et de Marie de Biotière. Preuves 11 mars 1733. Billet de
sortie 9 octobre 1746. Dot 15 janvier 1749.
Chantelot (Jeanne de), née et baptisée le 6 mars 1720, à'Barrais-
Bussolles, fille de Gaspard de Chantelot, écuyer, seigneur de Qulrielle
et Chantemerle, et de Jeanne de James. Preuves 17 décembre 1731.
Billet de sortie 3 mars 1740. Elle ne sortit que le 6 mars 1741 deSaint-
Cyr. Novice à Cusset 27 octobre 1741. Dot 18 août 1743.
Chauvigny de Blot (Amable dei, née et baptisée le 16 octobre 1741
à Salles, fille de Joseph de Chauvigny et de Louise de Rollat. Preuves
15 avril 1751. Billet de sortie 1" novembre 1763. Dot 31 Juillet 1766.
Elle épousa le 18 mai 176., Pierre de Saint-Giron les Armonières.
Chauvigny de Blot (Amable-Ilenriette de), née et baptisée le
26 mars 1756 à Saint-Bonnet-de-Rochefort, fille de Gilbert-Michel de
Chauvigny et de Marie Valette de Bosredon. Preuves 6 avril 1763.
Billet de sortie 17 juillet 1776. Dot 30 mars 1778. Elle épousa Fran
çois-Aldebert de Sevérac.puis en secondes noces, le8 septembre 1797.
Claude-Etienne Annet des Roys. Elle mourut à Moulins, rue de
Paris, le 20 novembre 1842.
Combes (Marie-Antoinetle-Clotilde de .née et baptisée,le 15 novem¬
bre 1778 à Broût. fille d'Antoine-Jacques de Combes, chevalier, sei-
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BOURBONNAISES DE SAINT-CYR
157
gneur des Morelles, lieutenant au régiment de Lyonnais-infanterie,
administrateur du département de l’Ailier, et de Marie Bourlin. Preu¬
ves 30 juillet 1788. Entrée 1" août 1788. Sortie 11 lévrier 1793.
Courtais (Marie-Louise de), née le 14 janvier, baptisée le 4 no¬
vembre 1720 à Sanssat, fille d’Henri de Courtais, chevalier, seigneur
de la Souche, capitaine au régiment de Béthune, chevalier de Saint-
Louis. et d’Angélique d’Affry-d’Hauterive. Preuves 4 mai 1727. Morte
le 13 Juin 1734 à Saint-Cyr.
Crest (Catherine-Françoise-Amable du) née et baptisée le 3 avril
1700 à Tazilly (Nièvre), diocèse d’Autun, fille de François du Crest et
d’Anne d'Haumaire. Preuves 17 avril 1708. Morte à Saint-Cyr le 12 dé¬
cembre 1712.
Durat-Ludaix (Marguerite de), née et baptisée le 4 juillet 1708 à
Marcillat, fille de Sébastien de Durât et de Marie de Rollat. Preuves
22 décembre 1719. Billet de sortie 6 juin 1728. Dot 28 septembre 1730.
Bénédictine à Nevers 19 janvier 1746.
Durat-Gouzolles (Louise-Anne de), née le 25, baptisée le 30 avril
1753 à « Pérouse, diocèse de Bourges » (Lapeyrouse, Puy-de-Dôme),
fille de Jacques-Balthazar de Durât et de Marie-Jeanne-Madeleine de
Chastagnat. Preuves 29janvier 1763. Novice 21 janvier 1774.Religieuse
2 janvier 1776 à Saint-Cyr devant la Dauphine. Sortie à la suppres¬
sion.
Durat-Gouzolles (Jeanne-Marguerite de), née et baptisée le 14 fé¬
vrier 1758 à Pérouse (Lapeyrouse), fille de Jacques-Balthazar de
Durât et de Marie-Jeanne-Madeleine de Chastagnat. Billet de sortie
10 décembre 1777. Dot 24 novembre 1778. Elle mourut le 8 juillet 1837.
Durat-Gouzolles (Marie-Antoinette de), baptisée le 6 novembre
1762 à Pérouse (Lapeyrouse), fille de Jaeques-Balthazar de Durât et
de Marie-Jeanne-Madeleine de Chastagnat. Dot 12 mai 1783.
Escures (Marie-Josèphe des), née le 14, baptisée le 15 juin 1726 à
Plouzané (Finistère), diocèse de Léon, fille de Constant des Escures,
s'de Pontcharrault, lieutenant d'une compagnie franche de la marine,
et de Catherine-Nicole d'Ourguy (de Brest). Preuves 17 juin 1733.
Billet de sortie 1" novembre 1747. Dot 7 août 1748.
Escures (Marie-Reine des), née et baptisée le 8 février 1763 à
Sanssat, fille de Gilbert des Escures, capitaine d’infanterie, seigneur
de Sanssat et Villars, et de Reine Chambon. Preuves 4 février 1775.
Billet de sortie 2 février 1783. Dot 8 avril de la même année. Elle
épousa Etienne Fournier.
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158
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Faure (Gilberte-Marie-Madeleine du), née et baptisée le 20 août
1673 à Gannat, fille de François du Faure, écuyer, seigneur de Cha-
soux, et de Marie Inlrand. Preuves du 4 lévrier 1686. Novice à Saint-
Cyr 7 novembre 1692, religieuse 9 décembre 1694. Morte à Saint-Cyr le
25 mai 1734.
Faure (Jeanne), née le 7, baptisée le 8 avril 1707 à Gannat, fille de
Gaspard Faure et d’Anne Marcelin. Preuves 13 octobre 1714. Billet de
sortie 14 avril 1727. Dot 6 septembre 1727. Novice à Notre-Dame de
Gannat 14 mars 1731.
Fontanges (Marie-Marguerite de), née le 25, baptisée le 27 avril
1749 à Gannat, fille d’Hugues de Fontanges, chevalier, seigneur de la
Fauconnière, et de Marie-Gasparde de Boissieu. Preuves 19 juin 1756.
Billet de sortie 25 avril 1769. Dot 24 mai 1769. Chanoinesse de Neu-
ville-en-Bresse 1773, coadjutrice de Bouxières, 12 février 1785.
Fontanges (Louise-Elisabeth-Catherine de), née le 1", baptisée le
4 novembre 1759 à Saint-Pourçain, fille de François de Fontanges et
de Louise-Gilberte de Beauverger. Preuves 10 novembre 1767. Dot
31 mars 1780.
Fontanges (Anne-Françoise-Madeleine de), née et baptisée à Bayet ’
le 30 octobre 1760, soeur de la précédente. Novice 16 novembre 1780,
religieuse 2 novembre 1782, sortie à la suppression. Elle mpurut à
Versailles le 8 prairial, an III.
Fraigne (Jeanne-Marie de), née et baptisée le 28 septembre 1712, à
Saint-Ferréol (Marseille), fille de Gilbert de Fraigne. chevalier, sei¬
gneur de Bussière-Vieille-en-Combrailles. capitaine des vaisseaux du
roi, chevalier de Saint-Louis, et de Thérèse Daniel. Preuves 10 avril
1724. Billet île sortie 20 septembre 1732. Dot 1" juillet 1734.
Groing de la Romagère (Catherine le), née et baptisée le 19 no¬
vembre 1709, à Saint-Sauvier, fille du seigneur de la Romagère, capi¬
taine de cavalerie, et de Catherine Le Gay. Preuves 22 novembre 1718.
Billet de sortie 27 novembre 1729. Dot 24 décembre 1730. Elle épousa,
le 26 avril 1739, Vincent de Magnac, chevalier, seigneur du Claux,lieu¬
tenant-colonel au régiment Royal-Comtois, chevalier de Saint-Louis.
Groing de la Maison-neuve (Marie-Françoise le), née et baptisée
le 10 novembre 1730, à Landogne (Puy-de-Dôme), fille de Gilbert
Le Groing, chevalier, seigneur de la Maison-Neuve, capilaine d’in¬
fanterie, et de Françoise de la Forêt-Bulhon. Preuves 24 novembre
1741. Billet de sortie 30 janvier 1750. Religieuse (sœur François du
Sacré-Cœur) au Carmel, rue Saint-Jacques à Paris. Prieure. Dot
15 janvier 1752. Elle mourut en 1782.
*
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BOURBONNAISES DE SAINT-CYR
159
Jas (Gabrielle de), baptisée le 10 lévrier 1669, à Saint-Gérand-le-Puy.
fille de Charles de Jas, écuyer, seigneur de Saint-Gérand, et de Marie
de La Geneste. Preuves 31 janvier 1686. Novice 7 décembre 1692. Re¬
ligieuse le I" Janvier 1694 à Saint-Cyr. Morte le 7 juillet 1712. (Mairie
de Saint-Cyr.)
Jas (Gilberte de), baptisée le 9 mai 1708, à Saint-Pierre-des-Ménes-
traux (Moulins), fille de François-Gabriel de Jas et de Marie Lutreau.
Preuves 27 lévrier 1717. Billet de sortie 27 avril 1728. Dot 3 septembre
1728.
Lapelin (Anne de), née le 15, baptisée le 16 juin 1738, à Bellenaves,
fille de Jean-Nicolas de Lapelin, écuyer, seigneur de Barbignat, che-
vau-léger de la garde du roi, et de Gilberte du Buysson. Religieuse à
l’Hôtel-Dieu de Mantes (sœur Saint-Augustin), entrée en septembre
1759. Billet de sortie du 24 mai 1758. Dot 16 septembre 1759. Morte le
18 novembre 1785.
Ligondès (Catherine-Antoinette du), née et baptisée le 4 septembre
1736, en l’église Saint-Nicaise de Châlons-sur-Marne, fille de Fran¬
çois du Ligondès, chevalier, comte du Ligondès et d’Avrilly, et de
Marie-Anne Taverne de Morvilliers. Preuves 7 juin 1746. Billet de
sortie 18 juin 1756. Dot 11 janvier 1763.
Ligondês-Rochefort (Elisabeth-Madeleine du), née le 14, baptisée
le 15 juin 1698 à Toulon (Var), fille de Charles-Gabriel du Ligondès
et de Gabrielle de Cuers. Preuves 18 octobre 1708. Morte à Saint-Cyr
le 17 juin 1712.
Ligondês-Rochefort (Catherine du), née et baptisée le 10 mai 1731,
à Saint-Bonnet-de-Roche(ort, fille de Claude du Ligondès, chevalier,
comte de Rochelort, lieutenant-colonel du régiment de Maugiron,
chevalier de Saint-Louis, et d’Antoinette du Ligondès des Forges.
Preuves du 16 mars 1743. Reçue en 1743. Novice 13 avril 1750, reli¬
gieuse 4 mai 1751 à Saint-Cyr, devant Madame Louise de France. Sortie
1793. Morte à Versailles le 12 février 1794.
Ligondês-Rochefort (Marie-Elisabeth-Catherine du), baptisée le
29 décembre 1741 à Saint-Bonnet-de-Rochefort, sœur de la précé¬
dente. Elle reçut en 1763 sa première année de pension, sa dot le
4 octobre 1766, étant pensionnaire chez les religieuses de l'Àvenue à
Brévent. Billet de sortie du 3 septembre 1763.
Louan Fontariol (Elisabeth-Marguerite de), née le 1", baptisée le
2 juin 1714 & Saint-Pierre d’Yzeure, fille d’André de Louan, écuyer,
seigneur de Fontariol, et de Marguerite Renaud. Preuves 27 juillet
1722. Billet de sortie 6 août 1734. Dot 2 octobre 1734.
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160
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Malleret (Gabrielle de', née au château de la Nouzière. le 19,
baptisée le 20 avril 1750 à Lussat (Puy-de-Dôme), fille de Joseph de
Malleret, lieutenant au bataillon de milice de Bagniaux, et de Marie-
Françoise Barthon. Preuves 13 janvier 1762. Billet de sortie 15 mai
1770. Dot 24 septembre 1772. Religieuse à Préaux 15 mai 1770.
Marcellange (Madeleine de), née le 3, baptisée le 4 février 1675 à
Vicq, fille de Louis de Marcellange, chevalier, seigneur d’Areon, et
de Madeleine de Saint-Hilaire. Preuves 28 août 1686. Morte le 5 mars
1689 à Saint-Cyr.
Marcellange (Procule de), baptisée le 28 janvier 1680, à Vicq, sœur
de la précédente, sortie avant 1704, elle mourut avant le 25 juin 1734.
Mareschal (Marie-Jeanne), née le 15, baptisée le 23 mal 1719 à
Ygrande (Allier), fille de Michel Mareschal, seigneur de Franchesse,
Gatelière, etc., capitaine dans le régiment de Nettancourt et d'Anne-
Antoinette Aymié. Preuves 13 août 1730. Billet de sortie 4 mai 1739.
Dot 12 août 1741.
Mars (Charlotte-Catherine-Henriette de), née le 14, baptisée le
15 juin 1731 à Cusset, fille de Joseph de Mars, chevalier, seigneur de
Baleine, et de Marguerite de Laizer. Preuves 29 décembre 1742. Bil¬
let de sortie 31 mai 1751. Bénédictine à Notre-Dame des Anges à
Saint-Cyr. Elle semble avoir été prieure de Sainte-Marie de Villar-
ceaux (14 mai 1767). Dot du 25 août 1752.
Monami (Angélique-Ursule de), baptisée le 22 juin 1677 à (Sainte-
Madeleine, Paris), fille de Michel de Monami, sieur du Mas du Theil
et de Chareil, et de Marguerite de la Rouère-Chamois. Preuves
7 septembre 1686. Elle épousa à Chantelle le 25 octobre 1715 Jean de
Fougière, sieur des Gougnons, veuf de Marie Legroing (1).
Mousse-Beaune (Eléonore de la), née le 6, baptisée le 7 mai 1715 à
Beaune, fille de Gilbert de la Mousse et de Catherine de Montagnat.
Preuves 8 avril 1724. Morte 6 janvier 1727 à Saint-Cyr.
Mure (Elisabeth-Marguerite de la), née en 1673, baptisée à Saint-
Pierre cPYzeure, fille de Joseph de la Mure et d'Elisabeth Coulon.
Preuves 26 août 1687. Elle fut novice à Saint-Cyr, 7 décembre 1692,
puis épousa le 20 octobre 1701 Louis-Becq de la Mothe Saint-Vincent,
elle mourut le 18 mars 1719.
Mure (René delà), baptisée le 1" septembre 1688 à Saint-Sulpice
(1) Voir dans le Compte rendu de la lX t Excursion de la Société d'Emu¬
lation tes renseignements concernant les possesseurs de Chareil.
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BOURBONNAISES DE SAINT-CYR
161
en Roannais, fille de Joseph de la Mure et d’Elisabeth Coulon. Preu¬
ves 20 octobre 1694. Billet de sortie 1707. Religieuse au Val-de-Grâce,
17 mars 1708.
Peyroux (Léonore du), baptisée le 5 mars 1681 à Saint-Didier-en-
Rollat, fille de Claude du Peyroux, écuyer, seigneur des Escures, et
de Marie-Anne de Rollat de Puyguillon. Preuves 25 mai 1688. Morte
le 16 septembre 1691 à Saint-Cyr.
Peyroux (Elisabeth du), née en 1684, sœur de la précédente. Billet
de sortie 6 février 1704. Dot 10 février 1704.
Préault (JeaDne de), née le 24, baptisée le 27 février 1723 à Saint-
Pourçain-sur-Sioule, fille de Gilbert de Préault et de Françoise de
Bost. Preuves 12 mars 1734. Billet de sortie 27 février 1743. Dot
25 juin 1744. Novice 2 juin 1743. Professe 12 mai 1744 au Parc-aux-
Datnes, près Crécy-en-Valois, y mourut le 17 avril 1765.
Robin du Sauzay (Catherine-Athenaïs), née le 10, baptisée lell sep¬
tembre 1745 à Allichamps (Cher), fille de François-Balthazar Ro¬
bin et de Marie-Jeanne Carlier. Preuves 1757. Billet de sortie 2 sep¬
tembre 1765. Dot 25 octobre 1766.
RocHE(MarieDE la), née le 10, baptisée le 13 décembre 1689 à Con-
tigny, fille de Charles de la Roche, seigneur de Chassincourt et de
Thérèse de Jas. Preuves 26 mars 1697, morte à Saint-Cyr le 12 octo¬
bre 1702.
Roche (Louise-Henriette de la), née le 18, baptisée le 24 juin 1693
à Contigny, sœur de la précédente, morte le 9 septembre 1702 à Saint-
Cyr.
Roque (Marie-Marguerite), née le 15, baptisée le 17 août 1703 à Sou-
vigny-le-Thion, fille de Claude Roque, écuyer, seigneur des Modières
et Fourchaud, et de Marguerite Tridon. Preuves, 14 janvier 1714. Bil¬
let de sortie 9 décembre 1723. Dot 11 octobre 1723. Elle épousa par
contrat du 11 novembre 1731 Antoine Rothion, sieur de la Goutte,
procureur du roi, en la châtellenie de Souvigny (1).
Saint-Aubin (Françoise-Charlotte de), née et baptisée le 12 janvier
1703, à Phalsbourg, diocèse de Strasbourg, fille de Thomas de Saint-
Aubin et d'Elisabeth Berthomé. Preuves 4 novembre 1710. Religieuse
à Saint-Louis de Poissy. Professe 27 avril 1725. Dot 10 avril et 20 sep¬
tembre 1725.
(1) Archives départementales, B. 841.
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162
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Sainte-Hermine (1) (Andrée de), née le 23 lévrier, baptisée le
19 mars 1729, à Mosnac (Charente), fille d'Hélle de Sainte-Hermine et
de Madeleine Fé de Boisragon. Preuves 21 lévrier 1741. Billet de
sortie 18 mars 1749. Dot 4 septembre 1750. Novice, puis religieuse à
Saint-Louis de Poissy, abbesse de Saint-Menoux, 1764-1790. Elle
mourut à Moulins le 26 août 1804.
Saint-Hilaire (Jeanne de), née le 19, baptisée le 20 avril 1680, à
Saint-Hilaire, fille d'Edme de Saint-Hilaire et de Françoise-Louise
de Reugny. Preuves 22 avril 1688. Elle épousa, le 27 novembre 1703,
Honorât Mareschal de Franchesse, fils de Robert-Henri et de Marie-
Anne Couraud de la Roche-Cheurieux.
Salvert-Montrognon (Marie-Gilberte de), née et baptisée le 8 sep¬
tembre 1723, à Louroux-de-Boubie, fille d’Amable de Salvert et de
Gilberte de Biotière. preuves 21 novembre 1731. Billet de sortie
13 septembre 1743. Dot 10 septembre 1746.
Salvert-Fontanges (Françoise-Madeleine de), née le 23, baptisée
le 25 juillet 1724, à Broût, fille de Vincent de Salvert et de Louise
Giraud. Preuves 14 mars 1734. Morte à Saint-Cyr, le 29 mai 1741.
Verne la Varenne (Anne du), baptisée le 7 octobre 1737, à Jailly
(Nièvre), fille de François du Verne et de Claude Le Bourgoing.
Preuves 22 octobre 1746. Billet de sortie 28 novembre 1757. Dot 17 lé¬
vrier 1763. Elle épousa le 21 novembre 1767 Philippe de Veilhan-
Cheppes et mourut le 9 juin 1800 à Saint-Saulge.
Veyny d'Arbouze (Marie de), née le 2, baptisée le 3 février 1687, à
Marcillat, fille de Guillaume de Veyny d'Arbouze, gendarme de la
compagnie du Dauphin, et de Jeanne-Gabrielle de Chantelot. Preuves
22 octobre 1698. Exclue en 1704. pour mauvaise conduite.
Veyny d'Arbouze (Suzanne de), née le 22 avril 1693, à Marcillat,
sœur de la précédente. Preuves 28 novembre 1704. Religieuse au
Val-de-Grâce, 1714.
M. Dénier.
(1) Quoique n'étant pas originaire du Bourbonnais, nous avons cru devoir
mentionner AT 11 * de Sainte-Hermine , qui vécut et mourut dans notre pro¬
vince. Voir La Révolution à Saint-Menoux (E. Delaigue) et VHistoire de
Saint-Menoux (abbé Moret).
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tmtjhC&hcàfmtàfir* <%îr» ««fc» r*îr> <%fc» r*fc> c&n t &n c*tir>
Wvw m* sy w wy sy sy yy yy yy yyyy yy syyy
Réponse de H. F. PM à Monsieur Tiersonnier “’
M. T. a abusé de ma patience, n'ayant répondu qu'une seule fois à
ses incessantes attaques, mais trop timidement. Mais aujourd’hui
pourquoi ne lui répondrais-je pas dans le sens que mérite sa cri¬
tique ?
La provenance du contre-scel est bien Souvigny ; non seulement
je le certifie, mais je puis le faire certifier par le trouveur qui existe
encore.
L’objection contre l’attribution de cette matrice à l'un des derniers
sires de Bourbon ne saurait faire l’objet d’aucun doute. Au xnr siècle
qui donc dans cette partie du Bourbonnais pouvait avoir un contre-
scel au lion des Archembaud ? Un particulier pouvait avoir un
sceau, mais un contre-scel. Et si cet Archembaud n’avait point existé,
il faudrait l'inventer.
J’ai donné l’article incriminé d’après la chronologie des sires de
Bourbon de Chazaud, puis, je me suis servi des textes de plusieurs
auteurs, en rappelant leurs noms, lesquels, très divisés, et qui se
sont occupés des sires de Bourbon. Pour réfuter Chazaud, et les
autres, il faut ce nous semble, une grande envergure.
Aussi, devant le parti-pris d’une telle polémique, je n’ai point à
discuter ; mais je reconnais sans fausse honte une erreur au sujet de
Vaire-Vache, lequel, fit des aveux à Louis VI, et non à Louis IX.
Pour qui connait M. T. d’aucun n'est étonné de cette intempérance
de langage que fournit sa critique.
(1) Tel est ie titre de la note que nous a fait parvenir M. Pérot, en même
temps que la lettre suivante :
« Moulins, le 6 mai 1911.
« Monsieur le Président,
« J’ai i'honneur de vous adresser la réponse que je fais aux attaques de
M. Tiersonnier, je vous prie de vouloir bien fa faire paraître dans le plus
prochain numéro du Bulletin de ia Société d’EmuIation.
« Veuillez agréer. Monsieur le Président, l’assurance de mes sentiments
dévoués et respectueux.
« Francis Pérot. »
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164
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Le contre-scel d'Archembaud IX, n'a été que le prétexte d’une
revanche. Je sais que Je gène considérablement M. T., cela se
sent et se voit ; son but unique est de me diminuer, de m’amoindrir,
même de me disqualifier. Le contre-scel d'un sire de Bourbon n’avait
point été fait pour sceller autant de calomnies !
Que M. T. s'apprête encore à être troublé ; je ne désarmerai point,
ses critiques acerbes ne m’arrêteront pas, Je resterai bien au-dessus.
M. T. ne m’a jamais pardonné d'avoir osé écrire sur des sujets dont
il lait sa spécialité.
D’une médiocrité on ne s’en occupe point. Pourquoi donc cet achar¬
nement à saisir la moindre occasion pour décocher chaque jour des
traits acerbes ? Il lui importait davantage d'assouvir sa vengeance,
plutôt que de redresser des erreurs !
Il met en doute ma qualité de Correspondant du Ministre de l'Ins¬
truction publique. Je ne suis point en efïet l’adjoint de Monsieur Fla-
ment, Archiviste départemental, n'ayant jamais eu cette ambition.
Quand même je suis Correspondant du Ministre de l'Instruction
publique pour les travaux historiques (1).
Lors de la création du musée ethnographique du Palais du Troca-
déro, M. Landrin, alors conservateur de ce musée, me délégua pour
faire représenter le Bourbonnais dans ce musée ; pendant plusieurs
années, j'ai pu lui procurer tous les objets qui forment la collection
ethnographique bourbonnaise qui se remarque dans ce musée ; et
en reconnaissance de cette collaboration, M. Landrin obtint pour ses
collaborateurs le titre de : Correspondant du Ministre de l'Instruction
publique pour les travaux historiques. Et depuis ce temps, les cor¬
respondances que je recevais du Ministère ou du Palais duTrocadéro
portaient :
« Ministère de l'Instruction publique, des Cultes
et des Beaux-Arts
« Monsieur Francis Pérot,
« Correspondant du Ministre de l'Instruction publique pour les tra
vaux historiques.
Moulins.
u Timbres de la Poste de Paris, à diverses dates, et griffe humide
du ministère. »
Et depuis, n'ayant rien reçu contrairement à ce titre, je le con¬
serve, bien que je ne figure pas dans la liste de ces correspondants.
(1) Voir, p. 166, la note du Directeur du Bulletin sur cette affirmation.
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RÉPONSE DE M. F. PËROT A M. TIERSONNIER 165
. Et de nos Jours, que n'a-t-on pas dit de Charles-Louis Philippe ?
N'a-t-il pas été assez abreuvé de dégoûts ? Les passions les plus mal¬
honnêtes se sont déchaînées contre lui, et sans même se retourner en
arrière pour y reconnaître ses ennemis, il a triomphé.
M. T. fait remarquer que j'écris en mauvais français ; Peut-être,
où ? je ne sais ; il est vrai que j'ai quitté l'école primaire à onze ans,
avec un bagage bien léger; j'avoue que je ne savais rien.
Dans son ardeur à me dénigrer, nous relevons une erreur parmi
les arguments de critique exposés par M. T. C'est tout bonnement un
comble pour ne pas me servir de ses expressions personnelles (1).
Page 138. — A la mort d’Agnès de Dam pierre-Bourbon, le Bour¬
bonnais passa entièrement à sa fille Béatrix qui épousa en 1276, Ro¬
bert de France.
Est-ce bien en 1276, que ce mariage eut lieu ? Coiffler-Demoret en
fixe la date de 1273 à 1274, il la suppose même de 1272 (Hist. du
Bourb. tome 1, p. 174-175). L’Art de vérifier les dates indique 1272
(Tome X, p. 322). Le Père Anselme donnerait la même date (Hist.
gén. Tome 1. P. 296*). Suivant VAncien Bourbonnais , cette date serait
1273 (Tome 1. p. 424). La Thaumassière cite les lettres du roi Philippe
de 1276, la date de ces lettres semble ? Indiquer celle de ce ma¬
riage.
Ripoud : Tablettes chronologiques, Annuaire de l’Ailier, 1816, p. Tl :
1272. Mariage de Béatrix fille des précédents avec Robert de France
comte de Clermont.
A la mort d’Agnès, le Bourbonnais ne passa point entièrement à sa
fille Béatrix, comme l’écrit M. T. car Agnès avait fait donation le
26 juillet 1281, à Robert d’Artois, son second mari de cinq châtelle¬
nies de cette province, mais en décembre 1281, le roi Philippe III
annula cette donation ( Titr. de la Ma. de Bourbon , H. Bréh. n° 699).
Elle avait donnée, lors du mariage de Béatrix sa fille, et en toute
propriété pour en jouir après sa mort, les châtellenies de Chavro-
ches, de Verneuil, de Moulins, de Billy, de Jenzat et de Gannat.
{Titr. id. n* 732).
Je termine en laissant à M. Tiersonnier, écuyer, Donat d'honneur
et de dévotion de 1" classe, de l'Ordre hospitalier et militaire do
Saint-Jean-de-Jérusalem, le loisir de méditer quelques strophes d’une
poésie que m'adressait en 1884, le regretté Ernest de Chavigny, cet
homme de grand cœur, lequel, avait pressenti les ennemis qui ne
manqueraient pas de m'attaquer.
(1) Voir p. 167.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
« A mon ami Francis Pérot (1).
Ris des jaloux : avec courage
De ton brave nom d’ouvrier,
Signe le gracieux ouvrage
Que tu sors de ton encrier.
Courage mon ami Pérot,
Pousse ta plume et ton rabot.
Que ne peux tu sous ta varlope
Qui sait si bien polir le bois,
Polir les gens dont l’enveloppe
Parait plus grossière, cent fois,
Et redresser sous ton équerre.
De ton prochain le caractère.
Courage, etc.
Vois-tu, bien grande est la grand’route
Mais pas assez pour les sots !
Fais comme moi, jamais n’écoute,
Leurs jaloux et méchants propos.
Va ton chemin, laisse les braire
Comme l’Âne de ta laitière.
Courage mon ami Pérot,
Pousse ta plume et ton rabot. »
F. Pérot.
(1) Moulins. Ch. Desrosiers, imp. Mai 1884. In 4°.
Dans la réponse de M. Francis Pérot, que l'on vient de lire, à l’ar¬
ticle de M. Tiersounier paru dans le précédent Bulletin, ou verra,
malgré d'importantes coupures, que M. Pérot a cru devoir prendre
un ton que ne justifiaient pas les termes de la discussion de notre
confrère, et contre lequel nous protestons, tant en effet il semble bien
qu'il eût été préférable de réfuter l'argumentation qui lui était opposée
dans la mesure où M. Pérot l'aurait Jugé possible. Il est nécessaire,
en outre, de faire remarquer, sans que nous mettions en doute ici la
bonne foi de M. Pérot, — mais malgré l'explication qu’il fournit dans
sa réponse, — que c’est à tort qu'il a pensé pouvoir faire suivre son
nom, à plusieurs reprises, du titre de « correspondant du ministère
de l'instruction publique » ; ce titre est, d'une façon constante,
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RÉPONSE DE M. F. PÉROT A M. TIERSONNIER 167
conféré par arrêté ministériel au bénéficiaire, lequel figure dès lors
sur la liste officielle imprimée des correspondants du ministère ; or,
la justice veut que l'on déclare que M. Pérot n'a été l’objet d'aucun
arrêté de ce genre, que son nom ne figure point sur la liste pré¬
citée et que M. Tiersonnier n’a fait que constater justement une
situation existante.
M. Tiersonnier pourrait, par ailleurs, être fondé, reprenant dès
son début la réponse de M. Pérot, à lui répondre à son tour qu'il n'a
jamais « réfuté Cbazaud et les autres », mais que, précisément, ses
propres conclusions sont identiques à celles de l'ancien archiviste
de l’Ailier dans sa Chronologie des sires de Bourbon et contraires à
celles de M. Pérot.
Enfin, dans le seul but de rétablir la vérité et pour clore cette note
rectificative, nous ferons observer :
1° Que la date de 1276, donnée par M. Tiersonnier dans son article,
du mariage de Robert de Clermont avec Béatrix de Bourbon est bien
la bonne, celle qui résulte d’actes de juillet 1276 et d'avril 1277, ana¬
lysés sous les cotes 609 B et 621 dans l 'Inventaire des titres de la
maison de Bourbon de Huillard-Bréholles, les autres dates de 1272,
1273,1274 ayant été données par d'anciens auteurs qui n'avaient point
eu sous les yeux les documents précités ;
2* Que, à la mort d'Agnès de Bourbon, rien ne s’opposa à ce que le
Bourbonnais passât tout entier à sa fille et à son gendre, l'acte du
26 juillet 1281, cité par M. Pérot, étant non pas une donation de
partie du Bourbonnais par Agnès à Robert comte d'Artois son second
mari, mais un accord au sujet du don d’une certaine quantité de terre
en Bourbonnais par ladite Agnès à Robert, fils dudit Robert d’Artois
(Huillard-Bréholles, o/j. cit„ n’ 699 A et non n" 699), donation qu’an¬
nula d'ailleurs le roi de France en décembre 1281, bien avant le décès
d’Agnès ;
3* Que M. Pérot s'appuie à tort sur l’acte d'août 1283 analysé par
Huillard-Bréholles ( op. cit.) sous le n* 732 pour dire qu'Agnès avait
donné plusieurs châtellenies du Bourbonnais à Béatrix sa fille lors
de son mariage, pour cette raison que cet acte ne concerne qu'une
assiette de trois mille livrées de terre faite en faveur de Robert,
comte de Clermont, et de Béatrix et approuvée par les lieutenants
d’Agnès et de son mari après estimation de la valeur des châtellenies
de Verneuil, Moulins, Billy, Jenzat, Rochefort et Gannat.
Le Directeur du Bulletin.
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syffixF
Quelques Ex-libris intéressant le Bourbonnais
rtrf f y< .. . w o» t
i de la Bibliothèque
; de J. A. G.
: ROLLET D’AVAUX,
; Ecuyer. Seigneur de
; Belleaux, Gléné et Servilly,
I premier Préfident
| du Préfidial de Riom
ktMMXtMmMtf..
Jacques-Amable-Gllbert Rollet d’Avaux, seigneur en Bourbonnais
de Belleau, Gléné et Servilly, naquit en 1724 et fut baptisé à Riom,
le 24 avril de la même année. Il était flls d’Amable Rollet d'Avaux,
écuyer, seigneur d'Avaux et de Saint-Mayard, premier présidentau
présidial d’Auvergne, et de Marie-Gilberte Vilhardin.
Le 21 mai 1758, il épousa demoiselle Adrienne-Françoise de Vil-
laines, fille de Nicolas Pardoux, marquis de Villalnes.
Premier président au présidial de Riom, il fut arrêté en 1794 sur
la dénonciation du directoire du district de Cusset ; conduit à Paris,
il comparut en compagnie de sa femme, le 23 floréal an II, devant
le tribunal révolutionnaire. Tous deux furent condamnés à mort et
exécutés.
Rollet d’Avaux portait : d’azur au chevron d'or, accompagné de trois
rochers d’argent, au chef de gueules chargé de trois étoiles d’or.
(Collection René Chabot.)
M. D.
O O O
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
169
Cet ex-libris n’aurait rien de Bourbonnais si les descendants de ce
bibliophile n’avaient eu l’ingénieuse idée de le rendre anonyme en
supprimant la légende. C’est ainsi que François-Pierre Le Brun,
écuyer, seigneurde Montchenin (paroisse de Toulon) en 1766, l'utilisa
après d’autres. Officier au régiment de la Sarre, puis à celui de
Béarn, et enfin conseiller au Conseil supérieur de Cayenne, il avait
épousé en 1762, à Paris, Marie-IIélène-Angélique d'Hortu et mourut
à Montchenin le 7 avril 1784.
Son petit-fils, M. Mayeul Chabot, se servit encore de cet ex-libris ;
ce fut lui, qui, sur le désir des derniers représentants de cette famille
Le Brun, releva leurs armes, qu'il substitua à celles des Chabot, qui
étaient : d'argent à la fasce d’azur , accompagnée de trois grenades de
gueules , tigëes et fouillées de sinople.
Les Le Brun, originaires de Paris, portaient : de gueules à la fasce
d’argent, accompagnée de trois ciboires (ou coupes couvertes) d’or.
(Bibliothèque Chabot )
R. Chabot.
« « «
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170
SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS
L’ex-librls reproduit ci-dessus est celui d'Etienne de Champflour,
procureur général à la cour des aides de Clermont Ferrand de 1762
à 1774. Si les Champflour sont de race auvergnate, ils ont non seule¬
ment possédé assez largement en Bourbonnais, mais encore résidé
pendant un demi-siècle chez nous, fournissant à notre chef-lieu un
maire et à notre département un député.
Etienne de Champflour, seigneur de Jozerand, naquit le 26 avril
1714, de Jacques de Champflour, seigneur de l’Oradoux, et de Marie-
Anne Vidal. En 1789, il assista à l’assemblée de la noblesse d'Au¬
vergne pour la nomination des députés aux Etats généraux. Il mou¬
rut le 30 novembre 1797, ayant épousé, le 7 juin 1739, Marie-Louise
de La Porte.
(Collection M. Dénier.)
M. Dénier.
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
171
Guillaume-Marie de Champflour, baron de la Roche d'Onnezat,
né le 22 novembre 1764, de Jean-Baptiste-Gabriel de Champflour et
de Marie-Antoinette Villot, d'abord garde du corps du roi Louis XVI,
puis lieutenant-colonel de cavalerie, chevalier de Saint-Louis, du
Lys et de la Légion d’honneur, émigra en 1791. Rentré en France
dès 1800, il mourut à Clermont, le 5 janvier 1848, sans postérité.
Les Champflour portent : d’aiur à une étoile d’or accompagnée en
chef d’un toi abaissé d’argent et en pointe d’un œillet du second émail,
tigé et feuillè de sinople.
(Collection M. Dénier.)
M. Dénier.
• « «
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CHRONIQUE
LE SALON
Nous sommes heureux de voir figurer de nombreux artistes bour¬
bonnais aux expositions des deux grandes sociétés artistiques de
France, en voici la liste :
A la Société nationale des Beaux-Arts
Peinture
Amédée-'Wetter (Henri), né à Montluçon. — 20, Marché à Moni-
luçon.
Andreau (René), né à Moulins. — 21, La pièce d’eau ; 22, L'étang.
Cassard (Léon), né à Vichy. — 251, Portrait ; 252, Un jour de fête.
Desliens (M"" Cécile et Marie), nées à Chavenon. — 411, Un châte¬
lain bourbonnais •• portrait de M. G. du B.
Au Salon des Artistes Français
Peinture
Dubost (M ,e Renée), à Clusor, par Saint-Menoux. — 626, Paysage.
Lopisgich (Georges-Antonio), né à Vichy. — 1193, Fleurs et plumes.
Paul (Léon), né à Branssat. — 1463, En campagne; Capitaine B...
Dessins, Miniatures, etc.
Allier-Petel (M*' Magdeleine-Marie), née à Monestier. — 1963,
M. H. P..., miniature.
Ansaloni (Edouard), né à Yzeure. — 1968, Portrait de M. C. L...,
sanguine.
Dorbec-Charvot (M*' Henriette), née à Moulins. — 2280, Portrait
de M" Yvonne W..., miniature; 2281, Portrait d'enfant , miniature.
Pénat (Lucien), né à Vallon-en-Sully. — 2786 et 2787, Têtes d’étude,
pastels.
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CHRONIQUE
173
Sculpture
Debienne (M“' Noémle), née à Moulins. — 3276, Méditation, statue
marbre ; 3277, Mai, buste marbre.
Rivoire (Léon-Raymond), né à Cusset. — 3780, Les vendanges, ser¬
vice de bureau, argent à cire perdue.
Fournier des Corats (Pierre), né à Moulins. — L’invocation.
Gravure en Médailles
Baron (Robert), né à Thiel. — 3910, Un cadre contenant sept pla¬
quettes dC animaux féroces, bronze.
Architecture
Giraud (Eugène), né à Moulins. — 4145, Asile départemental d'alié¬
nés (projet appartenant au département de Seine-et-Marne) ; 4146,
Abattoir municipal (projet appartenant à la ville de Vichy).
Gravure et Lithographie
Charvot (Eugène), né à Moulins. — 4467, L’orage, eau-forte origi¬
nale ; 4468, Le sommeil des anges, eau-forte, d'après Diaz.
Grégoire (Camille), né à Moulins. — 4638, Le château d’Hérisson,
le soir, eau-forte originale.
Lopisgich (Georges-Antonio). — 4764, Paysage, pointe sèche, d’après
Corot ; 4765, Paysage, pointe sèche, d’après Van der Neer.
Pénat (Lucien). — 4845, Portrait de M. R..., burin ; 4846, Intérieur
d’une cour àMontluçon, eau-forte; 4847, Parabole des aveugles, eau-
forte.
Art décoratif
Chaumard (Henri-Marien), né à Vichy. — 5040, Les Gaulois, enlu¬
minures pour une histoire de France.
Fournier des Corats (Emmanuel), né à Moulins. — 5093, Une vi¬
trine de cuirs ciselés.
Nous ne ferons aucune critique de ces œuvres, adressant simple¬
ment toutes nos félicitations à tous ces artistes.
G. M.
C
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BIBLIOGRAPHIE
Dulac (lieutenant-colonel). Les levées départementales dans
l’Ailier sous la Révolution (1791-1798)... Tome premier.
Levée et historique des corps. Avec quatre portraits. — Paris,
Plon, 1911, in-8*, xxv-383 p.
Le ministère dè la guerre entreprenait, en 1907, une vaste enquête
dans toute la France sur l'histoire des bataillons de volontaires na¬
tionaux de 1791 à 1796, puis, en 1909, élargissait le plan primitif qui
se transformait en une étude d’ensemble sur le recrutement de l’ar¬
mée de 1789 à 1798. Les recherches étaient faites, dans chaque centre
d’archives, par une commission d'ofllcters de la garnison opérant con¬
formément à un cadre établi par la section historique de l’état-major
de l’armée. SI toutes ces commissions achevèrent l’œuvre qui leur
était confiée, il est à peine besoin de dire que les résultats obtenus
furent de valeur inégale et que, tandis que certains travaux méri¬
taient les honneurs de l'impression, faisant ainsi suite au beau livre
de M. le capitaine Carnot sur les volontaires de la Côte-d’Or, d’autres,
par contre, pour des raisons diverses, ne constituaient que des
ébauches, d'ailleurs intéressantes.
La commission de l'Ailier, présidée par M. Dulac, alors chef d'es¬
cadrons au 10* chasseurs, qui avait assumé presque tout le travail,
réunit tout d'abord un grand nombre de documents, dont l’ensemble
fut particulièrement remarqué. M. Dulac, reprenant alors pour son
propre compte toute la besogne entreprise, poussant l’enquête plus
à fond dans les dépôts d’archives locaux et parisiens, fouillant les
papiers de famille, réunissant des portraits dont plusieurs sont fort
curieux, put heureusement mener à bien le volume qui paraît
aujourd'hui et qui sera bientôt continué par un second.
Le titre seul du livre dit assez qu’il n'y est plus exclusivement
question des volontaires. L'auteur étudie successivement : 1* les trois
bataillons de volontaires nationaux levés dans le département de
l’Ailier, et l'on sait que sous ce nom furent également confondus les
« volontaires » proprement dits et les réquisitionnaires ; 2* le déta-
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BIBLIOGRAPHIE
175
chement levé par le District de Cusset en 1793 pour aller à Lyon ; 3° le
détachement destiné à aller à Roanne (septembre 1793) ; 4* la compa¬
gnie de canonniers soldés de l’Ailier ; 5* la levée en masse en sep¬
tembre 1793; 6' enfin les enrôlements pour les troupes de ligne. Le
premier volume se termine par un chapitre relatif à l’habillement, à
l'équipement et à l’armement et par un grand nombre de pièces an¬
nexes. Le second volume sera consacré à l’appréciation de « la valeur
morale des volontaires » et on y trouvera, avec la correspondance
que, des frontières, nos bourbonnais entretenaient avec leurs familles,
les états de services des officiers et les contrôles des bataillons.
Le premier bataillon, le seul qui se composa en entier de volon¬
taires proprement dits, est constitué le 7 octobre 1791, fait partie de
l’armée du Nord sous La Fayette, est dans les murs de Verdun lors
de la capitulation, prend part avec Dumouriez à la bataille de Valmy,
se bat en Flandre en 1793 et, au début de 1794, par l’amalgame, forme
avec le 2' bataillon de la Manche et le 7* bataillon du Pas-de-Calais,
la demi-brigade de l'Ailier. En 1796, le deuxième amalgame le fait
entrer dans la 27* demi-brigade de ligne.
Le deuxième bataillon, constitué en septembre 1792, par des réqui-
sitionnaires et des volontaires de moins bonne trempe que ceux de
1791, est dirigé sur Landau et au cours de la route, le sergent-major
Allard rédige un journal que l’on trouvera publié dans le chapitre II
de la deuxième partie. Le bataillon reste à l'armée du Rhin en
1793 et 1794 et combat à Kaiserslausen ; en 1795 il est. amalgamé
dans la 17* bis demi-brigade légère, à Strasbourg et, en 1796, dans la
25* demi-brigade.
Le troisième bataillon, levé en mai 1793, ne comprit que 215 hommes
de l’Ailier, qui furent renforcés d’un bataillon de réquisition de la
Creuse et de détachements de la Charente-Inférieure. Constitué pour
marcher contre les rebelles de l’Ouest, on le trouve à Oléron, à Ré,
à Saint-Pol-de-Léon ; en septembre 1796 il prend place avec le pre¬
mier, dans la 27’ demi-brigade de deuxième formation.
Pour juger les hommes ainsi enrôlés, je n’anticiperai pas sur le
second volume, où l’auteur nous donnera son appréciation person¬
nelle, juste milieu sans doute entre les enthousiastes éloges et les
dénigrements systématiques dont les troupes révolutionnaires ont été
l’objet.
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176
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
J. Bois. Le socialisme et la conquête des paysans. A tra¬
vers les campagnes bourbonnaises. — Paris, Rivière, in-16,
116 p. (Bibliothèque des sciences économiques et sociales.)
Ce petit livre est la reproduction, complétée, d’articles parus au
début de cette année, dans le Temps et le Correspondant , sur la
question alors fort agitée du métayage et des fermiers généraux. Je
n'aurais pas mentionné cette étude, pour intéressante et bien conduite
qu'elle soit, si, par leurs conditions de vie, les paysans ne se ratta¬
chaient au passé plus fortement que les autres classes de la société et si,
précisément, celte continuité séculaire de l’existence des terriens ne
courait en ce moment quelques risques. Enfin, il faut ajouter que
l’enquête de M. B. n’a pu être menée sans qu'il ait eu à interroger
plusieurs personnalités bourbonnaises particulièrement désignées,
notre confrère M. Milcent, entre autres, et MM. Marcel Vacher, de
Garldel et Dupont ; les opinions ainsi recueillies composent d’ailleurs,
avec l'exposé de la question qui les précède, tout le fond de cette
petite brochure, qui sera, plus tard, un document inestimable.
P. F.
Le Gérant : P. FLAMENT.
Moulins. — lmp. Etienne Auclairb.
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PROCÈS-VERBAL
SÉANCE DU 12 JUIN 1911
Présidence de M. Morand
r
E taient présents : MM. l’abbé Audin, le chanoine Berthou-
mieu, Boutal, le docteur de Brinon, R. Chabot, le chanoine
Clément, Delaigue, Flament, L. Grégoire, Joly, Leutrat,
Milcent.
— Excusée : M*' la C‘“" de Saint-Laumer.
— Dépouillement de la correspondance. — 11 a été reçu une lettre
de M. Ducholet de Costebelle, qui remercie de sa réception parmi
nous.
Notre jeune compatriote M. Maurice Génermont, élève à l’école des
Beaux-Arts de Paris, nous communique une note relative au passage
à Moulins, en 1793, de Marie-Thérèse de Savoie, fiancée de Charles-
Philippe, comte d’Artois, le futur Charles X. Cette note est tirée du
journal de Denis-Nicolas Trinquard, huissier à la Chambre, journal
publié par la Correspondance Historique et Archéologique. « (A l’aller)
Moulins, 1" novembre : relayé à Villeneuve, arrivé à Moulins, ville
sur l’Ailier, Intendance, logé chez M. Descheroles (des Echerolles),
relayé à Bessay, Varennes, la Palice (sic), la Pacaudière. (Au re¬
tour) 10 novembre : la princesse a relayé à la Pacaudière, fait halte
à la Palisse, ancien château de M. de Chabannes, à Varennes, à
Bessay, est arrivée à Moulins à nuit fermée pour voir l’illumination.
La princesse, descendue à l’Intendance, a reçu quelques dames qu’on
luy a nommées, souper ou l’on a fait défiler feu d’artifice. Le lende¬
main, a reçu les corps, après avoir dîné partie pour Nevers. » Cette
12
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178
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
note complète ce qui a été dit sur le môme passage par M. H. Faure
dans son Histoire de Moulins (tome II, page 149).
M. Barbarin ayant signalé qu’il existait entre les mains de M. Saive,
ancien notaire à Marcigny, une copie du registre paroissial du Donjon
(1616-1663), actuellement adiré, le Président s’est mis en rapport avec
M. Saive, qui lui a promis de mettre cette copie entre ses mains et
l’autorise à en prendre un double s'il le croit utile.
Notre confrère M. P. Gautier, archiviste de la Haute-Marne, nous
fait savoir qu’il a été assez heureux pour retrouver aux archives de
Dijon un cahier contenant 29 actes des xu' et xiu* siècles ayant fait
partie du cartulaire de la Chapelle-Aude, du reste inconnus à
M. Chazaud. Il offre à notre bulletin d’en faire la publication. L’As¬
semblée, après avoir remercié M. Gautier de cette communication,
décide que son travail sera publié dès qu’il aura été déposé.
M. Chambon remercie des démarches faites auprès de M. le Maire
et du Conseil municipal de la ville de Gannat relativement à la pu¬
blication de son inventaire des Archives de cette ville.
Le Président fait circuler trois photographies de Montaigu-ie-Blin,
du château et puits de Poncenat, qui lui ont été adressées par M. Bou¬
tonnât, de Billy. Ces photographies, dont les clichés sont mis à notre
disposition, pourront être utilisées pour l’illustration du compte rendu
de l’excursion.
Lettres : du sculpteur Bafïier, relative aux Grandes Journées de
Bourges ; — de M. Morillon, secrétaire de l’association des anciens
élèves de l’école des Beaux-Arts de Bourges, relative au concours
ouvert entre tous les artistes du Cher et départements voisins pour
l’illustration de la couverture du bulletin de cette société. (Nombreux
prix en espèces.)
Annonce de la publication : par M. l’abbé Bouvier, de l'Histoire
de l’èglisc et de l'arcliidiocèse de Sens (à Paris, chez Picard, rue Bo¬
naparte, 82 ; prix : 15 francs) ; — de la Petite flore des champignons
les plus vulgaires , par Biguard et Guillaumin (à Paris, chez Lhomme,
rue Corneille, 3 ; prix : 10 francs).
Lettre de la Société des Sciences et Arts de la Basse-Alsace, qui
demande à reprendre l’échange des publications, Interrompu depuis
190t. (Renvoyé au Conseil.)
Le Président annonce qu’il a reçu une convocation des Amis de
Montluçon pour assister à la réunion constitutive de cette société
sœur le 11 mai dernier. Il a transmis à son collègue ses regrets de ne
pouvoir s’y rendre.
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PROCÈS-VERBAL
179
La maison Gobert et Halloy, de Reims, nous fait des offres de ser¬
vice pour les collections du Bulletin d'après de nouveaux procédés.
— Don à la Société : M“" de Tulle ont fait don à notre bibliothèque
de la collection de la Semaine Religieuse du diocèse, collection qui
nous manquait, tout au moins en partie. La Société charge son pré¬
sident de faire parvenir ses remerciements aux donatrices.
— Parmi les nombreuses publications reçues ce mois-ci, le Prési¬
dent cite :
« Dans le Recueil de l'Académie des Jeux Floraux, la lecture faite
par M. Praviel d'une étude sur Banville.
« — La Société des Antiquaires de la Morinie consacre son volume
annuel à la description des vieilles rues et vieilles enseignes de
Saint-Omer. L'ouvrage est accompagné de nombreuses planches qui
offrent un certain intérêt.
« — La Société scientifique et archéologique de Draguignan publie
des lettres de Barras et de Fréron, les deux conventionnels en mis¬
sion dans le Midi. C'est toute l histoire du siège de Toulon en 1793.
Le nom de Bonaparte, qui commandait l’artillerie des assiégeants, y
est à peine cité ; le futur empereur était encore un inconnu, même
pour Barras.
« — Dans le Bulletin de la Société d'Archéologie du Périgord , je
signalerai une étude du marquis de Cumont sur l'Ordre du Brassard,
créé par Louis XVIII pour récompenser les volontaires roi/aux qui,
le 12 mars 1814, escortèrent le duc d’Angoulême faisant son entrée à
Bordeaux à la suite des fourgons anglais. Ces mômes volontaires ser¬
virent encore d’escorte à la duchesse d’Angoulème le 7 mars 1815,
lorsqu’après le retour de l'Ile d'Elbe cette princesse dut se réfugier
sur un vaisseau qui la conduisit en Espagne. Pour récompenser les
services glorieux de ce corps, qui en fait de poudre ne sentit jamais
que l’odeur de la poudre de riz, le besoin d'un ordre spécial s'était
fait sentir.
« — Le Bulletin de l’Académie de Besançon publie une analyse d’un
ouvrage de M. Gaston de Beauséjour et de M. Ch. Godard : Pesmes
et ses seigneurs du XII’ au XVIII’ siècle. Cet ouvrage a un intérêt spé¬
cial pour nous, car il retrace les luttes des Pesmes et des Chabannes
au xv' siècle, luttes dont le château de Montaigu-le-Blin fut l’un de9
témoins.
« — La Reçue Mabillon est accompagnée de deux forts volumes :
1* Abbayes et Prieurés de l'ancienne France (tome IV, provinces d'Albi,
Narbonne et Toulouse) ; 2° Mémoires de dom Bernard Audibert, prieur
de Saint-Denis (1642-1654).
a — L’Académie de l’Oise commence la publication du Nobiliaire
du Beauvaisis (lettres A à D), par le docteur Leblond, d’après le ma¬
nuscrit de Louvet.
b — La Société Archéologique de la Charente, plus heureuse que
la nôtre, peut annoncer que, par décret du 16 juin 1910, elle a été
reconnue d’utilité publique. Cette société publie une étude de M. Tou-
zaud sur les Communautés taisibles en Angoùmois. Cette étude n'est
pas sans intérêt pour nous, vu le grand nombre de communautés
du même genre qui existèrent dans notre province.
b — Le Centre Médical demande des renseignements sur la dernière
maladie du compositeur Aimé Maillard, décédé à Moulins en la
maison de santé du docteur Chomel, dit-il. Aimé-Louis Maillard, fils
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180
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
de Auguste-Michel-Benolt Maillard et de dame Didionette Pérot, né
à Montpellier en 1817, fut prix de Rome en 1841. En 1852, il donna à
la scène la Croix de Merci , qui n’eut pas de succès ; en 1856, les Dra¬
gons de Villars ; en 1859. les Pêcheurs de Catane, et en 1864, Lara. Au
début de la guerre de 1870, abandonnant son logement de la rue de
Moscou, il se réfugia en notre ville chez son ami le docteur H. Cho-
met (et non Chomel, comme écrit le Centre Médical). Ce fut là qu'il
mourut, rue Saint-Martin (aujourd'hui rue de Lyon), le 18 mai 1871.
Il fut inhumé dans le cimetière de notre ville, et la Lyre Moulinoise
donna le plus de solennité possible à ses funérailles. Ne serait ce pas
un devoir pour notre Société d'appeler l'attention de la Municipalité
de Moulins, de la Société des Compositeurs de musique et de la Lyre
Moulinoise sur l'opportunité qu’il pourrait y avoir à conserver, par
une plaque commémorative à la maison mortuaire, le souvenir de ce
décès ? »
— L'extrait très intéressant du Journal de Jean Gregaine, bourgeois
de Marcigny, pendant les guerres de la Ligue en Brionnais ( 1589-1596),
que M. le Président a emprunté au Bulletin de la Société Eduenne,
sera publié à la Chronique.
— M. Delaigue signale l'intérêt qu'il y aurait à recueillir des ren¬
seignements sur le docteur Sorbier, né à Moulins, qui fut l’ami per¬
sonnel de Bonaparte et l'accompagna dans diverses expéditions,
notamment en Egypte.
— M. l’abbé Audin dépose sur le bureau un travail intitulé : Une
victime de la Terreur en Bourbonnais, François Chabral, prêtre.
— M. l’abbé Clément fait passer sous les yeux des membres de notre
Société le‘dessin des armoiries épiscopales de Mgr Jean-Baptiste
Penon, le nouvel évêque de Moulins, établies par notre confrère pour
répondre & l'honorable confiance du prélat. Elles renferment des
pièces héraldiques qui rappellent le patron de Mgr Penon, son nom,
la chère dévotion de la paroisse dont il est curé, enfin les villes
d’Aix-en-Provence, qu'il habite, et de Slmiane, où il est né en 1850.
M. l’abbé Clément lit aussi une lettre de M. E. Lefèvre-Pontalis, le
priant de faire part à notre compagnie du projet éventuel de la So¬
ciété française d’Archéologie de tenir son congrès à Moulins en 1913.
L'assemblée, à l’unanimité, serait heureuse de la réalisation de ce
projet et charge M. l'abbé Clément d'assurer M. Lefèvre-Pontalis de
tout son concours.
— M. le docteur de Brinon fait circuler un crâne et divers objets
provenant d'une sépulture découverte au Montet dont on trouvera
plus loin la description. Notre confrère soumet à la Société le début
de la table générale du Bulletin, qu'il a bien voulu entreprendre de
dresser. Après échange de vues entre les membres présents, l'as-
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PROCÈS-VERBAL
181
semblée le remercie et souhaite la prompte exécution de ce travail,
dont l'utilité est si grande.
— M. Louis Grégoire ofïre à la Société un dessin portant la men¬
tion : « Porte de Varennes-sur Allier », dont l’identification amène
une longue discussion ; il est décidé que l'on s’efiorcera de trancher
le différend lors de la prochaine excursion. M. l'abbé Clément attribue
cet intéressant croquis à M. Dufour.
M. L. Grégoire dépose également un prospectus-bulletin de sous¬
cription du nouvel ouvrage de M. Cornillon sur les ventes des biens
nationauxdans l’Ailier. 11 ajoute que M. le docteur Brisson, médecin
à la Palisse, prépare une étude sur la montagne bourbonnaise, où il
a exercé pendant plus de trente ans. Ce livre documenté s’annonce
comme devant être des plus intéressants ; il aura le mérite de nous
indiquer la route de cette région pittoresque, trop négligée par les
touristes Jusqu’à ce Jour.
M. L. Grégoire communique encore une lettre de l'éditeur parisien
H. Champion lui demandant si on pourrait lui donner quelques noms
et adresses de collectionneurs d’autographes qui posséderaient des
lettres de Chateaubriand. M. Champion avait joint à sa lettre un
bulletin de souscription d’un volume de M. Thomas : Correspon¬
dance de Chateaubriand, avec introduction, indication des sources,
notes et tables.
11 signale enfin que la librairie Plon vient de mettre en vente un
livre de Roger Boutet de Mouvel sur les Anglais à Paris et en France
de 1800à 1850. Nous lisons, page 41, ce passage concernant lord Bever-
ley et son séjour forcé, comme prisonnier de guerre, dans l'Ailier
dès 1803 : « Lord Beverley suivi de ses quatorze enfants, alla s’éta¬
blir à Moulins. Il y vivait grandement, chassant, recevant, répandant
l'aumône, adoré des villageois, et lui-même, peu à peu, s'attachant
si fort à cette campagne de l'Ailier qu’il y demeura bel et bien long¬
temps après la chute de l’Empire. »
— M. Flament communique une lettre du comte de Châteaubo-
deau relative à l’omission d’une demoiselle de Châteaubodeau, dans
l'étude deM. Dénier, intitulée : « Les Bourbonnaises de Saint-Cyr. »
11 s’agit de Jeanne-Françoise-Julie de Châteaubodeau, reçue à Saint-
Cyr vers 1790 ; fille de Sébastien de Châteaubodeau, chevalier de
Saint-Louis, capitaine commandant au régiment de Royal-la-Marine,
seigneur d’Unson, paroisse de Saint-Fargeol (canton de Marcillat).
M. Flament, au nom de M. Tiersonnier, signale un terrier des
cens dus aux prêtres communalistes de l’église de Saint-Georges
de Saint-Pourçain, actuellement entre les mains deM*'Girard, née
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SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Gourlier, demeurant aux Gourliers, commune de Monétay-sur-
Loire.
On se souvientque c’est aux Gourliers qu’a été dernièrement trouvé
ce trésor de pièces de la fin du xvi* et du début du xvii' siècle, dont
M. Tiersonnier a entretenu la Société.
Le terrier dont il s’agit comprend 202 pages de papier, les 32 pre¬
mières étant en déficit ; il est constitué par les minutes des actes de
reconnaissance eux-mêmes et chacun de ces actes porte la mention
de l’enregistrement au bureau du contrôle de Saint-Pourçain. Il va
de 1715 à 1718 et contient les modifications de censitaires faites
en 1777. Les censitaires qui signent, lorsqu’ils savent écrire, sont des
gens de Souitte et de Saint-Pourçain, des vignerons, des marchands,
des artisans ; à côté d’eux, on relève des noms plus connus : Philippe
Chevallier, s. de la Montée, conseiller et procureur du roi en la
châtellenie de Chantelle, pour 43 œuvres de vigne sises à la Montée,
en la paroisse de Chareil ; Nicolas Fallier, s. de Châtenay, demeu¬
rant à Chantelle, pour une maison, une vigne et une terre, le tout à
Louchy ; demoiselle Isabelle Desrolines, pour un jardin à Saint-
Pourçain ; Nicolas Rousseau, s. de Séron, pour une terre à Chareil,
etc. Il va sans dire que ce terrier est précieux pour la topographie
ancienne de Saint-Pourçain.
— Sont élus membres titulaires : MM. Bouchet et Cailhe.
— Sont présentés comme titulaires : M. le comte Etienne Durieu
de Lacarelle, au château de la Grillère, Monétay-sur-Allier, par
MM. le docteur de Brinon, le chanoine Clément et Dénier ; —
M. l’abbé Jean-Baptiste Crochet, curé de Thionne par Jaligny, par
MM. Clayeux, le chanoine Clément et l’abbé Audin.
— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 h. 1/4.
R. C.
La Compagnie P.-L.-M, mettra en marche, à l’occasion de l’exposi¬
tion de Turin, six trains spéciaux pendant le mois de juillet, les 7 et
21 au départ de Paris et les 10 et 2j au départ de Saint-Etienne et de
Lyon. Le retour s’ellectuera par tous les trains réguliers dans un
délai dé 20 jours. Les billets, à prix réduits, sont délivrés à partir du
22 juin.
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A PROPOS
Da Voyage d’an Gentilhomme breton
A BOURBON-L'ARCHAMBAULT
Dans la première moitié du XVIII® siècle (1220)
D ans une note de notre précédente étude sur Bourbon-l’Ar-
cbambault, publiée dans le Bulletin en 1907 (1), nous citions
parmi les rares malades auxquels les eaux furent contraires
M. de Clcsmadeuc, officier breton, qui mourut d’apoplexie dans
cette station thermale.
La famille de Closmadeuc a encore des représentants en Bretagne,
et l’un d’eux, le docteur de Closmadeuc, qui habite Vannes, rue du
Marché-au-seigle, membre de la Société Polymatique du Morbihan,
a publié en 1889 dans le Bulletin de cette Société (2) un manuscrit
conservé dans ses archives de famille. Ce document contient la relation
d’un long voyage que fit un gentilhomme breton (probablement.son
ancêtre) pour venir aux eaux de Bourbon. Son déplacement a lieu au
mois de mai, à une date qui ne doit pas être postérieure à 1720. Notre
gentilhomme nous apprend qu’il voyage, en compagnie de son épouse,
dans une berline attelée de deux chevaux avec cocher et laquais.
Ayant lu avec intérêt cette curieuse relation de voyage, nous en
avons extrait pour les lecteurs du Bulletin les passages relatifs à notre
région.
L’auteur anonyme de cette narration est natif du diocèse de Rennes,
il nous le dit lui-même, s’étant arrêté à son retour à la Guerche
(Ille-et-Vilaine), son pays natal ; ce fut un personnage important, qui
joua un rôle marquant aux tenues des Etats de sa province. Il nous
donne les différentes étapes de ce voyage : Fontainebleau. Montargis,
Briare, Pouilly, la Charité, Nevers, Saint-Pierre-le-Moûtier, Fran-
(i) Les docteurs Baye et les eaux de Bourbon.
(2) (Année 1889, pages 30 à 90.) M. le bibliothécaire de la ville de Vannes a
bien voulu nous adresser un numéro du Bulletin de la Société Polymatique
du Morbihan ; qu’il trouve ici l’expression de nos vifs remerciements.
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184
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
chesse. Après un séjour de six semaines à Bourbon l'Archambault,
notre voyageur reprend le chemin de la Bretagne en passant par la
capitale et traverse Moulins, Roanne, Lyon, Mâcon. Chalon, Dijon,
Auxerre, Sens, Melun, Versailles, Paris, Chartres, la Flèche, Laval
et Vitré.
Laissant de côté tout ce qui, dans cette relation, est étranger an
Le château de Bourbon.
Bourbonnais, nous irons attendre notre voyageur sur le grand che¬
min de Paris à Lyon, au Veurdre, à deux lieues de Saint-Pierre le-
Moûtier, où Closmadeuc et son épouse quittèrent la grande voie
pour prendre la traverse qui les conduisit à Bourbon à six lieues de
là. Notre breton y visite un couvent de moines : « C'est un couvent
très riche , puisqu'il y a une dévotion, le Paraclel qui amène de l’eau au
moulin de tous côtés■ » Il note très brièvement ensuite : « De Saint-
Pierre-le-Moùtier au Veurdre 2 lieues, du Veurdre à Franchesse
4 lieues. »
Nous reproduirons ici la description de Bourbon due à la plume de
notre baigneur; la saveur de cette peinture ne pourrait que perdre à
être résumée dans l’analyse imparfaite que nous pourrions en donner.
« Bourbon est une petite ville entre quatre montagnes, bien recom-
« mandable par ses eaux (1), qu'on peut asseurer estre les plus salu-
« taires de toute l’Europe.
(1) Le médecin intendant des eaux minérales de Bourbon-l'Archambault
était à cette époque le docteur Gilbert Bourdier. maire perpétuel de la ville.
Il avait succédé en 1709, dans la charge d'administrateur des eaux, à Jean
Destrapières, qui mourut âgé de 74 ans, le 6 mai 1709.
On venait d'exécuter aux bains de Bourbon des réparations, ainsi que
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^Société d’émulation du Bourbonnais
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Vue de Bourbon-l’ArchambauIt prise des bords de la Burge
(D'après l'Ar/ en prorince .)
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UN GENTILHOMME BRETON A BOURBON
« Elles sont si chaudes qu’on n'y scaurait tenir la main et si pas*
« santés qu'on en boit dans deux heures jusqu'à quinze verres de
« chopine, sans que l’estomac en soit chargé. Elles sortent abondam-
« ment de trois puits différents qui n'ont cependant que la môme
« source. C'est de ces trois puits que l’on donne à boire. De là. elles
« s'écoulent dans un grand bassin d’où on tire les bains où l'on se
« douche : un pour les hommes, un pour les femmes et un pour les
« moines. 11 y vient de l'eau par des robinets, qui s’écoule par des
a canaux à mesure que chacun prend la douche. II y a aussi près
« des bains un hospital où on entretient 50 pauvres pendant les deux
« saisons de l'année où on prend les eaux, dans lequel ces eaux
« viennent en droitme dans les bains construits au dedans de leur
« maison. Le couvent des Capucins est la seule promenade de cette
« ville. Il est fort utile et fort commode pour ceux qui prennent le3
« eaux et y disent la messe, l’église paroissiale étant très éloignée et
« y ayant très peu de prestres, aussy bien que la Sainte Chapelle,
« petite collégiale dont l’église, quoique petite, est fort curieuse par
« son ancienneté, son vitrage et ses statues. Elle a esté bastie par le
« frère de saint Louis, qui fait la tige des Bourbons. Aussy y ont ils
« esté presque tous enterrés. Il y a dans cette collégiale le plus grand
« morceau de la vraie croix (1) selon la tradition vulgaire, qu’il y ait
« en France. Cette ville a esté donnée en apanage aux princes de
« Bourbon-Condé qui en sont actuellement les seigneurs. Les mai-
« sons autour des bains sont fort commodes. Les habitants ont eu
« raison de les bastir, puisqu’il les afferment tout ce qu'ils veulent
« dans le temps des saisons propres à prendre les bains. Je remarque
« que la seule saison de may où j’estais leur valut de ferme
« 30.000 livres.
« On y vit à très bon marché (2). Il n'y a aucun commerce dans ce
nous le voyons par un arrêt commettant Gilles de Maupeou, chevalier comte
d’Ableiges, intendant de Moulins de 1703 à 1708, pour procéder au bail au
rabais et adjudication des réparations (400 livres) à faire à la maison du roi
des bains de Bourbon, dont le prix sera payé par les fermiers des domaines.
Versailles, 21 mars 1703. (Archives Nationales, E754.)
(1) Voir à ce sujet : Histoire de l'insigne relique de la vraie croix de Bour-
bon-l’Archambault, par l'abbé Richard. Moulins, Auclaire, 189t.
(2) • Le pain qui se pétrit avec les eaux thermales; le mouton, le bœuf et
le gibier du pays ont de la réputation ; le veau, la volaille, le poisson d'eau
douce, les légumes et les fruits y sont bons et abondants. Le vin du pays
est un peu froid, mais on s'en procure aisément de Bourgogne, aussi vit-on
bien et 4 peu de frais. Pendant les années qui ont précédé la Révolution, on
a vu ici en même temps jusqu'à deux cents personnes logées dans la ville,
et cent vingt à l'hôpital, ce qui, répété trois ou quatre fois dans les six
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
« pays là. Ce qui couste le plus c'est le médecin et l’apotiquaire,
r quoique les uns et les autres soient à meilleur marché qu’en nulle
r autre ville.
h Nous faisions toujours bonne chère surtout les soirs où nous
r logions dans les meilleures auberges (1). Cependant on va voir par
r l'attention que j’avais de faire toujours le marché avant d’entrer
r dans les hostelleries qu’il ne m'en coustait pas infiniment. A Saint-
r Pierre-le Moûtier 4 livres, à Franchesse 6 livres, à Bourbon pen-
r dant 37 jours pour médecins et apothicaires et dépenses 560 livres,
r à Varennes 4 livres, à Lapalisse 3 livres, à la Pacaudière 4 livres
r 10 sols. En cette dépense est compris la ferrure des chevaux, le
r racommodage de ma chaise et généralement toute chose. On ne
r vit pas chez soi à si bon marché.
r Chaque douche et chaque bain coûte une livre, chaque médecin
r une livre cinq sols ; le médecin pour toute la saison quinze livres.
r Celui qui nous apporte les eaux s’appelle hyrondelle (trois livres
r dix sols). »
Notre gentilhomme breton s'est trouvé à Bourbon en nombreuse
compagnie ; entre autres avec un poète académicien, La Motte-Hou-
dart, l’auteur d'/nes de Castro , le même qui eut des démêlés avec
M" Dacier à propos de l'Iliade.
Aveugle et perclus, le poète n’en avait pas moins conservé son
esprit charmant et sa bonne humeur. Voici une chanson Joyeuse,
improvisée sans doute à table d'hôte, au milieu d'une société de
goutteux et de rhumatisants, qui n'étaient pas fâchés qu'on les fasse
un peu rire pour leur faire oublier momentanément leurs souffrances.
Notre gentilhomme en a retenu les couplets et s’est empressé de les
relever sur son journal manuscrit. Cette chanson satyrique et gau¬
loise étant probablement restée inédite, nous la donnons telle quelle
en respectant son orthographe.
Chanson de La Motte-Oudard estant aux eaux de Bourbon.
On dit qu’il arrive icy
Bonne compagnie
mois, portait à douze ou quinze cents le nombre de ceux venus aux eaux
pendant l'année. Aujourd'hui les circonstances l'ont diminué ; mais fùl-il
plus grand, on n'en serait pas moins bien. » ( Nouvel essai sur les eaux ther¬
males et minérales de Bourbon-l' Archambault, de P. P. Faye. 1804. Note 6,
page 5 )
(1) La plus considérable auberge, et comme on disait alors le plus fameux
logis de la ville, était celui où pendait l'enseigne des Trois Rois, dont était
l’hôte François Marin, époux de dame Anne Lasne. (Archives départemen¬
tales, série E, suppl. n° 15.)
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UN GENTILHOMME BRETON A BOURBON
187
Qui vaut mieux que celle-cy
Et bien mieux choisie.
Va t’en voir s’ils viennent Jean,
Va t’en voir s’ils viennent !
Un abbé qui n’ayme rien
Que le séminaire
Qui donne au pauvre son bien
Et lit son bréviaire.
Un magistrat curieux
De jurisprudence
Et qui devant deux beaux yeux
Tient bien la balance.
Un médecin sans grands mots
D’un savoir extrême
Qui n’envoye point aux Eaux
Et guérit lui-même.
Un chanoine desgouté
Du bon jus d’octobre
Un poète sans vanité
Un musicien sobre.
Un Breton qui ne boit point
Un Gasqon tout beste
Un Normand franc en tout point
Un Picquart sans teste.
Une belle qui cherchant.
Compagne fidèle
La choisit, en la sachant
Plus aimable qu’elle.
Une femme que les ans
On presque flétrie
Qui voit des appas naissants
Sans aucune envie.
Des parisiennes sans fard
Sans mouche, ni poudre,
Leurs coiffes mises sans art
Ne sachant que coudre.
Une nonne de Long Champs
Belle comme Astrée
Qui brusle, courant les champs
D’estre recloistrée.
Et pour bénédiction
Arrive un gros moine
Fort contre la tentation
Comme saint Antoine.
Va t’en voir s’ils viennent Jean.
Va t’en voir s’ils viennent.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Après un séjour de six semaines aux eaux de Bourbon. Noire
voyageur reprit sa roule. Les notes de sa relation sont courtes et
sèches, on sent que laligué par sa cure, 11 a hâte de gagner les grandes
villes.
« De Bourbon à Saint-Menoux, abbaye de celle qui a un hospice
Saint-Menou k. Intérieur de l'église de l’abbaye.
D'après une gravure du XVIII « siècle.
« à Bourbon, 2 lieues ; il y a vingt religieuses de chœur, l’abbaye (1)
« vault 20.000 livres de rente. Du reste c’est un vilain trou.
(1) L'abbesse du monastère était alors M me Anthoinette de laChaise d'Aix,
fille de François, comte de la Chaise, capitaine des gardes du roi et de
Geneviève Kamadier. Religieuse de l'abbaye de Cusset, Anthoinette de la
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UN GENTILHOMME BRETON A BOURBON
189
a De Salnt-Menoux à Moulins, 3 lieues. C’est une des plus agréables
« villes que j’aye vues, quoi qu'elle ne soit pas trop grande. Elle est sl-
« tuée dans une plaine le long de la rivière d'Allier. Les maisons sont
« toutes basties en briques. II y a un château qui n’a de recomman-
Egllie de Saint-Menoux (Entrée).
a dable que son ancienneté. Il estait aux ducs de Bourbon et de l’an-
« cien apanage de nos roys, qui l’ont engagé et la ville aux princes
Chaise fut nommée abbesse de Saint-Menoux le 8 septembre 1695, c'était la
nièce du Père de la Chaise, jésuite, confesseur de Louis XIV. (Voir J. J. Mo-
ret : Histoire de Saint-Menoux, page 174, et P. Flament : Mémoire sur ia
Généralité de Moulins,
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
« de Condé. Il y a une très grande quantité de fontaines (1) dans
« toutes les rues, beaucoup de communautés religieuses, un gros
« baillage et une intendance.
« La Visitation est la communauté la plus riche. M”' de Montmo-
« rency après la perte de son mary pris à Castelnaudary et exécuté
« à Toulouse, se retira dans cette maison ; elle y fit bastir une belle
« église. L’autel qui est d’ébène et d'argent a cousté 200.000 livres.
« Elle y a fait présent d’un soleil garni de pierres précieuses estimé
« 200.000 livres ; mais ce qui y est le plus superbe c’est le tombeau
«qu’elle a fait élever 'dans ceste église en l'honneur de son mary.
« C'est une pièce achevée qui a coustée 200.000 livres.
« l/église des Jésuites et celle des Carmélites sont aussi fort jolies.
« Il y a deux cours le long de la rivière qui donnent beaucoup
« d'agrément à cette ville.
« - De Moulins à Bessay, 2 lieues. Petit village assez logeable
« — De Bessay à La Varenne, ville murée mais fort laide, 3 lieues,
« en récompense, la route de Moulins à cette ville est des plus char-
« mantes, on cotoye toujours le cours de la rivière d’Allier.
« — De La Varenne à Lapalisse, 4 lieues. Mauvaiseville, où il y a
« un château très ancien et de beaux appartements. Il était autrefois
« aux ducs de Bourbon qui le vendirent à M. de Chabannes. 11 passa
« en 1560 dans la maison de MM. de la Guiche Saint-Géran par une
« héritière de Chabannes et de la Palisse. Il y a dans cette maison
« plusieurs chevaliers de l'ordre, deux chevaliers de l’ordre et gou-
« verneurs du Lionnoys et de Bourbonnoys, un capitaine de gendar-
« mes. Cette branche est enfin tombée et la veuve du dernier de
« cette grande maison vendit le château à M. Croisât financier,
« M. de Soubize la retira pour la céder à M. Brunet de Vanly(2),
« autre financier, en faveur d'une somme de 40.000 livres ; qui avait
« déjà une grosse terre dans ce canton ; destinée de la plupart des
« anciennes terres du royaume. Il y a dans une des salles de ce châ-
« tau deux tombeaux très entiers et très magnifiques. Le premier esi
(1) Voir, chanoine Berthoumieu : Les fontaines publiques de Moulins
depuis le XIV ■ siècle jusqu'à nos jours (Auclaire, 1903).
Le vandalisme d'un conseil municipal fit disparaître les dernières fon¬
taines monumentales anciennes de notre ville il y a une dizaine d'années,
suivant le rapport d’un M. Lanclos, ancien officier du génie, auquel nous
devons aussi la disparition du célèbre puits des Quartes, rue d’Allier, « à
l'eau fraîche et limpide ».
(2) Gilles Brunet d'Evry, intendant des finances en la Généralité de Mou¬
lins, acheta La Palice en 1715 du prince de Bohan-Soubise. (Voir Aubert
DE LA Faige, Les Fiefs du Bourbonnais, tome 1, page 232.)
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UN GENTILHOMME BRETON A BOURBON
191
« du père et de la mère de M. de Chabannes, maréchal de France,
« qui fut tué à la bataille de Pavie et l’autre du maréchal môme et
a de sa femme, avec de3 inscriptions très rares. C’est de luy qu’on a
« tant chanté : Le sieur de la Palice est mort..., il était gouverneur
« de dix provinces voisines.
« — De la Palisse à Saint-Martin, 3 lieues. Il y a un affreux chemin
a pour les équipages et une quantité prodigieuse de montagnes et de
a descentes. Il y a un assez beau château appartenant à M. de Cha-
« teaumorant qui a épousé M"' de Chaslus.
« — De Saint-Martin à la Pacaudièreet de la Pacaudière à Roanne,
a 4 lieues. »
Nous n’accompagnerons pas nos voyageurs plus loin que ces extrê¬
mes limites du Bourbonnais, et pour la suite de ce voyage nous ren¬
verrons le lecteur au Bulletin pobjmalique du Morbihan auquel nous
avons emprunté la relation de cette traversée de notre province.
Louis Grégoire.
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Notice sur le « Sépulcre » de l’Eglise de Cérilly
N ous devons commencer par dire, tout d’abord, que ce groupe
remarquable, classé parmi les objets mobiliers se rattachant
aux monuments historiques, depuis le 12 août 1902, est com¬
posé non pas de pierre et de marbre, mais réellement de pierre et de
plâtre. Tous les personnages sont en plâtre, mais ce plâtre est de com¬
position assez dure, èt le badigeon, doublé d’une couche de vernis qui
le recouvre, lui donne une apparence de marbre, ce qui sans doute
a provoqué l'erreur, grâce à un examen qui est resté superficiel et
imparfait. Quoi qu’il en soit, et tel qu’il est réellement, ce sépulcre
nous parait d’une grande valeur artistique, curieux à examiner et
nous ne pouvons qu'applaudir à son classement parmi les objets
précieux, puisque ce classement doit assurer désormais sa conser¬
vation.
Les personnages qui composentcegroupe.au nombre de neuf, sont
au moins de grandeur naturelle. Àu premier plan sont, d’abord, les
deux ensevelisseurs tenant Jésus-Christ couché sur le linceul, le
mettant dans son tombeau ; en arrière, assistant à cette cérémonie,
au milieu du groupe, nous voyons Marie, brisée par la douleur, sou¬
tenue par saint Jean ; elle a, à sa droite, Marie-Magdeleine et une
sainte femme ; à sa gauche une autre sainte femme, toutes les trois
tenant à la main une urne aux parfums.
L’expression des figures dans la douleur est admirablement rendue,
et tout, dans ce difficile travail, parait bien proportionné.
Ce magnifique sépulcre est un don fait à l’église de Cérilly par un
de ses anciens curés, qui était en même temps archiprêtre d'Hérisson.
Il est placé près du bas côté de droite, dans la chapelle la plus rap¬
prochée de la petite porte qui sert d’entrée à l'église et qu'on appelle,
pour cette raison, « la chapelle des saints ». Pour loger ce groupe, on
fit construire dans celte chapelle qui existait déjà à cette époque,
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LE « SÉPULCRE » DE L’ÉQfJSE DE CÉRILLY
193
une espèce de niche de profondeur juste suffisante, voûtée en plefn
cintre surbaissé.
Sur le devant du sépulcre, dans deux cartouches rectangulaires,
placés à la même hauteur, est gravée une inscription, d'un bien mau¬
vais latin, rappelant cette donation (1).
Sur celui de gauche on lit :
EX. EMPENSIS D. D. PETRI LESCUYER
PARISINI REGI A CONSILIIS ET
ELEMOSYNIS SANCTÆ SEDIS APOST.
PROTONOTARII THEOL. B.
Sur celui dç droite qui en est la suite :
DE HERISSIONE ARCHIPRESBYTERI
QVI H AS OVES PER.
ANNOS ASS1DVE PA VIT B. A... 1692
Qui peut se traduire, se compléter et se rectifier de celte façon :
« Aux frais du Très Vénérable Pierre Lescuyer, conseiller et aumô¬
nier du Roi, de Paris, protonotaire du Saint Siège apostolique, doc¬
teur en théologie, archiprêtre d’Hérisson, qui instruisit assidûment
ses paroissiens (pendant 45 années). Ce tombeau a été béni en 1692. »
Le donateur lui-même figure parmi les personnages du groupe. Il
est à droite, en surplis et en étole, agenouillé près du tombeau, les
mains jointes. Son visage porte l’empreinte de la plus vive douleur,
vieilli encore par les rides d’un âge très avancé, car il avait près de
80 ans. C'est sans doute ce qui fait dire à M. de Jolimont. (L’Allier
Pittoresque, 1852) : « Le donataire (sic) y figure au nombre des adora¬
teurs du Sauveur, et l’artiste parait avoir modelé sa tête avec une
exactitude peut-être trop scrupuleuse, il en a fait un modèle de dé¬
crépitude. »
Aujourd'hui, tout le groupe est recouvert d’un badigeon vernis et
uniforme d’un blanc crémeux, mais il parait qu’il n'en fut pas tou¬
jours de même. M. Batissier, dans le Voyage Pittoresque de l’Ancien
Bourbonnais, t. II, p. 217, écrit : « Le donataire (sic) figure au nombre
des adorateurs du Christ mort. Sa tête modelée avec une exactitude
minutieuse, est horrible à voir, tant le visage de l'original était lui-
même repoussant, car le sculpteur a tout rendu, les rides et les ulcè-
(1) Cette inscription est relevée dans l'Ancien Bourbonnais d'une façon un
peu différente, mais non plus correcte.
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SOCIÉTÉ D'ÉMUI^VTION DU BOURBONNAIS
res, et le peintre a donné à tous ees affreux détails la couleur naturelle
du modèle. »
Et Touchard Lafosse (la Loire historique, t. 2, p. 151) « .. On dit que
cet ecclésiastique s’avisa de faire modeler sa tête pour figurer parmi
les adorateurs du Christ au tombeau. S’il en est ainsi. Pierre Les-
cuyer était affligé d’un visage dont il eut bien fait d'épargner la re¬
présentation aux générations futures ; c'était vraiment assez qu'il eût
montré l'original à ses contemporains : il est impossible de voir des
traits plus repoussants. Le sculpteur par une malheureuse exactitude
de détail a reproduit toutes les disgrâces de celte figure, jusqu'à un
ulcère qui le dévorait .»
Ces appréciations nous paraissent bien exagérées, même fausses.
Le visage de Pierre Lescuyer sans être beau, n’est pas horrible à
voir. Le badigeon qui a remplacé la peinture d’autrefois ne révèle
aucune trace d'ulcère ; l'expression de ce visage de prêtre et de vieil¬
lard, agenouillé auprès de son Dieu qu'on ensevelit, est même belle
de piété, d'adoration et de douleur.
Nous relevons dans les registres paroissiaux, année 1691, l'acte
commémoratif de la pose de la première pierre, de cette grande
niche ajoutée à la chapelle pour loger ce sépulcre : « Ce jourdhuy pre¬
mier jour du mois de may de ceste présente année 1691, moy curé de
ccste ville et paroisse soubsignez, a mys la première pierre du fon¬
dement de l’arcade du Sépulcre de Nostre Seigneur, assistez de Jean
Thévenard, sieur de la Buxière, marchand apothicaire de ceste ville,
qui a dessiné et peint la simple inscription qui est « Pierre Les¬
cuyer curé 1692 » gravée par Sébastien Verrier entrepreneur de la
ditte niche. — Lescuyer. »
Aussi, parles registres paroissiaux de l'année suivante, nous con¬
naissons l’acte commémoratif de la bénédiction :
« Ce jourd'huy 16' juin 1692. j’ay bény les ymaiges du SaintSépulchre,
assistez de M" Duboys archiprêtre de Charenton, de M" Fabien
chanoyne de Bourbon et résidant icy, de mons. le curé de Saint-Ca-
prays, de mons. Blanc prestre et de mous. Jarrouflet vicaire de
Lurcy, qui firent le diacre et sous-diacre à la grand’messe. Le festin
se fit à la cure où il y avaltplusde trente cinq personnes.—Lescuyer.»
Le curé Pierre Lescuyer mourut lui-même trois ans après cette
cérémonie et nous consignons ici son acte de décès :
« L'an 1695, le 8'jour du mois d'apvril, a esté inhumé dans l'Eglise
paroissiale de Saint-Martin de Cérilly, au bas de l'hostel de Nostre-
Dame de Pitié, par nous soubsignez archiprestre et curé de Saint
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LE « SÉPULCRE » DE L'ÉGLISE DE CÊRILLY
195
Martin de Charenton et dudit Cériily, messire Pierre Lescuyer âgé
d'environ quatre vingts ans, conseiller aumosnier du Roy, docteur
en théologie, protonotalre du Saint Siège, archiprestre d'Hérisson,
cy-devant curé de Cerilly, déceddé d'byer sur les sept heures du
matin. Fait le jour et an que dessus. — Duboys. #
Le curé Lescuyer mourait après avoir occupé la cure de Cériily
pendant 45 années.
Par quel artiste, en quel endroit ce sépulcre a-t-il été exécuté ?'
Combien a-t-il coûté ? Ce sont là des choses très intéressantes et que
nous aimerions connaître. Mais rien ne nous renseigne. 11 aurait
fallu, à cette époque, un autre vicaire Villemo, qui consignait tout
sur les registres. Mais il est permis aussi de supposer que le curé
Pierre Lescuyer emporta ces secrets dans la tombe, par modestie.
La tradition conservée dans le pays prétend que ce groupe de
a la mise au tombeau » fut sauvé du vandalisme révolutionnaire par
un briquetage que M. Marchand, alors curé de Cériily, aurait fait
élever pour le protéger, en le cachant, et qu'il subit quelques dégâts
quand on enleva ce briquetage, par manque de précautions. Aujour¬
d’hui qu'il est classé comme monument historique, nous devons
constater que saint Jean a la main amputée de deux doigts, et que
les pieds du Christ sont cassés ; les morceaux sont encore sur place,
exposés à se perdre. Ne serait-il pas à propos, pour sa bonne con¬
servation, qu'on lui fasse une sérieuse visite ?
Georges Bodard.
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JBIETTES D’HISTOIRE BOHRBOjlHAISE
L es quelques renseignements qui suivent sont simples notes
d’histoire bourbonnaise. Si elles sont jusqu'ici, ce me semble,
inconnues des membres de notre compagnie, elles n’ont toute¬
fois pas le mérite de l'inédit ; je les extrais en effet de deux articles
parus il y a longtemps déjà dans la Reçue nobiliaire, historique et bio¬
graphique, fondée par Bonneserre de Saint-Denis. Dans ces articles,
M. Goethaïs, de Bruxelles, rappelait les souvenirs de deux célèbres
tournois (1).
Le premier en date eut lieu à Compiègne, au mois de décembre 1237,
à l'occasion de l'hommage rendu à Louis IX, roi de France, par Tho¬
mas de Savoie, comte de Flandre, et par la comtesse Jeanne, son
épouse. Le saint roi ne dédaigna pas d'y figurer. Il se présenta le
front ceint d'une couronne d'or, sommée d'une fleur de lys fleuronnée
de deux croissants renversés. L'auteur dit que ces croissants rappe¬
laient le souvenir de la guerre sainte, glorieusement menée par la
France. L'écu de saint Louis était armorié : d'azur, semé de fleurs de
lys fleuronnées d'or.
Les barons et seigneurs de l’Ile-de-France, ceux qu'on appelait
alors avant tout les Français, se présentèrent conduits par « Archam-
« bauld, sire de Bourbon, portant un écu d’or, au lion de gueules
« armé et lampassé d’azur, à l’orle de coquille de même. »
Il s'agit d’Archambauld, fils de Guy de Dampierre et de Mahautde
Bourbon.
A
Le second tournoi dont j’ai & parler fut tenu à Cambrai, le
27 mai 1269, à l'occasion du mariage de Jean, duc de Brabant, avec
(!) Voir Tomes IV, V et VI de ladite revue. Elle a cessé de paraître et
était éditée chez Dumoulin, à Paris.
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MIETTES D'HISTOIRE BOURBONNAISE
197
Marguerite de France, fille de saint Louis, laquelle devait mourir
bientôt, & la fleur de son âge, en 1271.
Cinquante-cinq Français et cinquante-sept Brabançons rivalisèrent
de prouesses sous les yeux de Nicolas, évêque de Cambrai, qui pré¬
sidait, sous ceux-du roi de France saint Louis, du duc de Bourgogne
et du duc de Brabant, juges. Et ce qui prouve bien que ce n'étaient
pas jeux d’enlants que de telles apertises d'armes, c’est que deux
Brabançons, Wautier, seigneur de Quaderebbe, et Gossuin, seigneur
de Stalle, mortellement blessés, succombèrent le jour même. Leurs
corps furent pompeusement ramenés en Brabant et ensevelis auprès
de ceux de leurs ancêtres.
Parmi les chevaliers français qui se rattachent à notre province
figurait Robert, comte de Dreux, qui s'armait : échiquetédCor et d'azur
à la bordure de gueules. Son cimier, comme celui des autres princes
du sang de France, était une fleur de lys fleuronnèe de quatre crois~
sant8 renversés d'or. Il était fils ainé de Jean, comte de Dreux et de
Braine, et de Marie de Bourbon. Cette dernière était le septième
enfant issu du mariage d'Archambauld de Bourbon (de la maison de
Dampierre Bourbon) et de Béatrlx de Montluçon.
Le 33' combattant qui se présenta dans la lice portait un écu armo¬
rié : d'azur , à trois gerbes d’or liées de gueules. Son cimier était une
gerbe semblable à celles de son écu. Il s'appelait Jean, seigneur de
Brosse. C'était un des membres de la puissante maison féodale qui a
si longtemps possédé en Bourbonnais la terre d’Huriel.
Ph. T.
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v v v v v vv vvvv
Qaelqoes Ex-libris intéressant le Bonrbonnais
Jean-Jacques Barrois. docteur en droit de la Faculté de Dijon,
naquit à Pierrefltte le 5 mars 1769, de Pierre et de Pétronille Guinet
de Villorbenne (1). il épousa Thérèse Ribailler, nièce du célèbre abbé
de ce nom.
La lamille Barrois, qui posséda la Tescbe, le Château et Grand-
champ, portait : de gueules, au chevron d'or, accompagné de trois
palmes de sino/dc. Elle a donné de nombreux procureurs du roi à la
châtellenie des Basses-Marches et des officiers de justice à Pierrefitte-
sur-Loire. Elle s’est éteinte dans la branche des Picard de Pierrefltte.
(Collection M. Dénier.)
M. D.
(!) Archives départementales. E suppl. 279 ; alias Gamet de Villerb--ine.
Armorial du Bourbonnai ».
O O «
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
199
Cet ex-libris est aux armes des Longueil (I), seigneurs en Bour¬
bonnais de Saulzet, de Listenols et Beauvergier. Celte famille, d'après
Moreri, tire son nom du bourg de Longueil près de Dieppe. C'esl de
1677 que date son premier établissement en Bourbonnais : Jean de
Longueil, conseiller du roi et commissaire aux requêtes du palais,
époux de Catherine de la Ville, acquit le 20 mai de celte môme année
les fiefs de Beauvergier, Saulzet et Listenois, saisis sur Pierre de
Beauvergier-Montgon. Son petit-fils, Joseph-Gilbert, fit foi et hom¬
mage pour ces trois seigneuries en 1722, comme héritier de son père
Jean-Gilbert, il avait épousé par contrat du 10 août 1730 Anne Cbe-
varrier.
Les Longueil portent : d’azur , à trois roses d'argent ; au chef d'or
chargé de trois roses de gueules.
(Collection M. Dénier.)
M. D.
(1) Voir la notice consacrée à la fanrlle de Longueil dans !a X e excursion
de la Société d’Emulation (seigneurie de Beauvergier).
O O •
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200
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Cet ex-librls, de si mauvais style où se trahit de suite une époque
qui, au point de vue artistique, ne mérite pas le nom de « Restaura¬
tion », a appartenu à une notabilité bourbonnaise : Pierre Béraud,
alias : Béraud des Rondards.
Pierre Béraud des Rondahds appartenait à une lamille de haute et
ancienne bourgeoisie, sortie du lieu dit Béraud, paroisse de Cou¬
leuvre, et dont la filiation s'établit depuis le milieu du xvi e siècle.
Cette famille vivant noblement depuis longtemps, a tenu un rang
distingué à Moulins, particulièrement la branche des Rondards. Né
à Moulins le 1" avril 1783, du mariage de Sébastien Béraud, sieur
des Rondards, des Guilleminots (Marigny), etc., avocat du roi au pré¬
sidial de Moulins, et de Marguerite Perrotin de Chevagnes. Pierre
Béraud fut baptisé le lendemain en l'église Saint-Pierre-des-Ménes-
traux. Pierre Béraud fut, en 1815, l'un des commissaires chargés de
porter au roi l’adresse de fidélité votée par le collège électoral de
l'Ailier. Adjoint au maire de Moulins en 1816, puis conseiller de pré¬
fecture, il lut de 1824 à 1830 député du département, chevalier de la
Légion d'honneur. Après la Révolution de juillet, Pierre Béraud
rentra dans la vie privée, consacrant ses loisirs à l’histoire et aux
belles lettres. On lui doit des Mémoires, un recueil de Fables et une
Histoire des sires et ducs de Bourbon. Il mourut à Moulins, le 7 sep¬
tembre 1850, en son hôtel rue de l’Ancien-marché-au-bled.
En 1811, il avait épousé Marie-Aglaé Fouquet ou Fouquet de Pont-
charraud, fille de Louis-Antoine, ancien trésorier de France, député
du Cher, président du tribunal civil de Saint-Amand, et de Françoise-
Elisabeth Bouchet.
De cette union naquit une fillç, Albertine Béraud, qui épousa le
comte Jules de Champfeu et fut une des femmes les plus jolies et les
plus spirituelles de la haute société moulinoise.
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
201
Armes des Béraud : d argent, à une main de carnation, parée d'asur
mouvant du flanc senesire de Vécu, tenant une branche if olivier de
sinople, soutenue d’un cœur enflammé de gueules et adextràe d’une
étoile d’asur.
(Collection de M. Dénier.)
Philippe Tiersonnier.
0 9 0
Cet ex-libris typographique doit être celui de Joseph-Alexandre
Dubouys, né à Ygrande le 9 septembre 1773, fils de Claude, seigneur
deVallière, ancien receveur général des consignations en la séné¬
chaussée de Bourbonnais, et de Marie Dubouys.
11 épousa à Ygrande, le 29 octobre 1792, Procule Delan, fille de leu
Louis, chirurgien major au régiment de Toul-artillerie, et de Marie
Dubouys.
Une autre alliance entre ces deux familles nous est encore connue,
c’est celle de Marie Dubouys, fille de Jean, bourgeois de Gipcy, et de
Marguerite Dubouys avec Philibert Delan, fils de Jean-Baptiste
Delan, notaire royal.
(Collection M. Dénier.)
M. D
O O O
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CHRONIQUE
Sépulture du Montet
Il a été trouvé dans le courant de cette année, devant la maison
neuve construite pour faire un presbytère et occupée par M. le docteur
Laurent, une sépulture renfermant quatorze crânes, dont les sque¬
lettes étaient disposés en deux couches parallèles séparées par une
épaisseur de moellons et de terre. La première série découverte par
la pioche des ouvriers était à peine recouverte par 10 centimètres
de terre, et la profondeur totale de la fouille n’a pas dépassé un mètre.
La sépulture se trouvait à environ 10 à 12 mètres du mur nord-ouest
de l'église du Montet, en face de la deuxième tra'ée à partir de la
porte, à peu près au milieu de la travée. Les squelettes de la première
couche présentaient une disposition rayonnante ; ils étaient couchés
sur le dos les bras allongés, les têtes se touchant presque. Il y avait
environ 6 à 7 squelettes par couche ; dans la première couche se
trouvait un crâne d'enfant.
Voici quelques-uns des éléments caractéristiques de cette sépul¬
ture : un crâne d’adulte, un vase à engobe |aune-vert, un morceau
de charbon de bois, un cubitus et un métarpien (le 5'), un maxillaire
inférieur qui n'est pas du même sujet que le crâne.
Le crâne est intéressant par ses dimensions qui, malheureusement,
ne se prêtent pas toutes à une mensuration exacte, car il n’est pas
entier : la face manque totalement ainsi que l’orifice auriculaire
gauche, la partie antérieure du trou occipital manque. Dans son en¬
semble il apparaît volumineux, surtout dans sa moitié postérieure.
Les dimensions sont : 199 ; normal : 171 à 185,90, pour le diamètre
antéropostérieur, maximum qui, ici, se confond avec le diamètre
iniaque (mesuré de la glabelle à la protubérance occipitale extrême).
Diamètre transversal maximum . 150 Normal: 135 à 147
— stephanique.
12
—
12
Ligne courbe de la glabelle à l'orifice
postérieur du trou occipital . . .
34,5
_
33
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CHRONIQUE
203
Celle-ci se décomposant en
Frontale..
11
Normal :
10
Pariétale.
15
—
10
Occipitale du lambda à l'inlum.
4
—
9
De l’inium à l'oplsthion ....
5
35
—
5
34
Nous faisons remarquer les empreintes profondes des muscles de
la nuque par rapport à la surface presque plane du crâne moderne,
la prédominance de la ligne pariétale proprement dite, la saillie re¬
marquable de la protubérance occipitale externe, la direction des
surfaces articulaires craniovertébrales, qui regardent nettement en
arrière et non en bas.
M. le L)' Marcel Baudoin, secrétaire de la Société préhistorique
française, à qui j'avais envoyé ces mesures, m’écrivit le 22 mai : a Vos
crânes sont sous-dolichocéphales d’après les mesures données. Us
peuvent être récents, même très récents, la forme des vases peut
seule permettre de les dater.
« La forme de la sépulture ne prouve rien ; on en trouve d’ana¬
logues à toutes les époques, depuis l'âge de la pierre polie. »
Puis, le 29 mal, après envoi de la poterie :
« Comme je l'avais pressenti, cette sépulture est bien moyen âge.
Elle n’a aucun caractère des vases du néolithique, du bronze, du fer,
du gallo-romain. Elle a au contraire ceux du moyen âge (xi'-xiv* s.).
a Formes : fond plat, large ; l’indice, fond panse, est typique com¬
paré avec celui du goulot hauteur ; goulot très étroit. Dimensions.
Pâte très cuite, très sonore, très résistante, mince. Vernis à l'ex¬
térieur. Les petits vases servaient à mettre des charbons de bois
sacrés, la plupart du temps : parfums brûlés suèdes charbons.
a Conclusions : votre sépulture est très moderne ; elle n’a qu'un
intérêt local, mais li faut la décrire avec soin et la publier. »
Le petit vase est en terre grise assez fine de pâte ; le goulot manque,
mais on en distingue l'amorce ; le pied se rétrécit immédiatement
sur une hauteur d’un centimètre avant l'épanouissement delà panse.
La face extérieure est uniformément recouverte d'une engobe mince
jaunâtre. Les dimensions sont : diamètre de la base, 5 centimètres
exactement ; diamètre de la panse, 7 centimètres fort ; diamètre exté¬
rieur du goulot, 2 cent. 1/2 ; hauteur totale (au niveau de la brisure),
7 centimètres.
D T de Brinon.
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soi
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Documents bourbonnais
Dans le numéro d'avril-janvier 1911 de la Bibliothèque de l’icole des
Chartes, M. H. Omont donne (p. 1-56) le catalogue des nouvelles ac¬
quisitions du département des manuscrits de la Bibliothèque natio¬
nale en 1909 et 1910. Nous y relevons les numéros suivants qui, de
près ou de loin, intéressent le Bourbonnais :
10820. Recueil d’actes notariés relatifs & Antoine Ruzé, marquis
d'Effiat (1627-1634), un reg. de 19 feuillets, avec, au fol. 13, une expé¬
dition du testament du marquis d’Effiat.
10823. Vie de Jésus-Cbrist, traduite de latin en français en 1380, à
la demande de Jean, duc de Berry (xv' s.).
10827. Catalogue des « librairies du Louvre et du duc de Berry »,
copie de M. L. Delisle (don de M. Delisle).
21537. Recueil de lettres d’artistes du xix' s., au nombre desquels
M. Desboutin.
21630. Registre des cens dûs au marquis de Talaru dans les pa¬
roisses de Sauvain et de Chalmazel (Loire), xviii' s. 269 feuillets.
21635-21637. Devis d'ouvrages & faire pour la navigation sur l'Ailier
et la Loire, par Poictevin, ingénieur ordinaire du roi (1679-1682), ori¬
ginaux avec cartes et plans levés, rel. mar. rouge aux armes et chiffre
de Colbert.
21644-21652. Manuscrits aulogr. des œuvres poétiques de Théodore
de Banville, neuf vol. Demi-rel. (Don de M. et M** G. Rochegrosse.)
21662. Recueil de lettres de Colbert et de Le Peletier adressées à
M. Le Feron du Plessis, procureur du roi en la maîtrise de Com¬
pïègne, commissaire pour la réformation des eaux et forêts en Bour¬
bonnais (1863-1697). 941 feuillets. Rel. veau rac.
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BIBLIOGRAPHIE
La Société Eduenne publie dans le tome XXXVIII de ses mémoires
le Journal de Jean Gregaipe, bourgeois de Marclgny, pen¬
dant les guerres de la Ligue en Brionnais (1589-1396).
L’an passé, grâce à M. Desrost, j'avais pu donner à la Société
d'Emulation une pagode ce journal relative aux frères de Lingende (1),
mais il était certain que nous trouverions bien plus à glaner dans
cette publication, vu la situation limitrophe du Brionnalset du Bour¬
bonnais. Je ne peux qu'en recommander la lecture à tous ceux
d’entre nous pour qui l'histoire de la fin du xvi* siècle a un Intérêt
spécial. Ce journal leur donnera une image vraie de ce que fut la vie
sociale dans notre province & cette époque néfaste.
En feuilletant l'ouvrage, j'en retranscris les lignes suivantes qui
intéressent spécialement le Bourbonnais :
■ De Chappes, gentilhomme du Bourbonnais, se joint avec trente hommes
de la garnison (royaliste) d’Urcy, ii se présente devant Semur le ^ janvier.
1591 , il veut l’emporter d’assaut, il est obligé de se retirer avec pertes.
Tout le pays est alarmé, au mois de mai 1591, à cause du siège d’Autun
(ait par le maréchal d’Aumont (royaliste), mais il est levé après cinq semaines,.
le 2a juin suivant. Le maréchal d’Aumont, accompagné d’environ douze
cents chevaux, de deux mille hommes de pied, arrive en Charollais ; étant
venu à Paray, il prit la route du Bourbonnais et passa la rivière (la Loire), à-
la Mothe Saint-Jean, tirant contre la ville de Saint-Pourçain occupée par les
gens de Mgr de Nemours avec intention, après avoir joint quelques forces
assemblées par M. de Chazeron, gouverneur du Bourbonnais, d’assiéger la
dite ville, comme il fit depuis. Ce pauvre pays-ci fut grandement allégé et
réjoui, voyant éloigner les dites troupes pour la rigueur et cruauté de laquelle
usait ordinairement le maréchal : plusieurs habitants ayant déjà abandonné
leurs maisons, car sous prétexte de demeurer en une ville du parti contraire à
celui où il tenait, ou autre légère occasion, on confisquait les corps et les biens.
Ceux de la ville de Paray composèrent avec lui à quatre mille écus à payer
(1) Bulletin, tome XVII, p. 100 et 208.
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206
SOÇIÉl’Ê D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
à certain temps et donnèrent M. le baron de Saligny (i) pour caution. Ce
que dessus arriva en novembre 1591, le 15' jour.
Les.7 et 8 décembre, au dit an 1591, les troupes de MM. le marquis de
Treffort, lieutenant du duc de Savoie en Bresse, et du baron de Thianges,
au nombre de 800 chevaux et de 1.500 hommes de pied, passèrent par ce
pays (Marcigny) prenant le chemin de la ville de Saint-Pourçain en intention
de faire lever le siège que le maréchal d’Aumont y tenait. »
Naturellement, les Ligueurs, tout comme les royalistes, ravagèrent
tout sur leur passage ; les soldats, nous dit Gregaine. s’emparaient
des gerbes de blé dans les granges, les faisaient battre par les paysans
et en vendaient le grain.
■ Le 17* jour de janvier (1592), l’armée conduite par MM. de Treffort
et de Thianges, laquelle avait passé en ces quartiers au mois de dé¬
cembre, repassa la Loire, ayant approvisionné d’hommes et de vivres la
ville de Saint-Pourçain, tellement que le maréchal d’Aumont fut contraint
de lev«A le siège de devant icelle. Mgr de Nemours, chef de la dite armée
logea le jour susdit à Ataix avec les troupes lyonnaises, lesquelles se sépa¬
rèrent d’avec celles de Bourgogne qui passèrent la rivière au port de cette
ville et les autres tirèrent vers Roanne avec le canon.
I*e 8’ jour d’août le capitaine Mont, du pays de Bourbonnais, accompagné
de vingt ou trente ramassis, se saisit de l’église d’Avrilly en l’intention de la
fortifier et faire la guerre en ce pays. A cet effet, expédiait mandement aux
villages circonvoisins pour lui fournir hommes, munitions et vivres... Mais
le sieur du Moulin, gouverneur en cette ville (Marcigny) et le sieur Despres,
commandant du château d’Urcy, ayant rallié leurs garnisons avec quelques
volontaires le 15 dudit mois, sur les trois heures du matin, après avoir in¬
vesti l’église (d’Avrilly), ils appliquèrent un pétard à la porte, par le moyen
et effort duquel étant rompue, ils entrèrent sans grande résistance et prirent
le capitaine Mont prisonnier..,.. Tout l’intérêt tomba sur les pauvres parois¬
siens dudit Avrilly, car l’on mit le feu en l’église et au clocher, lequel quelques
mois auparavant ils avaient fait bâtir à neuf et y avaient dépensé plus de
deux cents écus, et, outre ce, leurs maisons furent fourragées.
Le 8 décembre au dit an, le capitaine Bargeron du pays Bourbonnais, sui¬
vant les troupes de M. d’Amanze, gouverneur de Bourbon-Lancy (pour le
roi), prit et emmena au dit Bourbon dix-neuf grosses bêtes bovines à notre
(l) S’agit-il de Marc Lourdln de Coligny-Saligny, baron de la Motte Saint-
Jean, époux de Gabrielle Loup de Bellenaves, qui mourut en 1597, ou de son
fils unique, Lourdin Gaspard de Coligny-Saligny, qui avait épousé, le
18 novembre 1586, Françoise de La Guiche Saint-Gerand 7
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BIBLIOGRAPHIE
207
métairie d’Huilleaux, pour le recouvrement desquelles nous fûmes contraints
de payer quarante écus.
Le 28 juin 1593, les capitaines Fidex, de Tilles, Le Mont et autres, qui
s’étaient emparés quelque temps auparavant du Donjon, firent une course
jusqu'à Ygrande et enlevèrent jusqu’au nombre de deux cent douze bêtes à
cornes, lesquelles ils amenèrent au Donjon.Au même mois, le capitaine
Tixier, lequel était un de ces principaux coureurs de vaches, fut tué auprès
d’Ainay-le-Château, où il était en garnison. Le 29 du dit mois, le sieur
Despres, capitaine du château d’Urcy, mit le feu à la maison de C.havegris,
paroisse d'Avrilly, icelle maison appartenant à MM. du Chapitre d’Autun. »
Le 23 juillet 1593, Henri IV abjura à Saint-Denis et une trêve de
trois mois (août à décembre) fut signée. Chacun espérait que la paix
allait être faite, le pays était partout ruiné. Hélas ! il n'en fut rien :
dès les premiers jours de décembre, les pillages recommençaient. Le
8 décembre, les deux frères Jean et Michel de Lingendes, de Mou¬
lins, qui se rendaient à Lyon, étaient capturés à Charlieu comme
royalistes et forcés de payer une rançon de six cents écus et de leurs
chevaux. Si Bourbon-Lancy reste la place-forte des royalistes sur les
bords de la Loire, la lutte semble se concentrer sur la rive droite du
fleuve. Les villes de Paray, Digoin, Marcigny sont prises et reprises,
pillées et rançonnées, autant par les royalistes que par les ligueurs.
Aux dernières pages du journal de Grégaine, je trouve ces quelques
lignes sur notre région :
■ Du 13 au 18 mai 1595, le régiment de M. Grillon, au nombre de 12 à
1.500 hommes, séjourna à Chambilly, Bourg le-Comte, Avrilly et autres
lieux voisins.
Les premiers jours d’avril 1596, les dites troupes (deux mille hommes de
Mgr de Nemours) passèrent la Loire et logèrent depuis Bourg-le-Comte
jusqu’au Donjon et séjournèrent six jours, de sorte que le pays y fut grande¬
ment ruiné.
En juin, les articles accordés par le roi à M. de Magenac ont été publiés,
au grand contentement du pauvre peuple et regret des guerriers, parce qu’ils
voyaient par ce moyen leur autorité ravalée. Les affaires de France étant
donc par la grâce de Dieu rendues tranquilles et la liberté à un chacun de
vaquer aux siennes et d'aller aux champs, chacun s’empressa d'en profiter. •
Henry de Laquerenne. — Notes et souvenirs relatifs & l’an*
eien couvent des Ursulines de Montluçon (1643-1909). —
Paris, Champion, ln-12 de 142 pages.
Le 9 novembre 1908, la municipalité de Montluçon décidait la
démolition de l'ancien couvent des Ursulines, qui lui servait de mal-
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208
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
rie et de théâtre, et la construction, sur le même emplacement, d'un
nouvel bôtel de ville et d'un théâtre pour 1.100 spectateurs. Les tra¬
vaux de démolition étaient achevés fin novembre 1909 et la première
pierre du nouvel édifice fut posée le 18 mai 1910 par M. Constant,
maire.
Notre confrère H. de Laguérenne n’a pas voulu a laisser sombrer dans
l'oubli tout souvenir du passé » et a consacré une monographie au
vieux monastère.
Après avoir rappelé la légende de sainte Ursule, enfant de l’Armo¬
rique, et’des onze mille vierges de Cologne, l'auteur raconte la fon¬
dation de l'ordre des Ursulines par Angèle de Merici (de Brescia) en
1535. La fondatrice avait voulu que ses filles demeurassent dans le
monde et sans clôture afin de pouvoir aller elles-mêmes recueillir
les affligés pour les soigner, les consoler et les instruire ; elle désirait
qu’elles allassent visiter les hôpitaux et servir les malades. Cette
mission était trop belle, bientôt elle dévia.
De l'Italie, les filles de Sainte-Ursule passèrent en France en 1574.
En 1614, elles se cloîtrèrent, ce qui permit à Dulaure d’écrire : « Ces
religieuses, séquestrées de la société, cessèrent de lui être utiles, b
La monastère de Montluçon fut fondé en 1645 par Françoise deCu-
lant, veuve de Pierre Le Hardy, seigneur de Vaulx.
Je ne veux pas effleurer plus longuement l’ouvrage de notre confrère.
Qu'il me suffise de dire que l'on y trouve de nombreuses notes bio¬
graphiques sur grand nombre de familles bourbonnaises, toujours
utiles à consulter, et j’arriverai de suite aux dernières pages. Le3
biens du couvent avaient été vendus le 1" décembre 1790, en confor¬
mité de la loi du 2 novembre 1789.
Le 21 septembre 1792, « les officiers municipaux se transportèrent
au couvent pour recevoir des Ursulines le serment requis : trente-
cinq religieuses étaient présentes, quinze d'entre elles acceptèrent de
prêter serment et signèrent au registre, dix-neuf refusèrent, une seule
demanda un délai ».
Suit la liste des jureuses et des réfractaires , dont plusieurs se
rétractèrent.
G. M.
Le Gérant : P. FLAMENT.
Moulins. — lmp. Etienne Auclaire.
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PROCÈS-VERBAL
SÉANCE DU 3 JUILLET 4911
Présidence de M. Morand
r
E taient présents : MM. l'abbé Audin, le chanoine Berthou-
mieu, Capeéin, Delaigue. Flament, L. Grégoire, Joly, Leu-
trat, Pays et Tiersonnier.
— Excusés : MM. Bouchet, le chanoine Clément, Dénier, Garmy
et C. Grégoire.
— Errata du dernier procès-verbal : P. 177, au lieu de 1793. lire
1773 (mariage du comte d'Artois), et p. 181, au lieu de Boutet de
Mouvel, lire Boutet de Moncel. — M. Tiersonnier fait observer que
M. de Closmadeuc commet un lapsus en donnant le frère de Louis IX
comme tige de nos ducs de Bourbon, lesquels eurent pour ancêtre
Robert, sixième fils du saint roi et, en outre, que deux des illustra¬
tions qui accompagnent le récit du voyage de M. de Closmadeuc pa¬
raissent inversées (p. 184 et 191), mais M. Grégoire répond que la
chromolithographie reproduite page 184 ne l'est certainement pas et
que la gravure de la page 191, d’après un dessin de Huet, est plutôt
une interprétation du paysage qu’une reproduction fidèle.
— Dépouillement de la correspondance. — M. Bouchet remercie de
son admission. — M. Pierre Gautier, qui n'a pu, à son grand regret,
assister à l'excursion, promet l’envoi prochain de son manuscrit des
Charles de la Chapelaude. — M. Jean Richepin, de l’Académie fran¬
çaise, comme président du groupement « Pour la culture française»,
dont le but est de défendre « les humanités et par suite tout ce qui
tend à conserver et à fortifier la tradition de notre génie national »,
sollicite de la Société la création d'un comité régional dont le but se-
14
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210
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
rait de recueillir des adhésions, de soumettre des vœux, d'aider à la
diffusion de brochures, de provoquer des conférences, etc. M. Morand
ajoute qu'il a adhéré en principe et demandé communication des sta¬
tuts de la nouvelle Société, pour complément d'information. Un
échange d'idées a lieu sur cette question entre MM. Capelin, Delai-
feue et Pays. — M. le Président donne lecture de plusieurs lettres re¬
latives a l'apposition d'une plaque sur la maison où est mort le com¬
positeur Maillard (cf. le dernier procès-verbal) : la Société des auteurs
et compositeurs de musique a bien voulu voter et envoyer une somme
de cinquante francs à titre de subvention ; la Lyre Moulinoise prê¬
tera avec plaisir son concours et son président, M. E. Boutry, exa¬
minera lors de la prochaine réunion de la Lyre par quels moyens 11
conviendra de venir en aide à l’initiative de la Société d’Emulation.
M. Morand, dans son enquête pour déterminer avec précision la
maison du décès, a reçu les réponses de M. Chomet, de M. l'abbé
Génermont, vicaire de la paroisse Saint-Pierre, et de M. Brunei ; l'en¬
quête a permis d'identifier la maison qui porte actuellement le numéro
neuf de la rue de Lyon. M" veuve Glrodet, propriétaire, donne toutes
les autorisations nécessaires à la pose de la plaque commémorative.
M. Delaigue insiste, en terminant la discussion qui s'est engagée sur
ce point, pour que la Société d’Emulation assume elle-même directe¬
ment le soin de mener à bien le projet dont elle a eu l'idée ; les
membres présents se rallient à cette manière de voir. — La
municipalité de Billy transmet sa délibération du 21 juin 1911,
par laquelle elle sollicite le classement au nombre des monuments
historiques de la crypte et du chœur de l’église de Billy, ainsi que du
château ; les propriétaires des différentes parties du château ayant
donné leur adhésion à cette demande, la municipalité de Billy nous
prie d’émettre un vœu favorable qui serait joint au dossier. La So¬
ciété d’Emulation, heureuse de s'associer à une mesure qui est de
nature à préserver une des rares cryptes romanes de notre départe¬
ment. ainsi qu'un intéressant spécimen de l'architecture militaire du
xiv* siècle, s’associe pleinement au vœu de la municipalité de Billy.
— Enfin, par lettres des 10-22 juin, M. Doucet, propriétaire de la
Bibliothèque d'art et d'archéologie, demande, pour le Répertoire d'art
et d'archéologie, qu'il publie, l’échange avec notre Bulletin.
— M. le Président, des publications reçues depuis la dernière
séance, ne citera que le Bulletin de la Diana, qui contient le compte
rendu de la séance du 13 juin 1910, à laquelle nombre d'entre nous
ont assisté lors de notre excursion en Forez et dont ils ont gardé un si
excellent souvenir.
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PROCÈS-VERBAL
211
— M. Louis Grégoire communique une légende en vers dite « du
château de Montaigu-le-Blin », composée vers 1840, et où l'on voit
le sire de Montaigu, voué du reste au diable depuis son enfance,
être trompé par sa femme et ne pouvoir, grâce à un ange dont la con¬
duite peut sembler surprenante, consommer sa vengeance envers un
certain troubadour nommé Jean de la Palisse ; puis, ainsi que le dit
le couplet 21 :
• Furieux de sa défaite,
Satan dit au chevalier,
Tu porteras sur ta tête
La coiffure d’un bélier ;
Sur ce signe emblématique,
L’époux lira son destin
Et ton nom patronymique
Sera Montaigu-le-Blin. »
— M. Grégoire fait ensuite circuler un exemplaire du Traité des
différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de l'histoire
du P. Henri Griflet, imprimé à Liège en 1770, relié en veau fauve
avec, au dos, entre les nervures, pour toute ornementation, des macles
et des mouchetures d'hermine couronnées, pièces qui sont emprun¬
tées aux armes des Rohan ; ce volume appartenait en effet à Charles
de Rohan, prince de Soubise, maréchal de France, mort en 1787 ; ce
militaire, assez peu heureux en campagne, réunit une magnifique
bibliothèque, qui, après avoir été vendue, dispersée aux enchères en
1788, fut en partie recueillie par le comte d'Artois (cf. Guigard, Nou¬
vel armorial du bibliophile , p. 415 et 416).
— Enfin. M. Grégoire donne lecture de deux lettres datées de Dom-
plerre, 26 mai et 13 juin 1769, signées : De la Grurie et ayant trait à
un certain sieur Morin, qui n’avait pas rejoint son régiment en temps
utile.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
2i2
— M. l’abbé Audin demande des renseignements complémentaires
sur « Jean-Alexandre des Escures, prêtre, docteur en théologie, géné¬
ral grand-maître de l'ordre et milice de3 Hospitaliers, protonotaire du
Saint-Siège apostolique au nombre des participants, conseiller du roi
en ses conseils, prédicateur ordinaire de S. M. », lequel administra
le sacrement du baptême en la paroisse de Treteau, le 29 juillet 1677.
à un fils de Thomas Berchou et de Claude Minot, le desservant étant
malade.
— M. le président soumet à la Société les photographies faites au
cours de l’excursion par MM. Capelin, Mosnier et Scharlowsky, ainsi
que plusieurs dessins à la plume deM.J.-C. Grégoire et de M. Jouyon.
— On procède ensuite à l’élection de MM. le comte Durieu de
Lacarelle et l’abbé Crochet, présentés à la dernière séance, qui sont
admis comme membres titulaires.
— Sont présentés : comme membre titulaire, par MM. C. Grégoire,
L. Grégoire et Dénier, M. Maurice Martin, demeurant à Saint-Pour-
çain-sur-Sioule ; — et comme correspondant la Bibliothèque d’Art
et d'Archéologie de M. Jacques Doucet, 19, rue Spontini, à Paris.
— L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 heures 50.
P. F.
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UN
Règlement de Compte
EN L’AN IV
On sait quelle perturbation jeta dans les transactions entre parti¬
culiers la dépréciation du papier-monnaie sous la Révolution. Les
assignats, dont la France fut inondée au point que, longtemps après
la crise, on en trouvait des coflres pleins chez les moindres des pay¬
sans, en restèrent légendaires. Aujourd’hui qu'ils sont devenus pres¬
que rares, ils commencent à acquérir une certaine valeur pour les
collectionneurs : lardif retour de faveur où l’on peut voir une fois
de plus que, le temps aidant, tout arrive (1).
Les premiers furent émis en vertu d’une loi du 21 décembre 1789.
Tombés dans le dernier discrédit, on les remplaça en 1796 par des
mandais territoriaux, dont la chute fut plus rapide encore. Enfin et
messidor an IV le système était aboli et le numéraire, dont on était
privé depuis si longtemps, faisait sa réapparition. Dans l'intervalle la
lluctuation des cours avait été partout constante, mais fort inégale,
ce qui avait beaucoup favorisé l’agiotage, une des frénésies du mo¬
ment. Ainsi pendant que dans l'Ailier, en janvier 1791, 100 livres
d'assignats valent en numéraire 95 livres, le taux est par exemple
dans la Nièvre de 97, dans le Puy-de-Dôme de 96, dans la Loire de 93,
dans l’Ardèche de 91. A cette époque certains départements comme
les Ardennes, l’Ariège, la Saône-et-Loire, où le crédit est plus tenace,
se cramponnent encore au pair, mais à la fin de l’année la baisse est
devenue générale. En décembre des années 1792, 1793 et 1794, on ne
(i) Voici quelques cours. L’assignat de 1000 livres est actuellement coté
3 fr. 50 ; ceux de 250 et 100 i., 1 fr. ; de 25 et de 10 I., 0 fr. 75 ; de 5 I., 1 fr.
et 0 fr. 50, suivant les émissions ; de 50 et de 25 sols, 0 fr. 50 ; de 15 et de
10 s.. 0 fr. 20. Les assignats faux font prime d’environ un tiers (cat. de
J.-B. Mercier, de Dijon).
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214
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
cote plus successivement à Moulins que 72, 53 et 22 livres, et dans
les vingt premiers jours de 1795 que 16 livres. En germinal an III,
24 livres en numéraire représentent 190 livres en assignats, puis 1118
livres en fructidor, 3028 livres en brumaire an IV, 5253 livres en
nivôse et 6638 livres en ventôse. C’était la débâcle.
Quant aux mandats, leur existence fut plus éphémère encore : 100
livres de ce papier en floréal an IV (du 1" au 5) ne valent (dans
l'Ailier) que 35 livres en numéraire, 24 en prairial, 12 en messidor et
7 en thermidor. On juge par ces soubresauts de la difficulté et de l’in¬
sécurité des affaires et du nombre infini de litiges qui en résultaient.
Mais ce serait une erreur de croire que toute gène disparut après
messidor an IV. Ultérieurement les citoyens continuèrent à éprouver
les plus grands embarras dans les comptes où entrait le calcul de
dépréciation des assignats et des mandats territoriaux. Comment en
effet se souvenir avec exactitude du montant de ces dépréciations ou
comment se procurer au fur et à mesure des besoins les anciens
cours publiés au jour le jour ? Comment par suite se mettre d’accord
sur le taux du change ? Pour obvier à ces inconvénients une loi était
intervenue (5 messidor an V) en exécution de laquelle les adminis¬
trations centrales eurent à établir par département le tableau des
valeurs successives du papier-monnaie depuis le 1" janvier 1791. Les
administrateurs devaient effectuer eux-mêmes le travail en s’adjoi¬
gnant quinze commissaires choisis parmi « les citoyens les plus éclai¬
rés en ce genre d’affaires » (1).
Celte loi dut rendre de très grands servicesetéviternombredecom-
plications et contestations que sans elle les tribunaux n’eussent pu
(1) Les administrateurs du département étaient dans l’Ailier : président.
Boirot-Lacour ; membres, Claustrier, Devaulx, Fournier, Luylier ; commis¬
saire du directoire exécutif, Sauret. Ils s’adjoignirent comme commissaires :
Jacques Laporte le jeune, de Moulins ; Jacques Cordez, négociantà Moulins;
Jacques Sauinier, propriétaire et fermier à Agonges, canton de Saint-
Menoux ; Etienne Douyet, propriétaire au Veurdre ; Nicolas Rambourg,
propriétaire et maître de forges commune de Saint-Bonnet-le-Désert, canton
d’Ainay-le-Château ; Claude Devaux de Chambord, propriétaire commune
de Cindré, canton de Saint-Gerand-le-Puy ; Tallard, marchand et fabricant
de bas, commune de Moulins ; Michel Modérât, propriétaire et négociant
commune de Moulins ; François Jolly, préposé du receveur général des
contributions, à Montmarault ; Gaspard Regnard, propriétaire à Montlu-
çon (l’ancien député-suppléant aux Etats généraux, beau-père de Claude
Lomet, dont il sera question plus loin) : Jacques-Barthélemy Gibon, pro¬
priétaire et maître de manufacture commune d’Yzeure ; Charles Salomon,
propriétaire et géomètre commune de Moulins ; Frédéric-Jean Massieux,
propriétaire à Bessay.
Le registre des délibérations de l’administration centrale ne porte que les
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UN RÈGLEMENT DE COMPTE EN L’AN IV
215
que difficilement résoudre. On peut voir combien elle vint à propos
par une pièce des archives départementales Isérie E, n* 1320) qui est
la réponse faite (14 frimaire an IV — 5 décembre 1795) par François
Lomet, sieur de Lys, avocat à Moulins, ancien député aux Etats géné¬
raux et conseiller général de l'Ailier jusqu'à sa mort (22 juin 1802), à
Antoine Camus, son fermier de la terre du Plessis, commune d’Au-
try-Issards, et cousin par alliance (1), à une lettre où ce dernier lui
réclamait une certaine somme sur le paiement d'impôts acquittés par
lui en son nom. On trouvera ci-après une copie de ce document.
E. Delaigue.
« 14 frimaire an IV.
« Copie du compte envoyé à M. Camus par mon père (2).
« Citoyen, dans notre compte de ferme et de votre rente viagère (3)
vous demandez qu'il vous soit fait raison de 212 livres 17 sols assignats
que vous avez payés pour moi sur les impositions de 1794, an III.
Cela est juste dès qu’il n'en a pas été fait déduction sur votre fermage
de 1794, mais quand vous avez fait payement pour moi, en mai 1795
de ces 212 livres en assignats, vous étiez mon débiteur de 5 boisseaux
froment, mesure Bourbon, pour cens (4) ; vous me deviez aussi 100
livres d’huile arréragées, et 100 sous de messes de fondation (5) ; vous
douze noms qui précèdent sans indiquerquelssont les trois qui n'assistèrent
pas aux séances tenues les 8, 9, 10 et 11 thermidor an V.
Deux tableaux de dépréciations furent dressés, l'un pour les assignats et
l’autre pour les mandats territoriaux. Ils furent annexés aux procès-verbaux
(Voy. Arch. dép., L 222).
(1) Voy. le tab'eau généalogique des familles Lomet de Lys et Aubery du
Plessis, joint à la notice historique sur le château du Plessis-Bourbon, pu¬
bliée dans le Bulletin de la Société d'Emulation , année 1909, p. 482 et suiv.
Fier des aïeux de sa femme (les Aubery du Plessis), Antoine Camus parait
avoir eu quelques prétentions nobiliaires, -il ajoutait volontiers à son nom
celui de Bourdière. qui était une petite propriété lui appartenant en propre
et voisine du Plessis.
(2) Cette copie est en effet de la main de Claude Lomet, Ois de François. En
réalité le compte a aussi été établi par lui. Le style de l’ancien constituant
était autrement correct et précis.
(3 Suivant acte devant Bougarel, notaire, du 6 août 1792, les époux Camus
avaient vendu 6 François Lomet un tiers du Plessis (Lomet avait acheté
précédemment les deux autres tiers), que possédait Madame Camus, moyen¬
nant un prix pour le reliquat duquel l'acquéreur avait constitué à cette der¬
nière une rente annuelle et viagère de 500 livres, réversible jusqu'à concur¬
rence de moitié sur son mari. (V. Le Plessis-Bourbon, dans le Bulletin de la
Société d'Emulation, année 1909 p. 453.)
(4) Ibid., p. 455.
(5) A l'église d’Autry-lssards. (Ibid., p. 453 du Bulletin, 1909).
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
me deviez des cordes de bois ; ce n'est donc pas une avance propre¬
ment dite que vous avez faite pour moi, mais bien un à compte sur ces
objets arréragés, une déduction, une compensation que vous acqué¬
riez sur votre propre dette jusques à concurrence de ce que vous dé¬
pensiez pour moi.
a Comptons maintenant la valeur des cinq b* froment mesure
Bourbon, du poids de 25 livres, arréragés, au moment que vous avez
payé cette petite somme de 212 livres 17 sols en assignats. Ces 5 b'
payables en nature formaient un quintal et quart de quintal qui à
raison de 703 livres un sol, 4 deniers le quintal comme il avait été
évalué pour cette année là par le département tant pour le payement
des fermages que des contributions, vous constituent mon débiteur
pour ce seul objet de 879 livres, sur quoi déduisant votre payement
de 212 livres 17 sols, vous êtes encore resté mon débiteur de 666 livres
3 sols assignats en outre de tous les objets de fondation par vous dûs
lorsque vous avez payé en lloréal an III ces 212 livres 17 sols.
« Passons maintenant au compte de votre dernière année de ferme
1795 an III, qui a fini le 21 frimaire, jour de Saint-Martin. Audit jour
de Saint-Martin vous me deviez compte pour cette année là de 1215
livres, y compris les 90 livres de la dixme (1). Cette somme était
payable moitié en assignats valeur nominale, moitié en grains ou en
numéraire ; mais moi de mon côté je vous devais à la même époque une
année entière de votre rente viagère de 425 livres (2), laqùelle somme,
déduite sur les 1215 livres de fermage, vous n’êtes plus resté comptable
que de 780 livres. Vous savez comme moi que votre rente était comme
le fermage payable moitié en assignats, moitié en grains. Ces 780
livres étaient payables comme je viens de le dire moitié en grains,
moitié en assignats. Chaque moitié revenant à 390 livres, vous m'avez
payé en assignats 400 livres en retirant votre billet de pareille
somme ; vous avez donc surpayé de 10 livres votre dette en assignats.
Il faut que je vous en tienne compte. Quant aux 390 livres dont v ous
m'étiez reliquataire, je vous les donne à compte sur votre rente via¬
gère échue à la Saint-Martin 1796. Ce n'est pas là vous paver en
mandats, comme je le pourrais taire en partie. Ces 390 livres déduites
sur votre année de rente, il reste à vous payer 35 livres en argent.
Pour vous payer ces 35 livres je vous propose de les compenser avec
le montant des cordes de bois à brûler que vous ne m'avez point
(1) Camus était en outre redevable de cette dime hypothéquée sur Bour-
dière.
(2) D'après l'acte de vente la rente -viagère est de 500 I., et non de 425. Une
réduction de 75 1. avait sans doute été convenu? ultérieurement.
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UN RÈGLEMENT DE COMPTES EN L AN IV 217
payées, ni qui que ce suit de votre part. Vous ne pouvez, pas vous en
dispenser, sauf à vous votre recours si vous avez chargé quelqu’un
de vous en acquitter.
« Reste donc à vous faire raison de ce que vous avez payé pour
moi en assignats le 21 mars 179(5, sur votre débet en assignats de votre
dernière année, de fermage finie le jour de Saint-Martin 1795 et sur
les années précédentes.
« Sauf erreur de calcul vous avez payé pour moi d'impositions de
l'an fil la somme de 7634 livres 6 sols assignats, il faut vous en
compter en môme monnaie sur ce que vous me deviez à cette époque
sur les six b* froment, les 36 livres de fondation et les 120 livres
d'huile dont vous faisiez et faites encore arrérages.
« !” Vous avez vu que déduction faite du payement par vous fait
de 212 livres, 17 sols assignats vous m'étiez encore redevable de 666
livres 3 sols pour restant de 5 b* froment dont vous faisiez arrérage
à l’époque dudit payement en assignats.ey 666 1. 3 s.
« 2° Vous devez un 6' boisseau mesure Bourbon pour
votre 6' année de ferme valant. 140 1.
« 3° Que vous devez 36 livres pour 6 ans de fondations
de messes, dont je pourrais demander moitié en ar¬
gent cy, 36 livres .. 36 1.
« Total des assignats que j'ai à réclamer pour ces trois
parties. 842 1. 3 s.
« Cette somme déduite sur les 7634 livres 6 sols je dois encore faire
raison du surplus d'assignats payés pour moi, lequel est de 6792 livres
3 sols. Pour payer ces 6792 1, 3 s. je trouve beaucoup plus qu'il ne
m'en faut d'assignats’ dans le montant des 120 livres d’huile arréra¬
gées que vous devez. En effet, en évaluant à 15 s. en numéraire cha¬
que livre d'huile, les 120 font un objet de 90 livres en argent cy. RO 1.
« Vous me deviez donc, citoyen, 90 livres lorsque postérieurement
à votre sortie de ferme et 4 mois après, c'est-à-dire le 30 ventôse an IV
vous avez payé en assignats 6792 1. 3 s. à ma décharge ; eh bien vous
n’avez dépensé réellement alors pour moi que la valeur d'un louis
d’or. Consultez le cours du change dans ce mois de ventôse, et vous
verrez que le moindre taux a été de 6690 (1) et qu’il a valu jusqu'à
8600 1. et en éeus c.’i 8100 I. Ne portez cependant, si vous le voulez,
la valeur du louis qu'à 6600 1. Dans cette hypothèse mes 90 1. dues en
écus valaient 22500 1. en assignats. Si au lieu de vous défaire de vos
il) Cela s'entend pour2i livres de numéraire. En ventôse, an IV, on avait
pour cette somme ; l r * décade 7560 1. d'assignats; 2 e 6900 ; 3* 6636,
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218
SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS
assignats vous m’eussiez payé mes 901. en numéraire Je me serais
ensuite acquitté moi-même, j'en aurais élé quitte pour vendre un
des louis que vous m'auriez donnés. J’en aurais eu près de trois de
reste, cela me parait bien démontré. C'est donc par votre fait si je n'ai
pas payé moi-même mes impositions. Vous étiez encore mon débiteur
au 30 ventôse an IV de 390 I. en nature et du montant des redevances
et fondations. Vous n’avez donc rien avancé pour moi, vous n’avez
fait pour moi qu’un payement en assignats, je ne dois vous faire
raison que de la valeur intrinsèque de ces assignats et pour ce qu'ils
valaient au temps où vous vous en êtes défait. Vous n'eussiez pu en
tirer qu'un louis d'or en les vendant, vous ne pouvez donc répéter
contre moi que le montant de ce louis d'or, vous ne pouvez ni ne
devez gagner sur moi qui étais votre créancier. En bonne justice Je
pourrais donc exiger de vous 66 1. en argent reste des 90 1. d’huile
dès que vous n'avez dépensé pour moi que la valeur de 24 1. argent.
« Cependant pour terminer à l'amiable je vous fais la proposition
de nous tenir quitte réciproquement, moi du prix de votre terme et
des cordes de bois, et vous de votre rente viagère jusques et compris
la Saint-Martin 1796, c'est-à-dire pour les deux dernières années.
Vous voyez que je peldsà cet arrangement 66 1. puisque je compense
90 1. argent pour huile que vous me devez en nature avec un seul
louis d'or dont vous avez fourni la valeur en assignats. Quelques
mots en récapitulation et répétition de ce que dessus, où il est seule¬
ment ajouté que par la loi le fermier est tenu de faire les avances
pour les impositions pour le maître sans pouvoir répéter plus que la
valeur nominale de ses déboursés.
« Quant aux fournitures de grains qui ont été faites pour répara¬
tions, ne me parlez pas des Bernard (1), ce n’est pas avec eux que j'ai
contracté, mais bien avec vous. Marquez-moi précisément ce qui a
élé donné, je vous en ferai de suite passer le montant en m'envoyant
le mémoire de vous quittancé.
« Je vous observe enfin que vous me devez un bon nombre d'an¬
nées de la rente de 30 1. au principal de 600 1. (2) ; faites m'en passer
la note avec la date de la dernière quittance, je vous en prie.
(Signé :) « Lomet. »
(1) Les frères Jean et Pierre Bernard, fermiers de Provenchères, autre pro¬
priété appartenant à Lomet.
(2) Lomet était cessionnaire de cette rente, due originairement par le
grand-père de M"' Camus, André Aubery de la Meschine et du Plessis (en
partie) (voy. Le Plessis-Bourbon, p. 450 du Bulletin de la Soc. d’Em., 1909).
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EN MARGE
delà" Contribution à l’héraldique bourbonnaise
Les armoiries des Chevarrler
D ans la notice qu’il consacre aux Chevarrler. seigneurs des
Boulards, de la Gaye, d’Idogne, à la page 200 du tome I de
Y Armorial du Bourbonnais, M. Roger de Quirielle indique
leurs armes de la façon suivante :
D'asur, au chevron accompagné en chef de deux étoiles, cl en pointe
d'un croissant, le tout d‘or, au chef cousu de gueules chargé d'un soleil
du second émail.
Mais il ajoute ensuite : « Nous donnons ces armoiries telles que les
fit enregistrer, en 1695. Marie Chevarrier, femme de Gilbert Bernard,
élu en l'élection de Moulins, mais il se peut que ce blason soit celui
dti mari, que nous n’avons trouvé nulle part, etnoncelui de la femme.»
La chose est fort probable ; en effet, ayant eu l'occasion, au mois
d’avril dernier, de consulter chez M' Ploque, notaire à Paris, 1, rue
d’Hauteville, des papiers déposés le 14 août 1775 chez un de ces prédé¬
cesseurs, M' Andelle, en vue de la succession d’Antoine Martin de
Saint-Priest (1), j’y ai découvert plusieurs certificats d’inhumation de
1775 dont la signature est authentiquée par « Joseph Chevarrier, sieur
des Boulards, conseiller du Roi, lieutenant général au siège de
Gannat ».
Au bas de chaque pièce se trouve un joli cachet de cire rouge me¬
surant 0,025 X 0,02 et qui, très net, nous montre un champ d’argent
sur lequel sont posés : en chef une pomme de pin de sable et, en
(I) Antoine Martin de Saint-Priest était décédé à Gannat le 14 novembre
1772 et avait été inhumé te lendemain dans la chapelle des BR. PP. Augus-
tins. Il avait 64 ans, étant né le 14 mai 1708 d'Antoine Martin, sieur de
Saint-Priest et des Places, et de Noëlle Bronod (Registres de Saint-Etienne
et de Sainte-Croix, à Gannat).
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220
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
pointe, trois cœurs de... mis en fasce. Or, comme Clievarrier, avant
de signer, déclare sceller la pièce du sceau à ses armes, il ne semble
pas qu'il puisse subsister un doute : les armoiries enregistrées à la
requête de Marie Clievarrier ne devaient point être les siennes,
mais bien plutôt celles de son mari.
Il est à remarquer du reste que. dans le blason indiqué par l’An-
nuaire de la noble sue de 1887 (li, on retrouve et le champ d’argent et
les trois cœurs; la fasce qui les supporte, ainsi que les trois lions
qui accompagnent celle-ci n’étaient probablement que des brisures.
Én tout cas, le plus sûr semble être de s’en tenir à ralîirmation du
sieur des Boulards, fort compétent en la matière, et de déclarer avec
lui que les armes des Chevarrier étaient en réalité : d'argent à la
pomme de pin de sable , mise en chef , cl aux trois cœurs de... rangés
en fasce et abaissés.
R. de Frémont.
(Il Cité luiaussi dans l’article Chf.varrier de Y Armorial et indiqué de la
façon suivante : d'argent à la fasce de gueules, chargée de 3 cœurs d'or et
accompagnée de 3 lions coupés de sable et d'hermine, armés et lampassés de
gueules.
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La Complainte des Pions
D'apris les deux versions
De ia Montagne bourbonnaise et de la Montagne roannaise
es Pions sont les habitants du village Pion, qui faisait
autrefois partie de la commune de Ferrières, mais qui
depuis le second Empire fait partie de la commune de
Lavoine. Situé au pied du Montoncel, sur les confins de
l’Auvergne, du Roannais et du Bourbonnais, ce village
vulgairement appelé « Chez Pion » devait être, à l'origine, une com¬
munauté de paysans dont tel était le nom de famille.
Or, les Pions s’étant mis en rébellion ouverte contre la maréchaus¬
sée du roi Louis XV en furent cruellement punis. Cette punition exem¬
plaire motiva la complainte que nous publions et qui a été recueillie, en
deux versions différentes, par des écrivains du Roannais : MM. Noé-
las (Légendes et Traditions forèzicnnes, chapitre : Les Pions, page 249),
et Pierre Gras (Dictionnaire du Patois forézien, page 265).
Au texte de la chanson, M. Noélas Joint une note sur les faits qui
ont motivé sa composition.
Nous ne la reproduisons pas ici, parce qu’elle est complète¬
ment erronée. L'auteur avoue lui-mème qu’il est mal renseigné.
« Cette révolte des montagnards, dit-il, est déjà devenu légendaire,
« et une complainte fut composée à ce sujet ; mais en l’absence de
« documents authentiques nous ne pouvons nous flatter de reproduire
« exactement les faits, d’autant plus que les petits-fils des héros de
« cette histoire ne se montrent pas toujours empressés à satisfaire
« les chroniqueurs.
Il ajoute que :« Souvent on confond cette complainte avec une
« autre faite à l’occasion d'une révolte nouvelle de réfractaires réfu-
« glés chez Pion vers 1810. On y envoya alors comme garnissaires
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222
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
« des Portugais, qui avaient passé de notre côté dans les guerres
« d’Espagne et que l'on avait internés dans la ville de Cusset. »
M. Noélas avait raison de dire que seuls des documents authen¬
tiques permettraient de préciser les faits qui avaient motivé la com¬
plainte des Pions.
Nous avons pu consulter les pièces du procès criminel commencé
par les magistrats de la Guillermie (Arch. de l'Ailier, fonds de la
justice de Ja Guillermie, année 1764) et un arrêt du Parlement de
Paris du 2 juillet 1765 (1) (Blbl. nationale, inventaire F. 23674),
déjà signalé et analysé par M. Décoret ( Une page sur Vichy et
ses environs , 2' volume, pages 133 et suivantes). Les renseignements
donnés par ces documents judiciaires sont complétés, sur plusieurs
points, par Un Papier de famille , publié dans les Annales Bourbon¬
naises de 1892 (page 102) (2).
Faisons donc le récit de cette révolte fameuse dont les débuts sont
bien mesquins !
Un nommé Albert Barraud, demeurant au village de Bèchemore,
avait emprunté une somme fort modique au sieur La Caille, procu¬
reur à Moulins. L'échéance du prêt étant arrivée et toutes réclama¬
tions demeurées superflues, le procureur La Caille fit ordonner la
saisie des meubles de son débiteur par ministère d’huissier.
C’est ainsi que le 2 janvier 1764, Jacques Sayet, huissier royal ès
Sénéchaussées d’Auvergne et de Bourbonnais, demeurant au bourg
du Mayet-de-Montagne, se transporta à cheval, assisté de deux re-
cors, au village de Bèchemore qui faisait partie de la paroisse de
Ferrières, mais dépendait de la seigneurie et haute justice de la
Guillermie.
Sayet et ses deux assistants nommés Antoine Dumas et Gilbert Piat
se dirigèrent aussitôt vers la maison d’Albert Barraud qui demeu¬
rait avec ses deux sœurs, Marie Barraud, veuve de Simon Desver-
nois, en son vivant laboureur et charron, et Antoinette Barraud,
femme de Vincent Pételet.
( 1 ) Cet arrêt a été imprimé chez P.-G. Simon, imprimeur du Parlement,
rue de La Harpe.
(2) Ce Papier de famille est annoté dans les Annales Bourbonnaises d'une
façon évidemment fautive lorsque la note déclare quêta complainte des Pions
fait le récit de la résistance des réfractaires qui s’opposaient à l'exécution
de la loi de recrutement. Les noms propres qui se retrouvent à la fois dans
l'arrêt du Parlement et dans la chanson ne permettent pas de confusion, il
s'agit bien de la rébellion de 1764.
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LA COMPLAINTE DES PIONS
223
Albert Barraud était absent, la porte soigneusement fermée, un
« long bols carré » était dressé contre le mur, un maillet de bois gi-
sait à terre, et les deux sœurs Barraud montaient ia garde.
L'huissier royal expose sa mission et essaie d’ouvrir la porte pour
saisir les meubles du débiteur récalcitrant.
A ce moment les deux sœurs Barraud commencent par protester,
par interdire l’entrée de leur maison, puis elles continuent par inju¬
rier les représentants de l'autorité judiciaire, et tout en s'échaudant
la bile elles finissent par se munir d'armes offensives Marie s’empare
du maillet et Antoinette du « long bois ».
En tacllciennes consommées elles concentrent leur attaque sur un
seul de leurs ennemis et c'est Gilbert Piat qu’elles choisissent pour
victime, en s’écriant qu’elles lui en voulaient depuis longtemps.
Aussitôt avec des cris furieux l’assaut commence; Antoinette fait
pleuvoir les coups de a long bois » sur la tète de Piat, le tape sur
l’œil, le cogne sur l’estomac, le bourre, le pilonne avec vigueur, et
le fait reculer précipitamment.
Voyant l’ennemi en retraite Marie veut achever la victoire ; elle
lance à la volée son maillet qui fait à la tête de Piat une grave
blessure.
A demi aveuglé par le sang l’infortuné recors veut se venger; il
brandit sa canne de bois de « nôzillière » (1), se précipite résolument
sur Antoinette qui était plus près de lui, et la frappe sur le dos si rude¬
ment que le bâton se rompt au premier choc, faisant rouler la femme
à terre.
Tout cela n’a duré que quelques secondes. Aussitôt les sœurs Bar¬
raud poussent des clameurs retentissantes et appellent au secours de
toutes leurs forces.
Alors « craignant la fureur des coups et qu’il ne survint quelqu'un »
l'huissier et les recors se retirèrent ; car les voisins n'étaient pas
commodes, et la suite le démontrera.
Laissons Jacques Sayet, remonté en selle, réintégrer son domicile
du Mayet-de-Montagne et rendre compte par lettre, au sieur La
Caille, de l'insuccès de sa mission ; et suivons le pauvre Piat jusqu'à
Ferrières où il est conduit par son compagnon Dumas. Ils entrent tout
droit dans le cabaret Dulignier où ils essaient de se remettre de leur
émotion. Mais décidément Gilbert Piat ne va pas bien, il se plaint
« d’avoir reçu un mauvais coup ».
Pendant quelques jours encore on le voit s’occuper de ses affaires
( 1 ) Sorte de châtaignier.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION! DU BOURBONNAIS
« la tète enveloppée d'un mauvais linge». A cette époque de soius
rudimentaires le linge dut être eu elTet aussi « mauvais » que le
coup ; car après avoir été en butte aux quolibets du bourg de Fer¬
rières pour s’être laissé battre par des femmes, Gilbert Piat subite¬
ment devient très malade, et finalement il s’en va de vie à trépas le
19 janvier (I).
Pendant ce temps le sieur La Caille qui n’avait pu faire pratiquer
la saisie de son débiteur, porla plainte auprès de M. de Lavaure,
procureur d’office de la châtellenie de la Guillermle, afin de faire
poursuivre les sœurs Barraud. A peine M. de Lavaure a-t-il pris quel¬
ques renseignements qu’on lui apprend la mort de Gilbert Piat. Sans
perdre une minute, le 20 janvier, il rédige une requête où il déclare :
« qu’il est du devoir de son ministère » de porter plainte contre les-
dites Barraud au sujet de l’homicide qu’elles ont commis ; qu’il de¬
mande l’autorisation de faire une enquête et même de faire visiter
le cadavre du recors par un médecin qui vérifiera si ce sont les coups
qui ont occasionné la mort.
Cette requête est adressée à M Moussier, juge-châtelain de la
Guillermie, en son hôtel, à Ris ; le même jour l’autorisation est ac¬
cordée. Le temps de signifier les actes, le temps de chercher un mé¬
decin, de le trouver, et voilà le pauvre Piat enterré, le 21 janvier.
Il fallut l’exhumer le 25, pour permettre à Hiérosme Michel, ancien
chirurgien-major au régiment de Bourbon-Basset cavalerie, de cons¬
tater que le trépassé avait une contusion à l’estomac, une blessure à
l’œil gauche, une autre blessure au crâne, mais «que si le blessé
avoit eu du secours le coup n’estoit point mortel ». Toujours le
mélange du mauvais coup et du mauvais linge ! Après tout, le blessé
n’ayant pas eu de secours et étant mort, le juge-châtelain sur réqui¬
sition du procureur d’ofliee ordonna la prise de corps et l’empri¬
sonnement des sœurs Barraud, prévenues d’homicide. Antoinette
Barraud s’était enfuie dans les bois, et seule Marie Barraud put êlre
annréhendée le 29 janvier.
Comme la châtellenie seigneuriale de la Guillermie n’avait point
de prison, on écroua l’accusée dans « les prisons » de Ferrières.
La justice continua ses informations, entendit des témoins, accom¬
plit les formalités requises en pareil cas, mais il fallut en .venir à
l’interrogatoire de l'accusée, et c’est ici que les choses se gâtèrent.
Difficulté grave : on pouvait légalement emprunter « les prisons de
(1) L’acte d’inhumation qui est du 21 janvier lui donne à tort la qualifi¬
cation d’huissier qui est démentie par toutes les pièces de la procédure.
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LA COMPLAINTE DES PIONS
225
Ferrières » pour s’assurer de la personne des accusés, mais l'homi¬
cide ayant eu lieu dans les dépendance de la justice delà Guillermie,
l'interrogatoire devait avoir lieu à la Guillermie, dans une petite
bicoque solennellement appelée « la Chambre Criminelle ».
Il fallait donc y transférer l’accusée pour l'interroger et il fallait
ensuite la ramener dans sa prison de Ferrières.
Les parents et amis de la famille Bariaud étaient indignés de l'in¬
carcération de Marie et tenaient des propos menaçants. On pouvait
craindre une surprise en route. Des précautions étaient nécessaires.
Aussi le 17 février sur les réquisitions du procureur d’office, la
maréchaussée de la Palisse se mit en route pour Ferrières afin
d’opérer le transfert périlleux. « Charles Roux-Dubrest, brigadier
des cavaliers de la maréchaussée de la résidence de la ville de
la Palisse », emmena avec lui Augustin Champagnat, Antoine
Besson, Joseph Pénin, tous cavaliers de sa brigade, et il y joignit
Faveraux, cavalier de la maréchaussée de Moulins.
C'est avec cette brillante escorte que Marie Barraud duement
extraite « des prisons de Ferrières » le 18 février, fit de grand matin
le petit voyage de la Guillermie où elle fut interrogée à huit heures
par M. le châtelain.
Elle s'efforça naturellement de diminuer ses torts : c'était Piat qui
l’avait battue ; elle lui avait lancé son maillet de loin, d'au moins
douze ou quinze pas, et puis c'était un petit maillet à peine gros
comme son sabot et qui « servoit aux enfants pour casser des noi¬
settes » !
Suffisamment édifié, M. le châtelain dressa, des comparution et
interrogatoire de l'accusée, un procès verbal détaillé, qu'il termina
par ces mots : « Et nous ordonnons qu'elle sera réintégrée ès prisons
de Ferrières où elle a été écrouée comme prisons empruntées. »
Accusée et maréchaussée reprennent donc le chemin de Ferrières.
Mais Marie Barraud avait beaucoup de parents dans le village des
Pions. Ils furent avertis de son transfert, et ils résolurent de la délivrer.
S'étant réunis au nombre d'une quarantaine d’hommes et de femmes,
et s'étant armés de fusils « et de bayonnettes », ils dressèrent une
embuscade, sur le bord du chemin, dans le bols Parraud (1), qui dé¬
pendait des bois Mauchamp, « à deux portées de fusil de la Guiller¬
mie » ; et ils attendirent soigneusement cachés l'apparition du convoi.
Quand les cavaliers royaux arrivèrent sans méfiance, ils essuyèrent
plusieurs décharges précipitées ; deux d'entre eux, Augustin Cham-
( 1 ) Alia» Perraud ou Parot.
15
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226 SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
pagnat et Joseph Pénin furent blessés aux jambes. En outre, le che¬
val de Pénin ayant reçu une blessure à la tête, il en résulta une
bousculade, un grand désordre et une bagarre, au cours desquels
Marie Barraud fut délivrée.
Et voilà bien la révolte !
La maréchaussée fit un triste retour jusqu’à sa « résidence » de
la Palisse, où elle dressa procès-verbal « de l'enlèvement », qu’elle
fit parvenir aux autorités compétentes. L'aflaire était grave. Elle
parvint jusqu'au Conseil du roi.
Par lettres patentes du 15 mars 1764, Louis XV déclarait que « pour
ne pas désunir l'instruction de l'homicide (imputé aux sœurs Bar¬
raud) d’avec celle de la rébellion à main armée » (imputéeaux Pions),
il fallait confier toutes les poursuites à un seul siège de justice. Le
procès fut alors évoqué à la sénéchaussée de Bourbonnais, à Mou¬
lins, où il fut vivement poussé, après que le sieur Quesson du
Thérin, greffier de la Guillermie, eut été dessaisi de toutes les pro¬
cédures commencées.
A la requête du Procureur du roi (1), une véritable expédition mi¬
litaire fut organisée pour s'emparer des rebelles.
Le 22 mars, on envoya trois brigades de maréchaussée et deux ou
trois compagnies de grenadiers (2) qui, le soir, à la nuit tombante,
cernèrent le village des Pions, sans avoir été aperçues. Les soldats
passèrent ainsi la nuit à la belle étoile, et le matin, au point du jour,
les habitants se virent subitement assaillis au son des trompettes et
des tambours.
Seize d'entre eux furent arrêtés ; on leur adjoignit trois habitants
de Bèchemore, puis on les conduisit à Ferrières et ensuite à Moulins.
Cela ne faisait pas le compte (lu Procureur du roi, qui avait
demandé qu'on lui amenât trente-trois accusés.
Les quatorze accusés manquant à l'appel avaient pu échapper aux
soldats et s'enfuir dans les bois du Montoncel.
Parmi ces fugitifs se trouvaient nos héroïnes Marie et Antoinette
Barraud.
Le procès suivit son cours et le Lieutenant Criminel à la Séné¬
chaussée de Bourbonnais rendit sa sentence le 20 septembre 1764. Il
prononçait cinq condamnations à mort ; c'est assavoir contre :
(1) Ou substitut du procureur général.
(2) La complainte parie de > dragons », mais nous avons reproduit les
termes employés par les Annales Bourbonnaises. Les documents authen¬
tiques que nous avons pu consulter ne précisent pas quelles troupes furent
employé 3 à cette opération de police.
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LA COMPLAINTE DES PIONS
227
1* Gilbert Pion-Basmaison, dit le Couchât ; 2* Claude Fradin, dit
Sapinot ; 3" Antoine Pion-Basmaison, dit le Toin ; 4" Laurent Barraud,
dit le Belliot ; 5* Simon Desvernois ou de Vernoy.
En ce qui concernait les autres détenus, deux étaient morts en pri¬
son, Antoine Goutorbe et Claude Mercier ; il en restait douze, contre
lesquels les preuves de culpabilité n’étaient pas suffisantes pour
qu'une condamnation fût prononcée. Mais la sentence les maintenait
en état d’arrestation, parce que les condamnés à mort devant être
soumis à la torture, le Lieutenant Criminel pensait que des révélations
supplémentaires pouvaient se produire et constituer des charges nou¬
velles.
Les fugitifs qui avaient fait défaut et se cachaient dans les bois
furent tous condamnés à mort par contumace.
Le Procureur du roi trouvant la sentence incomplète interjeta
appel de cette décision et porta l'affaire devant le Parlement de Paris,
qui ne rendit son arrêt que le 2 juillet 1765.
Les accusés transférés à Paris, dans la prison de la Conciergerie, y
attendirent donc pendant neuf mois qu'on statuât sur leur sort ; trois
d’entre eux eurent le temps d’y mourir. C'étaient Laurent Basmaison,
Claude Pouzerat et Laurent Barraud, dit le Belliot, l'un des condam¬
nés à mort.
La Cour du Parlement fut un peu plus indulgente que le Lieute¬
nant Criminel de la Sénéchaussée.
L'arrêt condamne : Gilbert Pion-Baâmaison, dit Le Couchât, Claude
Fradin, dit Sapinot, et Antoine Pion-Basmaison, dit Le Toin, à être
pendus (et étranglés jusqu’à ce que mort s’ensuive) à des potences
qui seront plantées en la place d'Allier, à Moulins. 11 condamne
Simon Desvernois ou de Vernoy à assister à la dite exécution puis à
être conduit sur la place des Lys où il sera mis nu, la corde au cou,
battu et fustigé de verges, flétri d'un fer chaud en forme des lettres
G A L sur les deux épaules ; ensuite il sera « mené et conduit ès
galères du roi, pour y être détenu et servir en icelles le seigneur
roi à perpétuité. »
11 condamne les détenus Mathieu Blettry, Mathieu Mercier, Simon
Goilardon (probablement Goliardon), Gilbert Mondière, Claude Bas-
maison, Claude Barraud, Simon Chaumier (probablement Chaus-
nier), Laurent Fraty, Bonnet Vallard (probablement Vallas) et Joseph
Nély, à assister purement et simplement à l'exécution des condam¬
nations précédentes, pour y puiser une leçon salutaire.
Cet arrêt fut imprimé, publié et affiché dans les paroisses et dan9
les justices de la Gulllermle, Ferrières et autres circonvoisines du
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228 SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
ressort de la Sénéchaussée de Bourbonnais. Quoique le dispositif de
l'arrêt ne dise pas un mot des fugitifs, nous pensons qu’à leur égard
la sentence du Lieutenant Criminel de Moulins a dû conserver toute
sa force. En conséquence : Marie et Antoinette Barraud convain¬
cues d'homicide sur la personne de Gilbert Piat, l'un des assistants
de Jacques Sayet, huissier, « pour l’avoir excédé de coups, desquels il
est mort » sont condamnées à être pendues en effigie, « en un tableau
attaché par l'exécuteur de la haute Justice à une potence par lui
plantée sur la place des Lys ».
Sont condamnés à la même peine les nommés : Simon Fradin, dit
Tout-Bas et Benoîte Cognet, sa femme, Albert Barraud (probablement
le débiteur récalcitrant), autre Simon Dervernois ou de Vernoy, dit
Bédiot, Claude Fradin, dit Trot-Lent, Albert Fradin, dit Le Cour¬
taud, Gaspard Fradin dit le Nioque et autre Marie Barraud, sa
femme, autre Claude Fradin, Laurent Dassot, Mathieu Pion-Basmai-
son dit la Tête-Noire, et autre Claude Fradin, dit Le Buron, convaincus
d’avoir formé une embuscade étant attroupés et armés, d'avoir atta¬
qué les cavaliers de la maréchaussée et d'avoir aidé à enlever d’entre
leurs mains la nommée Marie Barraud.
Tous leurs biens confisqués au profit du seigneur.
Quelle existence misérable durent mener ces malheureux a hors
la loi », réduits à errer dans les forêts ! Que de familles ruinées par
la confiscation et les liquidations forcées qu’elle rendait nécessaires !
On comprend que cette révolte et sa répression aient eu un prodi¬
gieux retentissement dans le Bourbonnais, l'Auvergne et le Forez.
Les preuves de ce retentissement sont d’ailleurs nombreuses.
En 1789, vingt-cinq ans après les événements, un procès-verbal de
la maréchaussée de Saint-Just-en-Chevalet, signale le village des
Pions comme un village « mal famé, qui a souvent fait violence à la
maréchaussée et où l’on a été obligé d’envoyer il y a quelques années,
les troupes du Roi pour morigéner ces rebelles,desquels on a conduit
vingt-huit aux prisons de Moulins dont la plupart ont subi des juge¬
ments (1) ».
Ensuite nous pouvons dire qu’en dehors de MM. Noélas et Pierre
Gras, auteurs roannais, tous les historiens du Bourbonnais ont tenté
de faire la narration de la fameuse révolte ; nous citerons Coiffier-
(i) Archives départementales de la Loire, tome 1 er , page 1884 ; cité par
M. l’abbé Prajoux dans sa notice sur le canton de Saint-Just-en-Cbevalet,
page 48 .
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LA COMPLAINTE DES PIONS
229
Demoret, l’Ancien Bourbonnais, dont le récit est en patois de Fer¬
rières (1), les Fiefs du Bourbonnais, les Annales Bourbonnaises.
Enfin une complainte fut composée en patois et chantée pendant
cent cinquante ans, puisque certaines personnes du pays en chantent
encore quelques fragments.
C'est précisément cette complainte qui est le sujet de la présente
étude.
i
t t
(1) Nous pensons qu'on tira avec intérêt l'amusante relation de l’Ancien
Bourbonnais. ( Voyage pittoresque.)
Il faut y corriger l'erreur qui consiste à faire mourir « le sargen », au
lieu du recors ; et si le curé de Ferrières a pu être consulté par les fils de
Marie Barraud, il faut prudemment supposer que la réponse du curé,
M. l'abbé Forissier, n'a pas été de « dépanre Hou mère », c’est-à-dire de la
délivrer par force !
HISTOUÈRE DE CHI PION
Voulez-vous cnùtre l’histouère de chi Pion ? La véci : Ou y a ben soixante
et quinze ans ô min, un sargen ère alla pa saisi chi una fena. O la trouvit
que chofot le four. Din que uoccasions les fenes ne sont pas franches ; ikela
fena prenant don una janta de roua pa le rais, en fouétit un cop si dur pa
la tète do pore sargen que le tourllion y intrit, et o mûrit six més après. La
justissa, que n'aofot pas bougea, envoult alors da geandarmes pa pranre
ikela fena. E l'arrétiront et la meniront à la justissa de La Guiilarmia.
Pendant iko temps lou garçons d'ikela fena érant alla consurta le curé vé
Faraères. Le curé llatot dit de dépanre Hou mère, mais de ne gin fouaire de
mau à geandarmes.
E preniront don llou fusils et veniront appità le passage dà geandarmes,
é lie criiront : •< Lâchez nota mère », et lou geandarmes ne sou firont pas dire
dous cops. Mais kâ garçons, o même instant, iachiront llou cops de fusils,
dà chevaux furont touas et dà geandarmes alront les keusses traversées.
Quoque tems après, quand chi Pion ne se doutiant de ren, un régiment de
dragons venit, la neut, envirounit le village, cbarchit lou coupables et arré-
tit quatorze houmes.
E dgiont qu'ou gn'alt un de cassa din una maille que se lessit ben tra-
varsà la keusse, sin bougeà, par le sapre d'un dragon que fouillot.
Pourtant é ne preniront pas la fena. Ikà quatorze houmes furont emmena à
Moulins, peusse à Paris, ramena ensuita à Moulins, ion très furont pendus.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Version de la Montagne Bourbonnaise (11
ÉHV- teg-e^ 'tôu-outlc li- ci-ti J5'-u*i-ua Ut-- i - £a-^C tauL
Ecoutez tous (le) réciti (2)
D’un village tout près d’ici :
Lou habitants de chi Pions
Sont trétous de bons lurons,
Mais lou vaillants dragons
Sont venus renversa lou Pions (3).
2
Le village de chi Pions
A fait voltiger les dragons
Pour un révoltement
Contre le gouvernement
Vous allez voir le sort
Qui en condamne à mort.
3
Le seigneur de la Çuillermie
Est notre plus cruel ennemi :
Pour réclamer ses droits
Il nous conduit tout droit
Par cette garnison
Jusqu’à cette prison.
(1) Nous la publions telle que l'a recueillie M. Noélas.
(2) Par une évidente erreur d’impression le premier vers de M. Noélas
est ainsi libellé :
Ecoutez tous réciti
Ce qui n'offre aucun sens pouvant se lier au second vers.
(3) Ecoutez tous le récit
D’un village tous près d'ici :
Les habitants de chez Pion
Sont tous de bons lurons.
Mais les vaillants dragons
Sont venus renverser les Pions.
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LA COMPLAINTE DES PIONS
231
4
Arriviront au bord de nuit
Disant : « M’z amis,laissons-les d’rmi( i) ;
« Demain au point du jour,
a Au son du fifre et du tambour,
a Trompette et violon juera (2),
a Çà les réveillera ! »
5
Quand lou Pions furont éveillas
Vétchi das gens ben étounas (3).
Allons donc, mes chers amis,
C’est aujourd’hui qu’il faut parti : (4)
l e roi vient nous averti (5).
Faut bien lui obéi (6).
6
Piago, Béliaud emmenotés :
a Adjeu, Ferrièr’ et notr’ curé ! (7)
a Adjeu, femmes et enfants 1
a Dans ce forcé rude moment,
a Prenez exemple à moi,
a N’insultez pas le roi !
7
Vou’est le Cochat et moué le Tuin !
Iqua doux farant puta fin (8).
Passant vé lou Fareirauds
Y ayant tr’tous das biaux chevaux !
Dépeu d’vant chi Sergi
E sautchant sû le bii (9).
(1) (Lessoldats) arrivèrent à la nuit tombante
Disant : Mes amis, laissons-les dormir.
(2) Trompette et violon joueront ;
Nous avions pensé à une altération du texte en voyant intervenir ce « vio¬
lon » parmi les instruments de musique militaire. Mais ta chanson populaire
recueillie par M. l'abbé Boudant sous le titre de « Au Château de Chantelle »
et publiée dans la .Renue liourbonnaite de 1887 (page 197) contient le vers
suivant :
Huchez, trompett’s, tambours et violons 1
D'autre part, nous verrons que la version roannaise parle de « viole », ce
qui n'est qu’une variante.
<3) Quand les Pions furent éveillés
Voilà des gens bien étonnés.
(4) Partir.
(5) Avertir.
(6) Obéir.
(7) Piago (et) Belliot ayant les menottes (s'écrient) :
« Adieu, Ferrières et notre curé. »
(8) M. Noélas écrit en un seul mot « putafin ».
(9) Voilà le Couchât et aussi le Toin !
Ces deux-là feront mauvaise fin.
Passant à Ferrières (mot à mot :
Chez les habitants de Ferrières)
Les soldats avaient tous de beaux chevaux !
Depuis devant chez Sergi
Ils sautaient dans le bief.
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232
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS,
8
En dépeu devant chi Magnaud,
E sàutchant devant chi Chabraud.
Vou’est l’Coly et moué l’Bibi
Qu’ courant tous doux par lous pat-
Portchant de l’eau-de-vie [chis,
Par les trétous reveni (i).
9
« Adjeu donc à mes chers amis ;
« Ah ! nous vétchi trétous partis !
Iquela petita Marion,
Qu’ayo mét cuerre le jambion
Par porta de vé Lyon,
Par y garda son mignon (2) !
10
Iquela petita Braillon,
Par sauva son mounon
Qu’essiot dans le chambron,
Le demène ben son cotillon !
Passant près dau cemintère,
Disiant adjeu à doux vicaires (3),
11
O vous, nos très chers compagnons
De Lavoine (4) et des environs,
Soyez prudents et doux
Et plus religieux que nous
Ne violez pas la loi
Et respectez le Roi.
12
Sur la place d’Allier
Huit paures (5) particuliers
Montèrent sur l’échafad (6)
C'est Barthelat, notre seigneur.
Qui nous a fait tout c’malheur.
Monsieur d’là Ramas n’en aurait pas
[tant fâ (7).
(t) Depuis devant chez Magnaud
Ils sautaient jusqu'à la maison de Chabrol !
C’est le Coly et aussi le Bibi
Qui couraient tous deux par les prés
Portant de l'eau-de-vie
Pour les ragaillardir tous.
(2) Les prisonniers disent :
« Adieu donc à mes chers amis ;
Ah ! nous voilà tous partis ! »
(On voit) cette petite Marie
Qui avait mis cuire le jambon
Pour le porter à Lyon
Pour y garder son mignon 1
(3) Cette petite Braillon,
Pour sauver son chéri
Qui était dans le cachot,
Elle démène bien son cotillon !
Passant près du cimetière
(Ces deux femmes) disaient adieu à deux vicaires.
(4) M. Noélas écrit L’Avoine.
(3) Pauvres.
(6) Echafaud.
(7) Fait. (M. Noélas écrit « fas #.)
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LA COMPLAINTE DES PIONS
233
On remarquera que notre complainte désigne bien, sous les sur¬
noms de Béliaud, le Cochat et le Tuin, trois personnages condamnés
à mort par le Lieutenant Criminel sous les noms de Laurent Bar-
raud, dit le Belliot, Gilbert Pion-Basmaison, dit le Couchât, et
Antoine Pion-Basmaison, dit le Toin.
Avouons-le franchement : cette chanson est fruste. Tout y est d’une
incorrection particulière : langage et prosodie. Au point de vue du
langage, il y règne un mélange inélégant de mauvais français et de
mauvais patois. Au point de vue de la prosodie, l’irrégularité en est
étonnante, car les chansons en patois sont ordinairement composées
de vers justes, sauf erreur sur les diphtongues, et grâce, il faut le dire,
au secourable usage des élisions.
Ici la fantaisie est telle qu'on a peine à reconnaître quel rythme
l’auteur a voulu choisir. En y regardant de près, cependant, on peut
affirmer que primitivement chaque couplet devait se composer de
deux vers de huit pieds suivis d’un vers de six, et d'un vers de huit
pieds, suivi de deux vers de six. Ce qui est confirmé par la variante
roannaise.
En appliquant cette hypothèse à notre complainte telle qu'elle est,
nous voyons que sur douze strophes le premier vers est correct dix
fois, le second neuf fois ; le troisième cinq fois seulement ; le qua¬
trième sept fois ; le cinquième huit fois ; le sixième sept fois.
li serait facile d’augmenter le nombre des vers justes au moyen
de quelques élisions tout à fait usuelles et de quelques retouches ;
ainsi ce vers de la sixième strophe :
Adjeu, femmes et enfants !
a sept pieds au lieu de six, tandis qu’il devient juste dans la version
roannaise qui met femme et enfant au singulier et le libelle ainsi :
Adiou, femme et enfant !
Le nombre des vers corrects serait bien plus considérable encore
si une tradition fautive n'avait pas amené le dédoublement du neu¬
vième couplet avec lequel on en a fait deux. La vraie strophe parait
être celle de la version roannaise qui commence par les mots : Hi !
la Marion ! Le texte bourbonnais a formé son neuvième couplet en
le commençant par la redite de deux vers précédents à peine modi¬
fiés (1), et en le complétant par quatre des vrais vers primitifs. La
(1) Adieu donc, à mes chers amis ;
Ah I nous vétchi trétous partis 1
Au lieu de :
Allons donc, mes chers amis,
C’est aujourd'hui qu'il faut parti 1
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
dixième strophe commence alors par quatre vers qui sont compo¬
sés : le premier, d'un des hémistiches primitifs muni d'une rallonge ;
le second, de la redite altérée du vers : « Par y garda son mignon » ;
le troisième et le quatrième, de vers qui ne sont plus à leur place. Et
enfin on a terminé l'opération en interpolant deux vers finaux, gri¬
voiserie plaquée au hasard. Naturellement cet embrouillamini en
dérangeant l’alternance de vers inégaux en a détruit l'ordonnance et
la symétrie, et de ce chef les a rendus incorrects.
Quant au dernier vers du dernier couplet, il grandit démesurément,
il s’enfle, il arrive à onze pieds, ce qui est un triomphe : triomphe
assez étrange pour éveiller l'attention. On se rappelle qu'il est ainsi
libellé :
« Monsieur d’La Ramas n'en aurait pas tant fâ ! »
En supprimant l'élision on le transformerait en un superbe alexan¬
drin qui serait, hélas ! le seul de son espèce dans toute la chanson !
Le texte roannais nous donne la clefdu mystère: il faut couper cet
alexandrin final en deux vers de six pieds, et on retombe dans la sy¬
métrie voulue (1).
Le sens de la complainte est difficile à bien saisir par suite de muti¬
lations certaines et par suite d’un affreux désordre dans la succession
des idées.
L’exposition n’est pas mal faite par les trois premières strophes ;
mais quelle brusque arrivée à la quatrième !
11 semble que cette strophe ait dû primitivement succéder aux deux
derniers vers actuels de la première. On aurait ainsi l’explication
logique de ces « vaillants dragons » qui étant « venus renversâ
lou Pions » « arriveront au bord de nuit... ».
Les quatrième et cinquième couplets disent bien ce qu'ils ont à
dire ; le cinquième quoique elliptique montre d'une façon suffisante,
en tète du convoi des accusés, Piago et Béliaud qui passent, les me-
(1) Malheureusement on a ainsi un vers de trop. Le couplet roannais étant
. tronqué ne permet pas de retrouver la strophe primitive. On pourrait ce¬
pendant la rétablir ainsi :
Sur l'échafaud, plac' d'Allier,
Montèr’ huit paur' particuliers ;
Bartbelats, notr' seigneur.
Nous a causé tout ce malheur ;
Monsieur de La Ramas
N'en aurait pas tant fà 1
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LA COMPLAINTE DES PIONS
235
nottes aux mains, à travers les rues de Ferrières et font leurs adieux
et leurs recommandations.
Mais le septième et le huitième sont de véritables casse-tête chinois.
Après avoir montré dans la suite du convoi le malheureux Cochat et
l'infortuné Tuin qui seront pendus et « tarant puta fin », brusque¬
ment on déclare que passant à Ferrières « ils » ont tous de beaux
chevaux qui font des cabrioles prodigieuses, et le lecteur doit s’ex¬
pliquer à lui-même qu’il s'agit non pas des prisonniers mais des « vail¬
lants dragons » et des cavaliers de la maréchaussée. Subitement, au
milieu du huitième couplet, arrivent deux particuliers nommés Le
Coly et Le Bibi qui pour ragaillardir les prisonniers courent près
d'eux à travers les prés, sur les flancs de la colonne, et de temps en
temps leur font boire de l’eau-de-vie.
S'agitant dans les rues de Ferrières, autour du convoi ou faisant
partie du convoi, car ce n’est pas clair, on remarque deux femmes,
la Marion et la Braillon ; il parait qu’elles disent adieu aux vicaires
et que la Braillon démène beaucoup son cotillon.
Cela serait assez vif et gaillard, mais on.mèle à cette description de
la scène présente un souvenir du passé qui produit le plus étrange
imbroglio.
Il faut que le lecteur supplée aux lacunes et se dise : « Cette petite
Marion qui passe là, est celle qui était allée, il y a quelque temps, porter
du « jambon cuit » aux magistrats de Lyon, pour qu'ils acquittent
son « mignon » détenu en prison préventive », sans doute pour
quelque méfait commis sur le territoire du Roannais.
Quant à la Braillon, la complainte voudrait dire la même chose,
mais la phrase n’a qu'un sens assez ridicule.
Le onzième couplet est une amplification du cinquième ; d’une fa¬
çon fort inopinée il expose les dernières et très édifiantes recom¬
mandations des prisonniers qui s’éloignent déjà sur le chemin con¬
duisant à Moulins.
Le douzième est à la fois clair et tragique.
i
* i
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Version de la Montagne Roannaise 111
i
Arrivant cheu Pion aneu de la nuit
Disünt:chiers amis, laissons leu dormi
Ouisquant y fera zour,
No battrons lo tambour ;
Trompatte et viole zeurra,
Tant que ça leu ravaillira.
2
Quand leu cheu Pion funt ravaillés,
V’ia deux zigens ben estraillés ! ( 2 )
« Allons ! meus chiers amis,
« C'eu d’auzourd’hi quefaut parti,
« Leu rei nos avertit.
« Faut ben li obéî. ■
3
Jacob Béliot emmanouté :
« Adiou Ferrière et moun curé l
« Adiou femme et enfant !
■ Dans ceu forcé rude moument
« Preneu exemple à mei,
« N’insulteu pas leu rei ! »
4
Hi ! la Marion ! Hi ! la Braillon,
Qua démène ben soun cotillon,
Portave lau zambon
A lau Messieu de voué Lyon,
Por sauver son mounon
Qu'essiau dans leu chambron.
5
Qué nos a causé notre malheu T
Mossieu Berthelas notre seigneu.
Mossieu de la Rama
N’en auriau pas tant fat.
Première remarque : Cette version roannaise ne contient que cinq
couplets dont les trois premiers sont la traduction des quatrièmé,
cinquième et sixième couplets bourbonnais ; le quatrième résume
en un seul les neuvième et dixième couplets bourbonnais ; le cin¬
quième n'a pu être recueilli que tronqué des deux premiers vers.
Si l'on observe que les couplets bourbonnais qui n'ont pas de cor¬
respondants sont précisément en français, on sera bien près d’ad¬
mettre que M. Noélas a recueilli un texte rempli d’innovations.
Disons en outre que dans la version de M. Gras le rythme est presque
impeccable pour les deuxième, troisième et quatrième couplets (deux
vers de six, un vers de huit, deux vers de six).
(1) Nous publions cette complainte, écrite en patois d’Arcon, telle que
M. Pierre Gras l’a publiée dans son Dictionnaire du patoi» forizien, et telle
que la lui a communiquée M. Alphonse Coste, de Roanne.
La notice historique qui accompagne te texte dans l'ouvrage deM. Pierre
Gras est tout à fait erronée et démentie par les documents que nous avons
analysés précédemment.
(2) Voilà des gens bien étonnés.
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LA COMPLAINTE DES PIONS
237
Seconde remarque : Non seulement la complainte commence à l’im-
proviste, mais elle débute par deux vers de dix pieds dont le premier
n'a aucun sens, car « aneu » signifie aujourd'hui et ne prend pas sa
place dans la phrase. On peut supposer que ce vers était primitive¬
ment :
Arrivéron (1) cheu Pion la nuit.
Le second vers serait juste, si on adoptait les contractions et éli¬
sions du vers bourbonnais correspondant.
Troisième remarque : Nos Piago et Béliaud deviennent un seul
personnage sous le nom de Jacob Béliot. Nous pensons que la version
bourbonnaise est dans le vrai et nous pensons même que Piago
désigne Claude Fradin dit Sapinot, l'un des condamnés à mort, celui
qui est décédé en prison. Si on tient compte en eflet des règles qui
président à la confection de toute bonne complainte, il faut croire
qu'on n'a oublié aucun des principaux condamnés ; or le pauvre
Sapinot n’a pas la moindre mention dans l'une ni dans l'autre de
□os chansons. Ce qui parait inadmissible.
Quatrième remarque : Le quatrième couplet doit être exact d’un
bout à l'autre (2). Ici ce n'est plus la Marion qui a porté du jambon
« à lau messieu de voué Lyon », c’est la Braillon ! Peut-être est-ce la
même tète sous deux surnoms, et faut-il croire que la môme femme
est appelée à la fois Marion et Braillon !
Quant au dernier couplet, nous avons dit précédemment ce que
nous en pensions. Observons que, sauf légère variation du nom
propre, Berthelas seigneur de la Guillermie est l’objet des mêmes
malédictions que dans la variante bourbonnaise et que M. de La Ra¬
mas est l'objet des mêmes souvenirs attendris, ou relativement atten¬
dris, car on ne sait pas bien la part d'éloge que contient la compa¬
raison !
Quels sont donc ces deux personnages auxquels la complainte a
assuré une sorte d'immortalité ?
M. de La Ramas s'appelait en réalité Geoffroy Sicauld de la
Ramas écuyer, seigneur de la Ramas et de la Guillermie, conseiller
du roi, receveur des tailles en l'élection de Saint-Etienne en Forez ;
il était le mari de Dorothée Gardin des Bartins, et mourut le 5 mars
1755.
Il appartenait à une famille de Vichy, connue en Bourbonnais
(1) Arrivéron : Ils arrivèrent (d'après le dictionnaire du patois forézien).
(2) A condition d'élider l'e final de « démène ».
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238
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
sous les noms de La Ramas, de Mariol et de Saint-Prlest. La Ramas
est un château de la commune de Bellerive-sur Allier ; Mariol est le
château qui domine le village de ce nom situé près de Saint-Yorre ;
et Saint-Priest désigne Saint-Priest de Bramelan dans le Puy-de-
Dôme.
M. de La Ramas étant donc décédé en 1755, laissa la Guillermie à
ses deux filles : Gabrielle-Dorothée, épouse de Joseph de Bardon du
Méage, et Anne, épouse de Jean-Marie Revanger de Villards, lesquels
s'empressèrent de vendre cette inaccessible seigneurie à Claude-
Marie de Barthelats. alias de Berthelas. chevalier, seigneur d’Ar-
pheuilletle, de Chateaubois, de Chance et autres ses terres, et de¬
meurant ordinairement à Renalson, d’une famille également connue
en Bourbonnais.
C’est lui « Barlhelat », objet de toutes les imprécations !
Je dois dire, pour rendre à la vérité un hommage toujours néces¬
saire, que les registres du greffe de la Guillermie contiennent autant
de poursuites au nom de M. de La Ramas qu'au nom de M. de Bar¬
thelats, et qu’en fin de compte ce dernier n'était pour rien dans la
grande catastrophe célébrée par la complainte !
Si au moins on avait maudit le procureur La Caille ! Mais tant de
logique n'entre pas dans les chansons populaires, surtout dans celles
de la farouche tribu des Pions!
Paul Duchon.
Coiffe de Ferrières et la Guillermie
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Notes de lectures
Le 7 août 1905, M. Philippe Tiersonnier, rendant compte des publi¬
cations reçues par la bibliothèque de la Sociétéd'Emulation, signala,
dans les Mémoires de la Société... scientifique du Puy de 1902-1903, un
article de M. Et. Rouchon extrait du « Procès vèrbal » des opéra¬
tions d'Etienne Fergon de la Pataudière pour la prise de possession
du Beaujolais, des Dombes « et de ce qu'il a géré dans les autres terres
des duc et duchesse de Montpensler ès provinces du Bourbonnois
Auvergne, Berry et Poitou », les dites opérations faites en 1561 (édité
à Lyon par M. Longin, chez Brun, en 19011. Les terres ainsi parcou¬
rues par Fergon, accompagné depuis Varennes par François de Saint-
Hilaire, étaient remises par le roi François II à l'héritier du conné¬
table, Louis de Bourbon, duc de Montpensier. lequel était né à Mou¬
lins en 1513. C'est le 19 février 1561 que Fergon partit de Champigny-
sur-Veude, d’où il gagna Lyon par le Bourbonnais, pour repartir de
Lyon au mois d’avril et aller conlinuer ses opérations en Auvergne.
L’introduction mise par M. Longin à ce procès-verbal, retrouvé aux
Archives Nationales, est à lire en entier, comme le procès-verbal lui-
mème. Nous extrayons de ce dernier deux passages intéressant le
Bourbonnais. P. F.
(P. 25 .) Le mercredy ( 1 ), je fuz coucher à St-Hillaire et y disnay encores
le lendemain, que nous délibérasmes nous trouver sabmedy au soir à Va-
rannes pour suyvre le chemyn de Lyon. Ce pendant il ( 2 ) donnerait ordre à
son mesnage. Et moy je m’en allis coucher à Moulins, qui estoit le jeudy
pénultième jour de febvrier 1560 .
Dès le soir du dict jour et le lendemain, je communiquay avecques mes¬
sieurs Duret ( 3 ) et de L’Aubespin ( 4 ) du procès que Monsieur le conte de
Ventadour poursuyt contre la Royne mère, et Madame, et Monseigneur,
pour raison des terres de Roche en Regnyer et Anonnay ; mais ilz ne m’en
sceurent jamais donner aulcune instruction et me dirent n’en avoir jamais
ouy parler.
(1) 26 février 1561 n. st.
(2) François de Saint-Hilaire.
(3) Jean Duret, avocat du roi à Moulins (Cf., R. de Quirielle, Bio-biblio¬
graphie des écrivains anciens du Bourbonnais).
(4) Peut-être Michel, qui mourut lieutenant général du domaine de Bour¬
bonnais à Moulins, ayant épousé Elisabeth Brinon.
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240
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Je n’euz aussi d’eulz mémoire ne advertissement qui me peust servir à
Dombes et Beaujolloys, encores qu’ilz l'eussent faict voluntiers et de bon
cueur, sils eussent sceu quelque chose, pour m’y ayder, car je les ay rencon¬
trez et Monsieur Billhoumat (i), procureur du Roy au doumayne de Bour-
bonnois, fort affectionnez à m’ouyr et à me faire offre de tout le très humble
service qu’ilz pourront rendre à la maison de mesdicts dame et seigneur,
M’enquérant aussi à Monsieur de L’Aubespin en particulier quelles terres
et pièces de la maison de Bourbon feue Madame la régente, mère du Roy
François premier de ce nom, avoit vendues, données et engagées depuys la
transaction faicte entre ledict Roy et elle, à Fere sur Oize le (a),
[il] me dist qu’elle n’en avoit point vendu, aumoings qui fust venu à sa
congnoissance, mais qu’elle avoit donné la baronnye de Thiert, qui est près
d’Aigueperse, à feu monsieur le chancelier Duprat, dont monsieur de Nan-
thouillet joyst de présent. Et à feu monsieur de La Bourdaisière la chastel-
lenie de Germigny-en-Luysant ( 3 ), estant près St Pierre le Moustier et
St Couyngs ( 4 ). Et encore à luy les (yeux nobles de Breuille ( 5 ) et Lailly ( 6 )
près Chevaignes.
Les contractz desquelles donations se trouverront, comme le dict L’Au¬
bespin m’a adverty, enregistrés ou livre des lettres d’offices et Chartres faict
du temps de ma dicte Dame la Régente, lequel livre a esté porté à la Chambre
des comptes à Paris.
Me dist aussi que feue Madame Anne de France vendit la moityé de Gen-
zac ( 7 ) au sieur de l’Autrec ( 8 ), moityé à condition de réméré perpétuel, et
qu’il y a ung pappier en la chambre des comptes du dict Moullins, dressé
par feu monsieur le secrétaire Marillac, contenant les venditions et alliéna-
tions faictes par Madame feue Dame Anne et Monsieur Charles de Bour¬
bon. De toutes lesquelles alliénations feue Madame Dame la Régente feist
accorder et consentir réméré perpétuel aux achapteurs.
Le sabmedy, dernier jour de febvrier, je fus disner à Varannes, d’où je
dépeschay ung homme à Escolle porter lettres aux officiers dudict lieu, et
particulièrement au procureur qui est ascenseur, par lesquelles je leur man-
dois que, suivant les lettres de Madame, ilz feissent proclamer le bail de
(1) Sic, pour Billonnat.
(2) La date manque, cette transaction est du 25 août 1527. {Note de M. Lon-
gin.)
(3) Germigny-l'Exempt, Cher, arr. de Saint-Amand, autrefois en Bour¬
bonnais et siège d'une des dix-sept châtellenies. tCf., N. de NicolaI, chap.
CXVIl.)
(4) Sancoins, ibid.
(5) Breuil. commune de Gennetines, confisqué sur Henri Coiffieràla Révo¬
lution.
(6) Laly, communes de Rodes ou du Montet, et non pas près de Chevagnes.
(7) Jenzat, canton de Gannat.
(8) Guy d’Arpajon, chambellan du roi en 1489, vicomte de Lautrec,seigneur
éphémère de Jenzat.
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NOTES DE LECTURES
241
l’ascence dudict lieu au XXV™« jour d’avril prochain, auquel jour j’espérois
me trouver audict lieu, après avoir mis ordre à quelques affaires qui s’of-
froient pour le service de mesdicts dame et seigneur aux pais de Beaujollois
et Dombes ; les priant que ce pendant ilz tinssent prest et en si bon estât
tout ce qui regardoit le service de mesdicts dame et seigneur que je peusse,
avecques leur bon conseil et advis, y faire chose qui leur feust agréable et
proffitable ; surtout qu’ilz usassent de telle dilligence et fidélité à pratiquer
ascenseurs que on ne nous peust reprocher y avoir moins bien faict nostre
devoir que ceux qui par cy devant y ont eu pareille charge. Je priois aussi
ledict procureur envoyer à monsieur le trésorier Daoust ung sac et pacquet
que je lui envoyois, où estoient lettres de Madame et aultres de moy, sem¬
blables aux précédantes, pour les officiers de Vodable, Léothoing, Vielle-
brioude et Roche en Regnyer, que je le priois leur faire tenir par homme
seur et exprès, affin qu’il n’y eust faulte aux assignations des baulx à ferme
desdictes seigneuries aux jours que je leur mandois.
Ledict dernier de febvrier, jour de sabmedy, monsieur de St Hillaire vint
coucher audict Varennes, d’où nous partismes le lendemain, jour de diman¬
che, premier de mars.
• • •••••••••••••••••• • • • • • •
(P. 125 .) Le dimanche dix-neufiesme jour du dict moys ;i) nous arrivasmes
à Aigueperce ( 2 ', auquel lieu, ensemble à Escolle, nous avons demouré l’es¬
pace de neuf jours, pendant lequel temps et soudain que je fus arrivé, les
habitans du lieu et villaige de Bas ( 3 ), subiectz duditct Montpencier, me
vindrent faire quelques doléances de monsieur le bailhy dudict lieu, contenant
en substance que, combien qu’ilz soient de tout temps joissans d’ung com¬
munal estant près leur villaige et servans de chemins, sailhye et aisance
d’icelle, néantmoings, despuys quelque temps ledict sieur bailhy, à la requeste
de Michel Reynault, son filz, escoliier estudiant à Paris, a, en vertu d’une
sauvegarde, faict mectre les panonceaulx et armes du Roy, prétendant ledict
communal luy appertenyr, et faict faire deffence auxdictz habitans de n’y
plus doresnavent passer ne mener pascaiger leur bestial, sur peine d’ung
marc d’or ; et non content de cella, leur a faict donner assignation par-
devant le conservateur des privilheiges royaulx dudict Paris, pour venyr
respondre sur la fraction desdictes deffences et sauvegarde, prétendue avoir
esté faicte parlesdicts habitans.
Lesquelles plaintes ouyes, je leur commandé de me mectre une requeste
par escript contenant leur faict et dire, et après l’avoir faict signer en leur
requeste, la me présenter pour après, par l’advis du conseilh, y pourveoir
sellon que appertiendroit.■
(1) Avril.
(2) Venant de Lyon, par le Puy et Riom.
(3) Puy-de-Dôme, arr. de Riom, rant. de Randan,
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CHRONIQUE
Les Armoiries épiscopales de M? r Penon
CINQUIÈME ÉVÊQUE DE MOULINS
M* r Penon, le nouvel évêque de Moulins, étant de droit un des
présidents d'honneur de notre compagnie, il nous a paru utile de
Üxer les principaux événements de la vie du prélat et de faire con.
naître ses armoiries épiscopales dessinées par notre confrère M. le
chanoine Joseph Clément.
Mr Jean-Baptiste Penon est né à Simiane (Bouches-du-Rhône) en
1850. Ordonné prêtre en 1873, il fut professeur au Petit-Séminaire et
au collège catholique d'Aix de 1872 à 1883, vicaire à Saint-Esprit,
puis vicaire général de Me r Gouthe-Soulard de 1890 à 1000, chanoine
honoraire depuis 1890, vicaire capitulaire pendant la vacance du
siège, curé de Fuveau en 1901, curé-doyen de Saint-Rémy en 1904,
de Sainte-Marie-Madeleine d’Aix en 1906.
Elu évêque de Moulins le 6 mars 1911, il a été sacré dans la métro¬
pole d'Aix, le mardi 27 juin 1911, par l'archevêque Mb* Bonnefoy,
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BIBLIOGRAPHIE 2*3
assisté de NN. SS. Guilliberl, évêque de Fréjus, et Lobbedey, évêque
d'Arras, son prédécesseur sur le siège de Moulins ; intronisé à la
calliédrale de Moulins le 18 Juillet, à 4 heures du soir.
■ Les armes du nouvel évêque de Moulins groupent des pièces héraldiques
qui désignent tout à la fois sa personne, la ville où s’exerce son zèle et où
il est élevé aux honneurs de l’épiscopat et celle qui fut son berceau.
C'est d'abord, se détachant sur le palé qui compose le fond des armes
d’Aix-en-Provence, le prélat rappelé par son patron, son nom et une de ses
plus chères dévotions ; t ) son patron : saint Jean-Baptiste, auquel il emprunte,
pour son apostolique devise, la principale formule de la mission de Précur¬
seur ; a) son nom : un « pennon » d’azur, symbole d’espérance, qui flotte sur la
hampe crucifère de saint Jean-Baptiste, à la place de la banderole ordinaire ;
3 ) enfin les initiales de Notre-Dame de Grâce ( Mater Gratiœ), la madone
séculaire et vénérée de l’église de Sainte-Madeleine dont le prélat était le
curé.
Le tout est placé dans une bordure d’or aux tours et aux fleurs de lys d’azur,
prises aux armes de la ville de Simiane où est né le nouvel évêque.
Ainsi, Mg r Penon, évêque de Moulins, porte :
D’or à quatre pals de gueules — emprunté aux armes d'Aix-en-Provence,
— au saint Jean-Baptiste de carnation, yeux et cheveux bruns, auréolé d'ar¬
gent, vêtu dune peau de brebis au naturel et dun manteau de pourpre ; la
main dextre levée, et tenant de la senestre un bâton crucifère de sable au pennon
dasur ; au franc canton d’argent chargé des lettres majuscules gothiques AI et
G (initiales de Mater Gratiœ) entrelacées, la première a’azur, la seconde de
gueules ; à la bordure dor chargée de huit tours et huit fleurs de lys alternées,
le tout dasur, qui rappellent les armes de la ville de Simiane.
La devise est : ■ Parate Viam Domini. »
J. C. .
BIBLIOGRAPHIE
Tournier (Albert). — Les Conventionnels en exil. Paris, Flam¬
marion, 1911, in-12.
Albert Tournier qui était si connu au Quartier Latin il y a quelque
vingt ans, n'est pas seulement le représentant du fëlibrige à Paris, il
se révèle historien à ses heures. Naguère, c’était Vadier dont il étu¬
diait le rôle comme président du comité de sûreté générale. L’ouvrage
qu’il présente aujourd’hui au public : Les conventionnels en exil, va
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244 SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
nous montrer la triste vie de ces hommes après la proscription du
16 Janvier 1816.
Déjà pareil sujet avait été traité par M. Eugène Welvert (Lende/nams
révolutionnaires ), mais l’auteur s’était borné à suivre certains conven¬
tionnels qui lui avaient paru typiques : l'anacréon de la guillotine,
Barèjre ; un prêtre. Châles ; l’organisateur de la victoire, Carnot ;
David, l’illustre peintre ; le héros de Mayence, Merlin de Thionville,
et quelques autres. Tournier au contraire a voulu les suivre tous et
consacre à ceux qu’il a pu retrouver une courte notice.Nous relevons
donc dans son livre plusieurs noms qui intéressent le Bourbonnais.
Sur 361 députés qui avaient voté la mort de Louis XVI, 56 avaient été
guillotinés, 24 avaient été tués sur le champ de bataille, assassinés, ou
s'étaient suicidés, 55 étaient morts paisiblement, avant la loi de ban¬
nissement. De la représentation de l’Ailier, Vidalin et Petitjean
n'existaient plus, Chevalier, Beauchamp, ne tombaient pas sous le
coup de la loi ; Tournier ne fait pas mention de Giraud. Martel et
Forestier prirent le chemin de l’exil.
De Liège où il s'est retiré, Martel écrit le 11 juin 1819 au marquis
Dessolles pour protester contre la mesure prise à son égard. Le 14 jan¬
vier 1820, il réclame les arrérages de sa pension et la restitution des
retenues prélevées. Forestier vit à Brienz (Suisse). Le 31 mars 1816,
il charge Boiron-Rozier, adjoint au maire de Cusset, de lui faire parve¬
nir une pension de 6.000 francs qui lui est due par Hugues «Gévois».
Bien qu’il appartienne à la représentation de Saône-et-Loire, Baudot
doit être mentionné ici par suite de sa naissance à Liernolles. Tour¬
nier lui consacre un long article et cite volontiers ses appréciations.
A Bruxelles et à Liège, le D' Baudot s’occupait d’œuvres philanthro¬
piques et de la rédaction de ses mémoires, légués à son cher Edgar
Quinet.
Pour terminer ce trop rapide exposé de l’étude historique de Tour¬
nier, nous ne saurions mieux faire que de citer sa phrase initiale :
« B en que les conventionnels aient été très souvent et très allègre¬
ment jetés aux gémonies de l’histoire, tout ce qui intéresse ces puis¬
sants ouvriers de l'unité nationale ne saurait laisser indifférente
une âme française. »
E. Capelin.
Le Gérant : P. FLAMENT.
Moulins. — lmp. Etienne Auclairb.
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PROCÈS-VERBAL
SÉANCE DU 7 AOUT 1911
Présidence de M. le chanoine Clément
r
E taient présents : MM. le chanoine Berthoumieu, Delaiguk,
Flament, Giraud, L. Grégoire, Joly.
— Excusés : MM. l’abbé Crochet, Dénier, Leutrat, Morand
et Tiersonnier.
— En l'absence du secrétaire et du secrétaire-adjoint, M. Flament,
directeur du Bulletin , est chargé de la rédaction du procès-verbal de
la séance.
— M. le Président ouvre la séance en rappelant le décès, dans le
courant de ce mçis, de M. Ducros, co-directeur du Soleil, qui était des
nôtres depuis 1907 et avait pris part à l’excursion dans les environs
de Saint-Pourçain, qui l’intéressaient spécialement.
— M. l'abbé Clément, après la lecture et l'adoption du dernier
procès-verbal et à l’occasion de la question posée par M. l’abbé Audin,
signale, d’après les notes Des Gozis, à la date de 1610, un Louis
des Escures, déjà à cette date pourvu d’un bénéfice dans la région de
Jaligny, et qui aurait vécu jusqu’en 1690 (?).
— Ouvrages offerts à la Société : Congrès archéologique de France ,
76*session tenue en 1910 à Avignon (M. E. Letèvre-Pontalis) ; — M. Fla¬
ment : Lettres inédites de Pascal-Antoine Grimaud, vicaire épiscopal
du département de l'Ailier, membre de la Commission temporaire de
Lyon (Curiosités bourbonnaises, XXIII).
— M. Flament donne lecture de la correspondance : Lettres du
16
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246
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOUftBONNAlS
trésorier du comité du monument Philippe Thomas, à Sfax, accusan 1
réception des souscriptions recueillies par la Société d'Emulation ; —
de M. l'abbé Crochet, curé de Thionne, remerciant de sa récente ad¬
mission.
— Travail déposé sur le bureau et renvoyé au Conseil : Bellenaoes
(suite), par M. L. Bideau.
— M. Flament communique à la Société deux lettres par lui reçues
de M. Louis Karl, docteur ès lettres, offrant pour le Bulletin un tra¬
vail sur Jean du Pin, moine moraliste bourbonnais du xiv« siècle,
auteur du Litre de Mandeoie, dont on connaît une dizaine de manus¬
crits, mais qui n'a été imprimé que deux fois, en 1485 et en 1500. Les
poésies morales de Jean du Pin ont été plusieurs fois citées par les
érudits sans que jamais elles aient donné lieu à un travail d’ensem¬
ble ; l'article de M. Karl est le premier où soit analysée l’œuvre et où
en soit identifié l’auteur. Cet intéressant travail est renvoyé au Con¬
seil qui, après lecture, examinera dans quelles conditions il serait
possible d'en décider l’insertion.
— M. Flament donne connaissance d’une délibération du conseil
municipal de la Feline, qui demande le classement de l’église comme
monument historique ; il fait passer sous les yeux des membres pré¬
sents des photographies de ce charmant petit monument, dont la
flèche haute et fine est bien connue des archéologues. La Société
s’associe à la demande du conseil municipal de la Feline et exprime
le vœu de la voir couronnée de succès : ce vœu sera transmis à la
municipalité qui pourra le joindre à son dossier.
La municipalité d’Autry-Issard étant également disposée à faire
classer son église parmi les monuments historiques (lettre de M. Thë-
venet, maire, à M. Tiersonnier), la Société d’Emulation, qui a spécia¬
lement étudié cet intéressant édifice lors de son excursion de 1909,
exprime le vœu que ce classement puisse être effectué et charge le
Bureau de transmettre ce vœu à qui de droit.
— M. Flament informe la Société que l’église de Bellenaves a été
classée comme monument historique le 8 juillet dernier.
— M. Tiersonnieh a fait déposer sur la table de la séance deux em¬
preintes de cachets bourbonnais, l’une aux armes des de Chausse-
courte {parti émane hé d'or et d'azur, alors que V Armorial du Bour¬
bonnais donne : parti émanché d’argent et d’azur) et l’autre aux armes
des du Breuil, seigneurs de la Brosse, dont l 'ex-libris a été récem¬
ment donné dans le Bulletin. Les deux cachets appartiennent & notre
confrère, M. Xavier de Bodinat, qui a bien voulu en prendre em¬
preinte pour la collection des Archives.
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PROCÈS-VERBAL
247
— M. Joly, bibliothécaire, fait en ces termes le compte rendu des
publications reçues depuis la dernière séance :
a Le tome XL1X des Mémoires de la Société archéologique de Tou¬
raine contient un travail de M. le comte Boulay de la Meurthe sur les
Prisonniers du Roi à Loches sous Louis XIV. Deux de ces prisonniers
intéressent le Bourbonnais : c’est d'abord Charles, marquis de La Vieu-
ville, surintendant des finances, détenu en 1624-1625. Il nous intéresse
à cause du préfet de l’Ailier La Vieuville sous la Restauration.
« C'est ensuite le sieur de Comminge, procureur du roi en la châ¬
tellenie de Montluçon, incarcéré de novembre 1679 à mars 1680 pour
a résistance à quelques ordres de Colbert dans une affaire de finan¬
ces ».
« Le tome XVII des Mémoires de la Société des Sciences naturelles
et archéologiques de la Creuse donne la liste des abbés de l'abbaye
cistercienne de Bonlieu (Creuse). Un de ces abbés était, en 1607, Annet
de La Roehe-Aymond, doyen de l'église collégiale Saint-Nicolas de
Montluçon.
b Dans le même volume, M. Louis Caillet publie, avec notices ex¬
plicatives, trois documents inédits tirés de la Bibliothèque munici¬
pale de Lyon. Deux de ces documents se rapportent au Bourbon¬
nais :
« C'est 1* un « Mendement » de Philippe le Bel du 3 février 1310 re¬
latif au comté de la Marche que ce roi avait confisqué en 1308 et qui
fut échangé en 1327 par le roi Charles IV le Bel avec Louis, seigneur
de Bourbon, contre le comté de Clermont en Beauvaisis, où ce roi
était né.
« 2* Une ordonnance non datée de Jacques II de Bourbon, roi de
Hongrie, de Jérusalem et de Sicile, comte de la Marche et de Castres.
Cette ordonnance prescrit des mesures propres à refaire les finances
du comté de la Marche et à le mettre à même de payer aux gens
d’armes et aux routiers les sommes convenues pour les éloigner du
pays qu’ils menaçaient sans cesse de pillage et de dévastation.
« Le général Devaureix publie dans le même volume des Observa¬
tions géographiques, historiques et linguistiques sur l’ancien pays de
Combrailles, son pays natal.
« L’auteur insiste sur le rôle joué par ce petit pays dans l'histoire
de notre indépendance nationale, â commencer par la lutte de Ver¬
cingétorix contre César. Il suit le conquérant romain depuis Decize
jusqu’à Gergovie, le montre d’abord remontant la vallée de l’A bran
pour arriver vers l’Ailier, près de l'endroit où se trouve Moulins, en¬
suite longeant la rive droite de cette rivière jusqu'à Varennes. Là, un
stratagème permit à César de passer sur la rive gauche. Alors il gagna
Gergovie par le seul itinéraire praticable pour lui, par la vallée de
l’Andelot, par Gannal et Aigueperse.
« Dans ses Commentaires, César, dit le général Devaureix, invoque
a les plus subtils prétextes pour expliquer son départ précipité de
a Gergovie. Mais une lecture attentive du Livre VII permet de recon-
a naître, entre les lignes, l'aveu d'une défaite absolue. Telle fut la ra-
a pidilé de sa retraite qu’il mit seulement trois jours pour refaire, en
a sens inverse, jusqu’à l’Ailier, le chemin qu'il avait tout d’abord fait
a en cinq jours pleins. Cette retraite fut donc, pour César, une véri-
a table fuite et, pour Vercingétorix, un triomphe. »
a Le même tome XVII contient le commencement de l’inventaire
critique des sculptures intéressantes du département de la Creuse.
Cet inventaire débute par la description et la reproduction photogra-
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248
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
phique de deux sculptures du xv* siècle que possède l'église d’Ahun
et qui font désirer que ledit inventaire soit activement poursuivi et
bientôt mené à bonne fin. C'est d’abord un haut-relief en pierre
blanche représentant une « Vierge de Pitié » ou « Pieta » accompa¬
gnée par divers personnages de la Passion ; puis une A lise au Tom¬
beau ; par un arrangement unique et original, cette Mise au Tombeau
réunit la scène de l'ensevelissement du Christ et la scène de l’onction
de son corps.
« — Petite rectification du Centre médical à propos du compositeur
Aimé Maillart :
a Ce charmant musicien à qui nous devons le Lara, les Dragons
de Villars. les opéras-comiques de Gastibclza i!847i, de la Croix de
Marie (1852), etc..., n’est pas l’auteur de Fanchonnette, qui est due à
Clapisson (1856), membre de l’Institut, mort en 1866.
« — Le 33 e volume des Mémoires delà Société des Antiquaires du
Centre publie un manuscrit des Archives vaticanes, transcrit par
M. l’abbé Maurice de Laugardière, Le compte d'un subside fourni par
le diocèse de Bourges au pape Jean XXII, en 1327. Sur ce releve de
compte figurent, avec la somme que chacune a versée au collecteur
apostolique, 195 paroisses qui maintenant font partie du département
de l’Ailier et du diocèse de Moulins.
« — Le lieutenant-colonel Dervieu étudie « le clou à tracers les
âges ». Une planche représente les principaux types de clous.
« — Le très intéressant Précis analytique des travaux de l’Académie
des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen publie l’attachant récit
d’une excursion en Kabylie, récit intitulé: De Tizi-Ouzou à Beni-Men-
gallet ; puis deux études remarquables, tout à fait d’actualité : l’une,
avec figures schématiques, est un exposé théorique et pratique de
l’aviation et a pour titre : Les plus lourds que l’air ; l’autre a pour objet :
Le Problème de la vieillesse, Les Retraites et la Mutualité.
— M. l’abbé Clément donne quelques indications sur deux des per¬
sonnages signalés par M. Joly. Annet de La Roche-Aymon apparte¬
nait à une famille chevaleresque des environs d’Evaux (Creuse). Il
était fils de François, lieutenant de la compagnie de chevau-légers
de M. de Chaseron, gouverneur du Bourbonnais, et de Françoise
Le Loup de Pierrebrune. Annet entra dans les ordres et n’était que
tonsuré quand, en 1603, il fut nommé curé de Neoux et archiprètre
d’Aubusson. En 1606, il devint abbé de Bonlieu et doyen du chapitre
collégial de Saint-Nicolas de Montluçon. L’année 1607 le trouve diacre.
M. des Gozis déclare que ses infirmités l’ont empêché d’arriver à la
prêtrise.
Quant au « Comminge » que M. le comte Boulay de la Meurthe nous
Indique parmi les prisonniers du roi à Loches sous Louis XIV, il s’agit
de François de Comminges, seigneur de Lamaron, du Bois-Châtelet
et de la Loue, trois petits fiefs situés à Montluçon même, le premier
ayant été transformé, depuis, en couvent des Bernardines, aujour¬
d’hui le lycée. François de Comminges naquit le 1" août 1632 de
noble homme Gilbert de Comminges, et mourut le 17 juin 1694 dans
l’office de procureur du roi. Il a laissé la réputation d’un homme de
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PROCÈS-VERBAL
249
médiocre savoir et d’un caractère fantasque. C'est du moins ce qui res¬
sort des rapports des intendants de Pommereu en 1664 et d’Argouges
en 1686. Ce dernier, dans son procès-verbal de la généralité de Mou¬
lins en 1686, donne sur notre personnage une note qui jette un cer¬
tain jour sur sa présence dans les prisons de Loches : « Le procureur
du roi, du temps de M. de Bouville, fut exilé par ses manières ex¬
traordinaires. »
Puis notre confrère analyse des notes qu'il a prises aux Archives
du Rhône lors d’un récent voyage à Lyon, dans des procès-verbaux
de visites du xvii* siècle, des établissements bourbonnais de l’ordre
de Saint-Jean de Jérusalem. Ces procès-verbaux ont été utilisés, en
partie, par A. Vayssière et par M. Bertrand, mais il y aurait beau¬
coup à y prendre, tant au point de vue purement historique qu’au
point de vue artistique. M. l'abbé Clément le prouve en donnant des
détails sur le membre de Bardon, dépendant de la commanderie de
Beugnet, ainsi que ses annexes de Trevol et de Pontenas (Thiel).
— M. Giraud et M. l’abbé Clément recherchent ensuite, soit parmi
les églises, soit parmi les édifices militaires, ceux dont il serait plus
particulièrement intéressant de dresser un relevé architectural et ar¬
tistique.
— M. Delaigue donne, d’après les œuvres de Scarron, un aperçu de
la vie aux bains de Bourbon-l’Archambault au xvn* siècle. Il a en¬
trepris sur ce sujet un travail où il a cherché à identifier les person¬
nages cités par Scarron et il y a tout lieu de prévoir que ses recher¬
ches apporteront bien des éclaircissements sur une matière souvent
touchée, mais jamais approfondie. M. le chanoine Berthoumieu rap¬
pelle en passant que Gaston d’Orléans, dans ses Mémoires , attribués
à Algay de Martignac, parle de son goût pour « la recherche des
simples » et notre confrère ajoute qu'étant à Bourbon, le frère de
Louis XIII herborisa souvent dans la forêt de Grosbois.
— M. Delaigue fait ensuite circuler deux pièces anciennes, l’une un
denier tournoi du xvr siècle, fort elïacé, bautre une monnaie romaine,
cette dernière trouvée à Dompierre-sur-Besbre.
— M. Delaigue dépose enfin sur le bureau une demande signée de
cinq membres de la Société, MM. le chanoine Berthoumieu, le cha¬
noine Clément, Dénier, Flament et Delaigue, qui tend à faire attri¬
buer à notre confrère M. Jules Roy, professeur à l’Ecole des Chartes,
en application de l’article 3 de nos statuts, la qualité de membre ho¬
noraire. M. le président propose à la Société de confier àM. Delaigue
le soin de rédiger le rapport réglementaire qui sera lu à l'assemblée
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SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS
générale de novembre et dans lequel les motifs de la demande seront
exposés ; cette proposition est acceptée.
— On procède au vote pour l’admission des personnes présentées à
la dernière séance ; sont élus : M. Martin, membre titulaire, et la Bi¬
bliothèque d'art et d’archéologie de M. Doucet, membre correspon¬
dant.
— Est présenté comme membre titulaire, par MM. le chanoine Clé¬
ment, Delaigue et L. Grégoire, M. Louis-Charles Picard de Grand-
champ, demeurant à Pierrefltte-sur-Loire (Allier).
— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 h. 40.
P. F.
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Une victime de la Temar en Bourbonnais
FRANÇOIS CHABRAL, Prêtre
P endant la période de la Terreur, le Tribunal criminel du dé¬
partement de l'Ailier ordonna quatre exécutions capitales.
Voici, dans l'ordre chronologique, les noms des victimes :
Jean-Baptiste-Victor Bardonnet des Martels, volontaire des hussards
noirs, condamné le 13 novembre 1793 (23 brumaire an II) ; Paul Au-
bery, notaire à Luneau, condamné le 7 mars 1794 (17 ventôse) ; Fran¬
çois Chabral, vicaire à Tronget, condamné le 23 mai 1794 (4 prairial) ;
Ambroise de Laboulaye-Marillac, officier au régiment de Béarn, con¬
damné le 5 juillet 1794 (17 messidor). Dans cette notice, nous nous
occuperons uniquement de François Chabral (1).
Lieu d'origine
François Chabral naquit en 1756. Sa famille habitait Aigueperse,
en Auvergne. Son père, François-Louis Chabral, était procureur au
bailliage de Montpensler, et sa mère s'appelait Marie Dulin.
Louis Audiat, qui a consacré un chapitre à notre personnage (2),
conteste ceLte origine. Il place Aigueperse, lieu de naissance de Cha¬
bral, dans la Haute-Vienne, s’appuyant sur les Martyrs de la/'oi pen¬
dant la Révolution française (par M. l'abbé Aimé Guillon) et le Mar¬
tyrologe du clergé français pendant la Révolution , qui présentent Cha-
(1) Les diverses pièces d'archives que nous avons consultées portent trois
formes différentes de ce nom : Chabral, Chabras, Chabrat ; mais il s'agit
manifestement d’un seul et même personnage.
(2) La Terreur en Bourbonnais, II, 51 & 57.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
bral comme « prêtre du diocèse de Limoges » (1) ; au reste, il rap¬
porte que « des recherches faites dans les registres paroissiaux d’Ai-
gueperse, arrondissement de Riom, ont été Infructueuses ».
Mais, d'autre part, toutes les pièces que nous avons vues aux ar¬
chives départementales à Moulins et à Clermont-Ferrand, et l'inter¬
rogatoire même de François Chabral, le donnent formellement comme
originaire d'Aigueperse en Auvergne. Et d'ailleurs, un examen plus
attentif des archives municipales de cette ville prouve qu'au moins
la famille Chabral y était fixée. On n’y trouve pas, à la vérité, l'acte
de baptême de François, mais on y peut lire, à la date du 19 novem¬
bre 1771, l’acte de mariage de sa sœur Gilberte avec « maître Fran¬
çois Hervier, praticien, fils de défunt Claude Hervier, marchand,
et de dame Pétronille Lartaud, habitant la ville de Saint-Germain-
des-Fossés » (2). Les témoins de la jeune fille étaient maître François-
Louis Chabral, procureur au bailliage de Montpensier, père de la
future. François Chabral, frère, et Louis Lefort, oncle, qui ont signé
au registre. C’est, du reste, la seule mention qui soit faite, aux ar¬
chives municipales d'Aigueperse, du nom patronymique de Chabral,
et les registres de Montpensier ne sont pas moins muets ; il faut donc
conclure que le procureur au bailliage était étranger au pays et que
ses enfants étaient nés ailleurs, avant qu'il ne vint exercer sa charge
à Montpensier (3).
Chabral, prêtre
Aux archives du Puy-de-Dôme, le fonds de l'évêché de Clermont-
Ferrand ne donne aucun détail sur les études de François Chabral.
Les registres des insinuations du diocèse de Clermont ne contiennent
pas même le nom de Chabral dans les listes d'ordinands ; mais ces
listes sont peu nombreuses et ne se succèdent pas régulièrement ; à
cette époque, la plupart des années manquent. Les archives du Grand
Séminaire ne contiennent rien non plus sur Chabral.
Mais le dossier de son procès (4) nous apprend qu'il fut « fait prêtre
à Clermont » vers 1782 et qu'il entra dans les ordres, c'est-à-dire reçut
le sous-diaconat en 1780 ou 1781 (5).
(1) « Il y a, en effet, dans le département de la Haute-Vienne, un hameau
d’Aigueperse, en la commune de Saint-Bonnet-la-Bivière, canton de Pierre-
Butfière, arrondissement de Limoges, et le château d'Aigueperse, en la pa¬
roisse de Saint-Paul d'Eyjeaux, même canton. » (Note de L. Audiat.)
(2) It sera question de ce François Hervier dans le procès de Chabral.
(3) Montpensier est à peine à 2 kilomètres d'Aigueperse.
(4) Arch. départ, de l’Ailier, L. 1052 (prov.).
(5) François de Bonal était évêque de Clermont.
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FRANÇOIS CHABRAL
253
Il commença son ministère en qualité de vicaire de la paroisse de
Saint-Coust de Châtelguyon, où du reste il ne demeura pas long¬
temps : le 21 mars 1783, il était nommé vicaire à Ebreuil (11. A pro¬
pos de cette nomination, les registres des insinuations du diocèse de
Clermont confirment ce que nous savons du lieu d'origine de Cha-
bral :
« Aujourd'hui 21 mars 1783, en présence des notaires royaux et
« apostoliques du diocèse de Clermont résidant en la ville d'Ebreuil,
« a comparu M" Pierre Conchon, procureur au bailliage de cette ville,
a y demeurant, comme fondé de la procuration de messire François
« Cbabral, maître ès arts, gradué nommé de l’Université de Paris,
« prêtre vicaire de la paroisse de Châtelguyon, demeurant en la dite
a paroisse de Châtelguyon, nommé par la dite Université de Paris
« sur l’abbaye royale de Saint-Léger d'Ebreuil...
« S’ensuit la procuration : Par-devant les notaires royaux de la
« sénéchaussée d’Auvergne à Riom et apostoliques du diocèse de
« Clermont, a été présent M” François Chabral, maître es-arts de
a l’Université de Paris, prêtre vicaire de la paroisse de Saint-Coust
« de Châtelguyon, originaire de la cille d'Aigueperse, paroisse de
« Notre-Dame, demeurant au dit lieu de Châtelguyon... » (2).
Le 2 juin 1783, Chabral est remplacé par Sébastien Forestier, origi¬
naire de Saint-Genès-du-Retz, auparavant vicaire à Saint-Gérand-de-
Vaux (3). Au mois de juillet de la même année, il signe, en qualité
de vicaire, aux registres de la paroisse de Treteau, où il reste seule¬
ment deux mois environ (4). Au mois d’août, il est vicaire à Tre-
zelles (5). Mais le pauvre vicaire ne demeure guère en place : en mars
1784, ii quitte Trezelles, et nous ignorons ce qu’il devient jusqu’en
1789, où nous le retrouvons vicaire à Tronget.
Chabral, vicaire a Tronget
François Chabral fut vicaire de Tronget depuis la fin de 1789 jus¬
qu'au mois de juillet 1792. Il est vraiment regrettable que les archives
(1) Philibert-Nicolas Hemey, vicaire général d'Autun, était abbé commen-
dataire de l'abbaye royale de Saint-Léger d'Ebreuil.
(2) Arch. départ, du Puy-de-Dôme: Insinuations du diocèse de Clermont,
174. f» 203.
(3) Ibid., 174, f* 300.
(4) 11 avait pour curé Jacques Amilhon, originaire de Saiut-Floret .(Puy-
de Dôme), qui devait plus tard prêter tous les serments qu'on lui demanda,
et même abandonner la prêtrise. (Arch. munie, de Treteau.)
(5) Curé, M. Devaulx, saint prêtre, plus tard « confesseur de la foi ».
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254
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
municipales de sa paroisse ne puissent fournir aucun renseignement
sur cette période intéressante de sa vie (1).
Nous savons cependant qu’il avait pour curé Gabriel BaMhelaix. Ce
prêtre n'avait ni caractère, ni fermeté ; il prêta avec la plus grande
facilité tous les serments désirés et, le 27 novembre 1793, il abjura
ses fonctions sacerdotales. C'est en sa compagnie que Chabral devait
avoir à se prononcer pour ou contre la Constitution civile du clergé.
Mais avant de dire quelle fut, en celte circonstance, la conduite du
vicaire de Tronget, il est bon de faire quelques remarques générales
sur l'alternative pénible à laquelle fut condamné le clergé de France.
Fallait-il accepter le serment exigé ï - Devait-on le repousser ? — il
faut reconnaître qu'au début du moins,-la question était de nature à
embarrasser les meilleurs d’entre les prêtres. Le projet de loi, pré¬
senté par Voidel, attaqué par Ms r de Bonal, l’abbé de Montesqulou
et Maury, défendu d'une façon équivoque par Mirabeau, et enfin
voté le 27 novembre 1790, obligeait au serment les évêques conservés
en fonctions et les vicaires épiscopaux, les curés conservés et leurs
vicaires, les supérieurs et directeurs des séminaires, les professeurs
des séminaires ou collèges, et tous autres ecclésiastiques fonction¬
naires publics. La formule serait « d'être fidèle à la nation et au roi,
et de maintenir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et
acceptée par le roi ». « Comme on le voit, dit M. Pierre de la Gorce,
la Constitution civile du clergé n’était point expressément nommée,
mais l'intention évidente du législateur était de la comprendre dans
le mot générique de constitution, et nul ne songea à une autre inter¬
prétation. »
On essaya de concilier la bonne volonté du clergé avec son respect
des droits de l'Eglise ; à l’Assemblée du 2 janvier 1791, « M. de Bonal,
évêque de Clermont, se leva pour proposer une formule de serment,
très explicite sur les droits de la puissance civile, mais restrictive sur
tous les objets spirituels. Dans le public, dans l'Assemblée, les mur¬
mures éclatèrent. « Nous ne voulons, dit Treilhard, qu’un serment
pur et simple- » Ces âpres paroles furent couvertes d'applaudisse-
(1) En 1840, l’inventaire des archives de Tronget mentionne que les pre¬
miers registres de délibérations datent de 1830 : depuis, on a retrouvé ceux
de 1820-1830, mais il ne subsiste rien de la période révolutionnaire. On ra¬
conte que les registres municipaux de cette époque furent perdus dans la
rivière de l'Ailier : on les transportait, parait-il, & la Préfecture par voie
d'eau, de Cbâtel-de-Neuvre à Moulins, et c'est au cours de ce voyage qu'ils
auraient fait naufrage. Une autre version, plus vraisemblable, veut qu'ils
aient été détruits par des personnes intéressées à leur disparition.
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FRANÇOIS CHABRAL
255
ments. Cependant, les acceptations du serment étaient très rares.
Sur la proposition du représentant Alquier, il fut décidé que le Co¬
mité ecclésiastique de l'Assemblée élaborerait un projet d'instruclion
sur la Constitution civile, que cette instruction serait transmise aux
autorités et publiée partout. Le 21 janvier 1791, le travail fut lu en
séance publique. « Le projet rééditait, sans les rajeunir beaucoup,
tous les arguments cent fois développés à l’appui de la Constitution
civile. 11 afllrmait, à quatre reprises différentes, que la foi n'était
point en danger ; il proclamait l’attachement de l’Assemblée à la re¬
ligion catholique dont le Pape était le chef visible ; il mettait en relief
le zèle des représentants à placer, au premier rang des dépenses pu¬
bliques, le traitement du clergé et l’entretien du culte. »
D'autre part, le roi (et quelle n'était pas la piété de Louis XVI !)
avait signé le décret sur la Constitution civile ; un archevêque l'avait
contresigné. Les curés des campagnes lisaient et relisaient le préam¬
bule de la loi : Louis, par la grâce de Dieu, coulait et ordonnait ce
qui suit... L'œuvre avait donc été ratifiée par le roi, par le roi très
chrétien ! Enfin, Rome gardait un silence obstiné : le chef de l'Eglise
n’avait encore révélé sa pensée par aucun document public.
« Tout se coalisait, ajoute M. P. de La Gorce, pour conseiller l’obéis¬
sance. Le serment, conçu en termes généraux, semblait s'appliquer
en bloc à toute la Constitution, en sorte que le refus prendrait un as¬
pect contre-révolutionnaire et s'appellerait, dans le peuple, rébellion.
L'ancien régime aboli laissait dans la hiérarchie ecclésiastique des
vides immenses à combler ; de là, pour quiconque plierait, l'espoir
d’une promotion sans pareille. Au contraire, le châtiment de la résis¬
tance serait l’exclusion de la cure, la suspicion, l’abandon, la persé¬
cution peut-être, et une précaire existence de missionnaire, sans
asile, sans place, sans pain. Une insistance habile à prêcher la sou¬
mission osait ajouter aux mobiles humains l’intérêt de la religion
elle-même ; on laissait entendre que le refus du serment, en privant
temporairement les fidèles de pasteur, en étalant le spectacle public
de discordes confessionnelles, discréditerait le vrai christianisme,
loin de le servir ; on partait de là pour insinuer que, s'il y avait un
schisme, le vrai schismatique serait le réfractaire ; ce serait lui qui
porterait la responsabilité de la scission. Il se trouvait donc que, par
un audacieux renversement des rôles, on proclamait la défection, non
seulement amnistiée, mais méritoire, en l'abritant sous le service de
Dieu... H y avait d'autres pressions, pression de la famille et des
amis, taxant d'entêtement la fidélité, pression des journaux enregis¬
trant un à un les serments et s'efforçant de créer la contagion de
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
l’obéissance... » (1). Enfin, quelques prêtres, les uns, par turbulence
d'esprit, ambition, rancune, les autres peut-être par conviction sin¬
cère, se faisaient les champions des lois nouvelles et entraînaient
leurs confrères à leur suite : tel fut Gabriel Barthelaix, curé de
Tronget.
François Chabral eut la faiblesse de suivre l'exemple de son curé :
un dimanche, à la grand’messe, il prêta le serment prescrit par la
loi (2). En quels termes fut prononcé ce serment ? Fut-il accompagné
(le fait est très fréquent) de paroles restrictives ? Nous l’ignorons,
puisque les registres municipaux de Tronget ont disparu.
Quoi qu'il en soit, la bonne harmonie fut détruite entre Chabral et
son curé ; des discussions naquirent ; l’attitude de Bartbelaix devint
hostile à son vicaire. D’autre part, un certain nombre de paroissiens
ne cachaient pas leur mauvaise opinion des prêtres assermentés. Cha¬
bral se décida à rétracter son serment. Un dimanche de juillet 1792,
à l’issue de la messe paroissiale, il fit un discours par lequel «il dé¬
clara qu'il rétractait le serment par lui ci-devant prêté » ; François
Meillet, membre de la municipalité de Tronget, en dressa un procès-
verbal, qu'il porta au tribunal de Montmaraud.
Chabral « réfractaire »
Chabral était donc réfractaire. Sa situation devenait intolérable : à
l’hostilité de son curé se joignaient les injures et les vexations de plus
en plus audacieuses du parti révolutionnaire de Tronget. Bien plus,
le séjour en France devait même bientôt lui être interdit : un décret
du 26 août 1792 punissait de la déportation à la Guyane tous les ec¬
clésiastiques non conformistes qui n’auraient pas quitté le territoire
dans un délai de quinze jours. Un grand nombre d’entre eux 4 s’éioi-
gnèrent alors de la France, mais plusieurs autres, soit par pauvreté,
soit par attachement à leur ministère, se refusèrent à quitter leur
patrie et se cachèrent dans les bois ou dans des maisons amies.
C’est ce dernier parti que suivit François Chabral. Dès les premiers
jours de septembre, il abandonna ses vêtements ecclésiastiques, revê¬
tit des « habits bourgeois » et s'enfuit chez un de ses amis, Jacques-
Etienne Joudioux, curé de Neuville (3).
(1) Pierre de La Gorce : Histoire religieuse de la Révolution française ,
I, passim.
(2) A partir de maintenant, tous nos renseignements, saut avis contraire,
proviennent des Archives départementales de l'Ailier, L. 55, lit, 112,115,
835, 1052.
(3) J.-E. Joudioux, né & Hérisson, diocèse de Bourges (Allier), le 19 mai
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FRANÇOIS CHABRAL
257
« Alors, dit L. Audiat, commença pour lui une vie précaire et mi¬
sérable de fuite et de déguisement, de crainte pour lui et pour les
autres, d’aventures et de périls. »
Le curé de Neuville lui ménagea une retraite chez François Sénat,
journalier, locataire en la commune de Chavenon. François Chabral,
alors malade, passait à peu près tout son temps au lit ; il ne sortait
que pour de courtes promenades et se nourrissait surtout de lait et
de fromage. Mais il était mal soigné et ne pouvait avoir la visite d'un
médecin. Au bout de six mois, il eut de nouveau recours à l’obli¬
geance du curé de Neuville.
Mais les « habits bourgeois » devenaient un danger pour lui ; chez
Sénat, il était seul à les porter, et cela pouvait donner l’éveil ; il les
quitta donc et acheta des vêtements de cultivateur à Madeleine Si-
vade, veuve Bemon, métayère au domaine de Bois-Merle, commune
de Sauvagny-le-Comtal.
De plus, il prit la précaution de se présenter désormais dans les
maisons amies sous le nom de cousin, appellation qui pouvait dési¬
gner à la fols un titre de parenté et un nom de famille. Joudioux fit
venir chez lui Louise Marquoy, femme de Gabriel Feilder, proprié¬
taire à Bois-Merle et officier public de Sauvagny-le-Comtal ; il fut
décidé que Chabral se retirerait chez eux, et le prix de sa pension fut
réglé à raison de 50 livres par mois.
La santé de Chabral était toujours chancelante ; mais, à Sauvagny,
il put avoir la visite d'un chirurgien qui vint le saigner : Gilbert Pil-
lot ou Pilaud (1), qui était aussi greffier de la municipalité, officier
public et percepteur des impositions, demeurant en la commune de
Bizeneuille. A Bizeneullle. les officiers municipaux étaient très mo¬
dérés : ils refusèrent même d'installer comme prêtre constitutionnel
le sieur Mallet. Gilbert Pillot lui-même était ennemi de la Révolu¬
tion, et il ne cachait pas sa manière de voir ; mais ses libertés de lan¬
gage, à une époque où le silence même pouvait être suspect, devaient
le conduire au tribunal criminel de Moulins et jusqu'au tribunal
révolutionnaire de Paris. Un Jour, sur la route de Cosne à Montlu-
çon, il rencontra deux voituriers, Jean Tuélin (2) et Jean-Baptiste
Duranton, tous deux de Cosne. Tuélin lui demanda ironiquement s'il
1741, mort k l'tte d’Aix, le 3 septembre 1794. — Neuville, canton d'Hérisson,
arrondissement de Montluçon.
(1) Nous avons trouvé trois formes différentes de ce nom : Pillot, Pilot et
Pilaud.
(2) L. Audiat a lu ; Jean Turpin, et le D r Cornillon : Turtin, mais c'est
bien Tuélin qui est porté aux pièces du procès.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
était toujours aristocrate : « Qu'est-ce que cela te fait ? » répondit
Pillot. » - « J'aime mieux un bon patriote qu’un aristocrate ». ajouta
le voiturier. A quoi Pillot répondit : « Si tu es patriote, tu es f..
parce que les patriotes le seront bientôt tous. Les aristocrates ont pris
plusieurs villes et, sous huit ou quinze jours, les émigrés seront en
Franee » ; et il ajouta : « Je voudrais qu'ils y fussent déjà. » Lors du
procès Chabral, cet entretien fut rapporté par les deux voituriers au
tribunal criminel de Moulins.
Arrivé chez Feilder au commencement du carême, Chabral n ! y
resta que deux mois, car le prix de sa pension était trop élevé pour
les faibles ressources dont il disposait. Il s'entendit doDC avec Gilbert
Tourret, journalier, qui venait travailler chez Feilder, et se réfugia
chez lui, même commune de Sauvagny-le Corotal. Là, il vivait à part
et à sa guise ; du reste, il mangeait fort peu, çar sa santé était de
plus en plus mauvaise. En mai 1793, il eut de nouveau recours aux
bons soins de Gilbert Pillot, qullui ordonna de prendre des bouillons
rafraîchissants ; et il rapporta de Bizeneuille des simples pour faire
ses bouillons chez Tourret.
A la fête de Saint-Pierre de la même année, Chabral quitta Tourret
pour chercher refuge chez Jean Soudry, dit Desmaillet, journalier à
Sauvagny, demeurant proche du bois de Suave, qui lui donna l’hos¬
pitalité pendant dix mois environ.
Chabral avait avec lui quelques livres qui l'aidaient à supporter les
ennuis de la solitude. Au reste, sa santé s'était considérablement amé¬
liorée, et il passait toutes ses journées au dehors, ne paraissant pas
chez Tourret ; souvent même il restait plusieurs jours consécutifs
sans rentrer, et Tourret dépose au procès qu’il venait seulement
quelquefois coucher chez lui. Où allait Chabral ? L'acte d’accusation
nous l'apprend : il se rendait au bois de Suave, « dans une petite re¬
traite pratiquée à l’endroit le plus couvert », c'est-à-dire probablement
dans une « loge » de bûcheron ou de charbonnier. A la vérité, il dé¬
clara au tribunal n’y avoir pas célébré la messe ; mais il est tout à
fait vraisemblable qu’au contraire il y réunissait les fidèles et y ad¬
ministrait les sacrements, imitant la conduite d’un confrère voisin,
Gilbert-Bon Vernoy de Saint-Georges, curé de Buxière-la-Grue (1).
Depuis son départ de Tronget, la situation de Chabral s’était sin-
(1) L'année précédente, appelé par les tendeurs et les sabotiers, Vernoy
de Saint-Georges s'était réfugié dans une loge de la forêt de Grosb-ùs ; il y
administrait les sacrements et disait la messe le dimanche, quelquefois de¬
vant deux ou trois milliers de personnes rangées autour dç la loge (L. Au-
diat, La Terreur en Bourbonnai», I, 98).
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FRANÇOIS CHABRAL
259
gulièrement aggravée. En vertu du décret du 26 août 1792, 11 était
passible de la relégation ; mais un nouveau décret de la Convention,
du 21 octobre 1793, était encore plus sévère : les prêtres réfractaires
surpris porteurs de quelque signe contre-révolutionnaire, devaient
être exécutés dans les vingt-quatre heures. Nous allons voir plus loin
que ce décret fut la perte de Chabral.
Arrestation de Chabral
Du reste, François Chabral n'était pas oublié. I.e tribunal de Mont-
maraud avait signalé sa rétractation au Conseil du département de
l’Ailier. Mais on ignorait le lieu où il s'était réfugié ; ce ne fut que
plus tard que des recherches furent ordonnées aux environs de Mont-
maraud. A la séance du Conseil du département, du 22 avril 1793, on
fit lecture d'une lettre du lieutenant de gendarmerie nationale Gozard,
écrite de Montmaraud, le 20, au procureur général syndic, a Gozard
s’est occupé de la recherche de François Chabral (prêtre) ; il n'a
pu le découvrir et a appris que, le 9, il était parti de la Morlette pour
se rendre dans le département du Puy-de-Dôme. Le procureur
général syndic est chargé de se procurer le signalement exact de
Chabral et de l’envoyer au procureur général syndic du département
du Puy-de-Dôme, auprès de qui il réclamera son arrestation. » Mais
les renseignements du gendarme Gozard étaient inexacts, puisque
Chabral n'avait pas quitté Sauvagny, où il était à peu près tranquille.
Près d’un an plus tard, un arrêté du représentant du peuple Verne-
rey vint secouer le zèle révolutionnaire des municipalités contre les
réfractaires : •
« Au nom du Peuple français...
• Le représentant du peuple, dans les départements de la Creuse et de l'Ai¬
lier, considérant que plusieurs ecclésiastiques ci-devant curés et vicaires des
départements circonvoisins se sont depuis quelque temps retirés dans diffé¬
rentes communes du département de la Creuse, où leur séjour trouble la tran¬
quillité qui jusqu’alors n’y avait point été altérée j
■ Considérant que les ci-devant curés ou vicaires des différentes paroisses
des départements de la Creuse et de l'Ailier, qui ont cessé leurs fonctions, et
qui n’étant ni originaires ni propriétaires des dites paroisses, ne peuvent avoir
aucun motif légitime qui les oblige à y continuer leur séjour ou résidence ;
« Considérant enfin que le fanatisme a déjà fait des plaies assez profondes
et causé d’assez grands maux dans quelques départements de la République,
pour qu’il importe de ne pas lui fournir des aliments et l’occasion de les renou¬
veler dans les départements de la Creuse et de l’Ailier où il expire sans con¬
vulsions,
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
« Arrête ce qui suit :
« Art. i. — Les ci-devant curés ou vicaires des différentes paroisses des
départements de ja Creuse et de l’Ailier, qui ont cessé leurs fonctions et qui
ne sont ni originaires ni propriétaires d’une maison ou de dix arpents de terre
dans ces paroisses, seront tenus de se retirer dans le mois au lieu de leur
naissance ou de leur famille, ou à trois lieues au moins du territoire des pa¬
roisses où ils exerçaient leurs fonctions, à peine d’être regardés comme sus¬
pects.
« Art. 2 . — Tous autres ecclésiastiques, ci devant curés ou vicaires, qui
ne constateront pas par acte authentique être originaires ou propriétaires
dans l’étendue des territoires des départements de la Creuse ou de l’Ailier et
qui y ont établi leur domicile depuis trois mois hors leur famille, qui ne s’éten¬
dra pas au-delà des frères et sœurs, seront tenus sous quinzaine d’évacuer
le territoire de ces deux départements, à peine d’être punis par la réclusion,
comme suspects par le seul fait de leur résidence.
■ Art. 3 . — Si, le délai de quinze jours expiré, il s’élève des troubles dans
les communes où résideraient encore les ecclésiastiques curés ou vicaires com¬
pris dans l’article II ci-dessus, ils en seront présumés les auteurs ou fauteurs
et dénoncés comme tels aux accusateurs publics près les tribunaux criminels
des deux départements, qui seront tenus de les poursuivre.
■ Art. 4. — Les tribunaux criminels les jugeront révolutionnairement, con¬
formément et suivant le mode prescrit par la loi.
« Art. 5 . — La connaissance, la poursuite et le jugement sur la dénoncia¬
tion leur sont spécialement attribués par le présent arrêté.
« Art. 6 . — Les municipalités qui ne les dénonceront pas, les propriétaires
qui leur donneront retraite seront égafcment regardés comme suspects.
« Art. 7 . — Le présent arrêté sera imprimé, publié et affiché dans toutes
les communes des départements de la Creuse et de l’Ailier.
■ Fait à Bourganeuf, le 15 ventôse an II de la République (5 mars 1794 ).
■ Signé : Vernerby. »
(A suivre.) Abbé G. Audin.
COMPTE T3JETIDTT
DE LA
Tieigïeme Excuision
ENTRE
Varennes-sur-Àllier et Saint-Germain-des-Fossés
LH 22 JUIN 1911
a faveur dont jouit notre excursion annuelle semble aug¬
menter chaque année. Sur le quai de Varennes, c'est
par dizaines que nous débarquons joyeux. Déjà nous
attendent M. Camille Grégoire avec nos amis de Saint-
Pourçain, toujours fidèles, et notre dévoué confrère Mon¬
tagne, qui a tracé notre itinéraire et réglé nos étapes. En cours de
route, notre contingent ne cessera de grossir. Comme toujours, de
nombreuses dames apportaient à notre réunion ce charme féminin
sans lequel les meilleures choses sembleraient imparfaites (1).
Arrivés de Moulins, la veille, les breaks nous conduisent d'abord à
la vieille église de Vouroux. La gendarmerie qui l'occupe oppose à
(1) Prirent part à l’excursion ; au départ de Moulins : M me » Louis Grégoire,
Gaymy, M 11 * Guyot, comtesse de Saint-Laumer, Mongeot, Gabriel Morand ;
MM. Boutai, Buvat, Capelin, do La Cbauvinière, chanoine Clément, Flament,
Louis Grégoire, Joyon, Monnier, commandant Mongeot, Gabriel Morand,
Paul et Charles Morand, Queyroi, Scheitk, Scharlowsky ; — de Varennes
ou de Montaigu-le-Blin : M me Grenier, M 11 * Martin, M""’ Ameiot, Dulignier,
Maurice Defaye, Féjard, Henri Féjard, Maurice Gomot, Prieur, Forestier ;
MM. Ameiot, abbé Audin, docteur Benoit, Boutonat, Duchon, abbé Charles
Dupuis, Faulquier, Defaye, Féjard, Henri Féjard. abbé Forestier, E. Fores¬
tier, Jean et Frédéric Forestier, abbé Giraudet, Camille Grégoire, Martin,
Montagne, Prieur, Raymond, Villeneuve.
17
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
tous les visiteurs une consigne impitoyable, mais notre Société pos¬
sède le « Sésame ouvre-toi » auquel nulle porte ne résiste. Combien
déchu ce pauvre édifice, dont les arceaux romans n’abritent plus que
des chevaux, du charbon, souvent des vagabonds !
Un moment encore, nous restons dansVarennes à considérer ici un
écusson, là de vieilles façades en colombages. Certains parlent d’aller
voir la chambre de Napoléon 1" ; mais il en est tant de ces chambres
que, dédaignant cette curiosité devenue banale, nous nous précipi¬
tons vers les voitures, d'un élan général.
La masse imposante de Gayette nous apparaît bientôt, dépassant de
toute sa hauteur les rangées de peupliers. Pour un instant, dans l’hos¬
pice, il n’y a plus de malades, notre arrivée endort les douleurs et
galvanise les estropiés. « Une Société savante ! » Quelle aubaine pour
des malheureux privés de toute distraction. A chaque fenêtre appa¬
raissent des faces intriguées et surtout rieuses. Puisse notre visite
accomplir, en tout lieu, ce miracle éphémère ! Avec une amabilité
souriante, une toute petite sœur nous fait les honneurs de sa phar¬
macie. Vieux mortiers,' faïences de Nevers ou de Rouen. Que disent
les connaisseurs ? — Vieux Nevers, mais commun de forme et de
dessin. Un escalier à vis conduit aux salles du donjon, pourvues
d'énormes cheminées. Tout en haut, sous l'entrecroisement des char¬
pentes, robustes à défier les siècles, nous passons pour jeter un coup
d’œil sur les hourds maçonnés. Le long du mur de garde s’ouvrent
entre les consoles de pierre des mâchicoulis sur lesquels on a pru¬
demment posé des planches. Par les archères, on embrasse un im¬
mense panorama. Des frondaisons, émergent le mince clocheton de
Varennes, les toits aigus de Chazeuii, en face, de l’autre côté de ce
ruban argenté qui est l'Ailier, Briailles et plus en amont Tout-y-faut
et le Lonzat.
Notre programme assez chargé n'a prévu qu'un Instant pour la con¬
templation. Allons voir les registres et les plans des archives an¬
ciennes de l'hospice, puis en route pour Rongères.
A mi-chemin, un cahot nous fait sauter ; c’est une voie ferrée sans
palissades et sans barrières. Qu’est-ce cela ? l’Economique. Dans
quelques semaines, l’Ailier aura terminé son réseau, mettant en com¬
munication, par les seules voies départementales, le Puy-de-Dôme et
Saône-et-Loire. La gare de Varennes, si exiguë dès maintenant, est
appelée à devenir le « Saint-Germain des tacots ».
Un voyageur anglais du xvih* siècle, arrivant à Moulins, trouvait
que les arbres l’empêchaient de voir la ville. Pour un peu, il nous
viendrait la même pensée à Rongères. Nous ne faisons qu’entrevoir
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I C.
Groupe d’excursionnistes dans l’enceinte du château de Billy■
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TREIZIÈME EXCURSION
263
çà et là, dans la verdure, des toits, une fenêtre, quelques cheminées.
L'église, basse, ramassée, trapue, semble vouloir se dissimuler, elle
aussi. Pourtant, les maîtres en archéologie vont nous dire qu’elle est
une doyenne du pays, que ses proportions actuelles ne sont que la
réduction d’un célèbre édifice beaucoup plus vaste. L’intérieur est
moins banal; les voûtes basses, une couple de piliers ronds, la blan¬
cheur du lait de chaux qui tapisse les murs font songer à quelque
mosquée.
Non loin de l’église est la maison mère de l'ordre des Ursulines,
congrégation diocésaine fondée à Rongères il y a quelque soixante
ans par sœur Henrion et le curé Bouchard.
Le Méage, où M. de Vlllelte nous accueille avec une parfaite cour¬
toisie, ne se dérobant à aucune explication, est un vieux manoir qui
a subi de nombreuses transformations. De l'état primitif il ne reste
que deux grosses tours et de profondes douves. La cour immense est
précédée d'un portail de fer, forgé par M. de Livron, bisaïeul du
propriétaire actuel. « Il n’y avait pas d’autos dans ce temps-là », dit
fort justement M. de Villette ; durant leurs nombreux loisirs, nos an¬
ciens forgeaient, tournaient, menuisalent, confectionnaient mille et
un ouvrages. Le Méage, plus important, a fini par s’annexer Prénat,
ancienne gentilhommière bien déchue. Ce n'est pas sans étonnement
que nous trouvons au milieu de ce délabrement un bandeau de che¬
minée, en parfait état de conservation. L'artisan de la Renaissance a
tracé des triglyphes et autres ornements plus ou moins classiques,
très dépaysés maintenant dans cet intérieur rustique.
Mais le bruit se répand que l'homme du trésor trouvé à Rongères
il y a quelque temps, nous attend dans la cour du Méage. D'un petit
coffret qu’il a fabriqué lui-même pour ses précieux objets, M. Démon-
net (quel nom prédestiné! ) extrait successivement la tasse, les spi¬
rales, l'anneau et le bracelet décrits par M. Montagne. Tout cela brille
et reluit comme le jour où quelque marchand phénicien (?) le vendit
1.500 ans avant J.-C. (?).
Notre curiosité satisfaite, nous remontons en voiture et par un che¬
min cahoteux, bordé de moissons superbes, ombragé de noyers, nous
arrivons à Montalgu. Les habitants sont fiers à juste titre de leur
vaste place plantée d'ormes séculaires. Une visite rapide est faite à
l’église. De là, tout à l'opposé du bourg, nous gravissons la pente qui
conduit au château.
Tout ce pays, qui fut peut-être le fond d’un lac, est parsemé de
mamelons calcaires. Les constructeurs du Moyen-Age n'ont pas man¬
qué d'utiliser cette particularité ; sur l’une de ces éminences, ils ont
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
élevé la forteresse de Montaigu. Le roc affleure ; nul travail pénible
pour les fondations et la crête aplanie a fourni les matériaux des murs.
Quelque difficulté qu'offrait à l’escalade la première enceinte, ce n’est
rien en comparaison de ce qui restait à faire pour pénétrer dans le
donjon. Tout de suite, une divergence d’opinions nous arrête au
pont-levis. Comment rentraient les habitants ? Il leur fallait gravir
un plan très incliné, ils s'arrêtaient devant un garde-fou mobile, puis
faisaient un à-droite pour mettre le pied sur le pont-levis. Des enne¬
mis veulent ils prendre le même chemin, la nécessité de tenir leur
arme de la main droite les laisse exposés sans défense aux traits des
défenseurs ; arrivent-ils au sommet de la pente, ils sont précipités
dans le vide par la poussée de leurs compagnons.
De cette aire féodale, il ne reste plus que des pans de mur, des che¬
minées, des écussons informes, une porte en ogive, le tout envahi
par une végétation parasite qui disloque les pierres et parachève la
ruine.
Au moment où nous allions regagner nos voitures, M. Féjard, dont
la Société avait apprécié déjà l’hospitalité à Souvigny, est venu vers
nous, aimable et accueillant. Par les soins de ce sympathique et bien¬
veillant châtelain, des rafraîchissements sont servis en un coin du
parc, d’où nous voyons, en haut, la vieille burg morose et délaissée,
au pied de la colline, la villa moderne confortable et hospitalière.
Il est temps de rallier Saint-Gérand. Notre halte prolongée a permis
aux chevaux de se rafraîchir, plus encore aux cochers. Au milieu des
tourbillons de poussière que soulèvent les nombreux automobiles,
venus de Moulins, de Dompierre et d’ailleurs, les voitures dévalent
les pentes à toute allure. Les bicyclistes font des effets de guidon
pour se garer, les fouets claquent, les gens apparaissent hors de
leur maison, nous faisons une sortie sinon triomphale, du moins
bruyante.
De la terrasse du château de Saint-Gérand, la vue s’étend sans obs¬
tacles sur toute la montagne bourbonnaise. Nos amis et confrères de
la région nous précisent les points principaux : le Montoncel, la roche
Saint-Vincent, que l’absence de toute brume nous permet de distin¬
guer nettement, Saint-Etienne-de-Vicq, l’esplanade et l’église de Châ-
telmontagne, les monts de la Madeleine.
Après une matinée si bien remplie, le déjeuner, servi à l’hôtel Gué¬
ret, arrive à point. L’exercice de la fourchette se révèle tout à coup
plein d’intérêt.
M. le baron Desmaroux de Gaulmyn se proposait de faire à la
Société les honneurs de sa « petite patrie », mais une indisposition
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Cheminée du Château de (layette Montalgu-le-Blin : Une porte du Château
Billy : Cul-de-lampe d'échauguette
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TREIZIÈME EXCURSION
265
subite nous a privé de sa présence et nous ne pouvons que sabler à
sa santé le champagne qu’il nous envoie par la plus délicate des
attentions.
Mais l’aiguille tourne, il nous faut quitter Saint-Gérand, ce petit
centre où se plaît une bourgeoisie active et riche. Les chevaux gra¬
vissent au pas la côte rapide de Langy. Une halte, et c'est la vieille
église qui sollicite un moment d’attention. Peu de choses, d’ailleurs.
Sur la porte de la sacristie, un Christ gravé plutôt que sculpté et de
chaque côté deux faces grotesques. De Phidias à cet artisan plein de
bonne volonté et d’ignorance, quelle chute ! Que de chemin il restera
à faire pour renouer les chaînons interrompus de la statuaire ! Est-ce
à dire que le tempérament artistique n'existait plus ? Erreur. Ce qui
manquait, c’était la sécurité qui permet les loisirs occupés, les mo¬
dèles et aussi les enseignements de l'école qui ne sont pas à dédai¬
gner.
Malgré les autos allant ou revenant de Vichy, Billy conserve son
allure archaïque. Pourtant la ruine du château est complète. Dans
l'enceinte, les outils du jardinier déchirent un sol qu’effleuraient seu¬
lement le fourreau des épées et les molettes des éperons. Une tour
subsiste d’où la vue s’étendrait sur un immense panorama, mais les
marches pour y monter sont brisées. On dit que les habitants de Billy
avaient, eu un jour de révolution, arboré sur la tour un drapeau dont
la nuance déplut au propriétaire des ruines. Pour enlever à jamais
toute velléité de pavoisement, cet homme, ennemi des demi-mesures,
fit rompre l'escalier.
Billy est la patrie de notre sympathique président, aussi profite-t-il
de notre passage pour nous abreuver et nous restaurer amplement.
Cet intermède, aussi inattendu qu'apprécié, nous donne de nouvelles
forces pour visiter la crypte de l'église et de là partir pour Chermont.
Saint-Germain est sur notre passage et la traversée de sa longue rue
coupe agréablement le trajet.
A Chermont, accueil des plus aimables et nouveau goûter ; le musée
de Moulins possède une toile signée : « de Chacaton ». Ce peintre est le
père du châtelain de Chermont. Les nombreux tableaux qui tapissent
les murs témoignent les uns du talent qui lésa inspirés, les autres du
goût qui a présidé à leur chois. Les vieilles mosquées polychromes
du Caire paraissent avoir eu la faveur de Chacaton. Mais le jour
s'avance, les automobiles ronflent, trépident, puis disparaissent dans
des tourbillons de poussière. A notre tour de prendre congé des ai¬
mables hôtes.
Pourrions-nous, malgré l’heure avancée, passer sans faire halte
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
devant l'église de Saint-Germain ? Ce vieux sanctuaire, précédé d’un
porche, renferme une statue miraculeuse de la Vierge. Les pèlerins
affluent chaque année.
D’une allure plus rapide cette fois, nous traversons à nouveau Saint-
Germain. Le programme est épuisé. Les heures se sont écoulées dans
le charme ininterrompu des sites ou des évocations du passé. Puisse
leur souvenir persister longtemps dans notre mémoire pour nous
consoler des ennuis et des vulgarités de la vie journalière !
E. Capeun.
I. — Gayette (1;
D ans un partage du 24 octobre 1598 dont il sera parlé par la
suite, on lit la description suivante du château de Gayette :
« Un château composé d'une tour carrée à six étages, avec
mâchicoulis en pierres de taille ; le premier étage est une cave voûtée,
le deuxième contient une salle et une garde robe servant de tonnel¬
lerie, une chambre et une autre garde-robe ; le troisième et le qua¬
trième sont composés de deux chambres avec leurs garde-robes ; le
cinquième et le sixième en greniers séparés ; le tout couvert de
tuiles. Pour monter aux étages est un escalier à-vis de pierres de
taille couvert d’une petitè loge servant de guette. A l’entrée de la
cour, un portail avec pont-levis ; joignant ce portail, la chapelle, un
garde-manger avec une chambre à feu servant de retraite aux valets
et manœuvres ; une tour ronde pour la défense du donjon, une écurie
pour six chevaux, une autre pour douze. Près l'un des angles du don¬
jon et non loin, une tour ronde en pierre, avec une guérite en bois
bâtie par Jehan de Thomassin à l’époque des guerres de religion ;
toujours à côté de l'écurie, une forge ; derrière le donjon, une tour
couverte de bardeaux, haute de quinze pieds et un mur qui rejoint
le donjon. » \
En trois siècles, les choses ont peu changé : le portail à pont-levis
a été remplacé par une grille ; la chapelle et la chambre à feu sont
(1) Un incident de la dernière heure nous a empêchés de classer i leurs
places les notes historiques de notre confrère M. Montagne sur Varennes-
sur-Allier ; on les trouvera à la suite de la notice consacrée à Chermont.
(Note du Directeur du Bulletin.) — Nous citerons une fois pour toutes ici,
comme un des plus intéressants travaux sur toute la région, l’ouvrage de
MM. Aubert de la Faige et de La Boutresse, Les Biefs du Bourbonnais, 1.1".
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Photot/pi9 Sadag. Cliché it M. Capelin.
Gayette. — Le donjon.
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TREIZIÈME EXCURSION
267
devenues le logement du concierge et de l’économe. Les salles du
donjon servent au service de la lingerie. Les mâchicoulis verticaux
du sixième étage sont encore tels, ainsi que les créneaux dont les
merlons percés de meurtrières rondes nous disent qu'elles datent d’une
époque où les armes à feu étaient déjà seules en usage.
Au sud du donjqn, les Frères de Saint-Jean-de-Dieu firent construire
au xvni' siècle un long bâtiment à deux étages pour leurs services
hospitaliers. A l’extrémité Est de ce bâtiment, ils établirent la cha¬
pelle actuelle, dont les murs sont ornés de lambris de stuc qui la
datent.
On peut regretter toutefois que de malencontreuses constructions
récentes aient rompu l’harmonie des constructions antérieures.
La notice qui sert d’introduction à l'inventaire sommaire des ar¬
chives de l’hôpital de Gayelte, dressé par notre confrère M. Flament,
nous facilite l’historique de ce fief (1). Par elle, nous savons que les
premiers possesseurs en furent des Nesmond, que de 1350 à 1377 y
vivait Ymbaud Nesmond, frère de Jean Nesmond, curé de Trezelles,
et que ce fut son fils ou petit-fils Lhermite Nesmond qui, le premier,
prit vers 1424 le nom de Lhermite de Gayette. Il épousa Marguerite
Des Vèvres, dont il eut an moins quatre enfants : 1* Jean, seigneur
de Gayette, qui épousa Marguerite de Rollat ; 2* Louis, seigneur de
Viliemouze ; 3* Antoine, seigneur de Gravière ; et 4° Faulque, épouse,
en 1467, de Guillaume de Montjournal, seigneur de la Berlière.
L’alné, Jean de Gayette, n’eut qu’une fille, Magdeleine, qui épousa
en 1490 Jean de Boucé. Par suite de ce mariage, pendant plus d’un
siècle, Gayette et Boucé se trouvèrent réunis dans les mêmes mains,
ce qui m'amène à parler des Boucé.
En 1300, certain Jean de Boucé, époux de Jeanne de Coudray, fait
aveu de son fief à Robert de France, époux de Béatrix, dame de
Bourbon. Ce sera ce Boucé que je prendrai comme chef de la famille,
faute de preuves certaines d’une plus haute antiquité de cette maison.
I. — Jean de Boucé eut trois fils et une fille ; il était décédé en 1322,
époque où sou fils Etienne, tant en son nom qu'en celui de son frère
Jean, rendit hommage du fief de Boucé ; le troisième fils avait nom
de Pierre ; la fille Pétronille épousa Guillaume de Vendat.
II. — Jean, deuxième du nom, épousa en 1327 Isabelle de la Garde,
fille de Gérard, seigneur de Paray-sous-Briailles. Il était décédé en
1351, laissant quatre enfants : un fils, Guillaume ; une fille, Louise,
(I) Dans la collection des inventaires sommaires. A Moulins, impr. Char-
meil, 1908, in-4°, iv-66 p.
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qui épousa Guillaume de Sorbier, puis qui se fit religieuse, et deux
autres filles, Isabelle et Jeanne, dont on ne sait que le nom.
III. — Guillaume de Boucé épousa, le mardi après la conversion de
saint Paul 1359, Alix de Poncenat. Celle-ci avait un frère, Guyot
de Poncenat, qui mourut sans postérité et dont elle hérita ; en 1366,
on trouva l'hommage fait au duc de Bourbon par Guillaume de Boucé
des deux fiefs réunis de Boucé et de Poncenat.
IV. — Guillaume de Boucé, deuxième du nom, fils du précédent,
épousa le 25 août 1411 Eléonore de Bellenaves. Une quittance de solde
datée de 1414 prouve qu’il fit campagne à cette époque pour le duc
de Bourbon contre le duc de Bourgogne. En 1416, on le voit témoin
d’un règlement entre les héritiers de Catherine de Chauvigny, mais
il était décédé en 1439, époque-où sa veuve, Eléonore de Bellenaves,
agissant comme tutrice de ses quatre enfants : Jean, Antoine, Marie et
Blanche, soutenait un procès en reprise de fief contre le duc de Bour¬
bon, procès qui se continuait encore en janvier 1466.
V. — Jean de Boucé, troisième du nom, épousa Péronille de Lespi-
nasse, fille de Philibert, seigneur de Toury-sur-Besbre, suivant con¬
trat du 7 décembre 1445 ; il fit hommage de ses fiefs la même année
et testait le 29 mars 1473, mais ne mourut que longtemps après, puis-
qu’aux archives de Gayette (H. 57;, il existe une quittance signée
de lui le 21 février 1492. U laissait sept enfants : 1°François, qui suit;
2* Antoine, dit Montjournal, grand-père du capitaine Poncenat, le
fameux chef huguenot; 3’ Marc, mort jeune ; 4* Bernard, religieux
bénédictin à Cluny ; 5° Pierre, successivement curé de Monétay, puis
protonotaire apostolique, décédé chanoine à Troyes en 1510 ; 6" Louise,
entrée au couvent des Bénédictines de Marcigny en 1472, et dont elle
était prieure en 1507, et 7° Claude, également religieuse à Marcigny,
d’ou elle vint en 1507, à la demande de la duchesse Anne de Bourbon,
réformer les Bénédictines d’Yzeure.
VI. — François de Boucé entra très jeune à la cour du duc Pierre II
de Bourbon ; il était chambellan de la duchesse Anne, lorsque celle-ci
négocia pour lui un mariage avec Madeleine de Gayette, mariage qui
fut célébré en 1490, bien que la future n’eût encore que dix ans.
Celle-ci n’en fut pas moins nommée peu après dame d’honneur de la
Jeune Suzanne de Bourbon. En 1494, François de Boucé fit hommage
au duc des deux fiefs réunis de Gayette et de Boucé; il était décédé
avant le 3 janvier 1510, laissant sept enfants :
1" Françoise, née le 28 janvier 1500, mariée elle aussi par la duchesse
Anne le 9 mars 1521 à Antoine de Saint-Priest, dit Maréchal,seigneur
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d'Epinac. Devenue veuve, elle épousa en deuxièmes noces, vers 1535,
Jacques de Thomassin.
2* Antoinette-Françoise, née le 6 octobre 1502, épousa un Villelume,
seigneur du Bourg; elle mourut sans postérité, en 1524, des suites
d’une fausse couche motivée par la frayeur que lui causa l’arrestation
de sa mère dans des circonstances sur lesquelles je reviendrai.
3* Gilbert de Boucé, né le 9 septembre 1503, mourut page du conné¬
table Charles de Bourbon en 1520.
4* Charles, né le 2 février 1505, eut pour parrain le connétable
Charles de Bourbon. Aussi l’accompagna-t-il lors de sa fuite en Italie.
Blessé en 1524 au combat de Romagnano, il mourut des suites de ses
blessures.
5* Anne, née le 14 mars 1506, eut pour marraine la duchesse Anne
de Bourbon. Elle épousa Marc, baron de Lespinasse, frère utérin du
capitaine Poncenat et était décédée sans enfant en 1529, époque où
son mari entra dans les ordres.
6* Catherine, née le 14 mars 1506, c’est à dire jumelle de Anne, eut
aussi pour marraine la duchesse Anne, qui la maria en même temps
que sa sœur aînée, Françoise le 9 mars 1521, à Pierre d’Epinac (les
deux sœurs épousaient les deux frères). Devenue veuve, elle épousa
en secondes noces Guichard d’Albon et ne laissa d’enfants ni de l’une
ni de l’autre de ces unions.
7* Antoinette, née le 17 mars 1509, morte peu après son père.
Ou voit la haute situation que tenaient ou avaient tenue François
de Boucé. Magdeleine de Gayette et leurs enfants à la cour ducale de
Bourbon ; aussi ne doit-on pas être surpris de leur fidélité au conné¬
table de Bourbon et du rôle qu’ils jouèrent lors de sa fuite.
On sait que le connétable, après la mort de sa femme Suzanne
de Bourbon, survenue en avril 152i, et surtout après la mort de sa
belle-mère, la duchesse Anne, en 1522, poussé à bout par les injus¬
tices de François I", signa un traité à Montbrison, le 18 juillet 1523,
avec Adrien de Croy, seigneur de Beaurain, envoyé de l’empereur
Charles-Quint. Ce traité était encore secret lorsque, le 17 août,
François 1", passant à Moulins, eut une entrevue avec le connétable,
son ami d’enfance, qui lui promit de l’accompagner en Italie. Il par¬
tit, en effet, le 1" septembre de Moulins, fut coucher à Saint-Gérand-
de-Vaux et était le 3 à la Palisse, où un envoyé du roi, Pérol de Wa-
try, vint le prier d’accélérer sa marche. Charles de Bourbon lui pro¬
mit d’aller le lendemain coucher au château de la Lière (paroisse de
Saint-Martin-d’Estreaux) ; le surlendemain, à Changy, chez Marc
de Lespinasse, gendre de Magdeleine de Boucé, puis le jour suivant
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
à Roanne ; mais à peine débarrassé de l'importun, changeant d’avis,
il revint sur ses pas et lut coucher à Gayette, où il se rencontra avec
Rufïail, envoyé du roi d’Angleterre, avec qui il signa un second
traité; après un séjour de quarante-huit heures à Gayette, il traversa
l’Ailier au gué de Cordebœuf et arriva à Chantelle escorté par plus
de deux cent cinquante gentilshommes, tant du Bourbonnais que du
Forez, parmi lesquels le fils et trois des gendres de Magdeleine
de Boucé : Charles de Boucé, les deux d’Epinac et Marc de Lespi-
nasse. Là, le connétable sembla hésiter : allait-il entrer directement
en lutte avec les troupes royales lancées à sa poursuite et qui occu¬
paient déjà la Palisse, ou passer en Espagne par Carlat ? Prenant ce
second parti, il continua sa route et arriva à Herment toujours accom¬
pagné de son escorte ; mais alors, dans l’impossibilité de poursuivre
avec une troupe aussi nombreuse, il se sépara de ses amis, leur
donna rendez-vous en Italie, au camp de l'empereur Charles-Quint,
et accompagné de cinq personnes, dont Antoine d'Epinac, sous des
vêlements d’emprunt, il continua sa fuite par la Tour-d'Auvergne,
Saiut-Donat, Condat, Allanche, Ruine ; enfin, après avoir traversé le
Vivarais et le Dauphiné, il arriva à Besançon dans le plus complet
dénûment.
Ce fut alors la terreur dans les états du duc de Bourbon ; Fran¬
çois I" ordonna l’arrestation de tous les amis du connétable dont on
put se saisir : ils furent nombreux, quoique beaucoup aient pu par¬
venir à passer en Italie. Tous furent déférés devant le Parlement de
Paris, un peu épuré pour la circonstance. Celui-ci, par un arrêt du
9 mars 1524, ordonna la mise sous séquestre de tous leurs biens, ne
laissant aux femmes et aux enfants que de faibles pensions alimen¬
taires. Quant aux contumax, ils furent, par un arrêt du 23 août, con¬
damnés à être décapités en effigie et à la confiscation de tous leurs
biens.
Parmi ces contumax, Magdeleine de Boucé avait son fils et ses trois
gendres ; elle partit pour Paris, intercéda pour eux, fit un pèlerinage
aux saints Côme et Damien, deLuzarcbes, et put obtenir deux arrêts
du Parlement autorisant ses filles à toucher chacune sept cents livres
de rente sur les biens de leurs maris, puis, rentrée à Gayette, pleura
sur le sort des absents, dont elle restait sans nouvelles.
Un soir des premiers jours de juillet 1524, alors que Charles de Bour¬
bon, après avoir envahi la Provence, marchait sur Marseille, un
homme se présenta à Gayette, se disant envoyé par le connétable : il
avait déjà visité Gléné. la Lière et Veauce, demandant partout des
hommes et de l'argent pour le duc. Magdeleine de Boucé, après s’ètre
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TREIZIÈME EXCURSION
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entretenueaveclui,luifit donner des vêtements, 45 sous d'argent et un
guide pour qu'il pût continuer sa route. Cet envoyé, André Colin, fut
arrêté lors de son passage à Moulins. Soumis à la torture, il avoua
sa mission et livra les noms de ceux chez qui il avait été reçu ;
Magdeleine de Boucé, qui se trouvait chez sa fille Antoinette de Vil-
lelume, alors en couches, fut immédiatement arrêtée et conduite au
château de Moulins où elle eut à subir un long interrogatoire. Toute¬
fois, faute de preuves ou grâce à des amis puissants, elle put obtenir
sa mise en liberté (2 septembre 1524).
Les pièces du procès de Colin nous sont parvenues. J'en citerai les
pages suivantes relatives à la déposition de Magdeleine de Boucé.
« Interrogatoire du 2g mars 1524.
Interrogée sur l’arrivée du connétable de Bourbon à Gayette, elle répond :
• 11 y arriva tout malade un samedy soir après dîner et demeura depuis le
dit jour samedi jusqu’au lundi matin environ huit heures qu’il partit pour
aller à Chantelle.
■ Interrogée quels propos luy tint Messire Charles, pendant qu’il était en
sa maison de Gayette, dit qu’elle ne parla pour lors audit messire Charles
sinon à son arrivée et à son département et à savoir le samedy qu’il arriva
et baisa la dite déposante et luy dit ces paroles : « Je vous suis venu voir »
et elle dit qu’il fût le bien-venu et sans lui tenir autres propos le dit messire
Charles s’en entra dans la salle basse que l’on luy avait préparée, et depuis
ne le vit que quand il fut le dimanche et le lendemain à la messe et durant le
dit temps ne parla à luy, cy en prenant congé de lui à l’heure que l’on le met¬
tait en litière, n’y eut lors autres paroles entre eux sinon de dire à Dieu l’un
à l’autre et que Messire de Bourbon la remercya de son bon vin. »
On posa même à la malheureuse femme des questions indiscrètes •
qui pourraient faire douter de son honneur si l’on n’avait sa réponse.
• Interrogée si, durant le temps de son séjour à la cour de la duchesse
Anne et depuis, elle a eu familiarité avec Messire Charles de Bourbon, dit
que non et qu’il ne parlait à elle en sa maison sinon ainsi qu’il en avait ac¬
coutumé de parler aux autres dames ou demoiselles et ce en présence de
tous. ■
François 1". battu et fait prisonnier à Pavie le 25 février 1525, signa
le traité de Madrid le 14 janvier 1526. Par ce traité, il s'engageait à
pardonner à Bourbon et à ses amis et à leur restituer leurs biens,
mais une fois en liberté, le roi refusa d’exécuter ces conventions et
n’accorda que des grâces individuelles aux amis du connétable :
Charles de Boucé était mort des suites de ses blessures reçues au
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SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS
combat de Romagnano ; Pierre et Antoine d'Epinac reçurent des lettres
d’abolition datées de Chenonceau, en septembre 1526. Quant à Marc
de Lespinasse, il resta en Italie Jusqu’après la prise de Rome et la
mort du connétable (7 mars 1525). Lorsqu'il revint en France, sa
femme étant morte, il entra dans les ordres, devint prieur de Saint-
Rigaud en Brionnais et mourut le 8 mars 1557, laissant pour héritiers
ses deux frères utérins, Charles de Boucé, prieur d’Ambierle, et Fran¬
çois de Boucé, plus connu sous le nom de capitaine Poncenat.
Magdeleine de Boucé, dame de Gayette, mourut à Gayette en août
1532, âgée de 53 ans. De ses sept enfants, un seul était encore vivant,
Françoise de Boucé, alors veuve d’Antoine d'Epinac ; tous les autres
étaient morts sans laisser de postérité.
Peu après le décès de sa mère, Françoise de Boucé épousa, vers
1535, Jacques deThomassin, baron de Mirebel, seigneur deMontmar-
tin, Corbas, Forest-sur-Lyon, écuyer d’écurie du roi et grand-maltre
des eaux et forêts en Dauphiné, dont elle eut quatre enfants : Jean-
Jacques, mort sans postérité ; René, dit Saint-Barthélemy, marié à
Jeanne de Vaudetar ; Jean, qui épousa en 1588 Louise de Bourbon-
Busset, et une fille, Françoise, qui entra au couvent de Laveine le
24 juin 1549 (1).
En 1537, Françoise de Boucé, déjà remariée avec Tbomassin, fit
faire le terrier partiel de ses terres (2i, mais la date de son décès est
restée inconuue. Ses deux fils survivants, René et Jean, procédèrent
au partage de sa succession le 24 octobre 1598. Boucé et le Méage
formèrent le lot attribué par le sort à Jean, tandis que René Tho-
massin eut Gayette. C’est dans cet acte que se trouve la description
de Gayette placée en tête de cette notice.
Des réparations importantes avaient été faites à Gayette par Jacques
de Thomassin, surtout afin de mettre cette demeure à l’abri d'un coup
de main à l’époque si troublée des guerres de religion. René de Tho¬
massin en fit faire de non moins importantes en 1606 (3). Lorsqu’il
décéda, il laissait deux filles : Eléonore, mariée deux fois et décédée
sans enfant en 1638, et Catherine, qui épousa François de Faudoas
d'Averton, dont elle n’eut qu’une fille, Eléonore, laquelle apporta
Gayette à son mari François de Rochechouart, marquis de Bonnivet.
De ce mariage naquit également une fille, qui épousa Jacques de
Mesgrigny, seigneur d’Epoisses, président au Parlement de Rouen, de
(1) Archives de Gayette, H. 13.
(2) Archives de l’Ailier, E. 38.
(3) Archives de Gayette, H. 54.
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TREIZIÈME EXCURSION
273
la famille de Jean de Mesgrigny, intendant d’Auvergne, et de Nicolas,
prieur de Souvigny. Jacques de Mesgrigny était encore propriétaire
de Gayette en 1645. En 1655, Jacques Danès, évêque de Toulon, comme
propriétaire de notre fief, fit un don aux Visitandines de Créchy (1) ;
huit ans après, en 1663, sans que je sache comment, les propriétaires
de Gayette étaient les époux Pingré de Farlnvilliers qui, le 24 janvier
1694, en firent don aux Frères de Saint-Jean-de-Dieu, à la condition
d’y construire un hôpital pour les pauvres, les vieillards et les orphe¬
lins de Varennes et des paroisses voisines. A partir du 11 juin 1695,
date de la prise de possession des religieux, Gayette demeura jus¬
qu’en 1790 aux mains de l'ordre de la Charité.
C’est le moment, je crois, de rappeler la légende de la donation des
Farinvilliers, telle qu'on la conte dans le pays.
Or donc, un jour, M" de Farinvilliers s’aperçut de la disparition
d'une magnifique bague ornée de diamants que quelques instants
avant, elle avait déposée sur l’un des meubles de sa chambre ; mal¬
gré toutes les recherches, il fut impossible de retrouver ce bijou. Sa
femme de chambre, qui seule était entrée dans l’appartement, fut
accusée du vol.
La pauvre gazouille, qui n’avait que ses larmes pour se défendre,
fut d'abord jetée dans les cachots du château, puis sans procès
conduite au pied d’un chêne que l’on vous montre encore sur la route
de Jaligny : elle y fut pendue à la plus haute branche, toujours mal¬
gré ses protestations d'innocence. A l’hiver suivant, M. de Farinvil¬
liers faisait abattre une longue rangée d’obrelles qui gênaient la vue
du château ; sur l’un de ces peupliers se trouvait un nid de pie.
Quelle ne fut pas la surprise des bûcherons en voyant, enlacée dans
les brindilles formant ce nid, la bague aux diamants tant cherchée ; ils
la rapportèrent au château, M*' de Farinvilliers pâlit en la reconnais¬
sant, puis quelques jours après, son fils unique mourut subitement.
Ce ne pouvait être qu’une punition du ciel ! C’est alors que, pris de
remords, les époux Farinvilliers firent don de leur château et de toutes
leurs terres aux pauvres et aux orphelins des paroisses sur lesquelles
la pie voleuse avait étendu son vol.
Depuis 1870, MM. les administrateurs de l’hospice de Gayette
cherchent à restreindre le vol de la pie et n’admettent plus que les
pauvres de Varennes et d’une ou deux communes à participer aux
faveurs de l’un des plus riches établissements hospitaliers de France.
(1) Son portrait à l’huile resta longtemps exposé dans la snlle du réfec¬
toire de l’hospice de Gayette. Voir sur lui le premier supplément de Moréri,
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
IL — Togue
E l n quittant Rongères, au momeut où on rejoint la route natio¬
nale, on aperçoit un modeste hameau dans un nid de ver-
" dure : c’est Togue. Il ne reste plus rien de l'ancien château,
mais Togue tient une grande place dans l'histoire locale.
Dès les débuts du xiv» siècle, on trouve une famille du nom de
Togue. En 1322, c’est Guillaume de Togue qui fait aveu de son flef à
Louis, comte de Clermont, aveu qu'il réitéra en 1375, au même Louis
devenu duc de Bourbonnais (1). En 1409, c'est un autre Guillaume
de Togue, sans doute le fils du précédent, qui fait aveu. En 1429,1433,
1444, notre flef est en la puissance de Jean de Togue (2) et toujours
par filiation directe au début du xvi* siècle, il est en celle de Charles
de Togue, seigneur de la Motte des Noyers, dont notre confrère
Montagne nous a donné une savante biographie (3). Je rappellerai
simplement que Charles de Togue fut rejoindre le connétable de
Bourbon en Italie et que lorsque ce prince eût été tué devant Rome,
le 6 mai 1527, ce fut lui qui prit le commandement de son armée ; ce
fut donc lui qui ordonna ou au moins laissa commettre le sac de la
Ville éternelle. Peu après, il traita avec l’empereur Charles-Quint
qui, pour se débarrasser de ses soldats indisciplinés, l’envoya com¬
battre en Tunisie. Pendant la traversée, ses soudards allemands se
révoltèrent et le jetèrent à la mer où il se noya.
François I ,r avait fait prononcer, par un arrêt du Parlement de Paris
du 24 avril 1524, la conflscation des biens de Charles de Togue en
même temps que celle des biens de tous les autres compagnons du
connétable. Il fit immédiatement raser le château de Togue, dont la
destruction fut complète. Mais que devinrent les terres?
Le 24 juin 1584, Antoine Billard, capitaine de Varennes, se dit sei¬
gneur de Togue lors de son mariage avec Marguerite Veaux ; le
16 mai 1600, le flef de Togue fut saisi par les créanciers de Mar¬
guerite Veaux, veuve dudit Billard, et vendu à l’un de ses créanciers,
Pierre Fougerolles, conseiller au présidial de Moulins, qui semble
n'avoir acheté que pour se couvrir de sa créance, car, quelques mois
après, le 28 janvier 1602, il revend notre flef à Jean de Dômes, sei¬
gneur de Cordebœuf, qui, en qualité de seigneur de Togue, fit en
(1) Archives de Gayette, H. 15 et 44.
(2) Archives de l'Ailier, E. 298.
(3) Voir Bulletin de la Société d'Emulation, 1908, p. 137 et suiv.
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1608 une libéralité à l'église Sainte-Croix de Varennes. Jean de Dômes
semble s'étre vite lassé de son acquisition, car le 27 septembre 1627,
il la cède à Antoine Parchot : Togue, en cent ans, avait changé cinq
lois de maîtres (1).
Cet Antoine Parchot avait épousé, le 8 décembre 1652, Catherine
Morel et se qualifiait simplement alors marchand à Varennes. Il eut
pour successeur son fils, autre Antoine Parchot, qui fit aveu de notre
fief en 1670 et se qualifia, le premier de sa race, seigneur de Togue.
Après son décès, ses quatre enfants, Sébastien, Marie, Gilbert et Jac¬
queline, procédèrent, le 30 août 1702, au partage de sa succession et
Togue fut attribué à l'alné, Sébastien, qui mourut en 1736, laissant
pour héritiers ses petits-enfants, issus du mariage de sa fille Marie
Parchot avec Etienne Tonnelier des Angles. Marie Parchot était dé¬
cédée en 1730, son mari en 1733 et leurs quatre enfants mineurs, Sé¬
bastien, Antoine, Marguerite et Marie-Madeleine, étaient sous la
tutelle de leur grand-père paternel, Charles Tonnelier des Angles.
L’alné, Sébastien, quoique un peu faible d'esprit, entra dans les
ordres ; Marguerite épousa, le 1" juin 1745, François Bardonnet, fils
de Charles, seigneur de Gondailly, et reçut en dot le domaine de la
Toulle. Après la mort de leur grand-père Charles Tonnelier, les en¬
fants d’Etienne procédèrent, le 13 janvier 1736, au partage des succes¬
sions de leurs parents et grands-parents. Marguerite Tonnelier, épouse
de François Bardonnet, en outre de la Toulle, reçut Togue en par¬
tage. Antoine Tonnelier eut les Angles et Marie-Madeleine, qui épousa
Jean Diannyere, médecin-inspecteur des eaux de Bardon, près Mou¬
lins, eut le domaine des Garennes.
Marguerite Tonnelier mourut le 8 août 1807 ; elle était veuve depuis
le 3 nivôse an VIII et ne laissait qu’un fils, François-Blaise Bardon¬
net de Togue, qui avait épousé Anne Dussaray, suivant contrat reçu
par M* Devaulx, notaire à Saint-Gérand-le-Puy, le 14 mai 1782. Il
n'eut qu'une fille, Marguerite Bardonnet de Togue, qui épousa, le
23 Janvier 1808, Félix de Conny.
Félix de Conny, successivement sous-préfet à la Palisse, député de
l’Ailier et ambassadeur à la Haye, fut créé vicomte sous la Restau¬
ration. En mourant, il laissait plusieurs enfants. L’afné eut la Toulle,
qu'il fit recpnstruire et qu’il transmit à sa petite-fille, M" la comtesse
de Barrai, propriétaire actuelle. Le second, Mgr de Conny, eut Togue
qu'il vendit en détail vers 1875.
(1) Archives de l’Ailier, B. 291, 292, 294, 298.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
III. — Le Méage
L e château du Méage, construction de la fin du xvi' siècle, est
situé au milieu d’une plaine marécageuse. Après avoir fran¬
chi une grille en fer forgé, on pénètre dans une vaste cour
plantée d’arbres séculaires : à droite et à gauche, les communs ; au
fond, le manoir entouré de douves aux eaux vives, flanqué au levant
de deux tours rondes, au couchant d’une autre tour carrée, à laquelle
s'accroche une échauguette qui lui donne de la légèreté. Au nord a
été ajoutée une annexe en style italien.
Ce château a dû succéder à une autre de l’époque féodale. Dès 1272,
on trouve un Raymondin du Mayage, qui perçoit 40 sous sur les
tailles de Billy. Il a pour fils, en 1300, Raymond du Mayage, et son
petit-fils, Etienne, fait aveu de son fief en 1322 et 1375, mais après
cette date nous perdons la trace. A la fin du xv* siècle, le Méage
n'est plus qu’une annexe de Gayette et, lors du partage de 1598, il forme
avec Boucé le lot de Jean Thpmassin, époux de Louise de Bourbon-Bus-
set. Celui-ci mourut le 15 avril 1620 et, à son acte d’inhumation inscrit
sur les registres paroissiaux de Sainte-Croix de Varennes, il est en¬
core qualifié de seigneur de Boucé et du Méage. Il n’était cependant
plus propriétaire de ce dernier fief depuis près de trois ans; il l'avait
vendu en 1617 à Pierre Bardon, petit-fils de Gabriel Bardon, notaire
à Rongères en 1511, et fils de Jacques Bardon, qui avait épousé Mi¬
chelle de Saulzay, bourgeoise à Varennes en 1587.
Pierre Bardon prit le titre de seigneur du Méage ; lors de son dé¬
cès en 1624, il était procureur en la sénéchaussée de Moulins et lais¬
sait trois fils, Philippe, Jean et Nicolas, le Méage fut attribué à
l'alné, Philippe, président des trésoriers de France à Moulins, qui
mourut en 1631. Sa veuve, Antoinette de Champfeu, fit la même
année aveu de notre fief, tant en son nom qu’en celui de ses quatre
enfants mineurs, François-René, Jean-Claude, Etiennette et Antoinette
Bardon (1).
Etiennette épousa Jean-Claude de Villard et Antoinette Jean Dero-
chard. Le Méage fut attribué à l’alné des enfants, François-René
Bardon, qui avait épousé Catherine-Christine de La Motte-Mourgon,
mais dont il n’eut pas de postérité (2). Avant de mourir, en 1678, il fit
(t) Archives de l'Ailier, E. 287, 288, 294.
(2) La dame Catherine-Christine Bardon du Méage fut marraine d'une
cloche de l’église de Rongères le juillet 1661 (registres paroissiaux).
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s
T
Phototypie Sadag.
Cliché de M. Raymond.
Le Méage. — Façade et grille en fer forgé.
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TREIZIÈME EXCURSION
277
un testament qui donna lieu à un long procès entre son frère et ses
sœurs, puis notre fief passa à ce frère Jean-Claude Bardon, époux de
Catherine de Vicq de Pontgibaud, qui en fit aveu le 2 janvier 1691.
De lui, il fut transmis successivement de père en fils à Jean-Baptiste
Bardon, à Claude Bardon et à Claude-Godefroy Bardon, époux d’Anne
de Berthet, ce qui nous conduit jusqu’à l'époque de la Révolution.
Godefroy Bardon, arrêté comme suspect le 17 thermidor an II, fut
assez heureux pour être remis en liberté peu après. A sa mort, il lais¬
sait quatre enfants, Antoine, Jean, Claude et Suzanne Bardon. Ce fut
cette dernière qui avait épousé M. Goyet de Livron, propriétaire du
Méage. Sa fille épousa M. Stanislas de Chantemerle de Villette, le
père de notre confrère, M. Guy de Villette, propriétaire actuel.
IV. — Prenat
A vant de quitter le Méage, M. de Villette a bien voulu faire visiter
à la Société son domaine de Prenat, situé à deux cents mètres
environ. C'est un long bâtiment à un seul étage éclairé par de
larges fenêtres à meneaux et dont la face nord est ilanquée d’un pa¬
villon carré, restes d'une gentilhommière du xvi* siècle, aujourd’hui
transformée en ferme ; à l’intérieur, une belle cheminée en bois, style
Henri II.
D’après dom Béthencourt, Gilbert Burelle, bourgeois de Varennes.
était propriétaire de Prenat en 1449. Son fils ou son petit-fils Etienne
Burelle eu fit aveu à Billy en 1505 et en 1512. Le 14 mai 1586, Anne
Dinet se qualifie veuve de Jean Burelle, seigneur de Prenat, et, dans
un titre du 4 novembre 1595, son fils Antoine Burelle, trésorier
payeur de la gendarmerie, demeurant à Varennes, prend la qualité
de seigneur de Prenat. Antoine Burelle mourut en laissant trois fils,
Antoine, Gilbert et Henri. L'ainé, Antoine, resta seigneur de Prenat,
ainsi que l'établit un titre du 22 août 1622 (1). Il n’eut qu'une fille, qui
épousa Gilbert Billard, conseiller du roi, élu en l’élection de Moulins
en 1634. De ce mariage naquit également une seule fille, Marguerite
Billard, qui épousa en 1653 André Semin, écuyer, seigneur de Saint-
Sornin, président du présidial de Moulins. Devenue veuve, Margue-
(1) Archives de Gayette, H. 114.
18
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278
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
rite Billard épousa en secondes noces, en 1663, Claude Aubert, mais
ce lut pendant son veuvage qu'elle vendit Prenat à son voisin, Fran¬
çois-René Bardon, seigneur du Méage, époux de Christine de La Motte-
Mourgon, et, depuis cette époque, nos deux fiels sont restés dans les
mômes mains.
V. — Montaigu-le-Blin
L e château léodal de Montaigu date du xn* ou xur siècle ; il oc¬
cupe le sommet d'une butte calcaire complètement isolée dans
une plaine marécageuse. Son système de défense se compose
d’une vaste enceinte de forme circulaire ilanquéededeux grosses tours
rondes et de trois plus petites. Dans cette enceinte se trouvaient les
écuries et dépendances, les logements de la garnison, les prisons, etc.
Tout au centre est le donjon, aussi de forme circulaire, défendu par
neuf tours rondes. On accédait de la place d'armes au donjon par
une rampe assez abrupte qui conduisait à un pont-levis fermant
l'entrée. On s’aperçoit de suite que la construction féodale a profon¬
dément été modifiée à l'époque de la Renaissance, époque qui nous a
laissé de gracieuses portes.de larges fenêtres à meneaux timbrés aux
armes des Chabannes. Aux débuts du xvn* siècle, notre château fut
encore restauré, mais à l'époque de la Révolution, il n'était déjà plus
qu'une ruine, ainsi que l’indique le procès-verbal de sa mise en vente
comme bien national.
En voici en quelques lignes l’historique :
Il est peu probable que la butte de « A Îonie-Acuto » ait reçu des
fortifications dès l'époque romaine, car elle ne prit de l'importance
qu'au x' siècle, par suite de sa situation sur les marches de la Bour¬
gogne et de l’Arvernie, au moment des luttes entre ces deux pays
à la fin de la période carolingienne. Comme les renseignements sur
cette époque nous font absolument défaut, on ignore en vertu de
quels titres Montaigu se trouvait dans les mains du roi de France au
xm' siècle.
Le premier titre certain est, en effet, la vente qu'en fit, en 1295, le
roi Philippe le Bel à Guillaume Aycelin, fils de Pierre Aycelin, et de
dame Flotte. Ce Pierre Aycelin, déjà propriétaire du fief de Montaigu
en Listenois, près Billom (Puy-de-Dôme), avait nombreuse lignée.
Outre Guillaume, il avait comme fils Gilles Aycelin, évêque de Nar-
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Château de Montaigu-le-Blain. — Le donjon.
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TREIZIÈME EXCURSION
279
bonne et chancelier de France, et Jean Aycelin, évêque de Clermont.
L’aîné, Guillaume, était venu se fixer en Bourbonnais à la suite de
son mariage avec Alix du Breuil, qui mourut en 1300 et dont le tom¬
beau existe encore en la vieille église du Breuil. D'après dom Bé-
thencourt, le fief de Montaigu-le Blin s’étendait à celte époque sur
les paroisses de Montaigu, Montoldre, Cindré, Saint-Gérand et Ron-
gères; ses principaux vassaux éiaient Guy de Boucé, Aymon de Sor¬
bier, Jean de Villard, etc.
Guillaume Aycelin eut, de son mariage avec Alix du Breuil, plu¬
sieurs enfants. Je retiendrai Aubert, qui succéda à son oncle comme
évêque de Clermont, et Gilles, qui épousa Blanche de Sorbier et que
l'on trouve qualifié dans un titre de 1309 « seigneur de Montaigu et
du Breuil en la frontière du royaume, vers Lyon » ; on sait que, en
effet, cette dernière ville ne fut annexée à la France qu’en 1312.
Gilles de Montaigu mourut en 1325, laissant huit fils, sans compter
un nombre à peu près égal de filles. Le fief de Montaigu échut à
Guillaume, qui était déjà passé de vie à trépas en 1356, ne laissant
qu'un fils, Jean de Montaigu, encore mineur, sous la tutelle de son
oncle Robert de Chaluz.
Froissard, dans ses Chroniques , nous dit qu'à cette époque le Bour¬
bonnais, la Basse-Auvergne, le Forez, furent envahis par des bandes
anglo-gasconnes « qui ardaient tout, chevauchant à leur ayse et trou¬
vant le pays moult gras et rempli de bonnes choses ». Robert de Cha¬
luz, ne se croyant pas en état de défendre par ses propres moyens le
château de Montaigu, fit appel à son suzerain le duc de Bourbon,
en juin 1356. Celui-ci, pensant qu’ « un chastel si bien appareillé
serait bien fort et de bonne garde et profitable à la défense du pays,
que s’il était pris des ennemis il serait à tout l’entour moult préju¬
diciable », ordonna de faire une levée pour sa défense, et si Saint-
Gérand et Cusset tombèrent aux mains des Anglais, rien ne nous
autorise à penser qu'il en fût de môme de Montaigu ; nous n’en
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
retiendrons pas moins le fait indiscutable que Montaigu était à cette
époque l'une des bonnes places du Bourbonnais.
Jean de Montaigu, devenu majeur, épousa Béatrix de Châteaumo-
rand et, peu après ce mariage, alla habiter Saint-Aubin-sur-Loire en
Bourgogne, où il mourut en 1408, laissant un ûls, Guillaume, quiven
dit Montaigu à Jacques de Chabannes en 1430 ; c'est ainsi que cette
illustre famille, originaire de la Marche, vint se fixer en Bourbonnais,
car je rappellerai que ce ne fut que l’année suivante, le 18 mars 1431,
que le duc Jean de Bourbon céda le château de la Palisse à Jacques
de Chabannes.
Le nouveau propriétaire fit faire immédiatement d'importantes ré¬
parations à Montaigu, où il fixa sa demeure. Jacques de Cha¬
bannes avait un frère puîné, Antoine de Chabannes, seigneur de Dam-
martin, qui fut l'un des illustres capitaines de son époque, mais qui,
après avoir été le compagnon de Jeanne d'Arc contre les Anglais, ter¬
nit sa gloire à la tète des bandes maudites des Ecorcheurs. A la tête
d'une de ces bandes de pillards, il envahit les états du duc de Bour¬
gogne et ravagea toute la vallée de l’Arroux. Ce fut dans celte expé¬
dition, à Nolay, qu’il s’empara de Jean de Grandson. seigneur de
Pesmes, époux de Jeanne de Vienne, à qui il imposa une forte ran¬
çon et, en attendant que celte rançon fût payée, il l'envoya prisonnier
à Montaigu, priant son frère d'en assurer la garde.
La famille des Grandson était une des plus illustres maisons de la
Franche-Comté ; les ducs de Bourgogne les appelaient « cousins ».
Leur filiation peut être remontée jusqu’au xn' siècle (i). Guillaume
de Grandson, le père de Jean, s’était illustré dans les guerres de
Bourgogne, notamment à Bourges, à Cambrai, à Arras et à Rouen.
Jean de Pesmes, n'ayant pu s'acquitter de sa rançon, était toujours
dans les fers à Montaigu lorsque la paix fut signée à Nevers, en 1435,
entre les ducs de Bourbon et de Bourgogne. Il parait même qu'il avait
été assez sévèrement traité, car, lors de sa mise en liberté, il prévint
Chabannes qu'il se vengerait de ce qu’il appelait une violation des
lois de l'honneur. En effet, au printemps 1437, ayant réuni quelques
hommes d'armes et bien que l’on fût en pleine paix, il s’empara par
surprise de Montaigu, y pilla pour plus de 30.000 livres de meubles
et, chose plus grave, en se retirant, il emmena comme prisonnier le
jeune Geoffroy de Chabannes, fils de Jacques, âgé de dix ans, préve¬
nant sa famille qu'il ne le restituerait que contre paiement d'une ran-
(t) Pesmes et ses seigneurs, par Gaston DE Reauséjour. — In-8°. Vesoul,
1895.
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sivNNoaanoti un noi r.v ia w.'ri.ci i.i.ri idos
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Château de Montaigu-le-Blain. — Port# rt plan incliné du pont-levis.
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TREIZIÈME EXCURSION
281
çon égale à celle qu’il avait dû verser deux ans avant. Olivier de la Mar¬
che. l'historiographe des ducs de Bourgogne, raconte (1) qu’au carême
1443, le duc de Bourbon étant allé visiter à Chalon son beau-frère le duc
de Bourgogne, fut accompagné par Jacques de Chabannes, venu pour
réclamer la restitution de son fils, mais que Jean de Pesmes refusa
de le rendre avant paiement, disant n'avoir agi que suivant les droits
de la guerre Le duc Philippe de Bourgogne prit parti pour son cousin
de Pesmes ; le duc de Bourbon n’osa insister et le jeune Chabannes
ne fut rendu à sa famille que quelques mois après, grâce à l’inter¬
vention de la duchesse de Bourgogne. Isabeau de Portugal.
Si Jacques de Chabannes avait acheté Montaigu à Guichard de
Saint-Aubin en 1430, il avait été si occupé par ses difficultés avec les
Pesmes qu’il avait complètement oublié d'en payer le prix et Saint-
Aubin était mort sans pouvoir recouvrer sa créance. Ses deux fils, Jean
et Jacques de Saint-Aubin, continuèrent leurs réclamations toujours
vaines jusqu’au jour où, las d’attendre, ils prirent le parti de se faire
justice eux-mèmes. Aidés de quelques amis, ils s’emparèrent de Mon¬
taigu en 1449, en chassèrent M" de Chabannes et ses gens et s'y ins¬
tallèrent en maîtres. Chabannes, qui en ce moment était absent, revint
immédiatement faire le siège de son propre château, mais ne put s’en
emparer de vive force. Il s'adressa alors au duc de Bourbon, qui
manda les frères Saint-Aubin à son ban et les fit jeter en prison à
Saint-Pierre-le-Moùtier. Ce ne fut qu'en avril 1451 que Charles VII
leur fit rendre la liberté, après toutefois leur avoir fait signer un dé¬
sistement complet contre Chabannes.
Jacques de Chabannes mourut le 20 octobre 1453 ; il eut pour suc- ■
cesseur à Montaigu son fils Geoffroy, le prisonnier du seigneur
de Pesmes. à qui succéda son fils Jacques II de Chabannes, le fameux
maréchal de La Palisse, tué à Pavie le 24 février 1525. Le maréchal
n’eut qu'un fils. Charles, qui fut tué devant Metz en 1553, ne laissant
qu’une fille, Eléonore. Celle-ci épousa en premières noces Juste
de Tournon et en secondes noces Philibert de La Guiche, dont elle
n’eut pas d’enfant, mais à qui elle légua Montaigu, par un testament
daté de 1595.
Si La Guiche n’eut pas d’enfant d'Eléonore de Chabannes. il eut
deux filles, Henriette et Anne, d'une seconde union avec Antoinette
de Daillon du Lude et, lors du mariage d'Henriette en 1624 avec
(1) Mémoires d'Olivier de la Marche (vol. IX de la collection Petitot,
p. 294). Histoire de la maison de Chabannes. t. I, p. 139 ; t. Il, p. 17. Olivier
de la Marche ne parle que d'un fils de Chabannes. Le second ouvrage parle
de deux fils.
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282
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Jacques de Matignon, il lui donna Montaigu en dot. Les Jeunes époux
vinrent s’y fixer ; ils avaient même commencé à y faire faire des répa¬
rations importantes lorsque Matignon fut tué en duel par le comte
de Montmorency-Bouteville. Sa veuve se remaria le 8 février 1629
avec Louis-Emmanuel de Valois, duc d'Angoulême, petit-fils bâtard
du roi Charles IX et de Marie Touchet, et ne revint plus habiter
Montaigu.
On sait que, pendant la Fronde, le cardinal Mazarin, partant pour
l'exil, alla à Rouen remettre le prince de Condé en liberté le 21 février
1651, mais que la concorde entre le prince et Anne d'Autriche fut de
courte durée. Le 6 juillet, Condé quitta la cour et passa en Guyenne,
qu'il souleva contre le roi et la reine régente ; la princesse de Condé
se rendit à Montrond-sur-Cher qu’occupait toujours François de Ven-
tadour, marquis de Persan, avec cinq cents condéens, tandis que
Conti, qui occupait Bourges, essayait d’acheter La Guiche, gouver¬
neur du Bourbonnais.
Gaspard de Chavagnac, dans ses Mémoires , nous donne de précieux
renseignements sur cette négociation à laquelle il participa, mais qui
n'eut pas de succès. La princesse chercha alors à s'emparer de plu¬
sieurs villes, afin d'établir ses communications avec la Bourgogne.
Elle chargea le baron de Queulle (1), l’un de ses fidèles, de s'emparer
de Montaigu. Celui-ci vint daDs le pays, commença par se lier avec
M. de La Barrière, ancien major au régiment de la Ferlé, capitaine
châtelain du château pour le duc d'Angoulême, et essaya par persua¬
sion de l'amener à prendre parti pour Condé, mais sans pouvoir y
parvenir. Il entra également en relations avec diverses personnes du
pays, notamment avec Jean Delair ou de l'Aire, dit Rap. Un jour que
le châtelain s'était absenté, il entra par surprise avec ses amis et quel¬
ques soldats dans le château et en chassa les gens, disant en prendre
possession au nom du roi etdu prince de Condé ; dès que M. deLévy,
lieutenant du roy au gouvernement de la province, eut connaissance
de ces faits, il donna ordre au lieutenant de la prévôté de réunir ses
hommes et de s'emparer de Montaigu. Le 22 septembre 1651, le baron
de Poncenat , MM. de Saint-Bonnet, de Marlillière, de Baumont, de
Créchy, de Teilhat, de Sansat. gentilshommes du voisinage, le prési-
(1) Le baron de Queulle était étranger à la province. Etait-il de la famille
bourguignonne dont l'un des membres avait servi de tuteur à Olivier de
la Marche ou de la famille auvergnate de La Queulle, alliée aux Montboi-
sier, dont l'un, Annet-Gilbert, épousa en 1706 Marie-Joseph d'Amanzé et
prit le titre de comte d’Amanzé ?
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TREIZIÈME EXCURSION
283
dent Doultre à la tête de la milice de Billy. M. Burelle, juge à Varen-
nes, M. de La Presle, capitaine, commandant la milice de Varennes, et
M. de Peufou, lieutenant de la sénéchaussée du Bourbonnais, assisté
de ses archers, se trouvèrent réunis devant Montaigu pour sommer
Queulle d’évacuer le château et, en cas de relus, pour s’en emparer
de vive force.
Le baron de Queulle disposait de deux couleuvrines qu’il fit mettre
en batterie sur la terrasse du château et d'un certain nombre d’arque¬
buses ; sur son refus de se rendre, l’attaque commença. Une brèche
ayant été faite dans le mur de la première enceinte, les assiégeants
purent s’y établir malgré une vive fusillade des assiégés qui leur
causa des pertes sensibles. Enfin, après un combat qui dura près de
quatre heures, Queulle entra en pourparlers avec le président Doultre
à qui il promit de se rendre ; mais pendant ces pourparlers, il fut
trahi parDeiaire, qui abaissa le pont-levis : les assiégeants entrèrent
dans le château et Queulle fut tué d’un coup de mousquet sur la ter¬
rasse. Tel est en deux mots le récit du siège de Montaigu. Pour plus
amples détails, je renverrai à la lecture de la Gazette de France de
1651. 11 est probable que la ruine du château date de ce siège (1).
Henriette de La Guiche, duchesse d’Angoulême, mourut sans enfants
en 1698, mais il y avait déjà longtemps qu'elle n’était plus proprié¬
taire de Montaigu. Cette terre avait été saisie et vendue judiciaire¬
ment le 22 mai 1682 et achetée par Françoise de Valois, duchesse de
Joyeuse, qui mourut le 5 mai 1694, laissant pour héritière sa cousine
Jeanne-Armande de Schomberg, épouse de Charles de Rohan-Mont-
bazon. Celle-ci en fit donation en 1698 à son filleul François-Armand
de Rohan, prince de Montba/.on. second fils de Charles de Rohan,
prince de Guéméné, né le 4 décembre 1652, qui venait d’épouser
Louise-Julie de La Tour d’Auvergne. Il n'en eut qu’un fils qui mourut
en 1703, en sorte qu’à défaut de descendant lors de son décès le
26 juin 1717, ce fut son neveu Hercule-Mériode de Rohan, prince de
Guéméné, qui hérita de Montaigu. Lorsque ce dernier mourut, en
1741, il laissait une situation des plus embarrassées et ses héritiers et
son séquestre vendirent la terre de Montaigu, le 28 mars 1741, à
François-Senectaire-André Du Buysson.
A peine propriétaire, du Buysson plaida avec le curé et M. Le Brun,
de Treteau, puis en 1761 avec les habitants de Montaigu, à qui il con¬
tl) Le ms. de Girard Charnay, curé du Donjon, donne également divers
renseignements sur le siège de Montaigu. Le baron de Queulle y est dit «le
baron d'Escuiiles ».
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
testait leurs droits sur des communaux. Ces procès ont pour nous
l’utilité de nouslaire connaître très exactement les propriétaires suc¬
cessifs de Montaigu (1).
André Du Buysson mourut le 3 août 1769, laissant cinq filles et un
fils. Ce fut ce dernier, Denis-Philibert, qui lui succéda à Montaigu.
Créé comte deDouzon le 28 février 1772, il fut successivement mestre
de camp, gouverneur du Bourbonnais et député de la noblesse aux
Etats généraux de 1789. Il siégea à Versailles jusqu'à la réunion des
trois ordres, mais refusa, à partir de ce moment, de prendre part aux
travaux de l'Assemblée nationale et émigra d’abord en Savoie, puis
à Genève. En 1792, il eut la malencontreuse idée de revenir sur ses
terres où il fut bientôt arrêté comme suspect ; il fut l'un des trente-
deux condamnés et exécutés à Lyon le 11 nivôse an IL
Ses biens furent saisis et vendus comme biens nationaux en plu¬
sieurs lots le 23 messidor an 11. Le château de Montaigu, alors à l’état
de masure, disaient les affiches, fut vivement poussé par Virotte et
Delaire et fut adjugé 212.000 livres payables, il est vrai, en assignats,
qui perdaient à cette époque 42 •/. de leur valeur (2).
La Société d’Emulation est heureuse d’adresser toutes ses félicita¬
tions au propriétaire actuel de ces ruines, M. le comte de Camba¬
cérès, qui, par des réparations intelligentes, sait les protéger contre
les destructions du temps, tout en leur conservant leur caractère.
VI. — Poncenat
E
i\ntre Montaigu et Saint-Gérand-le-Puy s’étendait la paroisse
1. de Ciernat qui, après avoir été une commune en 1791, fut an¬
nexée à la commune de Montaigu lors du remaniement des
divisions administratives de l’an VIII. Le chœur de l’église subsiste
encore, grâce à des réparations faites par la famille de Berthet, qui
tient à conserver ce souvenir des temps passés.
Près d’un ruisseau, sur une butte qui en domine le cours, nous
voyons la ferme de Poncenat ; c'est tout ce qui reste avec une tour
(1) Archives de l'Ailier, E. 823.
(2) Archives de l’Ailier, série Q.
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^Société d'émulation du }3ourponnai§
Aquarelle Gi &tave Fournier
{Ruines da Château de Poneenat
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TREIZIÈME EXCURSION
285
carrée du château (1). La destruction est récente, puisqu'en voici une
description faite à l’époque de la Révolution au moment de la vente
comme propriété nationale : « Le château de Poncenat consistant en
plusieurs chambres basses : salle de compagnie, salle à manger très
vaste, cabinets, office, cuisine, chambre haute, salle de billard, cave,
greniers, écuries, remises, grange, beau jardin, le tout d’une conte¬
nance de trois boisselées. » En outre de la tour, il reste encore un
puits avec sa margelle sculptée, dont les armoiries ont malheureuse¬
ment été martelées et qui a été placée le haut en bas.
Poncenat avait donné son nom à une famille noble qui s'éteignit à
défaut de mâle au commencement du xiv' siècle. Alix de Poncenat
porta ce fief à son mari Guillaume de Boucé en 1359, ainsi que je l’ai
dit à propos de Gayette en parlant des Boucé.
Jean de Boucé, qui vivait en 1415, en fit le lot de son second fils,
Antoine de Boucé. Celui-ci prit le titre de seigneur de Poncenat ou,
simplement, s’appela Boucé-Poncenat. Il n’eut qu’un fils, Nicolas, qui
épousa Anne de Pissalien, veuve en premières noces de Lespinasse,
dont il eut trois fils, deux desquels jouèrent un rôle important dans
les guerres religieuses : ce sont Charles de Boucé prieur d’Ambierle,
et François de Boucé, plus connu sous le nom de « capitaine Pon¬
cenat ».
Lors de la première guerre de religion, en 1562, on trouve ce der¬
nier à la tète des huguenots à Lyon, à Roanne, à Marcigny, à Digoin,
à Moulins, à Feurs, à Montbrison, à Mâcon, à Tournon, à Louhans et
à Vienne; lors de la paix, il se retira en son château de Changy, près
Roanne, pour reprendre les armes à l'automne 1567. On le suit alors
toujours à la tête des Réformés à Issoire, à Saint-Amand, à la Pacau-
dière, à Cluny, à Tournus, à Mâcon, à Saint-Rambert, à Champolly,
à Vichy et enfin à Cognât, où il est victorieux, mais où il paie sa vic¬
toire de sa vie O janvier 1568).
Son fils, Jean de Boucé, revint au catholicisme et mourut en 1596
sans postérité. Poncenat passa alors à sa seconde sœur, Suzanne
de Boucé, qui épousa Henry d’Apchon, dont elle eut une fille, épouse
de Gabriel de Chabannes, et ce fut ce dernier qui vendit en 1632
la terre de Poncenat à François Bayle, riche financier, époux
d’Anne Sarron. Leur fils, Balthazar Bayle, y prit le titre de baron
de Poncenat en 1650, c’est sous ce titre que nous l’avons vu prendre
(1) Nous devons le joli dessin de cette tour au talent d’un de nos jeunes
confrères trop tôt ravi à notre Compagnie, M. Gustave Fournier,qui a peint
i'aquarelle d’après laquelle a été faite notre gravure.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
part au siège de Montaigu ; sa lignée resta propriétaire jusqu'en 1730,
époque où Poneenat passa par succession à Catherine de Cotignon.
épouse de Pierre-François Debiès de Maubranches, qui le vendit par
acte du 1" mai 1745 à François-Senectaire du Buysson, que nous avons
vu acquéreur de Montaigu depuis 1741.
Les du Buysson habitèrent, non pas le château de Montaigu déjà
en ruines, mais le château de Poneenat. C'est là que fut célébré, le
7 mai 1772, le mariage d'Anne-Charlotte Mavolle du Buysson avec
Yves Mourin d'Arfeuilles.de qui nous parlerons à propos de Billy. C’est
encore à Poneenat que fut arrêté comme émigré le comte de Douzon
en 1793. Les habitants de la commune tentèrent de s’opposer à son
arrestation et essayèrent même de lutter à main armée contre les
sbires de Forestier. La terre de Poneenat, comprise dans les biens
confisqués sur le comte de Douzon, fut vendue nationalement en plu¬
sieurs lots le 11 messidor an IL
VII. — Saint-Gérand-le-Puy
L e bourg de Saint-Gérand-le-Puy est situé sur un plateau aux
pentes abruptes qui domine les vallées de la Besbre et du
- Redan, atllueut de l'Ailier. A l’extrémité sud, ce plateau se re¬
lève par une butte sur laquelle est situé le château, construction du
xvi' siècle, qui a dû remplacer un édifice bien plus ancien dont
l’église actuelle faisait partie. On veut que le bourg actuel, situé au
nord du château, se soit étendu autrefois tout autour, notamment
au midi jusqu'à Saint-Martin.
Saint-Gérand, par sa situation sur la route de Moulins à Lyon, eut
de tout temps une importance militaire, bien que la route actuelle
qui traverse le bourg ne soit pas antérieure au xv' siècle ; a\ant celte
époque, la route depuis Perrignv suivait le cours du Redan et passait
près du prieuré de ce nom, puis allait franchir l’Ailier au pont ou au
gué de Cordebœuf pour rejoindre la route de Clermont à Paris, près
de Saint-Pourçain ; la route actuelle de la Palisse à Moulins par la
rive droite de l’Ailier ne remonte pas à une époque antérieure à
Henri IV. Mais si la route de Lyon parle Bourbonnais ne traversait pas
Saint-Gérand, elle n’en était pas moins commandée par ion château.
Dès que la route nouvelle fut construite, le bourg de Saint-Gérand
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TREIZIÈME EXCURSION
287
éclipsa la ville de Billy qui se trouvait éloignée de toute voie de terre,
mais qui n’en resta pas moins le siège de la châtellenie.
A l'époque de la Révolution, Saint-Gérand prit le nom de Puy-
Redan et devint cheMieu de canton. Il fut même un instant question
d’y établir le siège du tribunal du district, puis, plus tard, d’en faire le
chef-lieu des deux districts réunis du Donjon et de Cusset, au lieu de
la Palisse. Si cette réunion avait été faite en 1793, certainement Saint-
Gérand serait devenu cheMieu d’arrondissement, mais elle n’eut lieu
qu'en l'an VIII : Saint-Gérand s’était montré trop révolutionnaire, les
passions y avaient été trop vives sous la Convention et l'on sait que le
Consulat fut surtout un gouvernement de pacification.
Toute la région explorée par la Société d’Emulation dans sa 13' ex¬
cursion est restée auvergnate jusqu’au xiii' siècle. Elle ne devient
bourbonnaise qu’après l’écrasement, en 1213, de la puissante maison
des comtes d’Auvergne par Guy de Dampierre, sire de Bourbon, agis¬
sant sur l’ordre du roi Philippe-Auguste. Il faut avouer que l’on ne
sait rien ou à peu près rien sur tous les fiefs de la région avant leur
annexion au Bourbonnais. Peut-être a-t-on encore mal fouillé ce qui
reste des archives auvergnates de cette époque.
Lorsque Guy de Dampierre reçut mission de Philippe-Auguste de
marcher contre Guy d’Auvergne, il divisa son armée en deux corps
qui devaient agir parallèlement sur chacune des rives de l’Ailier. Il
confia le commandement du corps de la rive droite à son parent Ar-
chimbault de Bourbon (1), seigneur de Saint-Gérand ; celui-ci réunit
ses troupes à Rongères et de là marcha contre Châteldon et Pont-du-
Château. Après la victoire, Archimbault reçut en récompense le fief de
Pierremont, près Ferrières. Ce premier seigneur de Saint-Gérand qui
nous soit connu vivait encore en 1241 : il eut pour successeur son fils
Guillaume (1268). puis son petit-fils, autre Archimbaud (1275) et son
arrière-petit-fils Guillaume de Saint-Gérand en 1283. Ce dernier, par¬
tant pour une expédition lointaine, dont il ne semble pas être revenu,
vendit son fief à Louis de Rohères en 1287.
Louis de Rohères mourut aux débuts du xiv' siècle, ne laissant
qu’une fille, Catherine, de sa femme Alix du Vernet. Cette dernière,
devenue veuve, soutint un procès en 1312 contre son parent Jocerand
du Vernet qui, au lieu d’attendre la sentence des juges, s’empara de
Saint-Gérand les armes à la main et en fut reconnu propriétaire en
(I) Aubert de la Faige (Fiefs, I, p. 291) se rallie à l’opinion de Chazaud et
exclut de la famille de Bourbon les Saint-Gérand et les Montluçon ; on sait
que le O Du Broc a repris cette question qui mériterait d’ètre définitive¬
ment tranchée.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
1321. Ce Jocerand n’eut qu’une fille qui se maria deux lois, en pre¬
mières noces avec Ythlerde Raibe dont elle eut un fils et en secondes
noces avec Jean de Bigny. Les deux époux de la dame de Saint-
Gérand prirent successivement le titre de seigneurs de Saint Gérand.
Lorsque le duc Louis de Bourbon dut aller à Londres pour servir
d’ôtage au roi Jean, il élait accompagné par Jean de Bigny qui lui
servait d’écuyer. C’est pendant cette absence du seigneur de Saint-
Gérand que les Anglo-Gascons s'emparèrent de Saint-Gérand malgré
la belle défense des habitants ; ils brûlèrent après les avoir pillés la
ville et le château. Le duc Louis, ayant recouvré sa liberté en 1366,
s’occupa de suite Je « bouter » les Anglais hors de ses états. 11 s'em¬
para de Saint-Gérand et le remit à son ancien maître, Jean de Bigny,
qui mourut peu après. Notre fief fit alors retour à un Ylhier de Raibe,
petit-fils sans doute de Jocerand du Vernet. Celui-ci dut se rendre
coupable de quelque acte de félonie car, par ordonnance du 28 octobre
1382, la terre de Saint-Gérand fut confisquée par le duc sur Ythier de
Raibe et sur son fils, Parceval de Raibe, et en 1394 nous la voyons
entre les mains de Guillaume Marlot, époux de Jeanne de Thianges.
Ici. nous nous trouvons devant une de ces lacunes encore trop nom¬
breuses dans notre histoire locale. En 1440, sans savoir ni pourquoi
ni comment, c’est Isabelle de Chouvigny, épouse de Pierre d’Urfé,
qui est dame de Saint-Gérand ; elle devient veuve en 1444.
Pendant un siècle, Saint-Gérand resta entre les mains de la famille
forézienne des d'Urfé, qui lui donnèrent même son nom. car Saint-
Gérand-le-Puy ne s’appela plus que Saint-Gérand-en-Urfé jusqu’au
xviii' siècle. Comment sortit-il de cette maison ?
Au début des guerres de religion, à la fin d’avril 1562, le prince de
Condé envoya d’Orléans à Lyon un certain nombre d'officiers hugue¬
nots sous les ordres du capitaine Poncenat. Parmi ces officiers était
Jacques de Changy, seigneur de Saint-Gérand ; celui-ci fut nommé
gouverneur de Valence et, en cette qualité, figura au siège et à la
prise de Montbrison par le baron des Adrets, le 14 juillet 1562.
Jacques de Changy mourut dans les premiers mois de 1567 ; sa suc¬
cession fut réglée par sa veuve, Françoise de Culan, en présence et
avec l’assistance de François de Boucé (le capitaine Poncenat) le
27 juin 1567. L'amitié de Poncenat pour le seigneur de Saint-Gérand
expliquerait l’existence du portrait du grand chef huguenot au châ¬
teau de Saint-Gérand, mais l'on sait que ce portrait a malheureuse¬
ment été détruit, il y a quelque quarante ans, par M" Girard de Saint-
Gérand. par scrupule religieux : c’est une perte que déplorent tous
les archéologues.
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TREIZIÈME EXCURSION
289
Jacques de Changy ne laissait qu’une fille, Catherine, qui épousa
en 1592 Charles d’Apvriilon. fils de Pierre, dont elle n’eut également
qu'une fille, Jacqueline d’Apvrillon, qui épousa Gaspard de Jas en
16% et en eut un fils, Jean.
Jean de Jas se maria deux fois ; il épousa en premières noces Jac¬
queline de Meillard et en secondes noces Catherine de La Geneste,
sœur de Joseph de la Geneste, lieutenant de la châtellenie de Billy.
Il eut un fils du premier lit, deux fils et une fille du second ; à son
décès, ce fut Balthazar de Jas, fils du premier lit, qui devint seigneur
de Saint-Gérand et fit aveu de ce fief le 28 mai 1692 ; il épousa Anne
Benoît, dont il n’eut qu'une fille, Catherine de Jas, encore au berceau
lors de la mort de son père en 1696. Sa mère, lors de la réunion
du conseil de tutelle, omit de convoquer ses beaux frères issus du
second lit de Gaspard de Jas, d'où procès entre Anne Benoit et
Louis-Henry de Jas, lieutenant-colonel au régiment de la Sarre.
Claude de Jas, lieutenant à la maistre de camp du régiment de Ren-
nepont, et M. de La Roche de Chassincourt, époux de Marguerite
de Jas. Le procès durait toujours lorsque la jeune Catherine de Jas
mourut encore enfant ; ce décès y mit fin et ce fut Claude de Jas qui
devint seigneur de Saint-Gérand (1). Il eut pour successeur son
fils Charles de Jas, époux de Marie de La Geneste, mais de cette
union ne naquit qu'une fille, Louise Agnès de Jas, qui mourut sans
postérité en 1730. Charles de Jas, en mourant en 1734, institua pour
héritière sa cousine germaine Jeanne-Désirée de Jas, fille de Louis-
Henry de Jas, épotfse d’Arlay des Gaudières. M" d’Arlay n'ayant éga¬
lement pas eu d'enfants, institua pour héritier son neveu Jean-Claude
de Thimonnet des Gaudières, capitaine d’infanterie, dont la Allé
Claudine-Pierrette épousa en l'église de Saint-Gérand, le 18 octobre
1757, un jeune officier du même régiment que son père, Claude Gi¬
rard.
Claude Girard, né à Chalon-sur-Saône le 25 novembre 1725, était
.fils de Guillaume Girard, avocat, et de Claude Petit. Il jouissait d’une
fortune considérable et en 1775 on le voit faire de nombreuses acqui¬
sitions à Saint-Gérand, dont il fit réparer le château. Il se qualifiait
alors Girard, seigneur de Saint-Gérand-en-Urfé, Saint-Martin, La-
prugne et nombreux autres lieux. Aux débuts de la Révolution, il
embrassa avec ardeur les idées nouvelles ; il habitait Chalon, dont il
fut le premier maire élu en 1790 ; au moment de la levée des volon¬
taires en 1791, il partit comme capitaine à la tête des volontaires de
(1) Archives de l'Ailier, E, fonds Girard.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Chalon et était à l'armée de la Meuse lorsque sa compagnie lut amal¬
gamée au 34' régiment d’infanterie. Il avait quatre fils : l'aîné, Gil¬
bert, ancien ehevau-léger, avait épousé en 1788 sa cousine Girard
de la Vesvre ; Claude-Jean-IIonoré et Henry-Guillaume étaient tous
les deux officiers au 23' régiment d'infanterie : enfin, Etienne était
chanoine à Chalon. Les deux officiers émigrèrent après la fuite de
Varennes (juin 1791) et s'enrôlèrent dans l'armée de Condé. La posi¬
tion de leur père à l’armée française devint difficile. 11 se fit réfor¬
mer pour raison d’âge et revint habiter Saint-Gérand, où il accepta
les fonctions de maire ; mais bientôt, devenu suspect comme père
d’émigrés, il fut arrêté et envoyé avec les trente-deux à Lyon où,
après un semblant de jugement, il fut exécuté le 11 nivôse an IL
Deux fois en ces quelques pages, j'ai eu l'occasion de parler des
trente-deux victimes de la Terreur en Bourbonnais exécutées à Lyon :
l’affaire est trop connue, elle a été contée assez souvent pour que je
me dispense de la rééditer encore une fois il). Je dirai cependant que
lorsque les charrettes qui transportaient ces accusés à Lyon traver¬
sèrent Saint-Gérand, le 17 frimaire, les trente-deux étaient trente-trois.
Le trente-troisième était également de Saint-Gérand et en avait été
lui aussi maire : c’était Mandon qui, seul des trente-trois, fut acquitté
et immédiatement remis en liberté.
Le bourg de Saint Gérand, ou de Puy-Redan comme l'on disait
alors, fut l’une des localités du Bourbonnais les plus agitées pendant
la période révolutionnaire. Les passions y furent vives, les victimes
nombreuses, mais je m’arrêterai peu sur ce sujet Qui m'entraînerait
trop loin de notre cadre. Je rappellerai simplement que la correspon¬
dance d’André Louher, notaire à Saint Gérand, avec son beau-frère,
l'abbé Pierre Tridon, ancien député à l’Assemblée nationale, ayant
été interceptée, Louher fut arrêté, envoyé à Paris et exécuté le 24 flo¬
réal avec Rollet d’Avaux, son client, ancien premier président du pré¬
sidial de Riom. Il parait qu’ils avaient voulu s'opposer au départ des
volontaires de Saint-Gérand et de Langy.ou du moins on les en accu¬
sait. Dupuy de la Jarousse, de Montaigu, eut le même sort pour les
mêmes motifs le 11 messidor suivant.
M*'Girard de Saint-Gérand, née des Gaudières, et ses deux filles,
Jean Emmery, leur domestique, M*' Louher, née Tridon, ses sœurs,
l'une religieuse, l’autre épouse Cornet, Antoinette Gagnolet, leur ser-
(t) Audiat, La Terreur en Bourbonnais. — Cornillon, Le Bourbonnais
sous la Révolution, t. HT. — Bulletin de la Société d'Emulation, t. XV,
p. 547 et suivantes.
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TREIZIÈME EXCURSION
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vante, Pierre-Antoine Meilheurat, maire de Billy, Couppery, ancien
notaire à Billy, Claude Roy, régisseur, Bardon du Méage, etc., etc.,
furent également incarcérés et durent, pour plusieurs, leur salut au
coup d’Etat du 9 thermidor.
VIII. — Larras
D ans le bourg même de Langv existait le château de Larras dont
il est parlé par Nicolaï dans sa Description du Bourbonnais en
1569.
Si Alix de Semur, veuve de Perrin Bernuçon, pouvait se dire dame
de Larras en 1326, dès la fin du xiv' siècle les seigneurs en étaient des
Du Pont, qui gardèrent ce fief jusqu’au milieu du xviu' siècle, c’est-
à-dire pendant plus de trois siècles. Un du Pont, seigneur de Larras, lit
une donation à l’église de Langy en 1399(1); dans l’église, nous avons
vu la pierre tumulaire de Jacqueline de Morainville, épouse du s. du
Pont de Prandines, décédée le 29 septembre 1546. Notre confrère Mon¬
tagne me signale le fait-divers suivant relevé sur les registres parois¬
siaux de Varennes : le 22 février 16i8, Charles du Pont, seigneur de
Larras, en discussion avec son voisin Guillaume de Gaubertière. juge
châtelain de Poncenat, alla l’attendre sur le bord de la route à la nuit
tombante et le tua d’un coup de bâton. La justice lança une prise de
corps contre le meurtrier, mais celui-ci put prendre la fuite et se réfu¬
gia à Mâcon, où il mourut peu après. Sa veuve, faisant valoir qu’il
n’y avait pas eu guet-apens, mais une sorte de duel avec les frères
Gaubertière, que dans le combat son mari avait été lui-même blessé
et qu’il était mort de cette blessure, obtint par la suite des lettres de
rémission ; peu après, en 1628, ladite veuve, agissant tant en son nom
qu’en celui de ses enfants mineurs, signa une vente du fief de Larras
à Antoine Parchot, seigneur de Togues. Mais je doute que cette vente
ait été réelle, car les du Pont continuèrent à figurer aux registres pa¬
roissiaux de Langy comme seigneurs de Larras ; en 1634 et 1654, c’est
Charlotte du Pont, dame de Larras, qui est marraine ; en 1661, un
du Pont qui est parrain ; enfin, à la date du 3 septembre 1713, c’est
une donation de trois livres de rente faite par Jeanne du Pont, veuve
Grimaud, à l’église de Langy où elle désire être inhumée (2), ce
(i) Archives de l'Ailier, G, fonds de la paroisse de Langy.
(2) Archives de l'Ailier, G, mêmes fonds.
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SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS
n'est qu'après cette donation que les du Pont disparurent de Larras.
En 1718, c’est Jean Bouchet, ûls de Philippe, lieutenant en la châ¬
tellenie de Chanteile.qul se qualifie seigneur de Larras. Son fils Hya¬
cinthe se qualifie en 1738 de chevalier de Saint-Louis, puis notre fief
passe à Jean-Baptiste Bouchet, capitaine au régiment de Berry, qui
en était encore propriétaire aux débuts de la Révolution.
IX. — Les Angles
A petite distance de Langy, on aperçoit le vieux manoir des
Angles. D'après les registres paroissiaux de Lubié, le 17 avril
1657, Jean Aligier, seigneur des Angles, fut tué d'un coup de
pistolet sur la route de Périgny. Son fils Pierre Alligier vendit les
Angles à Charles Tonnelier, suivant acte reçu par Chervin, notaire à
Billy, le 2 novembre 1696. Charles Tonnelier en fit l’aveu le 27 mars
1697 et prit le nom de Tonnelier des Angles. Il était né à Moulins le
12 avril 1665, était fils de Gilbert Tonnelier, commissaire à la séné¬
chaussée de Moulins, et de Marguerite Moutonnet ; il avait succédé à
son père en son office et avait épousé Marguerite Benoit, sœurd’Anne
Benoît, épouse de Charles Quesson du Therin, capitaine châtelain de
Billy. 11 mourut en 1742, ayant été précédé dans la tombe en 1733 par
son fils Etienne Tonnelier, époux de Marie Parchot, dont il a été
question à propos de Togues. Ce dernier laissait, avons-nous dit,
quatre enfants. Les Angles échurent, lors du partage du 13 janvier
1756, à Antoine Tonnelier, qui épousa, le 21 janvier 1759, Marie Pa¬
pou, laquelle lui apportait en dot les Quillets, paroisse de Floret.
Les Angles ayant été détruits en partie par un incendie en 1747, Ton¬
nelier fut habiter les Quillets et, dans un aveu du 10 janvier 1778, se
qualifie de seigneur des Quillets et des Angles, capitaine d'infanterie,
chevalier de Saint-Louis (1). Il eut pour héritier son fils Frédéric, qui
épousa Françoise Préveraud de la Boutresse et fut l’un des délégués
du tiers-état de la paroisse de Langy lors de la nomination des dépu¬
tés aux Etats généraux de 1789 ; il mourut peu après sans postérité,
laissant sa succession à sa femme, et c’est par elle que les Angles
passèrent à la famille Des Ulmes.
(1) Archives de l’Ailier, E, fonds Bardonnet.
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TREIZIÈME EXCURSION 293
X. — Créchy
U ne monographie de Fouz-en-Créchy et de Château-Gaillard
ayant déjà été donnée dans le Bulletin de 1909, il me semble
inutile d'y revenir, n’ayant rien à y ajouter.
Je signalerai seulement, dans la muraille de la dernière maison des
Andrivaux, une gracieuse statue du xv* siècle, représentant un che¬
valier sous l'armure tenant en main une balance : c’est le souvenir
d’un ancien seigneur haut justicier. M. A. Queyroi, père de notre
confrère, avait déjà remarqué cette statue et aurait désiré la faire
entrerau Musée départemental, dont il était alors conservateur.
XI. — Billy
B illv, aujourd’hui simple commune d’un millier d’habitants,
est l'une des anciennes villes franches du Bourbonnais ;
elle eut son apogée au x\T siècle, puis n’a cessé de décroître
jusqu'à la Révolution, époque où la nouvelle division territoriale lui
donna le coup de grâce.
La ville de Billy fut, en eflet, le siège de la plus importante des
dix sept châtellenies du Bourbonnais ; son ressort s'étendait sur
trente-trois paroisses : Billy, Créchy, Varennes, Montoldre, Ron-
gères, Langy, Sanssat, Saint-Etienne, Saint-Gérand-le-Puy, Boucé,
Ciernat, Montalgu, Saint Félix, Saint-Allyre, Magnet, Seuillet, Bille-
zols. Vicq, Bost, Servilly, Perrigny, Lublé (la Palisse), le Breuil,
Châtel-Montagne, Ferrières, Mariol, Cognât. Vendat, Lourdy, Saint-
Rémy, Saint-Didier, Villaine, le Lonzat et Paray, et comptait plus de
3.200 feux.
Le manque de communications faciles fit que Billy ne fut jamais
une ville commerçante ; cependant, chaque mardi, jour d'audience,
il s’y tenait un marché, il s'y tenait aussi sept foires franches, c’est-
à-dire où il n'était payé aucun droit : le 1" avril et les jours de saint
Nicolas de mai, de saint Pierre de juin et de juillet, de saint Laurent,
de saint Crépin et de sainte Catherine, foires des plus suivies.
Dans le principe, les autorités militaire, judiciaire et administra¬
tive étaient confondues entre les mains du capitaine châtelain, homme
d’épée, de robe courte; mais, dès le xv' siècle, on plaça près de lui
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
un lieutenant de robe longue, c'est-à-dire un légiste qui accapara le
pouvoir judiciaire et à qui, par la suite, on donna même un substitut,
il était assisté d'un avocat procureur du roi, d’un greffier, de plu¬
sieurs huissiers ou sergents et d’un receveur ou boîtier ; il y avait trois
notaires qui faisaient en même temps fonctions de procureurs. A ces
Porte de la ville de Bllly
robins s'ajoutèrent un médecin, des chirurgiens, un apothicaire, un
maître d'école, un certain nombre de bourgeois et d’artisans ; aussi
ne doit-on pas être surpris de trouver dans notre ville bon nombre de
maisons du xv* et du xvr siècle présentant un certain intérêt.
Parmi ces vieilles maisons, je citerai, dans la rue Chabotin, la mai¬
son Talon, où se trouvent deux belles cheminées, dont l'une, timbrée
aux armes des ducs de Bourbon, semble provenir du château. En
face, la boulangerie Maussand, gracieuse maison en pans de bois avec
étages en saillie, malheureusement masqués sous un crépissage mo-
TREIZIÈME EXCURSION
295
derne ; à l’angle de la rue, l'hôtel Courtiat, avec sa porte Renais¬
sance portant l'inscription :
MALHEUR.A CEVLX. QVI. DELAISSENT.DIEV
POVR. SERVIR. A VX. RICHESSES.
Q VE. SERT. A. LOM E. AMASSER. BI ENS. E. PERDRE. LAME
DIEV. ES. MA HAULTE. TOVR. ET. FORTERESSE
A l'angle de celte maison était une échauguelte dont il ne reste que
le cul-de-lampe soutenu par une cariatide portant une banderole
avec la date 1566 et l'Inscription :
LHOME.PLVS.E. ACABLE.DE. PECHE
QVE.DE.CE.FAIZ. JE.NE.SUIS.EMPCHE
Je ne dirai rien de l’ancienne donnerie ou hôpital, aujourd’hui l'hô¬
tel Ray, ni de sa voisine, l'ancienne chapelle Saint-André, qui ne res¬
tent plus que pour souvenir.
Dans un autre quartier, dit des Cours, une suite de maisons avec
escaliers et ouvertures, dont les armoiries sont malheureusement
frustes ; non loin, une fontaine longuement décrite par Nicolay.
Toute la ville est hérissée de légères tourelles aux toits pointus qui
lui donnent un cachet moyenâgeux. Grâce au terrier de 15101520
conservé aux archives de l'Ailier (A. 18), il serait facile de retrouver
les propriétaires de chaque maison à cette époque, mais ce travail
nous entraînerait trop loin.
Le château de Billy, bâti sur le roc même d’un piton calcaire qui
commande l'Ailier, domine de toute sa masse la ville qui l’enserre.
L'accès de celle-ci était défendu : au nord par le ruisseau de Charen-
dière, formant un vaste étang qui alimentait le moulin ducal et le
moulin Fou avant de se jeter dans l’Ailier par un ravin profond ; au
sud, par le ruisseau de Rax, aux rives moins escarpées mais encore
d'un passage difficile ; les deux ruisseaux étaient réunis par un mur
de défense peu élevé, mais qui mettait la ville à l’abri de toute sur¬
prise. Au milieu de cette muraille était la porte Chabotin avec ses
deux tours, sa voûte ogivale, ses herse, pont-levis et assommoir.
La forteresse, bâtie en moellons non appareillés et sans la moindre
sculpture, a la forme d'un hexagone régulier dont chacun des
côtés est défendu par une tour percée de longues meurtrières verti¬
cales et dont une couronne de corbeaux indique que le système de
défense était complété par des hours ; mais les tours, au lieu d'être
placées aux angles du polygone, sont placées au milieu des faces dont
elles assurent ainsi mieux le flanquement. La porte, défendue par
deux tours, était à l'ouest, face à l’Ailier ; on y voit encore les sup-
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
ports d'un pont-levis et les glissières d’une herse entre deux as¬
sommoirs (1).
A l’intérieur, toutes les constructions qui s'appuyaient aux cour¬
tines pour laisser une cour au centre, ont disparu, il ne reste plus que
les logements dans les tours qui servirent de prison jusqu'en 1790 et,
Le chftteau vu de l’étang
près de l’entrée, une salle occupée encore dans mon jeune âge par un
certain père Faugière, fils du dernier geôlier. Certains voient dans cette
pièce, éclairée par deux longues fenêtres cintrées, une ancienne cha¬
pelle. En face de l’entrée, la grosse tour du donjon avec ses ou-
(I) Cette porte rappelle la porte d’Aigues-Mortes, que l'on sait construite
eu milieu du xm* siècle, ce qui peut permettre de dater notre forteresse.
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TREIZIÈME EXCURSION
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bliettes, à laquelle est adossé un léger escalier à vis malheureuse¬
ment brisé.
En avant du château s'étend une vaste place d'armes en terrasse
défendue par huit tours et qui dominait complètement le cours de
l'Ailier, mais obstruée aujourd’hui par de nombreuses constructions,
parmi lesquelles la maison de M. Orsel, notaire ; cette maison semble
avoir été construite pour loger le capitaine châtelain lorsque le châ¬
teau devint inhabitable au xvn' siècle.
Un assaillant qui, après avoir pris pied dans la ville, aurait voulu
Porte du château de Billy
s'établir sur la place d’armes, aurait dû suivre une rampe longeant
les fossés du château, puis traverser un pont-levis défendu par une
tour et une courtine percées de meurtrières se rattachant au château
même.
De la place d’armes, les hommes à pied pouvaient aller directement
à la rivière par une poterne et peut-être par un souterrain dont on
croit avoir trouvé les traces lors de la construction du chemin de fer,
à moins que l'on ne se soit trouvé en présence d'un simple égout.
Tout touriste, après.avoir visité ces ruines encore imposantes, pose
la question : quel rôle joua Billy dans l'IIistoire? La réponse va
étonner : Billy, comme les peuples heureux, n'a pas d'histoire.
Lors de la construction du chemin de fer, M. Bertrand, conserva-
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
teur du musée de Moulins, étudia diverses sépultures trouvées près
du Moulin-Fou et, les attribuant à l’époque carlovingienne, en con¬
clut que Billy était déjà une forteresse à cette époque. Sa situation
sur une butte qui domine le cours de l'Ailier et commande le large
arc de cercle qui s'étend de Bourzat à Chazeuil, semble l’avoir indi¬
qué de très bonne beure aux occupants du sol, mais le premier titre
connu où il soit fait mention de Billy est un acte de 1232.
J’ai déjà dit qu’en 1212, sur l'ordre du roi Philippe-Auguste, Guy
de Dampierre, seigneur de Bourbon, réunit une armée avec laquelle
il ruina la puissante maison des comtes d'Auvergne, maltresse de la
région. Après la victoire, le roi distribua aux vainqueurs de nom¬
breux fiefs situés entre la Besbro et l’Ailier, fiefs dont il donna la
suzeraineté à Guy de Dampierre, qui mourut peu après en 1216. Sou
fils Archimbaud lui succéda et s’occupa d’organiser les conquêtes de
son père. Il réunit tous les fiefs donnés par le roi en une châtellenie
mais comme il ne possédait aucune ville dans la région pour en faire
le chef-lieu de cette nouvelle organisation, il acheta en août 1232,
moyennant 10 livres monnaie de Souvigny à Hugues Colombi, fils
d'Etienne, tous ses droits sur la maison forte et la justice de Billy
ayant appartenu à Guillaume de Chazuet et qui se trouvaient déjà
entre ses mains, sans doute par droit de conquête (1).
(1) Nos Emericus humilia abbas Mauziacensis, Notum iacimus universis
quod constitutus in nostra presencia Hugo Columbi filius Stephani Columbi
omne jus quod habebat vel habere poterat in domo et ballia de Billia
quod Guillelmus de Chasuet tenebat et possidebat et eciam totam aliam
terram quam vir nobilis Arcbembaldus dominus Borbonii modo tenet in
manu sua que fuit dicti Guitlelmi, vendidit et pérpetuo concessit eidem no-
bili et beredibus suis pacifice possidenda, pro precio decem librarum Silvi-
niacensium, quas decem libres recognovit dictus Hugo récépissé et habuisse
a dicto nobili in pecunia numerata. Si quid autem deerat dicte venditioni de
justo et legitimo precio ex mera libertate et animo donandi intravivos qui-
tavit eidem nobili et heredibus suis, renuncians specialiter omni beneficio
juris canonici et civilis et omni privilegio coherenti rei et persone et spe¬
cialiter privilégié minoris etatis. Et juravit insuper tactis sacrosanctis Evan-
geliis contradictam vindicionem per se vel per alium de cetero non venire
nec racione minoris etatis nec racione minoris precii, immo omnia prout
superius sunt expresse contra omnem hominem dicto nobili et suis bona fide
defenderet et garentiret.
In cujus rei testimonium présentes iitteras ad petitionem dicti Hugonis
sigillo nostro duximus roborandas. Actum anno Domini M»COXXX 0 se¬
cundo, mense Augusti.
[Au dos :] De vendicione tocius terre quam habuit Guillelmus de Chasuet
tacta ab Hugone Columbi filio Stephani Columbi. (Archives nationales,
P. 1377, c. 2776.)
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TREIZIÈME EXCURSION
299
Ce titre atteste qu'il existait donc déjà un château-fort à Billy, Ar¬
chimbaud s’occupa de suite d'en augmenter les défenses et, en 1243, il
y nommait un capitaine châtelain, Etienne de Crécby. En mars 1248,
Archimbaud IX (7), le fils du précédent, en rendait hommage à Al¬
phonse de Poitiers, frère de saint Louis, en même temps que de Gan-
nat, de Verneuil et de Bessay.
Archimbaud mourut à Chypre en 1249 et, par testament, faisait don
d'une rente de lô livres par an à son chapelain de Billy pour dire
une messe le jour de son anniversaire (25 février). Il laissait deux
tilles, Mahaut et Agnès, qui avaient épousé deux fils du duc de Bour¬
gogne et furent successivement dames de Bourbon.
De son premier mariage avec Robert de Bourgogne, Alix de Bour¬
bon eut une fille, Béatrix, qui épousa, en 1273 ou 1276, Robert
de France, cinquième fils de saint Louis, à qui elle apportait en dot,
en outre du Charolais, en toute propriété Chavroche et en nue-pro¬
priété Verneuil, Moulins, Billy et Gannat. Agnès ne mourut qu'en
1288 et ce ne fut qu'à cette époque que Béatrix et Robert de France
devinrent maîtres de Billy, qu'ils avaient cependant donné en hypo¬
thèque dès le mois d'août 1283.
A la mort de Béatrix, son fils aîné Louis de Bourbon lui succéda
pour le Bourbonnais. Par lettre datée d’Ainay-le-Château, le vendredi
veille de la Saint-Barnabé 1315, il établit que le chapelain de Billy
serait tenu de chanter quatre fois par semaine l'office des morts en
l'honneur de ses ancêtres et d’aller à Bourbon chaque fois qu’un
nouveau seigneur y ferait son entrée. Son père, Robert de France,
qui ne mourut qu’en 1317, lui aussi fit par testament un legs aux
pauvres de Billy.
Louis fut créé duc de Bourbonnais en 1327. Lorsqu’il mourut, en
1341, son fils aîné, le duc Pierre I", lui succéda et fut tué à la bataille
de Poitiers en 1356. Par testament, il laissait en douaire à sa veuve
Isabeau de Valois le château de Billy, mais le 4 juillet 1358, celle-ci
l’échangea contre le château de Murat.
Je ne dirai rien de la lutte du due Louis II contre les Anglais, à qui
Billy semble avoir résisté, car nulle part il n'est question de sa prise
ou de son occupation par les envahisseurs ni de sa reprise par le
duc. Tout ce que l'on sait, c’est que ce prince y fit faire des répara¬
tions importantes et cependant, dès cette époque, le rôle militaire du
château de Billy était terminé.
Après la conquête de Guy de Dampierre, ses fils et petits-fils, les
Archimbaud avaient dû se mettre à couvert contre toutes attaques
nouvelles des Auvergnats, Billy se trouvait la place le plus au sud
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300
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
possédée par les Bourbon sur le cours de l'Ailier, c’est ce qui les dé¬
termina à faire de cette ville une place de premier ordre et la plupart
des fortifications qui restent sont certainement antérieures à l'usage
de la poudre. Par suite des traités signés à Salnt-Pourçain en avril
1372 et à Clermont en août 1377, le duc Jean de Berry céda au duc
Louis de Bourbon Saint-Germain-des-^Fossés, Vichy, Busset, Abrest,
Châtel-Montagne, enfin tout le pays qui forma la châtellenie de Vichy.
Dès ce jour, Billy perdit toute importance et ce furent surtout les
défenses de Vichy qui occupèrent le bon duc Louis.
Lorsque le duc Charles de Bourbon se mit à la tête, en 1445, de la
Praguerie contre le roi Charles VII, celui-ci envahit le Bourbonnais et
vint s'établir à Cusset. D'après le récit d'Alain Chartier, de là il envoya
une avant-garde jusqu’à Varennesqui soumit toutes les villes sur son
passage, sans doute Saint-Germain-des-Fossés et Billy. Faisant faire
des réparations à mon habitation, j’ai retrouvé, au milieu des débris
de construction, un boulet en pierre du poids de 5 kilos que J'attribue
à un court siège par les troupes royales à cette époque.
En 1465, le duc Jean II de Bourbon, qui avait succédé à son père le
duc Charles en 1456, se mit à son tour à la tête de la Ligue du Bleu
public contre Louis XI. Ce roi occupa lui aussi le duché et, étant à
Varennes, reçut la soumission de Ris, Vichy et Billy. Il ne semble
pas qu'il y eut lutte à cette époque ; si, par lettre du 12 Juin 1476,
Louis XI dispensa les habitants de Billy de contribuer aux répara¬
tions de Cusset « les susdits habitants étant suffisamment employés
aux réparations de leur propre ville », j’ai tout lieu de croire qu’il
s’agit des dégâts du siège de 1445, à moins que notre ville n'ait eü
à souflrir d’une attaque de Charles le Téméraire en 1472.
A la suite de la fuite du connétable Charles de Bourbon (1523), et
après sa mort (1527), le Bourbonnais fut donné à Louise de Savoie,
puis annexé à la couronne en 1531.
Pendant les guerres de religion, Billy fut occupé le 8 février 1576,
par les bandes allemandes du prince de Condé et dû prince Casimir,
dont l'armée se concentra à Vichy. Condé était déjà passé sur la rive
gauche de l’Ailier avec une partie de ses troupes lorsqu’une crue su¬
bite du fleuve s’opposa au passage du prince Casimir et de la seconde
partie de l’armée des Huguenots. Le duc de Mayenne, qui occupait
Moulins avec une petite armée catholique, ayant appris la situation
où se trouvaient les Huguenots, s’avança rapidement par la rive
droite espérant écraser la partie de leur armée encore sur cette rive,
partie qu'on lui disait être assez faible. Mais, arrivé à Chermont, il
vit l’armée du prince Casimir rangée en bataille dans la plaine dtës
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Chateau de Billy. — Enceinte; vue prise à l’intérieur.
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TREIZIÈME EXCURSION
301
Crépins ; la jugeant beaucoup trop forte, il n’osa l’attaquer et battit
précipitamment en retraite jusqu'à Billy. Les Huguenots n'osèrent 1
poursuivre Mayenne au delà du Mourgon et celui-ci rentra à Mou¬
lins, ayant laissé échapper une belle occasion d'éctaser lés Alle¬
mands.
C'est là le dernier fait d’armes où il soit question de Billy ; son châ¬
teau était déjà en ruines et, peu après, cette ville fut mise en enga¬
gement.
Capitaines cliàtelalus. — Jusqu'à la Révolution, Billy n’en resta
pas moins classé comme place de guerre et eut un capitaine châte¬
lain. L'acte de nomination de M Descamps, l’avant-dernier de ces offi¬
ciers, datée du 30 novembre 1766, nous donne des renseignements sur
leurs fonctions : « Pouvoir de commander aux habitants tout ce qui
est nécessaire au bon service du roi, à la sûreté et conservation de la
ville, faire vivre les habitants en bonne vie et accord les uns avec
les autres, commander les gens de guerre de ,1a garnison, les contenir
en bon ordre suivant les règlements et ordonnances militaires sui¬
vant les ordres reçus. Le capitaine ayant droit à l’usage du château,
aux fruits et herbes des fossés et des glacis à un gage de 25 fr. par an
et à un droit de gué de trois sols par Justiciable de la châtellenie. »
Voici la liste de ces capitaines châtelains :
1243, Etienne de Créchy.
1266, Guillaume de Varennes.
1337, Jean Ameille.
Celui-ci eut pour successeur Pierre de Vèvres, sur lequel nous
n’avons d'autre renseignement que la date de son inhumation en
l’église Saint Georges de Bourbon, le mercredi saint 1385.
1390, Hugues de Chantelot, dit Mole.
1394, Agnès Saulnier.
1440, Louis de Brie.
1465, Louis du Breuil.
1466, Jean de Tranchelyon.
1471, Pierre, bâtard de Bourbon.
1488, Georges de Chantelot, seigneur de la Chaise.
1516, Gilbert de Chantelot, son fils, seigneur de la Chaise.
? Jean des Aages, gentilhomme du duc de Vendôme (confirmé
le 7 mars 1527 par Louise de Savoie).
1529, Jean Treille.
1552, Philippe Treille, seigneur du Jaunay (fils du précédent).
1575, Jean Dinet.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
1595, Guillaume de Berthet, seigneur de Teillat et de Fouz, décédé
en 1607.
1608, Jacques de Berthet, tué au service du roi en 1619.
1620, Claude de Bellenave.
1667, Pierre Quesson, seigneur du Therin.
1688, Verneré, seigneur de Bois-Meilhard.
1692, Arnoux de Viry, époux Delaire.
1692, François Dupeyroux.
1726, Claude de Jas.
1766, Louis-Bernard Descamps.
1771, Louis Dupeyroux, fils de François, qui mourut en 1789 ; en
1788, il avait été nommé maire-syndic de Billy.
Les engagisles.— L’ordonnance de Moulins rendue par Charles IX
en 1566 ayant déclaré le domaine royal inaliénable, depuis cette
époque, nos rois, au lieu de vendre, engagèrent les villes et provinces :
c’est-à-dire que lorsqu'ils faisaient un emprunt, ils donnaient en gage
une ville dont le préteur, en guise d’intérêts, touchait les revenus
jusqu'à remboursement du prêt.
Les engagistes avaient des droits très étendus sur le gage ; ils ne
payaient pas d’impêts, mais ne pouvaient rien innover. Ils étaient
tenus d’entretenir le gage, notamment les bâtiments et fortifications,
mais n'étant pas propriétaires, ils ne pouvaient pas vendre : ils ne
pouvaient que céder leur créance avec gage. Le roi pouvait à toute
époque dégager le gage en remboursant le prêt.
Après l’assassinat d'Henri III (2 août 1589), Henri IV essaya tout
d'abord de faire valoir ses droits à la couronne les armes à la main
et entra en lutte avec la Ligue, mais avec plus ou moins de succès.
En 1593, après son abjuration, il changea complètement de méthode.
Il fit donner ce que les Anglais appellent la cavalerie de Saint-Georges
et pas une conscience, pas une bicoque ne résista. Tout fut vendu au
restaurateur de la monarchie, à qui il en coûta près de trente mil¬
lions ; pour se procurer cette somme, le roi Henri IV dut engager
nombre de villes.
Pour payer les services de Diesbach, colonel des Suisses, Henri IV
lui engagea, le 31 Juillet 1596, pour une somme de quinze mille livres,
les deux châtellenies de Murat et de Billy en Bourbonnais. Peu après,
notre colonel, désirant rentrer à Berne (1), obtint du roy de céder sa
créance et son gage au financier Sébastien Zamet.
(4) Une fille du colonel Diesbach, Anne, épousa 6 Fribourg Jean d'Affry,
que l'on retrouve au xvn* siècle propriétaire de la Monnoye, commune de
Saint-Didier-en-Rollat, et de Fontorbin, commune de Rongires.
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TREIZIÈME EXCURSION
303
La tortune de Zamet est curieuse : né à Lucques en Italie, il vint
en France comme cordonnier de la reine Catherine de Médicis. Par
son esprit et ses répliques, il entra dans l'amitié du duc d'Anjou qui>
devenu le roi Henri III, le combla de ses faveurs. Lors de la mort de
ce prince, Zamet eut foi dans la Ligue et s’attacha au duc de Mayenne,
mais lorsqu'il vit l’étoile de ce dernier pâlir, il se fit envoyer comme
négociateur auprès d'Henri IV et aussitôt changea de maître. Il sut
obtenir les -faveurs du roi en favorisant ses amours ou en lui avan¬
çant quelques sommes lorsque la bourse du Béarnais était par trop
vide, sachant toujours du reste se faire payer ses services. A partir de
1598, on voit Zamet se qualifier de baron de Murat et de Billy et de
conseiller du roi ; en 1600, il ajoute à ces titres celui de surintendant de
la maison de la reine Marie de Médicis et de capitaine du château de
Fontainebleau. En 1601, l’intègre Sully désirait envoyer Zamet s'ex¬
pliquer devant une chambre de justice sur l'origine un peu rapide de
sa fortune, mais le roi s’y opposa, on disait tout bas qu’il y avait entre
eux un cadavre, celui de Gabrielle d'Estrées, morte subitement en la
demeure de Zamet.
Sébastien Zamet mourut le 14 juillet 1614. Son fils aîné, Jean, qui
prit le titre de baron de Murat et de Billy, mestre de camp, fut tué
au siège de Montpellier le 3 septembre 1622. Il avait épousé, le 5 fé¬
vrier 1612, Jeanne de Goth, fille de Jean, baron de Rouillât, et d'Hé¬
lène de Nogaret, sœur du duc d'Epernon ; il laissait de ce mariage
deux enfants encore mineurs : Jean Zamet, qui mourut sans postérité
en 1636, et une fille, Catherine Zamet, qui, après avoir hérité de son
grand-oncle le duc d'Epernon, épousa Roger-Hector de Pardaillan
de Godrin d’Antin, dont elle eut un fils : le peu complaisant mari de
la Montespan.
Le 30 juin 1635, Jeanne de Goth. dame de Rouillac, veuve de Jean
Zamet, agissant tant en son nom qu’en celui de ses enfants, présenta
une requête au roi Louis XIII, demandant le remboursement des
15.000 livres prêtées sur Billy. Le roi n'ayant pas la somme ordonna
de mettre l’engagement aux enchères, ce qui eut lieu à Vichy le
13 juillet 1636. Après plusieurs enchères, l’adjudication fut prononcée
moyennant vingt mille cinq cents livres au profit de Gabriel Guéné-
gaud, seigneur du Plessis-Belleville. Sur ce prix, 15.000 livres furent
versées à M“* Zamet et le surplus, soit 5.500, à Gaspard de Fumbert,
trésorier du roi.
Voici les termes de cet engagement :
« La terre et châtellenie de Billy avec ses dépendances, sans en rien
excepter ni retenir, sinon le droit féodal, les charges antérieures et
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
accoutumées pour en jouir comme sa propriété, mais à faculté de
rachat perpétuel, pour jouir du tout en engagiste sans qu’il puisse
être dépossédé pour quelque cause que ce soit, sinon de rembourse¬
ment de 5.500 livres, somme à laquelle a été portée la surenchère et
de 15.000 livres remboursées à l’ancien engagiste. »
Gabriel de Guénégaud tirait son nom d’une petite terre située pa¬
roisse de Souitte, près Salnt-Pourçain ; il était fils de Jean de Gué¬
négaud et dé Georgette de Plugant. Il avait épousé en 1604 Marie
de La Croix, dame du Plessis-Belleville, fille de Claude de La Croix*
vicomte de Simoine, écuyer de la reine Marguerite de Valois.
De ce mariage naquit une fille, Marie de Guénégaud, qui épousa,
le 20 avril 1639, Claude-Jean Loup de Bellenaves, veuf de Madeleine
de Clavizon (descendante par sa mère des d’Apchon Saint-Germain).
Marie de Guénégaud mourut à Bellenaves des suites de couches le
10 février 1642( laissant une fille, Marie de Bellenaves, née le 24 sep¬
tembre 1640. M. de Bellenaves fut tué à la bataille de Nordlingen.le
3 août 1645 et fut inhumé en Bavière, son cœur fut seul apporté et
déposé en l’église de Bellenaves le 2 octobre 1645.
L’année précédente, le 20 juillet 1644, il avait fait le partage de ses
biens entre les enfants de ses deux lits et confié la garde et la tutelle
de la jeune Marie à son parent et ami Nicolas du Buysson. Ce testa¬
ment fut attaqué par la grand’mère de la jeune Marie de Bellenaves,
M"' de Guénégaud, encore vivante. Je ne sais pour quelle cause on
voit pendant cette minorité M** Marie d’Andelot, veuve de Jacques
d’Apchon, seigneur de Saint-Germain-des-Fossés, faire, le 20 juin 1648,
un paiement de 3.000 livres comme engagiste de Billy et dans un acte
de baptême du 17 mars 1657, Marie d’Andelot, remariée à Gaspard
de Foudras, prendre le titre d’engagiste de Billy (1).
Marie de Bellenaves, devenue majeure, reprit ses droits sur Billy ;
elle épousa, en septembre 1659, Gabriel de Choiseul, comte du Plessis-
Pralin, fils de César, comte de Choiseul, plus connu sous le nom de
maréchal du Plessis, union qui fut de courte durée, puisque, le 5 sepr
témbre 1664, elle épousait en deuxièmes noces René Gillier, marquis
de Clérambaud et' de Marmande, baron de Puygaraud. La future,
pour n’être pas trop en retard de titres pompeux, se qualifia, lors
de ce second mariage, Marie Loup de Bellenaves, dame de Belle¬
naves, de Billy, de Varennes, de l’Espinasse, du Lonzat, do Jaunay,
d’Azy et de Lalïey. '
Par un édit de 1667, Colbert rappela à tous les engagisles de France
' (1) Registres paroissiaux de Billy.
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TREIZIÈME EXCURSION,
305
que le domaine royal ^tant inaliénable, les biens engagés n’en res¬
taient pas moins unis à la couronne sans qu’il pût y avoir prescrip¬
tion, ce qui n’empècha pas du reste ce ministre de mettre les enga-
gistes en demeure d’avoir à verser des suppléments de prix. C’est ainsi
que le marquis de Clérambaud dut payer pour Billy, en 1695, quatre
mille cinquante-huit livres et sa veuve, le 10 janvier 1714, deux mille
sept cent trente livres.
La propriété d’iles, dans l’Ailier, ayant été contestée à nos enga-
glstes, ceux-ci présentèrent une requête à M. Le Vayer, intendant de
la généralité. Ce titre nous donne des renseignements très complets
sur les droits des engagistes, aussi je le transcris :
« A Mgr Le Vayer, etc.
« Vous, remontre, dame Marie de Bellenaves, femme de messireRené,
marquis de Clérembaud, dame engagiste de la châtellenie royale de
Billy sous faculté rachapt.
« Au moyen de quoi, elle est aux mêmes droits que Sa Majesté, et
ce sans aucune réserve, sinon la teneur féodale, ce qui fait qu'elle
est en droit de jouir de tous les droits de la dite châtellenie...
a Au moyen de quoi soutlentqu’elle ne doit aucune chose puisqu'elle
est au lieu et place du roy, non pas en qualité de propriétaire incom-
mutable, mais à proprement parler que d’usufruitière; que, par suite,
elle doit être mise en possession des lys de l’Ailier qui resteront à
Sa Majesté qui peut lui retirer toutes les dites choses quand bon lui
semblera en remboursant l’engagement... » (1).
A cette époque, l'engagiste se regardait donc bien non comme pro¬
priétaire, mais simplement comme usufruitier.
Le marquis de Clérambaud mourut en 1697. Sa veuve lui survécut
Jusqu’en 1724. Elle occupa un rôle important à la cour : en 1675,
elle avait été nommée par Louis XIV gouvernante des enfants du
duc d’Orléans et la Palatine en parle souvent dans ses Mémoires.
Cette haute situation lui permit de négocier un brillant mariage
pour sa fille : Marie-Guillone de Clérambaud épousa, le 14 fé¬
vrier 1696, Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg,
duc de Piney, gouverneur de Normandie, veuf en premières
noces de Marie-Anne d’Albret, mariage qui ne fut pas très heu¬
reux ; la duchesse mourut le 25 septembre 1709 et ce fut son
fils Charles-François-Frédéric de Montmorency qui hérita directement
de sa grand'mère, la marquise de Clérambaud, de l’engagement de
(1) Archives de l’Ailier, H. 811.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Bllly. Le jeune duc, colonel du régiment de Touraine depuis 1718, fit
la campagne de 1733 sous les ordres de Berwiclc ; il était gouverneur
de Normandie lorsqu’il mourut en 1746. C'est lui qui avait obtenu, le
10 décembre 1743, un arrêt du Conseil d’Etat qui supprimait le bac de
Saint-Germain comme faisant concurrence à celui de Billy, mais
Doubet, seigneur de Saint-Germain, fit rapporter cet arrêt le 24 oc¬
tobre 1744.
Charles-François-Frédéric de Montmorency avait épousé Emilie-
Honorate Colbert, fille du marquis de Seignelay, dont il eutplusieurs
enfants. A son décès, l'engagement de Billy passa à Anne-Léon
de Montmorency, duc de Piney-Luxembourg, maréchal de camp, qui,
le 16 mars 1751, obtint du roi un édit fixant les droits de passage au
bac de Billy. Ce fut lui qui, par acte du 24 juillet 1772, vendit à Anne-
Charlotte-Mayeule du Buysson de Douzon, épouse d'Yves Mourin,
comte d'Arfeuilles, capitaine de dragons de la légion de Soubise, de¬
meurant au château d'Arfeuilles, paroisse de Beaumont-lès-Felletins,
la terre du Lonzat et, par le même acte, lui céda ses droits d’enga-
giste sur la châtellenie de Billy pour un prix total de 200.000 livres.
Cette acquisition était faite au nom de M*' du Buysson pour lui servir
de remploi de sa part dans le prix de la seigneurie de Mont, vendue
par ses frère et sœurs le 25 février 1772. A propos de Poncenat, j’ai
parlé du mariage des époux d’Arfeuilles célébré en ce château le
7 mai 1772. Dans l’aveu de fief fait le 3 juin 1775, la comtesse d’Ar¬
feuilles se qualifiait dame du Lonzat et, par engagement, de la châtel¬
lenie royale de Billy.
Par un édit du 14 janvier 1781, Louis XVI prescrivait de faire payer
aux engagistes des redevances annuelles, proportionnées aux revenus
des biens engagés ; le comte et la comtesse d'Arfeuilles présentèrent
une pétition le 22 octobre 1782, par laquelle ils cherchaient à établir
que l'engagement de Billy n'était pour eux qu'une charge. Il est vrai
que des pièces annexées à ce dossier établissaient l’inexactitude de
leurs dires (1).
A la suite de la nuit du 4 août 1789, toutes les redevances féodales
furent supprimées et la loi du 10 frimaire an II prononça la reprise
de possession par la Nation de tous les engagements. Il semblerait
donc que le château de Billy devrait appartenir à l'Etat, surtout si
l'on remarque que jusqu’au 27 décembre 1790 il fut affecté au service
des prisons et que le capitaine châtelain en avait la jouissance, mais
11 n’en est rien. Il est la propriété de la famille d’Arfeuilles.
(1) Archives de l'Ailier, A. 27.
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TREIZIÈME EXCURSION
307
Au moment de la tourmente révolutionnaire, le comte d’Arleullles
émigra avec ses deux fils et on les voit figurer à l'armée de Condé
comme simples cavaliers sur les contrôles delà 4» compagniedu2' esca¬
dron du régiment noble d'Angoulême (1). Leurs biens furent mis sous
séquestre le 24 floréal an II, mais le château de Billy n’y fut pas com¬
pris, étant alors considéré comme propriété nationale, et M*' la
comtesse d'Arfeuilles, restée en France, obtint main-levée pour la
terre du Lonzat en établissant que cette terre était son propre. Le
comte d'Arfeuilles ne rentra en France qu'après l'amnistie de l'an X ;
11 obtint, le 30 floréal an XII, une délibération du conseil municipal
de Billy reconnaissant sa propriété ; c'est par suite de la loi du
12 mars 1820 sur les engagistes que sa famille peut se dire proprié¬
taire des ruines du château de Billy. Aujourd'hui, M. le comte d'Ar¬
feuilles, propriétaire actuel, fait les démarches nécessaires pour en
obtenir le classement comme monument historique.
(1) Muret, t. II, p. 389.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
XII. — Chermont
L e château de Chermont, situé sur une éminence que contourne
le Mourgon, est une vaste construction du xviu' siècle ; il
- n’avait pour lui que sa situation, sa vue et ses ombrages, lors¬
que M. de Chacalon s’en rendit acquéreur. Ne pouvant suffire seul à
la tâche qu’il s’imposait, il eut l’heureuse idée de demander aide à la
Société d’Emulation du Bourbonnais. Aussitôt nos confrères Treyve
dessinèrent le parc et ce charmant parterre à la française qui orne la
terrasse, notre confrère René Moreau modifia de la plus heureuse fa¬
çon la disposition intérieure du château, crevant les murs, soulevant
les plafonds, abaissant les parquets ; il créa cette belle enfilade de
salons que notre autre confrère P. Buvat orna et décora avec son
goût habituel. C’est ainsi que Chermont devint l’une des plus belles
demeures de notre pays, et notre Société, après l’avoir admiré, a pu
apprécier de quelle façon aimable et hospitalière les propriétaires
savent en faire les honneurs.
Chermont n’a rien de moyenâgeux. Cette terre ne prit naissance
qu’au xvi' siècle par suite d'un démembrement du fief de Salnt-Ger-
main-des-Fossés au profit de Gaspard du Saulzet, écuyer, conseiller
du roi, dont la famille tirait son nom du petit fief de Saulzat ou de
Saulzaie, situé paroisse de Saint-Etienne-de-Vicq.
Gaspard du Saulzet transmit son acquisition à son fils Claude qui,
le premier, prit en 1551 le titre de seigneur de Chermont ; lors de la
vente d’une partie du temporel du prieuré de Saint-Germain, le
27 août 1569, il racheta les dîmes dues par sa terre. De son mariage
avec Antoinette Corrier naquirent deux fils, Gaspard et Noël. Au dé¬
cès de leur père, en 1579, l’atné devint seigneur de Chermont, tandis
que le second, Noël, prit la qualité de seigneur des Fontaines (pa¬
roisse de Billy). Un fils de ce dernier, Antoine, épousa en 1634 Marie
du Buysson et alla se fixer à la Chapelle, paroisse de Périgny ; c'est
l’un des ancêtres de M. de Chacaton.
Gaspard du Saulzet, seigneur de Chermont, lieutenant général
du roi, épousa Antoinette Gaudon de Foulet, dont il n’eut qu'une
fille, Antoinette du Saulzet, qui épousa, le 26 novembre 1622, Jean
Guérin, conseiller du roi, contrôleur général des rentes en la géné¬
ralité de Rouen, fils d’autre Jean Guérin. La famille Guérin, ori¬
ginaire de Cusset, avait depuis longtemps occupé des positions im¬
portantes en cette ville et s'y était distinguée lors de l’invasion anglo-
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TREIZIÈME EXCURSION
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gasconne au xiv‘ siècle et pendant les guerres religieuses au xvi*.
Jean Guérin devint par suite de son mariage seigneur de Cher-
mont, de Puant et de Creuzier-le-Neuf et n'eut qu'un ûls, Claude, qui
lui succéda.
Claude Guérin, avocat au Parlement, épousa à Moulins, le 25 août
1650, Henriette Faverot, fille de Léonard, écuyer, seigneur de Neuvy,
et de Gilberte Bayle ; il acheta, le 18 mai 1657, des héritiers de Gii-
'bert de Champfeu, une charge de trésorier de France à Moulins,
moyennant 3.600 livres, charge qu’il occupa jusqu'à son décès. Il fut
maire de Moulins de 1665 à 1666 et mourut en cette ville le 2 octobre
1687, laissant plusieurs enfants (1).
Son fils aîné, autre Claude Guérin, écuyer, seigneur de Chermont,
lieutenant général du Bourbonnais, lui succéda en sa charge de tré¬
sorier de France ; il épousa le 27 janvier 1691 Marie-Juliette de Sau-
lieu, fille de François, écuyer, seigneur de Remeron, et d’Anne Gas-
coin, et mourut sans postérité vers 1749, après avoir cédé sa charge
le 1" novembre 1746 à Gilbert Alarose. Claude Guérin était un agro¬
nome distingué, ce fut lui qui créa le beau vignoble de Chermont ;
pour ce, il fit venir d’Auvergne une colonie de vignerons à qui, sui¬
vant l’usage de leur pays, il amodia des terres pour vingt-neuf ans, à la
charge de les planter en vigne, en bon .pinot de Bourgogne (2).
Chermont passa lors de son décès à son neveu Antoine Guérin, fil9
de Pierre, capitaine des grenadiers au régiment de Navarre, et il est
probable que ce fut lui qui fit bâtir le château actuel peut être sur les
ruines d'un château plus ancien dont il ne resterait qu'une porterie et
quelques vestiges dans les bâtiments d'exploitation. Antoine Guérin,
brillant officier, mourut en 1778, laissant une situation embarrassée,
aussi son fils Jean-Baptiste Guérin, lieutenant au Royal-Picardie,
époux de Marie-Thérèse Grlflet de la Baume, dut-il chercher, de con¬
cert avec sa mère dame Catherine Petitjean de La Fond, un acquéreur
pour Chermont, qu'ils vendirent le 23 juin 1785 à Gilles François-
Louis-Annet, marquis de Durfort-Léobard, moyennant 369.000 livres,
plus 43.C00 livres pour le mobilier, ces sommes furent distribuées aux
créanciers des Guérin.
Le nouveau seigneur de Chermont était fils de Louis de Durfort et
de Claire-Madeleine-Frédërlque Morias de Sorans et habitait Besan¬
çon. Il avait épousé le 31 mars 1783 une fille de Jean-François Guyon
(1) Cf. Le Bureau des Finances de Moulins, par C. Grégoire. Bulletin de
la Société d'Emulation, t. XIX, p. 87 et 106.
(2) Ces vignerons d'Auvergne conservèrent leur patois, que leurs descen¬
dants parlent encore.
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de Frémont, contrôleur général des monnaies et grand-maître des
eaux et forêts. Comme beaucoup de nobles de l'époque, il avait,
comme il était de mode, adopté les principes philosophiques de Vol¬
taire, Beaumarchais, d’Alemberl, Diderot et Jean-Jacques Rousseau,
aussi salua-t-il avec Joie les débuts de la Révolution et se rendit-il
acquéreur de nombreux biens du clergé, notamment des bois de
Chassignolles provenant de l'abbaye de Cusset et d'une partie des
biens du prieuré de Saint-Germain. Il fut, en 1790, nommé membre
de la municipalité de Dôle (Jura). Mais bientôt, devenu suspect comme
ex-noble et riche, il fut arrêté et sa tête tomba à Besançon le 22 mes¬
sidor an II (1).
Chermont fut séquestré comme bien national et affermé à vil prix,
tandis que le mobilier et les caves en étaient pillés sous prétexte de
réquisitions, mais M*' de Durfort montra qu’elle était maîtresse
femme. Le 17 brumaire an III, elle se présenta à la barre de la Con¬
vention avec ses quatre enfants (l'aîné n'avait que huit ans) et put
prouver que Chermont était son bien propre comme ayant été payé
de ses deniers, qu'elle n’était, elle, ni émigrée ni suspecte et put en
obtenir la restitution. Elle vint immédiatement en Bourbonnais et
aidée de M' Ragon, notaire à Cusset, et de François Xavier Lamberly,
elle afferma ses terres à Nicolas Dulignier et à Claude Artaud, de
Cusset, puis commença une longue série de procès contre les anciens
censitaires qui se disaient propriétaires par suite du décret de la
nuit du 4 août 1789 et contre les dilapidateurs de ses bois. Enfin, elle
put recouvrer le château, sa réserve et les quatre domaines des
Vignauds, de Gadon, de Chermont et de Rebrion, le tout estimé
531.000 francs.
Des quatre enfants du marquis de Durfort, l'un mourut encore au
(i) La Terreur choisit principalement ses victimes parmi les membres de
la noblesse et de la bourgeoisie qui, en 1789, s'étaient mis à la tète du mouve¬
ment révolutionnaire. Une étude complète, encore à faire, des rapports du
comte de Provence et de Robespierre, donnera sans doute la clé du mystère.
On sait qu'un conventionnel, né en Bourbonnais, député d'un département
voisin, fut l'un des agents secrets de ces intrigues ; que le 9 thermidor il se
trouvait en mission secrète à Vérone, près du prétendant; qu’à la nouvelle
de l'exécution de son ami, il n'osa rentrer à Paris et resta plusieurs mois en
Suisse. Le conventionnel Courtois, chargé après la mort du tyran, d'in¬
ventorier ses papiers, en garda une partie. Son fils, dans ses Mémoires,
raconte qu’en février 1816, un préfet et un capitaine de gendarmerie vinrent
perquisitionner chez lui et ne trouvèrent rien de ce qu’ils cherchaient, le
dossier étant en lieu sûr.
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berceau, un fils disparut pendant la campagne de Russie, sans doute
mort dans les neiges comme tant d'autres, un second Qls également
officier mourut empoisonné accidentellement dans un hôtel. Restait
une fille, Louise-Philippine, qui épousa le comte de Faucigny, mais
n’en eut pas d'enfants. En mourant, elle Institua son mari héritier
de ses biens que celui-ci transmit à son neveu, le prince de Lucinge-
Faucigny. Ce dernier vint peu à Chermont, qu'il vendit en détail vers
1878. Les terres avaient été morcelées, il ne restait plus que le châ¬
teau, que la pioche des démolisseurs guettait, lorsque notre confrère
de Chacaton se souvint que là était le berceau de sa famille. Il acheta
en 1899 le château avec son parc et sa réserve et en fit la splendide
demeure que nous savons.
Au musée de Versailles, on voit un tableau de Menjaud, représen¬
tant la mort du duo de Berry assassiné par Louvel, le 13 février 1824.
A l'arrière-plan, à gauche de ce tableau, on aperçoit deux toutes
Jeunes filles en pleurs, ce sont les deux filles issues de l’union du duc
de Berry avec miss Brown. (On sait que ce mariage, régulièrement
célébré à Londres, fut déclaré nul par le roi Louis XVIII, de sa propre
autorité.) En mourant, le duc pria la duchesse de Berry d'adopter ses
enfants et Louis XVIII les nomma, l’une comtesse de Vierzon, l’autre
comtesse d'Issoudun ; toutes les deux devinrent un peu Bourbon¬
naises par leur mariage, l'une épousa le prince Lucinge-Faucigny,
propriétaire de Chermont, l’autre le baron de Charette.
XIII.— Saint-Germain-des-Fossés
L a gare de Saint-Germain-des-Fossés est universellement connue,
mais ce serait une erreur de croire, ainsi que le veut une lé¬
gende, que cette ville soit née au xix* siècle par la grâce des
beaux yeux d’une Jolie femme et la volonté d’un ingénieur du Grand
Central : la gare, peut-être, mais la ville, non : Saint-Germain est l’une
des plus anciennes villes de la région.
Après sa conquête de i’Arvernie, Pépin le Bref fit, le 11 février 764,
une importante donation aux moines de Mozat. Il semble assez
probable que Saint-Germain fit partie de cette donation. Ce qui est
certain, c’est que, dans une bulle du pape Alexandre III, datée de
1165, les prieurés dépendants de l'abbaye de Mozat sont énuméréâ
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et que l'on y voit figurer le prieuré de Saint Germain et qu'en 1211,
l'abbé de Mozat signait un accord avec Michal, seigneur de Saint-
Germain, relatif à la Justice de la ville.
Louis VIII mourut au château de Montpensier, le 5 novembre 1226.
Par testament, il donnait à son lils Alphonse de Poitiers la partie de
la basse Auvergne enlevée en 1213 par Philippe-Auguste au comte
Guy d'Auvergne. En mars 1248, Alphonse de Poitiers se disposait à
suivre son frère saint Louis à la cinquième croisade ; avant de partir,
il crut utile de faire renouveler l'aveu de tous ses vassaux. Parmi
ces derniers figurait Chatard de Saint-Germain, seigneur de Saint-
Germain et de Creuzier (1).
D’après un titre de décembre 1277, le seigneur de Saint-Germain
est alors Artaud de Saint-Germain, auquel succède, en 1291, Châtard
de Saint-Germain, époux d'Alix de La Mothe (2). Dans un état de
compte présenté par Girard de Paray, bailli d'Auvergne, le Jour de
l'Ascension 1299, on voit figurer Saint-Germain aux recettes pour
quatre-vingt-dix livres et aux dépenses « réparations au château de
Saint-Germain, vingt trois sous ».
Ce Châtard eut au moins deux enfants : un fils, Châtard II, qui lui
succéda et qui, le 23 novembre 1355, acheta une maison à Cusset ; et
une fille, Isabelle, qui. en 1321, était abbesse de cette ville. En 1341,
notre Châtard de Saint-Germain était témoin d’un accord entre
Robert Dauphin d’Auvergne et sa mère.
A l'époque de l'invasion des Anglais, en août 1362, on voit les habi¬
tants de Saint-Pourçain envoyer l'un des leurs pour s’assurer si Billy
et Saint-Germain ne sont pas tombées aux mains des ennemis.
On sait que le duc Louis II bouta les Anglais hors de ses états en
1366 ; en 1372, à la suite d’une entrevue à Saint-Pourçain avec le duc
Jean de Bèrry et d'Auvergne, il devenait propriétaire de Vichy et
de Langy. A la suite d'un échange signé le 13 août 1377 entre les
mêmes ducs, le duc Louis devient propriétaire de Châtel-Moptagne.
Abrest et Saint-Germain-des-Fossés. C’est donc par suite de cet
échange de 1377 que Saint Germain-des-Fossés, Jusqu’alors terre au¬
vergnate, devient fief bourbonnais. Le duc Louis réunit ses acquisi¬
tions de 1372 et 1377 en une seule châtellenie et en forma la châtelle¬
nie de Vichy, mais Chabrol, dans ses Coutumes, a bien soin de noter
que toute celte châtellenie conserva Jusqu’en 1500 la coutume d’Au¬
vergne (3).
(1) Archives nationales, J. 314-58.
(2) Titres de la maison de Bourbon, 638 et 1574.
(3j Chabrol, Coutumes d'Auvergne, t. I, p. 77 et suivantes.
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Le lundi après la Salnt-Marlin 1406, Artaud de Saint-Germain, fils
de Châtard, épousa Louise d’Apchon, fille de Louis Comptour d’Ap-
cbon et de Smarade d'Estaing. La tuture recevait une dot de 4 000 li-
vres, qui lut portée à 5.C00 en 1409. Ce fut cette union qui fit la for¬
tune de nos Saint-Germain (1).
La famille d'Apcbon tirait son nom d'un château situé proche de
Mauriac tCanlal), faisait remonter sa généalogie à certain Comptour,
dit Mal-Hivernat, seigneur de Nonette (Puy-de-Dôme) en 996, et ses
membres se disaient premiers barons d'Auvergne. Un Comptour
d’Apchon avait été nommé, le 12 décembre 1357, capitaine général
d’Auvergne contre les Anglais et avait siégé aux Etats d’Auvergne en
1385. Enfin, pendant la lutte des Bourguignons contre les Armagnacs,
Louis Comptour d'Apcbon, père de la dame de Saint-Germain, signa
le 6 juin 1415 un compromis par lequel il se déclarait neutre entre le3
deux partis qui ruinaient la France.
Louis Comptour avait deux fils et une fille : l'aîné, Guillaume, fut
tué à la bataille d’Azincourt (1415) ; le second, Jean, époux d'Antoi¬
nette de Tourzel, mourut sans postérité en 1420. Ne restait plus que
Louise d'Apcbon, dame de Saint-Germain,qui était déjà mère de trois
fils Artaud, Louis et Jean, et d'une fille, Catherine.
L'alné, Artaud de Saint-Germain, avait épousé Marie Vert en 1446
et en avait eu un fils, Michel Artaud. En 1456, il fut nommé bailli du
Forez aux lieu et place de son beau-père et alla fixer sa résidence à
Saint-Germain-Laval.
Le vieux Louis d'Apchon, se voyant sans enfant mâle, substitua
son second petit-fils et filleul Louis de Saint-Germain dans toutes les
possessions de la maison d'Apcbon à la condition qu'il en prendrait
le nom et les armes pleines.
Le troisième fils, Jean, entré dans les ordres, était cbanoine comte
de Lyon ; la fille, Catherine, avait épousé Philippe de Chouvigny,
dit Bichot de Naves, seigneur de Rongères, Saint-Gérand-de-Vaux,
Saint-Loup et Paray-sous Briallles.
Tout élait réglé, lorsque Louis d’Apchon mourut sans enfants. Aus¬
sitôt son frère Artaud et son beau-frère de Chouvigny allèrent occu¬
per la terre d'Apchon malgré les réclamations de Jean, le chanoine,
qui se prétendait seul héritier de Louis par suite du testament de son
grand-père et qui, faute d'hommes d'armes, en appela au pape. Celui-ci
(1) Les armes de Saint-Germain étaient : de gueules à la fasee d'argent ac¬
compagnée de 6 colombes accostées d'argent : 3 en tête et 3 en pointe. Celles
des Apchon étaient : d'or semées de fleurs de lis d'azur, avec pour devise :
Haut et Clair.
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mit à sa disposition... les canons de l'Eglise : le 6 mars 1456, le cha¬
noine Jean d'Apchon obtint une bulle d’excommunication du pape
Calixle III contre les inconnus qui occupaient ses terres , bulle qui (ut
fulminée à Clermont et à Saint-FIour le 2i mai suivant (t). On guer¬
roya, on plaida et enfin, le 10 février 1462, on transigea : le chanoine
adoptait pour fils son petit-neveu, Aimé Artaud de. Saint-Germain,
époux de Marguerite de Lavieux, qui prit le nom d’Apchon avec les
armes écartelées 1 et 4 Saint-Germain, 2 et 3 Apchon. Comme suite,
le fief de Saint-Germain passait à M" de Chouvigny, qui le donna à
sa fille Jeanne de Chouvigny. Celle-ci avait épousé en premières noces
son cousin Jacques de Chouvigny et en secondes noces Philippe
de Bourbon-Lancy. Ce dernier prit le titre de seigneur de Montpey-
roux, Viry, Saint-Germain-des-Fossés et le Fétray. N’ayant pas eu
d’enfants ni de l'une ni de l'autre de ces unions, Jeanne institua pour
héritiers de tous ces biens les neveux bâtards de son mari, les Ber-
nault. Ceux-ci, ne sentant pas cette donation très valable, s’empres¬
sèrent de vendre tous leurs droits au duc Jean de Bourbon moyen¬
nant 3.000 livres payées comptant le 20 avril 1473. Les Apchons con¬
testèrent, en effet, la donation de leur parente comme étant contraire
à la transaction du 10 février 1462 et, par une nouvelle transaction
signée le 12 novembre 1478, Bertrand Comptour de Murol reprit la
propriété de Saint-Germain, le duc de Bourbon conservant le Fétray
et divers droits sur la rivière l’Ailier (2).
Bertrand Comptour de Murol était un descendant d’Aimé Artaud
de Saint-Germain. 11 eut deux filles qui furent successivement dames
de Saint-Germain. L'alnée, Jeanne, épouse de Jacques de La Tour
d'Auvergne, étant décédée sans enfants vers 1482, sa sœur Delphine
de Murol, épouse de Guy Montagnon d’Aubière, lui succéda et donna
Saint-Germain en dot à sa fille Anne d’Aubière lors de son mariage
avec Antoine Mottier de La Fayetle. Ces derniers vendirent notre
fief le dimanche avant Pâques 1499 à Guichard d’Albon, leur parent.
Les d’Albon étaient originaires du Dauphiné. En 1361, on trouve
Henri d'Albon, seigneur de Saint-Forgeux, près Roanne, dont un
de ses fils, Guillaume, épouse en 1373 Alix de Lespinasse et meurt en
1404 après avoir lutté contre les Bourguignons, laissant au moins
douze enfants. Son fils Jean épousa Guilleraette de Laire, dont il eut
deux fils, Guichard et Gillet. Gillet d’Albon épousa, le 21 février
1436, Jeanne de Lapalisse, dont il eut nombreuse lignée, parmi la-
(1) Archives de l'Ailier, E. 26i.
(2) Titres de la maison de Bourbon, 6224-6690.
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quelle Je ne retiendrai que son second fils, notre Guichard d'Albon,
qui fut l'époux d'Anne de Saint-Nectaire. Il avait été élevé avec Pierre
de Beaujeu ; aussi lorsque, à la mort de son frère, ce prince devint
le duc Pierre II de Bourbon, le nomma-t-il gouverneur de Roanne,
puis, le 2 juin 1502, capitaine châtelain de Bourbon-Lancy, qu’il avait
acheté en 1488 de Guillaume de Vergy. Par lettre du 24 mai 1505, le
duc confirma son ami en la possession du fief de Saint-Germain et lui
fit l'abandon de divers droits qu’il avait sur ce fief.
Après Guichard d'Albon, Saint-Germain passa à son fils Jean.
Celui avait d'abord été chanoine comte de Lyon, mais il s'était fait
relever de ses vœux pour épouser, le 22 janvier 1510, Charlotte de La
Roche, qui lui apportait le fief de Tournoël, près Riom, et avait suc¬
cédé à son père comme chambellan du duc Pierre. Anne de France
le nomma, le 13 août 1517, bailli du Beaujolais et des Dombes. Fran¬
çois I" se l'attacha en le nommant gouverneur de Guyenne en 1522 et
gouverneur de Saint-Quentin en 1523, aussi ne doit-on pas trop s’éton¬
ner de le voir trahir son duc lors de l'affaire du connétable et servir
les intérêts du roi ; il en fut récompensé par le collier de Saint-Michel.
Peu après, en 1530, il fut nommé gouverneur du futur Henri II et
enfin, le 21 juin 1547, lieutenant général et gouverneur du Lyonnais,
du Beaujolais, des Dombes et du Forez, de la haute et basse Au¬
vergne, du Bourbonnais, du Combrail, de la haute et basse Marche,
c’est-à-dire de presque tous les états des ducs de Bourbon, confisqués
après la mort du connétable Charles de Bourbon et réunis à la cou¬
ronne. Il fit son testament le 20 avril 1552 et mourut d'un accident le
27 décembre 1559. Il laissait trois enfants : 1° Jacques d'Albon, plus
connu sous le nom de maréchal de Saint-André : 2*François qui, entré
dans les ordres, fut évêque de Limoges ; 3“ Marguerite d'Albon, qui avait
épousé, le 10 juin 1519, Artaud d’Apchon, guidon dans la compagnie
de son père, descendant des anciens Saint-Germain.
Jacques d'Albon se lia d'une étroite amitié avec le futur Henri II,
dont son père était gouverneur ; aussitôt que ce prince fut monté sur
le trône, en 1547, la faveur de d’Albon n’eut plus de bornes. Il fut
immédiatement nommé chevalier de Saint-Michel et maréchal de
France avec la survivance de toutes les charges de son père. Il avait
épousé, le 27 mai 1544, Marguerite de Lustrac et, par contrat, Jean
d’Albon lui avait donné en dot « le château, terre et seigneurie de
Saint-Germain-des-Fossés en Bourbonnais, la seigneurie de Mably en
Roannais et la terre des Crépins ».
La vie du maréchal de Saint-André est trop connue pour en parler.
Je rappellerai simplement qu'il fut tué à la bataille de Dreux, entre
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catholiques et protestants, le 19 décembre 1562 (1). Il ne laissait qu'une
fille, Catherine d'Albon, qui hérita de ses immenses richesses et fut,
par suite, dame de Saint-Germain.
Me voici conduit à rappeler l'un des drames les plus sombres du
xvi' siècle. Marguerite de Lustrac, maréchale de Saint-André, ne passa
jamais pour une vertu. Du vivant de son mari, elle fut la maîtresse
d'Antoine de Navarre, père d'Henri IV ; devenue veuve, elle se mit
dans la tête de se faire épouser par le prince de Condé, son amant
d’alors. Pour se l’attacher, elle commença par lui faire don de la
terre de Vallery que Condé, en parfait gentilhomme, accepta, puis,
croyant que sa fille était le seul obstacle à la réalisation de ses projets
matrimoniaux, elle essaya de lui persuader d'entrer au couvent. Sur
son refus, elle la fit empoisonner (1565). On raconte aussi que cette
malheureuse Catherine d'Albon avait été fiancée par son père à l'un
des fils du duc de Guise, mais que s'étant laissée surprendre par son
futur beau-père dans le lit du roi François II, le projet de mariage
avait été rompu (2).
A la mort de Catherine, sa tante et marraine, Marguerite d’Albon,
épouse d’Artaud III d’Apchon, hérita d'une partie de sa fortune, no¬
tamment de Saint-Germain-des-Fossés. Elle participa, elle aussi,
ainsi que son mari, aux faveurs royales. Elle fut dame d’honneur de
Marie Stuart, puis de Catherine de Médicis. Son mari fut gentil¬
homme de la chambre et lieutenant général du Bourbonnais. Il prit
part à la lutte contre les protestants, notamment en organisant la dé¬
fense de Moulins, mais battu à Pitrre-Encize, près Lyon, il mourut
en juillet 1562 et son cadavre fut insulté par Poncenat à Feurs. Sa
veuve, qui ne mourut qu'en 1575, eut l'honneur de recevoir le roi
Charles IX et sa mère en son château de Saint-Germain-des-Fossés,
le 26 mars 1566, lors du fameux voyage du roi (3).
Du mariage d'Artaud d'Apchon et de Marguerite d’Albon étaient
nés quinze enfants, sur lesquels je ne retiendrai que :
1“ L'alné, Gabriel d’Apchon, qui épousa Françoise de La .Faille et
hérita des biens des Apchon en Auvergne ;
(1) Lire Jacques d'Albon de Saint-André, par Rosnier. — Perrin, édition
1909.
(2) D'Aumale, Uist. des princes de Condé, t. I, p. 267.
(3) Le 25 mars, parti de Moulins, diner à Bessay, coucher à Varennes,
petite ville, le lendemain 25, tète de Notre-Dame, tout le jour audit lieu, puis,
le mardi 26, dîner à Saint-Germain-des-Fossés. Beau village, avec beau châ¬
teau, aux pieds duquel coule l’Ailier. Après que le roi eût dîné audit lieu,
il partit pour aller faire son entrée à Vichy ( Voyage de Charles IX, par
Abel Jouon). : ; .
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T-
2* Antoine, quatrième enfant, né le 15 novembre 1533, plus connu
sous le nom de Cezerac ou de Selzat. Il entra tout d'abord dans les:
ordres, en 1542, à l'âge de neuf ans ; prieur de Bredon le 14 février
1544 ; chanoine comte de Lyon, grâce àune dispense du pape Paul III,
datée du 16 octobre 1547 ; le 2 février 1550, il était abbé de Fourvières,
en 1556 évêque de Tarbes ; et en 1557 è\ êque de Périgueux. Il cumulait
toutes ces fonctions lors de l’occupation de Lyon par le baron des
Adrets (30 avril 1562) ; mais, ce jour, sans doute grisé par l'odeur de la
poudre, 11 prit les armes et, le 6 juillet 1564, il épousait Christine Da-
bin, épouse divorcée de Jean Perrotin (1), tout en conservant son titre
de chanoine de Lyon, au moins jusqu'au 24 octobre 1574, date où il
révoque un testament fait au profit de son frère Jean, seigneur de
Montrond, parce que sa femme était« grosse». Lorsqu’il mourut, en
octobre 1586, il laissait deux fils, sur lesquels nous aurons à revenir.
3* Jacques, né le 23 décembre 1537, eut en partage le flef de Saint-
Germain. Il se maria deux fois : en premières noces, le 9 avril 1571,
avec Catherine Seguin de La Verrière, dontileutdeux fils; en deuxiè¬
mes noces, avec Claudine de Lafln, dont il n'eut pas de postérité. II
mourut en 1616 et fut inhumé en la chapelle du château de Saint-
Germain. Son fils ainé, Emmanuel, était mort avant lui sans laisser
de postérité de Faustine de Ricasso, italienne, au service de Cathe¬
rine de Médicis. Ce fut son second fils, Claude, qui hérita de Saint-
Germain.
Claude d’Apchon prit le titre de comte de Saint-Germain-des-
Fossés et soutint plusieurs procès contre ses cousins de Selzat, dont
il contestait la légitimité, disant tantôt que leur père était engagé
dans les ordres lors de leur naissance, tantôt que le mariage de leur
mère avec Perrotin n'avait jamais été annulé. Ces procès, qui le rui¬
nèrent, duraient encore lors de son décès. Il avait épousé Catherine
de Saint-Aubin dont il eut quatre enfants : Jacques, Jean, Emmanuel
et Faustine.
Jean, seigneur d'Usseaux (Saône-et-Loire), mourut Jeune (2) ; de
Faustine, on ne sait que le nom ; Emmanuel entra dans les ordres et
nous le verrons prieur de Saint Germain ; restait Jacques pour conti¬
nuer la maison.
Celui-ci épousa, le 14 février 1633, Claudine de Bonnay, dont il
n’eut pas d'enfants ; puis en secondes noces Marie d'Andelot, dont il
(1) Archives de l'Ailier, E. 265.
(2) Jean, seigneur d'Usseaux, aurait eu un fils Louis, époux de Anne
Lemonnier, dont serait issu Philippe, marquis de Saint-Germain, grand-
père d’Antoine-Louis-Léon de Saint-Just, l'ami de Robespierre.
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n'eut également pas de postérité, et en mourant, vers 1648, il lui fit
donation de tous ses biens. C'est ainsi que Saint-Germain sortit des
mains des Apchon.
Voici ce qu’écrivait en 1637, de Mesgrigny, intendant d’Auvergne,
sur cette famille :
« La baronnie d’Apchon est la plus belle d’Auvergne et a uû châ¬
teau très fort, de nombreux vassaux. Il y a grand procès entre ceux
de la maison d'Apchon et, par arrêt, le sieur de Cézerat l’a emporté.
Néanmoins, le baron de Saint-Germain y a encore des prétentions
fondées sur ce qu’il dit, qu'il peut prouver par écrit que le grand-père
de Cézerat n'était pas légitime. La baronnie de Saint-Germain est
une petite ville située sur la rivière d'Allier, avec maison parfaitement
bien bâtie par feu le maréchal de Saint André et où se fit la sépulture
de la mère du seigneur actuel, Marie Seguin. #
Marie d'Andelot, dame de Saint-Germain, après avoir pleuré son
d'Apchon, épousa en secondes noces, le 23 septembre 1651, Gaspard
de Foudras, comte de Couternon-Souternon, avec qui elle fit aveu du
fief de Saint-Germain le 18 septembre 1673.
Les Foudras étaient Foréziens : un Jean de Foudras, fougueux li¬
gueur, avait défendu Paray-le-Monial contre les troupes d'Henri IV
en 1595.
Marie d’Andelot mourut le 12 décembre 1677. Son mari, de Foudras,
le 22 avril 1687. Ils furent, l’un et l’autre, inhumés en la chapelle de
Saint-Germain. De leur mariage étaient nés quatre enfants :
1* Un fils aîné, Antoine, qui mourut quelques jours avant sa mère
et encore non marié ; 2* un second fils, François, entré dans les ordres,
déjà chanoine comte de Lyon à la mêmé époque ; 3* une fille, Antoi¬
nette, morte célibataire après 1686, et A' une seconde fille, Anne-
Marie, dont le mariage avec Claude de Combladoux fut célébré en la
chapelle de Saint-Germain, le 21 septembre 1677 ; celle-ci eut posté¬
rité, notamment un fils, baptisé à Saint-Germain le 14 octobre 1678.
Lorsque Gaspard de Foudras mourut en 1687, son fils François, cha¬
noine-comte de Lyon, prieur de Saint-Germain depuis 1684, lui suc¬
céda comme seigneur de Saint Germain, mais, obligé de se démettre
de son prieuré enl689 comme nous le dirons par la suite, il se retira à
Lyon et, en 1715, vendit la terre de Saint-Germain à Antoine Crozat,
marquis de Mouy, comte de Vraincourt, qui, moins de deux ans
après, la revendit à Gabriel Douhet.
Les Douhet descendaient d’une ancienne famille de notaires de Cus-
set. Un Douhet avait reçu, le 24 mai 1433, le contrat de mariage de
Rodrigue de Vlllandrado avec Marguerite, bâtarde de Bourbon. Au
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TREIZIÈME EXCURSION
319
xvii* siècle, ils entrèrent dans les fermes du roi, où ils acquirent une
immense fortune.
Gabriel Douhet avait épousé Marie Meunier, originaire de Billy ;
lorsqu’il mourut, en 1731, ce fut son fils Louis qui devint seigneur de
Saint-Germain. Dans un aveu daté du 6 juillet 1779, celui-ci se qua¬
lifie « Louis Doüet, écuyer, seigneur de Saint-Germain-des-Fossés,
Vichy, Charmeil, Beauregard, Le Chambon, Saint-Rémy, Creuzier et
nombreux autres lieux (1).
Le château de Saiot-Germain, que Mesgrigny disait si bien cons¬
truit par le maréchal de Saint-André, ne pouvait suffire à notre Tur-
caret ; aussi le fit-il démolir, y prit tous; les matériaux qu’il put, no¬
tamment les boiseries pour la construction de son nouveau château
de Charmeil et vendit le surplus en juillet 1772 à un maçon du cru.
La chapelle fut seule épargnée.
En mourant, Douhet ne laissait qu'une fille, Catherine, mariée à
François-Marie Mascrany, comte de Château-Chinon (2), dont la fille,
Adélaïde-Louise Mascrany, épousa en 1780 Jacques, marquis de Cler¬
mont-Mont-Saint-Jean, colonel aux chasseurs de Champagne, à qui
elle apporta en dot les terres de Saint-Germain et Charmeil.
Clermont-Mont-Saint-Jean fut élu député de la noblesse du Bugey
aux Etats généraux de 1789 et siégea à l'extrème-droite. Après l'in¬
succès de la fuite de Varennes (22 juin 1791). il émigra en Savoie
et ses propriétés, situées sur les districts de Cusset et de Gannat,
furent mises sous séquestre en conformité de la loi du 9 novembre
1791 ; Mont-Saint-Jean protesta, sa réclamation fut acceptée par les
directeurs des deux districts et ses biens lui furent restitués, « Cler¬
mont-Mont-Saint-Jean ayant établi qu'il n'était pas régicide et ayant
produit un certificat de résidence à Chambéry, sa patrie » (3). Lorsque
la Savoie fut annexée à la France en 1792, il se retira en Piémont et
servit contre la France comme officier d'ordonnance du roi de Sar¬
daigne ; aussi, le 12 avril 1793, le conventionnel Forestier, alors en
mission dans l'Ailier, le fit-il inscrire comme émigré et fit-il saisir de
nouveau ses biens. Les immeubles de Saint-Germain furent vendus le
3 nivôse an II, à l'exception de la Chapelle que Lomet, procureur
syndic de la commune, réclama « comme étant le seul local propre
à tenir les séances de la Société populaire de la commune » (4).
(1) Archives municipales de Moulins (manuscrit n* 32).
(2) Les Mascrany avaient été anoblis par Louis VII pour avoir importé
l’industrie de la soie k Lyon.
(3) Archives de l'Ailier, C. 480.
(4) Archives de l'Ailier, Q. 33.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
J'ai dit que le château de Saint-Germain fut complètement démoli
par ses propriétaires en 1772. Il n’en reste plus que deux tours carrées
réunies par une courtine qui faisait partie de l’enceinte Une porte de
la ville a été détruite, il y a quelque cinquante ans, par MM. des ponts
et chaussées, ces amis de l'archéologie.
La chapelle subsiste seule ; elle se compose d’une nef à une seule
travée terminée par une abside voûtée en cul-de-four. La nef est ornée
de hautes arcatures avec colonnes engagées qui rappellent l’école
auvergnate. Plusieurs des anciens possesseurs de Saint-Germain Re¬
posent sous ses dalles.
Du xvi' siècle seulement datent les meurtrières horizontales qui en
défendaient l’entrée. Elles semblent avoir été établies à l’époque des
guerres de religion. C’est en 1630 que fut ouverte l’élégante fenêtre,
style Renaissance, que l’on y voit.
Sous la Révolution, ainsi que nous l'avons vu, cette chapelle ser¬
vit au club des Jacobins du cru, puis de grange jusqu’en 1853, époque
où elle fut en partie incendiée. Elle fut rendue au culte le 8 décembre
1865, mais, hélas ! ce fut l’époque où elle fut le plus mutilée. — « Pré¬
servez-moi, mon Dieu, de mes amis ; de mes ennemis, Je m’en
charge. »
Il y a quelques mois, en faisant des fouilles pour la construction
d'une maison adjacente à cette chapelle, on mit à jour plusieurs
statues que le propriétaire fit enlever. Que sont-elles devenues? Quel
intérêt présentent-elles ?
XIV. — Le Prieuré de Saint-Germain
E l n tête de cette notice, j’ai été amené à parler du prieuré de
Saint-Germain et de dire qu'il dépendait de l’abbaye de Mozat,
’ près Riom (Puy-de-Dôme).
D’après une légende, l'abbaye de Mozat avait été fondée vers 672
par Calminus, duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne. On sait que
Pépin le Bref fit huit campagnes successives, de 752 à 763, pour sou¬
mettre l’Arvernie et y exterminer l'arianisme, dernier vestige de la
domination des Visigolhs sur cette province. En 763, Pépin le Bref
était logé à l’abbaye de Mozat lorsqu'il convoqua un concile à Vol-
vic. 11 fit transporter les reliques de saint Austremoine, l’apôtre de
l'Arvernie, dans ce couvent et avant de regagner ses états du Nord de
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TREIZIÈME EXCURSION
321
la France, le 11 février 763, Il lui accorda une charte par laquelle,
après avoir fait l'énumération de tout ce qui appartenait à l’abbaye
de Mozat, il y ajoutait d'autres fiefs de notre région.
Au xi' siècle, les moines de Mozat ayant oublié les règles de leur
Ordre et étant tombés dans l’indiscipline, Durand, évêque de Cler¬
mont, ne pouvant les mettre à la raison, en référa à Adalbert, son
métropolitain, archevêque de Bourges ; qui prirent ensemble le parti
de les soumettre à Hugues, abbé de Cluny, qui faisait observer à ses
moines la règle sévère de saint Benoit. Les moines de Mozat refu¬
sèrent de se soumettre ; Durand dut en appeler en 1095 au bras sécu¬
lier, à Philippe, roi de France. Le roi fit signifier à l’abbé de Mozat
une ordonnance où il est dit : « M’étant assuré par de nombreux
témoignages que, par la faute et la négligence des moines qui vivent
en ce lieu et par l'abandon prolongé de toute discipline, ils sont tom¬
bés dans le désordre, en vertu de notre autorité royale, ordonnons
que ce monastère avec les biens qui lui appartiennent soit remis
entre les mains du vénérable Hugues, abbé de Cluny, et après lui, à
ses successeurs pour le posséder à perpétuité et y ramener l’obser¬
vance de la vie religieuse. »
Les moines en appelèrent au pape. Justement Urbain II venait
d’arriver à Clermont pour prêcher la première croisade. Ils l'invi¬
tèrent à venir visiter leur couvent ; mais Urbain, refusant l’invitation,
donna raison à l’évêque et Hugues, abbé de Cluny, nomma Eustache
de Guignes abbé de Mozat : celui-ci sut mater les indisciplinés.
Lorsque le pape Alexandre III vint en Auvergne en 1165 les moines
de Mozat le reçurent chez eux et lui demandèrent encore de les
libérer de la domination de Cluny. Le pape, toujours politique et ne
voulant froisser ni ses hôtes ni le puissant abbé de Cluny, leur accorda
une bulle qui plaçait Mozat sous la protection spéciale du Saint-
Siège. Ce titre a une grande importance pour nous, car il énumère
les prieurés dépendant de Mozat où nous voyons figurer Saint-Ger¬
main et la chapelle du château (1).
Quatre ans après, Louis VII, par une charte datée de 1169, confir¬
mait les privilèges de l’abbaye de Mozat ; il reconnaissait ses droits
sur grand nombre de prieurés et d'églises en Auvergne, énumérés au
titre. On y voit figurer Saint-Germain, Loriges, Le Puy-Saint-Am-
broise (Saint-Léon) et Droilurier (2).
(1) Ecclesiam Sancti Germant cum capella de Castro.
(2) Item, ecclesiam Sancti Germani cum Castro sibi adjacent et partinen-
tibus sibi ecclesiis. Item, ecclesiam de Laurigiis cum hereditate sua. Item,
ecclesiam Droituras cum adjacent sibi villa. Item, ecclesiam sancti Ambrosii
in monte.
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SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS
La lutte entre les moines de Mozat et les abbés de Cluny durait
toujours plus ou moins sourdement. A la mort d'Eustache de Mont-
boissler, abbé de Mozat en 1165, les moines nommèrent pour abbé
Aymond, prieur de Saint-Germain, mais l'abbé de Cluny refusa d’ac¬
céder à cette nomination et ce fut Pierre de La Tour qui reçut la
crosse de Mozat.
En 1212, Germain de La Tour, abbé de Mozat, signa avec Châtard
de Saint-Germain un accord pour leurs droits respectifs de justice sur
la ville de Saint-Germain. En 1286, Guillaume de Saint-Saturnin,
prieur de Saint-Germain, fut plus heureux qu’Aymon, il fut nommé
et accepté comme abbé de Mozat et occupa le poste pendant huit
années. A cette époque, Simon de Beaujeu, archevêque de Bourges,
primat d’Aquitaine, visita le diocèse de Clermont et, d’après le ma¬
nuscrit de Baluze, il était au prieuré de Saint-Germain le vendredi
24 octobre 1289, où il confirma et tonsura (1). Le jour de saint Michel
1355, Etienne de Collet, abbé de Mozat, affirma à Andraud le droit de
passage sur le pont de Saint-Germain (2). De ce titre, on a voulu con¬
clure qu'il existait à celte époque un pont sur l’Ailier à Saint-Ger¬
main. Je crois qu'il s’agit simplement d'un droit de passage sur les
terres du prieuré perçu au passage d'un pont sur le Mourgon. En 1418
et 1448, on retrouve de nouveaux accords relatifs à la justice entre
les abbés de Mozat ou les prieurs de Saint-Germain et les seigneurs
de ce fief.
Aux débuts du xvi* siècle, l'abbaye de Mozat était riche et puis¬
sante et le prieuré de Saint-Germain était l'une de ses possessions les
plus importantes. Ce prieuré eut, comme toute la région, peu à souf¬
frir des guerres de religion. Il reçut cependant la visite de l'armée
de Condé et du prince Casimir en 1576. Nous avons trop vu la ma¬
nière d’agir des Allemands en 1815 et en 1870 pour douter de leur
manière de faire en 1576 ; nous savons, du reste, comment ils se con¬
duisirent à Billy, à Vichy et au château de Noally, non loin du prieuré
de Saint-Germain; mais ce fut surtout la papauté qui ruina le prieuré
de Saint-Germain.
11 devient une mode pendant les guerres de religion de faire payer
par le clergé les frais de la guerre. Après chaque guerre, le pape or¬
donnait par une bulle, le roi par un édit qu'enregistrait le Parle¬
ment, de vendre une portion des biens des monastères.
C'est ainsi que le prieur de Saint-Germain, Antoine Maréchal, dut
(1) Voir Archives bourbonnaises, t.III, p. 200.
(2) Archives de l’Ailier, H. 398.
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TREIZIÈME EXCURSION
323
faire procéder, le 27 août 1769, à la vente aux encbères et au plus
offrant d'une partie des biens de son prieuré, notamment des dîmes
et droits de justice sur Chermont et Bourzat. Au mois de mars 1586,
nouvelle bulle, nouvel édit, ordonnant une nouvelle aliénation. Le
7 mars, l’évêque de Noÿon euLheau plaider la cause du clergé devant
le Parlement, remontrant que c'était le cinquième édit d’aliénation
des biens de l'Eglise, l’édit fut enregistré et, le 27 Juillet 1597, le
prieur de Saint-Germain fut encore obligé d’aliéner toutes les rentes
et dîmes qu’il percevait sur les paroisses de Boucé, Saint-Etienne-le-
Bas, Ciemat et Saint-Gérand le-Puy.
Une autre grande cause de la ruine des abbayes de France au
xvf siècle fut le Concordat signé entre le pape Léon X et François I"
en 1516. Jusqu’alors, les évêques avaient été élus par les chanoines
et les abbés par les moines de chaque couvent. Le Concile de Trente
puis la Pragmatique de Bourges avaient reconnu ce droit. Le pape
n’avait qu’un droit de sanction et d'institution canonique. Par le Con¬
cordat de 1516, il fut convenu que le roi de France nommerait seul les
évêques et abbés, que le pape leur donnerait l’investiture contre paie¬
ment des annales, c’est-à-dire la première année des revenus de leur
charge. Il s’en suivit que les communautés, perdant le droit d'élire
librement leurs supérieurs, durent accepter ceux nommés en dehors
d’elle par le roi et, par suite, tout esprit d’union entre leurs membres
se perdit. Presque aussitôt naquit l'abus de la Commende , c'est-à-dire
le droit pour le roi de nommer un personnage séculier qui prenait
le titre d'abbé ou de prieur et touchait les revenus de l’abbaye ou
du prieuré ; le bénéficiaire était simplement tenu d'être engagé dans
les ordres et encore cette incommodité était souvent évitée par un
billet de confidence ; en tous cas, le titulaire n'était pas tenu à la rési¬
dence et pouvait cumuler les bénéfices. On voit d’ici tous les abus.
Abbayes et prieurés devinrent la proie des courtisans. C'est ainsi que
Mozat échut à un Duprat et fut considéré pendant plus d’un demi-
siècle comme un fief héréditaire, sinon de père en fils, tout au moins
d’oncle à neveu. De 1516 à 1524, Claude Duprat fut abbé de Mozat ;
de 1524 à 1518, Thomas Duprat ; de 1528 à 1560, Guillaume Duprat.
Les Apchon moins bien en cour, se contentèrent du prieuré de Saint-
Gerriïain, dont ils se firent attribuer le bénéfice pendant trois géné¬
rations, savoir : de 1595 à 1622, Claude d’Apchon ; de 1622 à 1647, Jac¬
ques d'Apchon, et enfin, de 1647 à 1683, Emmanuel d'Apcbon. Des
deux premiers je ne dirai rien, mais Je parlerai plus longuement du
troisième.
Emmanuel d'Apchon était le troisième fils de Claude d'Apchon,
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
seigneur de Saint-Germain, et de Catherine de Saint-Aubin. Nous
savons qu'il lit de nombreuses acquisitions au profit de son prieuré
en 1655,1660,1662 et 1664. On comprend que le testament de son frère
Jacques en faveur de sa veuve Marie d’Andelot ne dut pas lui être
agréable. Après le deuxième mariage de celle-ci, avec Gaspard de Fou-
dras, ce fut la guerre entre notre prieur et le nouveau seigneur de
Saint Germain. Ils eurent notamment, en 1665, un procès relatif aux
dîmes de Bourzat, auxquelles ils prétendaient tous les deux, procès
qui se termina par une transaction le 30 octobre 1661. Ils semblent
avoir été dans de bon3 termes par la suite, car le3 registres baptis¬
tères de Saint-Germain nous indiquent que le 2 octobre 1678, le
prieur, Emmanuel, fut parrain et Marie-Anne de Foudras marraine
de la jeune Anne Bernuzet, et il est probable que compère et commère
durent au moins ce jour-là se donner le baiser de paix. Mais notre
prieur était d’un caractère un peu emporté, ce qui lui causa quelques
ennuis en 1656; Fléchier, dans sa relation des Grands Jours d’Au¬
vergne, dit de lui :
a C'était un honnête ecclésiastique qui est de qualité étant de la
maison d’Apchon, mais qui n’a pour tout bien que son bénéfice.
Quoiqu’il s’acquitte assez bien de son devoir dans son église par ses
soins et par l'exactitude du service, il restait pourtant toujours
quelque chose de sa naissance. L’on connaît, par ses humeurs promptes
et impatientes, qu’il est gentilhomme et le caractère du sacerdoce n'a
pas tout à fait emporté certaines inclinations violentes qui sont le
caractère de la noblesse de son pays. Il était accusé d’avoir eu quel¬
ques choses à démêler avec une personne touchant quelques intérêts
de ses fermes de l’avoir fait venir un jour dans sa sacristie et lui
avoir donné les étrivières avec toutes les cruautés imaginables. Tout
le monde sait que les Grands Jours sont la justice des opprimés contre
les tyrans, aussi fut-il bientôt déféré et arrêté... Sur la sellette, il
avoua qu’il s’était servi de verges et fit connaître qu'il était coupable.
On le condamna donc à 800 livres d’amende, au bannissement de
trois ans et à quelques réparations à sa partie II fut assez heureux
pour que son bénéfice lui fût conservé. Ses moines sollicitèrent ins¬
tamment pour lui, mais bien loin de justifier le prieur par ses
moines, il fallait soupçonner les moines par leur prieur. »
Emmanuel, quoique déjà âgé, fut accusé, en 1683, d'entretenir pu¬
bliquement une concubine, Léonore Presle, dans son monastère, ^-es
autorités ecclésiastiques s'émurent et une enquête fut ordonnée.
Pour éviter des poursuites et peut-être une déchéance, notre prieur
ne trouva rien de mieux que de se démettre en faveur de Jean Thi-
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TREIZIÈME EXCURSION
325
baud de Thulon, chanoine de Mâcon, et qui lut régulièrement
installé comme prieur de Saint-Germain ; mais peu après, Thibaud
céda son prieuré à François de Foudras, fils du seigneur de Saint-
Germain. Emmanuel, furieux, attaqua sa propre cession faite à Thi¬
baud et put, le 9 juin 1685, obtenir une ordonnance de sénéchal du
Bourbonnais qui révoquait sa cession. François de Fondras attaqua
alors cette ordonnance et un long procès s’engagea entre les deux
prieurs. Pour en finir, ils convinrent, le 11 juin 1689, de renoncer
l'un et l’autre à leurs droits sur le prieuré de Salnt-Germaln-des-
Fossés, au profit de François Pouget.
Emmanuel alla mourir de chagrin et de vieillesse chez ses cousins,
au château de Celzat en avril 1690. Ce futle dernier des Apchon dont
11 fut question à Saint-Germain-des-Fossés.
François Pouget trouva les bâtiments du prieuré dans le plus triste
état ; 11 les fit restaurer. Il nous est môme parvenu un traité qu’il
signa, le 3 janvier 1703, avec les frères Barrière,- menuisiers à Cusset,
pour des stalles dans l’église. Dans ce traité, il spécifie tout spéciale¬
ment que ces stalles seront à ses armes...
Dom Pouget mourut en 1725 et eut pour successeur Charles de Saul-
zet, qui eut lui-même pour successeur, en 1732, Ignace de Marcel-
lange d’Arcon. Celui-ci eut quelques difficultés avec Louis Douet,
seigneur de Saint-Germain, relativement aux dîmes dues par Nicolas
Régnier, propriétaire du Grand-Poënat, et Hélène Louher, proprié¬
taire du Petit-Poënat. Aux termes d'une transaction devant Jean
Morand, notaire à Billy, le 17 juin 1747, il fut convenu que la dlme
se percevrait à la vingtième gerbe, que la dix-neuvième appartien¬
drait au prieur et la vingtième au seigneur de Saint-Germain : c’était
couper la poire en deux.
Dom Ignace de Marcellange mourut en 1790, mais depuis vingt ans
il s’était désisté de son prieuré au profit de son neveu, Edme-Philippe
de Marcellange, chevalier de Malte. Quand ce dernier voulut se faire
installer, une difficulté s'éleva : il n’était pas prêtre. On en référa au
pape qui, le 12 octobre 1770, signa une dispense. Au moment de la
Révolution, Philippe de Marcellange, qui ne résidait pas à Saint-
Germain, émigra. Il ne rentra en France qu'en l'an X et mourut à
Ebreuil le 25 janvier 1805.
Me voici amené à parler de la vente des biens du clergé sous la Ré¬
volution.
Depuis longtemps, chacun enviait les richesses du clergé. Turgot,
le ministre de Louis XVI, avait écrit : « C'est un droit du gouverne -
ment de supprimer par raison d'utilité publique toutes les fondations. »
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société D'émulation du bourbonnais
Le 8 août 1789. un jeune député delà noblesse charolaise, le marquis
de La Coste-Messelière(l),di;aità la tribune de l’Assemblée nationale :
« Je soutiens que les biens ecclésiastiques appartiennent à la nation, s
Le 26 septembre, du haut de la même tribune, l'archevêque de Paris
promettait, en son nom et en celui de tout le clergé, de faire l'aban¬
don au Trésor public de toute l'argenterie et de tous les ornements
non indispensables au culte. Dans le public, qui voyait partout des
abus, le cri général était : « Que diraient les fondateurs si, revenant
sur terre, ils voyaient l'usage fait de leurs dons? » Aussi, sur la pro¬
position de Talleyrand, évêque d’Aulun, « l'opération sur les biens
du clergé » fut elle volée, le 2 novembre 1789, par 568 voix contre 346.
En conformité de celte loi, les administrateurs du district de Cusset
chargèrent Saulnier, bourgeois à Seuillet, de faire l'estimation des
biens du prieuré de Saint-Germain. Son rapport est du 18 septembre
1790 et, le 5 mars suivant, il fut vendu pour 74.640 livres d’immeubles
àBourzat et à Creuzier. La municipalité de Saint-Germain avait de¬
mandé à acheter le prieuré et l'enclos, mais ses offres furent jugées
insuffisantes et Henry Chacot s’en rendit adjudicataire le 5 novembre
1791, moyennant 20.000 livres.
Il n’y avait pas d'église paroissiale à Saint Germain ; c’était la cha¬
pelle du prieuré qui en tenait lieu, chose assez naturelle, puisque le
prieur était curé de droit. Ils s’acquittèrent régulièrement de leur
sacerdoce jusqu’en 1676, époque où Emmanuel d’Apchon s’en déchar¬
gea sur un prêtre à la portion congrue ; moyennant un gage de
300 francs par an, un prêtre miséreux se chargea du service de la
cure, dont le prieur continua à loucher les revenus.
Voici la liste de ces curés : Jean Mouly (1676), Benoit Porte (1693),
Joseph Poncet (1709), Jean Chambroly (1754), Pierre Arloing (1756),
Guy Pages (1763), Jean Pages (1789).
L’Assemblée nationale, en même temps qu’elle mettait les biens du
clergé à la disposition de la Nation, avait décrété, sur la proposition
de Mirabeau, que les prêtres devenaient les salariés de ï Etat, e taxait
promis à chaque curé, en plus de l’usage d’un presbytère avec un
jardin d’un demi-arpent (26 ares), un traitement de 1.200 livres par
an. C’était habile pour s’attacher les curés à la portion congrue que
de leur promettre l’indépendance et la richesse ; aussi avec quel en¬
semble la plupart chantèrent-ils un Te Deurn d’actions de grâces !
(i) Le marquis de La Coste-Messelière devint préfet de i’Allier sou» le
Consulat sous le nom de Detacoste-Messelière et mourut à la Préfecture de
Moulins ie 3 Juiliet 1806.
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TREIZIÈME EXCURSION
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La constitution civile du clergé, votée le 29 novembre 1790, fut pro¬
mulguée par Louis XVI le 26 décembre sur une réponse assez évasive
du pape, qui ne se prononça contre cette constitution que par un
bref du 13 avril 1791. Aux termes de cette loi. tous les évêques, curés
et vicaires, pour toucher leurs traitements, devaient prêter serment à
la Constitution, au prône de la grand'messe, en présence du maire de
la commune (1).
Qu’importait au curé Pages que le prieur, M. de Marcellange, perdit
son bénéfice ; dans la loi du 26 décembre 1790, il ne vit qu’une chose :
les 1 200 livres de traitement promis ; aussi prèta-t il le serment exigé,
ainsi que Curegras, son vicaire, ainsi que tous les autres curés du
canton, ainsi que 426 prêtres sur 484 du département de l’Ailier (2).
Après son serment, le curé Pages continua à exercer ses fonctions
jusqu’à l’interdiction du culte (25 vendémiaire an II - 17 octobre
1793), époque où il se retira dans la Ilaute-Auvergne, son pays natal.
Dès qu’il lui fut possible, avant même le Concordat, il revint prendre
ses fonctions, qu’il exerça à la satisfaction de tous jusqu'en 1807,
ayant rétracté son serment entre les mains de son évêque dès 1802.
XV. — Le Port de Saint-Germain.
D ès la plus haute antiquité, l'Ailier fut utilisé par la navigation
et, bien avant sa gare de chemin de fer, Saint-Germain avait
uu port important. Par lettre de 1337, le duc d'Auvergne avait
ordonné la levée d’un impôt extraordinaire de 600 livres sur la Basse-
Auvergne (dont Saint-Germain faisait alors partie), » laquelle somme
est imposée outre et par-dessus les aides pour l’employer à faire que
la rivière Allier puisse porter navire » ; mais si l’impôt fut levé, on
sait qu’il reçut une autre destination : les 600 livres avec 2.000 versées
par le roi furent employées à payer la rançon du pays au routier
(1) Histoire religieuse de la Révolution française, par P. de Gorce. —
Plon-Nourrit, 1909.
(2) D'après un rapport inscrit sur le registre des délibérations du district
de Cusset le 7 octobre 1792, il y avait dans ce district 53 curés et 17 vicaires.
— 36 curés et 15 vicaires jurèrent. Si dans le canton de Saint-Germain tous
jurèrent, un seul jura dans le canton de Saint-Gérand-Ie-Puy, le curé de
Langy ; dans le canton de Varennes, ceux de Créchy et de Rongères refu¬
sèrent le serment.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Villandrado, l'allié et un peu le beau-frère du duc Jean II de Bour¬
bon. Après l'annexion du Bourbonnais, François I" fit faire des Ira-
vaux pour faciliter cette navigation.
Au xv' siècle, il s'était formé une Hans ou association des bateliers
de la Loire et de l’Ailier, dont le siège était à Orléans. Chaque année,
des délégués, un pour chaque port, se réunissaient en cette ville pour
Axer les tarifs et les réparations à faire sur les deux fleuves. A ces
assemblées, le délégué de Saint-Germain fut en 1494 Mico Marécbal
et en 1549 Nicolas Maréchal. Au xvir siècle, la Hans disparut et les
intendants prirent en charge la navigation ; c’est ainsi qu’en 1698,
d’Ormesson, intendant d’Auvergne, fit dresser un projet d’endigue-
ments et de bassins, afin de la rendre possible toute l’année ; mais ce
projet ne fut pas exécuté faute d’argent.
Dans un rapport, dressé en 1765 par M. de Ballainvillier, autre
intendant d’Auvergne, on lit que le droit de péage de trente sous par
bateau passant à Pont-du-Chàteau produisait 2.500 livres par an ;
c’étaient 1.7(0 bateaux environ passant par ce port, auxquels venaient
se joindre 300 bateaux provenant de la Dore. Ce rapport nous dit que
tous ces bateaux étaient chargés de bois, de blés, de chanvres, de cor¬
dages, de toiles, de pommes, de confitures, de charbons et, ce qui
surprendra beaucoup, de pommes de terre (11, marchandises dirigées
du Languedoc ou de l’Auvergne sur Orléans, Paris et Nantes.
Vers 1747, un service de coches d’eau pour voyageurs fut organisé
sur l’Ailier. Ces bateaux ne voyageaient que le jour et Saint-Germain
était un port de gîte, mais ce service public fut de courte durée et
n’eut pas plus de succès que le service de bateaux à vapeur tenté vers
1848.
Peut-être reverra-t-on un jour la batellerie de l’Ailier de nouveau'
florissante ? Ce qui serait désirable.
Gabriel Morand.
(1) Si Parmentier fit connaître la pomme de terre aux Parisiens vers 1780,
le précieux tubercule était déjà d’un usage commun en Auvergne dès la fin
du xvi e siècle où des émigrants l’avaient rapporté d’Espagne.
•*^fê**
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TREIZIÈME EXCURSION
329
XVI. — Varennes
S i je n'avais à faire qu’un compte rendu, autrement dit qu'à dres-
ser une sorte de procès-verbal de ce que nous avons vu à Va¬
rennes, ma tâche serait aisée, car nous n'y avons vu que peu de
choses. Nous nous sommes arrêtés seulement à la gendarmerie pour
examiner les vieux murs de l'église Saint-Pierre de Vouroux, aujour¬
d'hui convertie en écurie et en grenier à fourrages, et un peu plus loin
sur la place du Champ-de-Mars, en face d'une maison dont le portail
est surmonté d'un curieux écusson sculpté. Mais ce que l'on attend
de moi est plus complexe : c’est surtout l’historique de la cité avec, en
plus, l'énumération et la description des monuments intéressants qui
peuvent s'y trouver. Pour ce travail, j'avoue que je suis bien mal pré¬
paré et que j'ai eu tort de l'entreprendre ; faute d'inédit, il me va
falloir recourir au procédé fastidieux de la compilation. Je puiserai
mes renseignements, principalement pour la période du Moyen-Age,
dans l’excellent article que M. Vayssière a fait paraître en 1891 dans
les Archives historiques du Bourbonnais, et auquel je renvoie le lec¬
teur qui voudrait se documenter plus amplement.
Contrairement cependant à l'opinion de cet écrivain, j'estime que
Varennes est une des localités bourbonnaises à laquelle il est per¬
mis, sans trop d’invraisemblance, de se prévaloir d’une origine gau¬
loise, en raison de certains monuments qui me semblent remonter à
cette époque.
Au sortir de la ville et joignant la route, à droite en allant à Gayette,
on rencontre une butte artificielle, sur laquelle on a établi un cime¬
tière. Cette butte est incontestablement un tumulus gaulois ; les
objets qu’on en a retirés ne laissent aucun doute à cet égard. C'est
donc à tort que MM. Aubert de La Faige et Roger de La Boutresse,
l'ont indiquée dans leur ouvrage des Fiefs du Bourbonnais, comme
étant la motte sur laquelle se serait dressé autrefois le vieux château
féodal ; il n’y a autour aucune apparence de fossés qui puisse auto¬
riser une telle conjecture.
Tout à côté de cette butte, mais en ici de Varennes, il y a un puits
rectangulaire, qu'à cause de son revêtement inusité, fait de grosses
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
pierres brutes, posées les unes sur les autres à plat et sans ciment,
quelques personnes ont présumé devoir être gaulois.
M. Tudot, dans le tome IV du Bulletin de la Société d'Emulation
(année 1855), en a donné la description 'suivante avec dessin de la
margelle à l'appui :
« Cette construction se compose d’une trentaine de belles pierres,
provenant d'un lieu éloigné et inconnu, elles sont blanches, d’un grain
ûn et bien supérieur à celles qu’on tire de Langy et des autres contrées*
voisines. Les dimensions pour chacune diffèrent peu ; elles donnent
en moyenne cent cinq centimètres de longueur, soixante de largeur et
vingt-six d'épaisseur. Le fond du puits est fermé d’une grande pierre
placée horizontalement etde quatreautres placées sur champ. Chacun
des côtés porte à son tour six à sept assises de pierres, dont les deux
dernières dépassent le niveau du sol. Depuis la partie supérieure de
la margelle jusqu'au fond du puits, la profondeur est d'un peu moins
de quatre mètres.
« La première impression que l’on éprouve à l'aspect de ce puits est
contraire à l'origine ( celtique ) qu'on lui donne. Les monuments cel¬
tiques se composent ordinairement d’énormes pierres dont le puis¬
sant assemblage étonne. Ils sont empreints d'un caractère de rudesse,
de grandeur et de barbare simplicité qui reportent la pensée aux
époques primitives du monde ; au contraire, les proportions de notre
puits sont très modestes, sa forme ne manque pas d'une certaine régu¬
larité ; ce qui paraît extraordinaire seulement, c'est son luxe de
pierre, qui semble déceler une intention monumentale. »
Son opinion est qu'il daterait du Moyen-Age.
Il apparaît bien pourtant, d’après la description qu’on vient de lire,
que ce monument soit suffisamment empreint d'un caractère de ru¬
desse , de grandeur et de barbare simplicité, pour qu'on puisse revendi¬
quer pour lui une origine gauloise. Je ne crois pas qu’on en ait jamais
cité de semblables, comme datant authentiquement du Moyen-Age ;
au lieu que cette façon de revêtir un puits avec des dalles énormes est
bien dans la manière des Celtes et constitue une raison suffisante pour
faire remonter son creusement à l'époque gauloise ou même celtique.
Et le fait que ces pierres n’ont pas été taillées, décèle qu’une idée reli¬
gieuse a présidé à sa construction. Aussi, je ne suis pas éloigné de
voir dans ce puits une de ces sources sacrées, pour lesquelles nous
•savons que les Gaulois professaient un culte profond. Leur attache¬
ment à ces sources était tel que les chrétiens, dans leur impuissance
à détruire chez eux une superstition aussi enracinée, tournèrent la
difficulté en les sanctifiant. Ceile-ci, si l'on ajoute foi à la tradition
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TREIZIÈME EXCURSION
331
qui veut que, tout proche, se soit élevée une église sous révocation de
saint Jean, a dû, elle aussi, être placée sous le patronage de saint
Jean-Baptiste et ce serait dans ses eaux qu'on aurait conféré aux ca¬
téchumènes le baptême par immersion.
Pour que l'on eût édifié une église en ce lieu, il fallait nécessairement
qu’il s’y trouvât un centre de population nombreuse. Cette population
ne devait pas frayer avec celle établie quelque cinq cents mètres plus
au nord, dont elle différait par les mœurs et par la nationalité, puisque,
malgré la proximité des deux cités, on senlit le besoin de construire
une autre église à côté. Dans l’une habitaient les Romains et dans l’autre
les Gaulois. Et de ce qu’on ne rencontre aucuns vestiges d’habitations
en cet endroit, il ne faudrait pas se hâter de conclure que ma conjec¬
ture est hasardée ; à mon avis, elle s’en trouve fortifiée. C’est qu’à
l’encontre des Romains qui se construisaient des maisons confortables
avec du moellon, les Gaulois s’abritaient sous des huttes, enfoncées
de quelques pieds dans le sol, et dont les parois de bois reposaient sur
des murettes en pierres sèches, ou cimentées seulement avec delà
terre. On comprend qu’elles n’aient pu offrir une grande résistance
au temps, qui les a détruites sans en rien laisser subsister.
L’emplacement de la cité gallo romaine est beaucoup plus facile à
établir ; c’est le même que celui couvert aujourd’hui par le faubourg
de Vouroux. Les fouilles qu’on a pratiquées dans ce quartier, pour
les fondations des nombreux immeubles qu'on y a édifiés depuis
quinze ans, en rejetant sur le sol quantité de poteries enfouies à des
profondeurs de deux ou trois mètres, ont permis d'en fixer approxL
mativement les limites et de constater qu'elle égalait presque le fau¬
bourg en étendue.
De la ville elle-même, on ne peut rien dire ; il n'en est resté debout
pas même un pan de murailles. Tout ce que l’on en sait, c’est qu'elle
s'appelait Vorocio, nom qu’elle avait dû emprunter à la cité gauloise
sa voisine et dont Vouroux est un dérivé.
Ce nom nous a été conservé par la table de Peutinger, sur laquelle
il est écrit Vorogium ou Voroglum. Il est marqué sur la' route de Roi-
domma (Roanne) à Augusionemetum (Clermont), à un point indiqué
entre Ariolica (...?) et Aqucecalidœ (Vichy).
On le retrouve dans l'inscription suivan'e, relevée sur un anneau
votif, en bronze, trouvé à Vichy dans un puits : NV. ( minibus ) AGG.
(Augustorum) DEO.MARTI. VOHOCIO.GAIOLVS.GAU. (füius dédit) ;
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
et au revers, occupant les axes de cet anneau : V. ( otum ) S. {olcit)
L. ( ibens) M. ( erito ).
Ce nom nous est encore confirmé, par deux monnaies qui nous font
aussi connaître qu’à l'époque mérovingienne cette ville était un chef-
lieu de viguerie. L'avers porte les mots : Vorocio Vico, qui indiquent
qu’elles ont été frappées à Vorocio , Vico (bourgchef-lieu de viguerie),
l'une par le monétaire Ebroaldo et l’autre par le monétaire Drue-
taldus, dont les noms sont gravés sur le revers, selon la coutume de
l'époque.
Les Gallo-Romains de Vorocio enterraient leurs morts sur la colline
de Beaupuy, dans un cimetière d’où l'on a retiré d’innombrables po¬
teries.
Je ne décrirai aucune de ces poteries, pas plus que celles plus fines,
en terre rouge vernissée et en terre blanche* trouvées à Vouroux,
dont un grand nombre ont enrichi le musée de Moulins, où on peut
aller les y étudier. Toutes étaient manufacturées dans le pays; M. Al¬
fred Bertrand a découvert le four où on les cuisait, dans le jardin de
M*' Barbe, du côté de la rue de l’Abattoir, dont la chaussée en re¬
couvre une partie. Aux noms des potiers donnés par M. Tudot,
TVSTVS, SVLPIC, dans son article précité, j'ajouterai ceux de
DAMONI, .. .NRRAN, et sur le goulot, en poterie grossière d'un do-
llum LVCIVS que j’ai relevé sur des poteries de ma collection.
La ville n'était pas riche en bronzes, cependant le même M. Ber¬
trand en a sorti d’un puits en face de la gare, un fort beau qu'il a dé¬
posé au musée de Moulins. C'est l’avant-corps d’un taureau qui a
servi d’applique contre un mur pour suspendre des objets.
Je n’ai pas connaissance qu'on ait jamais exhumé le plus petit mor¬
ceau de marbre ni aucune inscription.
Il est à remarquer aussi que presque toutes les monnaies trouvées
sont des quatre-vingt premières années de l’Empire : Auguste à l'au¬
tel de Lyon, Claude, Néron, Domitien et la colonie de Nimes.
Les derniers documents sur lesquels nous avons lu le nom de
Vorocio, sont deux monnaies mérovingiennes. Il nous faudra mainte¬
nant aller jusqu’au xn' siècle, pour rencontrer sur un parchemin celui
de Varennes.
« En 1106 », écrit M. Vayssière, « Guillaume de Varennes (de Va-
renais) fut témoin de la donation faite par Helduinus, seigneur de Ja-
ligny ( princeps de Jaliniaco), au monastère de Saint-Pourçain, de tout
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TREIZIÈME EXCURSION
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ce qu'il possédait dans les fiefs paroissiaux de Paray et de Villaine-
« En réalité, l'histoire de Varennes, ville du Moyen-Age, ne com¬
mence qu’avec le xiii* siècle et c'est dans la charte de coutume, qui
lui (ut octroyée en 1203, qu'il est pour la première fois fait mention
de la ville libre. »
Cette charte, calquée sur celle de Saint-Plerre-le-Moûtler, ne con¬
tient rien de bien particulier. Elle fut donnée au nom du roi de
France (Philippe-Auguste) par Robert de Courcelles, connétable d'Au¬
vergne. Il y est, entre autres choses, stipulé que les bénéficiaires
paieront chaque année, à la Saint-Germain, six, cinq, quatre, trois,
deux ou dix-huit deniers au moins. Pour ne pas surcharger les
pauvres, l'application delà taxe était laissée à l’appréciation du prévôt
et des plus notables habitants de la ville, au nombre de trois ou de
quatre.
Il ne semble pas que la ville de Varennes ait fait longtemps partie
du domaine de la couronne ; le roi dut la céder à une époque indé¬
terminée, mais bien avant 1262, au sire de Bourbon, qui la donna en
fief à Guillaume d'Aulnay. Celui-ci octroya une charte de privilèges,
que nous ne connaissons que par une autre de son fils, Hérart d’Aul-
nay, qui la confirmait en juillet 1322.
Cette charte exemptait les habitants de Varennes de l'aide aux
quatre cas, qu'ils devaient à leur seigneur, savoir : lorsqu'il succédait
à son père, lorsqu'il mariait ses filles, lorsqu’il était fait chevalier et
lorsqu'il allait en Terre sainte. Elle les dispensait, en outre, de tous
charrois et corvées. Et Nicolay nous fait connaître qu'ils jouissaient
encore d’un privilège dont les seigneurs consentaient bien rarement
à se dépouiller, celui de la pêche et de la chasse : qu’ils pouvaient
exercer « depuis Billy descendant jusquesau bourg de Saint-Loup ».
Enfin, Louis I" de Bourbon, en sa qualité de suzerain, confirma
tous ses privilèges par une dernière charte du 27 novembre 1337.
Varennes avait posé se3 fondements de chaque côté de la grande
route, exactement entre le Vorocio gallo romain et la cité gauloise,
mais toutefois sur le territoire de cette dernière. Louis II le fit en¬
tourer de fortes murailles, flanquées de tours aux quatre coins. Deux
portes fortifiées y donnaient accès, l'une, du côté de Vouroux, s’ap¬
pelait la porte Saint-Pierre, et l’autre, du côté de Lapalisse, avait
nom Pontarle. C’est cette dernière que représente la gravure inter¬
calée ici, à en juger par les trois fenêtres placées sous le toit, qui in¬
diquent que cette partie du bâtiment était habitée, car, nous dit
M. Vaysslère, « c'est dans les bâtiments servant à la défense de cette
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
dernière qu'étaient établies les prisons et que le lieutenant général
du châtelain de Billy avait son logement ». ,
. C'est que si Varennes était bien une châtellenie, il ne faisait pour¬
tant pas partie des dix-sept grandes châtellenies du Bourbonnais.
« On ne lui donnait ce litre que parce qu’il comptait parmi les villes
closes et avait à sa tète, en cette qualité, un capitaine et parce qu'il
avait, comme le rapporte Nicolay, sa Justice à part, non sujette à celle
de Billy, pour l'exercice de laquelle il y avait un lieutenant parti¬
culier, résidant sur le lieu, et un substitut du procureur général. »
Un chemin contournait le mur d'enceinte, du côté opposé à la ri¬
vière : de sorte que la ville pouvait fermer ses portes aux gens qui
ne lui plaisaient pas.
De cette enceinte, il ne reste plus, dominant la rivière du Valen-
çon, qu'une seule tour, percée d’une porte basse, qu'on appelle encore
la poterne.
Jamais Varennes ne fut le théâtre d'événements de guerre ou poli¬
tiques importants.
A la fin de 1419 ou au début de 1420, Charles VII, alors simple
régent du royaume, la traversa pour aller en Languedoc faire recon¬
naître son autorité.
Il y revint en 1440 pour en déloger les troupes rebelles, dont le
duc de Bourbon, Charles I", qui avait poussé le dauphin Louis à la
révolte, était un des principaux chefs. Il s'en empara et ne se mon¬
tra pas exigeant. Il leur permit en effet de sortir, le bâton au poing,
leur imposant seulement pour toutes conditions de restituer ce
qu'ils avaient pris à M" de Gaucourt, qu'ils avaient détroussé peu
auparavant, et de mettre en liberté Gabriel de Bernes, maître d'hôtel
du Dauphin, et Jean de Laval, dont ils s’étaient emparés en môme
temps que du sire de Gaucourt.
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TREIZIÈME EXCURSION
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Pendant la guerre du Bien public, en 1465, après la prise de Mont-
luçon et d'Hérisson, Louis XI, qui était à Saint-Pourçain, vint s'éta¬
blir à Varennes le 12 juin, aussitôt qu’il eut appris que le duc Jean II
de Bourbon, son beau-frère, l’avait quitté pour aller rejoindre à Mou¬
lins les Bourguignons qui venaient à son secours. Il n’en repartit que
six jours après pour aller prendre Verneuil qu’il fit raser, « pour ce
qu'elle était fort préjudiciable à Saint-Pourçain ».
La ville de Varennes eut peu à souffrir des guerres de religion. Ce¬
pendant, comme elle s'était déclarée pour le roi contre les ligueurs, le
duc de Nemours vint l’assiéger avec des forces importantes et « elle
se rendit après avoir essuyé quelques coups de canon » (juin 1591).
Henri IV en fut fort affecté et, pour la reprendre, il chargea le duc
de Cbâlillon de réunir le plus de forces qu’il pourrait et de marcher
sur elle ; il fit dire aux sires de Montigny, d'Arquien etdeTannerre,
ainsi qu'aux principaux de la noblesse d’Auvergne, de l’assister dans
cette occasion, mandant en môme temps à la duchesse de Nevers de
lui envoyer un ou deux canons et le plus de gens de cheval qu’elle
pourra. Un mois après, le 5 août, Chazeron avait repris la place.
C’est sans doute en considération de leur bonne conduite dans
cette affaire et pour les récompenser de leur attachement à sa per¬
sonne qu’Henri IV, en 1597, fit don aux habitants d’une cloche pour
leur horloge. C’est encore la môme qui compte les heures à leurs
petits-neveux, qui sont loin de se douter qu’ils possèdent un monu¬
ment d’un aussi grand intérêt historique pour eux. En voici l’ins¬
cription, q-e je suis peut-être le seul à connaître : HOC EX DONIS
IIENRICI 4 FRANCORVM ET NAVARRE REGIS PRO HOROLOGIO
VARENARVM ANNO DNI 1597 HEROARD DAVLNAY CHEVALIER
DOMINVS VARENARV. Ce qui peut se traduire de la manière sui¬
vante : Cette cloche est un présent qu’Henri IV, roi de France et de
Navarre, a fait en l’année du Seigneur 1597 pour l’horloge de Va¬
rennes, le chevalier Héroard d’Aulnay étant seigneur de Varennes.
On n’a pas connaissance que les Frondeurs , qui s’étaient emparés
du château de Montaigu-le Blin, aient jamais rien tenté contre Va¬
rennes.
La population de la ville a subi bien des fluctuations : en 1569, on
y comptait 225 feux ; ce fut l’époque de son apogée. Ce chiffre était
réduit à 120 en 1614 et, à la tin du xvir siècle, il n’y avait plus que
400 personnes et 86 feux. C’est que de grands malheurs avaient fondu
sur elle et l’avaient décimée plus que les guerres.
Varennes eut d’abord à souffrir de la disette : en 1576, au mois de
février, une armée de reltres allemands et de suisses, qui remontait
l’Ailier depuis Vichy, dévasta tout sur son passage.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Quelques années plus tard, il fut dépeuplé par la peste, a En 1586,
sur la fin du mois d’avril, la contagion commença à régner aux faul-
bourgs de cette ville, de manière qu’il est mort environ cinq cens
personnes, tant petites que grandz. Et fut la dite ville, au mois de
septembre, dézerte et gardée en six semaines par deux ou trois
femmes seulement, y aiaint la dite contagion esté si furieuse, voire
que tous les hommes qui voulurent demeurer moururent tous. »
La grande route, qui avait été la raison de son prompt développe¬
ment, fut aussi la cause de sa ruine, en facilitant le passage aux
gens de guerre qui le pillèrent. Il était d'ailleurs ville d’étape et
comme tel, assujetti à héberger les soldats qui passaient. On accordait
bien une indemnité pour cela, mais elle n'était presque Jamais payée.
Aussi les habitants faisaient-ils tous leurs etlorts pour les éloigner,
fermant au besoin les portes de la ville. Et s'ils n'y pouvaient réussir,
ils avaient recours à d'autres subterfuges, comme de faire des lar¬
gesses aux officiers et de distribuer du vin aux soldats. Le curé
Chambon, de la paroisse de Saint-Jean, nous a laissé un curieux récit
rapporté par M. Vayssière d’une semblable distribution de vin, faite
en 1617 par les habitants aux soldats de M. Dallincourt, gouverneur
de Lyon.
Les guerres glorieuses de Louis XIV suscitèrent des mouvements
de troupes, vraiment calamiteux, pour les villes qui se trouvaient sur
leur passage. Le curé de Saint-Pierre de Vouroux nous a laissé, sur
les registres paroissiaux, une note qui nous montre en 1677, les habi¬
tants de Varennes désertant leurs foyers pour ne plus avoir à subir les
exigences des gens de guerre, dont les perpétuelles allées et venues
les ruinaient. « L’année présente, dans la quinzaine de Pasque, j’ay
distribué six cents hosties et n'ay receu que cinquante-deux sols, six
deniers de destail, toutes mes pauvres paroissiennes ayante esté rui¬
nées par les continueles logements des gens de guerre, nottamment
pendant lad. quinzaine, ce quy a obligé toutes les habitantes quy
sont dans le rolle de Vouroux de déserter, à la réserve de M” Gilbert
Burelle, chastellain de Chazeul et Gayette, de damoiselle Catherine
Poinvre et du métayer de la Garenne Morel et moy. J’ay esté contraint
de faire mon office à la ronde le jour des Rameaux, la plus part des
déserteurs s’estants réfugiés à Chazeul le 14 may 1677. Signé : Bu¬
relle. »
Bien qu’il dépendit de la châtellenie de Billy, Varennes avait une
justice à part, ressortissant du siège présidial de Moulins, et cela
parce que, distant de Billy de deux lieues, il était situé sur le grand
chemin de Paris à Lyon. Elle était exercée par un lieutenant parti-
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TREIZIÈME EXCURSION
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culier qui y résidait et par un substitut du procureur général. « L’es-
tendue de la Justice (écrit Nicolay de qui nous tenons ces renseigne¬
ments et ceux qui suivent), est d’une grande lieue et dans icelle y a
deux paroisses qui sont hors la ville, ès faubourg d’icelle, l’une appe¬
lée Vouroux et l'autre Varennes. » Il faut en conclure que, de son
temps, la paroisse Saint-Jean avait nom Varennes, comme la ville.
« Dans la ville, il y a un prieuré fondé de Sainte-Croix, auquel y a
un prieur et quatre moines. » C’est la chapelle de ce prieuré, qui ser¬
vit d’église paroissiale à Varennes, pendant les deux tiers du
xix' siècle, après la ruine de la vieille église Saint-Jean. Elle n'a été
démolie qu’après la construction à ses côtés de l’église actuelle.
11 y avait aussi de belles halles, à l’extrémité desquelles se trouvait
l'auditoire et lieu des plaids. En outre des marchés francs, qui se te¬
naient tous les mercredis dans ces halles, Varennes avait trois foires :
une le 1" mai, l’autre le jour de la Saint-Biaise et la troisième le Jour
de la fête de saint Denis.
Déjà, « au xvm' siècle, l’enceinte n’existait plus et les fossés, as-
censés depuis longtemps à diverses personnes, avaient été comblés ».
En dehors de l’église Saint-Pierre de Vouroux, dont l’érudit abbé
Clément doit nous entretenir, et de la cloche de l’horloge dont on a
lu ci-dessus l'inscription, je ne vois pas d'autre monument ou curio¬
sité à signaler qu’une maison du xv' siècle, située place du Champ-de-
Mars, au coin de la route de Jaligny, et un curieux écusson que nous
reproduisons ci-dessus et qui se trouve au-dessus de la porte d’une
maison de cette même place.
Sur cet écusson, sont gravées en petit relief, sans indication
d'émaux, quatre branches de croix ancrées, cantonnées de quatre
roses et une autre rose en abime. Au-dessus, en chifïresarabes, on lit:
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SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS
1532 et, sur chacun des côtés, se détachent en lettres fleuronnées
deux monogrammes différents, véritables énigmes qui attendent leur
Œdipe.
Ces armoiries vont servir à élucider un point controversé de l'hé¬
raldique bourbonnaise. Ce sont celles de la famille Dinet, dont
M. de Soultrait, dans son Armorial du Bourbonnais, donne trois des¬
criptions différentes.
Il blasonne celles-ci : de gueules, à quatre branches de croix
ancrées, cantonnées de quatre roses et une autre rose de même en
abime, le tout d'or. Et malgré qu’elles soient conformes à celles de
l'évêque de Mâcon, Louis Dinet, il leur préféré le blason suivant,
donné par VArmorial Général : de gueules, à la croix ancrée d'ar¬
gent, cantonnée de quatre roses de même. Enfin, il nous dit que
le Roy d'Armes les décrit ainsi : de gueules, à cinq quinlcfcuillcs
posées en sautoir d'or, accompagnées de quatre branches de croix ancrées
de même.
Je crois qu’après cela, la question est tranchée et qu'on ne peut
hésiter à reconnaître, pourles seules vraies armoiries des Dinet, celles
gravées sur l'écusson de la maison de Varennes.
Voici unê note du curé Chambon qui montrera que l’année 19H ne
détient pas le record de la sécheresse. « La sécheresse est ey grande au
dit temps et a esté depuis quinze mois que les molins qui sont sur la
rivière du Valanson non guière ganié, mesme qu’en ce dit mois
d'aoust (1617), ils demeurent quinse Jours à meurdre, tellement que
les meuniers, faute d'eau, au lieu de vin, boivent de l’eau. Dieu les
vueilles consolez en leurs aflictions, principalement celui du molin
bombon en est bien fâché, se fachant souvent à sa femme qui n’en
peut maist. La quarte de vin, communément, se vandoit quatre soulz
et ny en avoit de trois soulz. La couppe de froment vieux valloit au
marché sept sous, le seigle cinq. Dieu soit loué du tout. »
J'ai résumé tout ce que l’on connaît de l’histoire du vieux Va-
rennes. Je ne poursuivrai donc pas plus loin cette étude, car il ne
m’appartient pas de parler de la ville centemporaine.
L. Montagne.
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liES HDlpIGES RELIGIEUX
DE DA ï\ÉGION VISITÉE PAÏ\ d’EXCUÏ^ION
DE JUIN 1911
L’ancienne église de S’-Plerre de VOURROUX
n quittant la gare de Varennes sur-Allier, et avant d’en¬
trer dans le centre de la petite ville, on rencontre l’ag¬
glomération de Vourroux — l’antique Vorogium de la
voie romaine - qui n’a conservé de ses vieux monu¬
ments que des restes de l’église.
Cet édiflce a beaucoup souffert, sans doute, des guerres anglaises
et des luttes religieuses. Il a été aliéné à la Révolution et transformé
aujourd'hui en grenier à fourrage, à l'usage des chevaux de la brigade
de gendarmerie.
On y reconnaît à peine les piliers robustes qui appartenaient à la
période romane. L’abside maîtresse présente de frustes et rudimen¬
taires modillons à copeaux qui caractérisent l’école auvergnate.
Son mobilier a disparu. L’antique Madone est aujourd'hui au musée
de Moulins; et ses dernières fresques, vues par M. Barriau, restent
Invisibles sous un badigeon barbare ou ont été recouvertes par un
épais « crépissage ».
L’église S‘«-Crolx de YARENNES-SUR-ALLIER
L’ancienne église paroissiale de Saint-Jean de Varennes (1) était
située non loin de la petite ville, au milieu du cimetière, qui seul
subsiste à la même place, line reste rien du monument.
(I) Dans cette église Saint-Jean, « une chapelle, dédiée h saint Denis, était
à l’usage des Sœurs de la Charité de Varennes, fondées par les créateurs de
l'hôpital de Galette ». (Ct. Inv. somm. de Gayette, liasse A. 1.)
' ' •! *
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Lors de sa destruction, sous la Révolution, le culte se réfugia dans
la chapelle du prieuré de l'ordre des Mathurins de Sainte-Croix, dans
l’intérieur de la ville close, tout près de « l'enceinte fermée du côté
de Lyon » par une jolie porte qui se voyait encore au xix* siècle (1).
Cette humble chapelle, qui avait la sainte Croix comme titulaire,
fut démolie dans le dernier tiers du siècle passé pour permettre la
construction, presque à la même place mais avec une orientation dif¬
férente, de l’église actuelle. Celle-ci fut édifiée sur les plans éta¬
blis en 1881 par un éminent prêtre architecte (2), Mgr Pougnet, auquel
notre diocèse en particulier est redevable de nombreux monuments
religieux (3).
Contrairement à ses goûts qui le portaient d'ordinaire à s’inspirer
des constructions ogivales, M. l’abbé Pougnet — il n’était pas encore
prélat — édifia à Varennes une église de style roman, à trois nefs
terminées par des absides, sans transept, avec clocher sur la façade.
Une particularité qui mérite d'être signalée ici, c’est la disposition
des contreforts des nefs latérales qui sont implantés à l’intérieur et
lorment, à chaque travée, un enfoncement capable de recevoir un
autel ou un confessionnal.
La chapelle de I’h6p!tal de GAYETTE
(Paroisse de Montoldre.)
La chapelle actuelle du « couvent et hôpital de Saint-Jean-de-Dieu
(1) Cf. les Fiefs du Bourbonnais, p. 35. — Le dessin qui accompagne te
texte de M. Montagne et offert par M. C. Grégoire à la Bibliothèque de la
Société d'Emulation, peut servir à « situer » ces monuments.
(2) Mgr Joseph-Guillaume Pougnet est né à Avignon le 6 mars 1829 ; il est
mort à Marseille le 2 avril 1892. Parmi les œuvres les plus remarquables de
cet architecte ecclésiastique, on peut citer les cathédrales d’Hippone et de
Carthage, l'église de Saint-Vincent-de-Paul, à Marseille. Les diocèses d'Avi¬
gnon, d'Aix, de Marseille, de Fréjus, de Digne, de Gap, de Valence, de Mou¬
lins, de Périgueux ; ceux d'Algérie et de Tunisie ; la Palestine ; divers mo¬
nastères... lui doivent plus de55 églises ou chapelles. — Clr. Notice sur la Vie
et les Œuvres de l'abbé Pougnet, architecte religieux, par l’abbé Redon, vi¬
caire général d’Avignon. — Avignon, Aubanel frères, 1901.
(3) M. Pougnet construisit dans le diocèse de Moulins la chapelle du petit
séminaire d'Yzeure (1863) ; l'église de Dompierre (1867-1870) ; la chapelle du
pensionnat de Saint-Maur, à Montluçon (1867) ; les églises de Neuilly-le-
Réal (1873-1880), de Saligny (1876-1879), de Bressolles, inspirée de Notre-
Dame de Trêves (1877-1880), deChantelle (1877-1880), de Chareil-Cintrat (1879-
1881), enfin de Varennes-sur-Allier (1881).
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Pholotrfit S*d*i f.
Cliché de M. Scharlowtky.
Rongires. — Intérieur de l’église.
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TREIZIÈME EXCURSION
341
delà Charité de Gayetle » ne date que du xvm* siècle (1). C’est une
vaste salle presque carrée, ornée seulement de panneaux en stuc en¬
cadrés par des moulures de style « rocaille ». Elle a remplacé l’an¬
cienne chapelle dont parlent des actes de 1699, transformée en « apo-
thicairerie » (2) depuis la fondation de l’hôpital, faite le 24 janvier
1694 par François de Pingré de Farlnvilliers et Catherine Pépin, sa
femme.
En 1771, un inventaire signale dans la chapelle « un bel autel enduit
de mastic en forme de marbre et de tombeau à la romaine » (3)...
L’église Salnte-Marle-Madelelne de RONGÈRES
Cet édifice, très remanié au cours des âges, appellerait une minu¬
tieuse description. En attendant la publication de la monographie
qu’il mérite, disons de cette église ro¬
mane qu’elle nous paraît, après celle
de Vourroux, une des plus anciennes
du pays. Se3 trois nefs sont séparées
par des piliers cantonnés de colonnes
engagées et, entre la deuxième et la
troisième travée, par d'énormes colon¬
nes qui supportent de côté les grands
arcs et, à l’intérieur de la nef, une co-
lonnette sur laquelle repose le doubleau
de la voûte centrale. Ces massives co¬
lonnes n’ont pas de chapiteaux, mais
de simples impostes garnies de gouttes
ou de billettes renversées, comme on
en voit dans la primitive église de Saint-Menoux, qui sert aujour¬
d'hui de « narthex » à l’abbatiale. M. de Soultrait les rapprochait
aussi de celles qui décorent les colonnes de la cathédrale de Plaisance
en Italie (4).
Les modifions de l’entablement des absides qui subsistent offrent
aussi ses billettes renversées. Quelques-uns cependant sont à bouts
de solive ornés des copeaux auvergnats.
(1) Cfr. Inventaire sommaire des Archives de Gayette, E. 28. On voit, par
un acte de 1765, que le « clocher a été déplacé du. bas de l’ancienne salle
des malades et placé à côté de la nouvelle chapelle » (E. 32).
(2) Id., E. 29.
(3) ld., E. 33.
(4) Cf. Congrès archéologique tenu à Moulins en 1854, p. 75.
22
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342
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
La corbeille des chapiteaux (1) porte des personnages et des feuil¬
lages de style barbare.
L’église Sainte-Amie de MONTAIGU-LE-BLIN
Elle n'a qu'uneseule nef qui a subi bien des transformations, mais
si son voûtage est moderne, elle
a conservé quelques-uns de ses
chapiteaux romans. La porte prin¬
cipale, percée sur la façade, ne
manque pas de caractère avec ses
trois gros boudins de l'archivolte
reposant sur les six colonnes de
l'ébrasement.
A l’intérieur, une statue en
pierre, du xvi ! siècle, représente
sainte Anne et la Vierge.
Une Pieta, en bois, du xvn'
siècle, semble mériter une men¬
tion plus particulière.
Quant à la chaire, classée par
mégarde parmi nos Monuments
historiques (!). elle n'a d’ancien
que quelques sculptures de per¬
sonnages èncastrés dans la me¬
nuiserie qui est toute du xix*
siècle.
CIERNAT
Sur le territoire de la paroisse se dresse encore le modeste sanc¬
tuaire roman de Notre-Dame de Ciernat, qui fut le siège d'une an¬
cienne paroisse réunie à Montaigu-le-Blin à la fin du xvm* siècle.
L’église paroissiale de SAINT-GÉRAND-LE-PUY
Sous le vocable de saint Julien, elle n'était avant la Révolution que
la chapelle primitive du château (2). L'édifice a des parties anciennes.
(1) Le dessin que nous donnons de l'un d'eux est de M. Joyeux de Lanson,
professeur de dessin au pensionnat Saint-Gilles.
{2) L'ancienne église de la paroisse était dédiée à saint Martin, le grand
thaumaturge des Gaules, et occupait dans le bas de la petite ville une place
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TREIZIÈME EXCURSION
343
On voit encore du jardin de la cure une petite fenêtre de roman pri¬
mitif. Par la suite, trois nefs romanes ont été ajoutées au sanc¬
tuaire (1), puis augmentées d'une travée au xtx* siècle. Son plan, son
architecture, l’absence d’ornementation sculpturale, les impostes
ornés de billettes remplaçant les chapiteaux, tout rappelle l'église de
Langy, avec laquelle celle-ci a la plus grande parenté.
La flèche qui dominait le clocher a fait place à un toit en forme de
dôme surmonté d'une disgracieuse guérite renfermant l'horloge pu¬
blique.
L’église Salnt-Sulplce de LANGY
Ce petit édifice roman (2) nous parait un des plus intéressants de
ceux que l'excursion de 1911 a visités (3). Il se compose de trois
nefs séparées par de lourds piliers, sans colonnes engagées, qui reçoi¬
vent la retombée des voûtes sur des impostes au chanfrein simple¬
ment orné de billettes. La nef centrale est éclairée par six fenêtres
plein cintre. Elle est voûtée en berceau, ses collatéraux en quart de
cercle.
C'est peut-être au milieu du xu* siècle, à l'époque de transition, que
la partie du chœur et du sanctuaire a été relevée et que les arcs en
tiers-point portant le clocher ont été construits. A une époque presque
contemporaine, la couverture des absides a été de même établie plus
haut que la toiture primitive, comme l’indique la position des mo¬
dulons laissés à leur ancienne place dans les murs.
Tout le mobilier a disparu. Seule subsiste — parce qu'elle a été for¬
tement encastrée dans le glacis d’une fenêtre du collatéral nord, —
qui reste visible, un peu au sud de la maison dont un angle a reçu un reste
de statue funéraire. Celle-ci, qui passe à tort dans le pays pour une image
de saint Martin, a été surmontée, dans le dernier tiers du xix' siècle, d'une
tète de fortune, sculptée par un entrepreneur de Saint-Gérand.
A quelques kilomètres au sud-ouest se dressait, il y a encore une ving¬
taine d’années, l'ancienne église paroissiale de Saint-AIIyre de-Vailence.
La paroisse a été réunie à celle de Sanssat. Les matériaux de l'église, qui
appartenait 6 notre confrère M. Desmaroux de Gaulmyn, ont servi à édifier
une grange pour son domaine voisin. Le modeste bâtiment conserve encore
trois chapiteaux de roman primitif qui proviennent de l’église. Dans la cour,
on voit la pierre tombale d'Amable de Cbauvigny, décédée le 20 mars 1790,
et trouvée dans le petit cimetière qui entourait l'église de Saint-AIIyre.
(1) Cf. Les Fiefs, p. 290 et passim, qui signalent sur un des modifions de
i’abside « les armes des de Jas, possesseurs de Saint-Gérand pendant
150 ans ».
(2) On trouve la paroisse de « Langiaco » dans une charte du x» siècle.
(3) Cf. Les Fiefs, p. 316 ; l 'Art en Province.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
l'épitaphe de Jacqueline de Morainville, femme du sieur du Pont,
seigneur de Prandines et de Larras (I). Le texte en a été publié bien
Eglise
Dt
LAN GY,
(allier).
Sacristie, i
des fois, mais toujours inexactement. Celui qu’on trouve ici est le re¬
levé d'un estampage exécuté soigneusement le 21 mai 1911.
On peut constater que cette œuvre de la fin du xvt' siècle fait moins
honneur à son graveur malhabile et peut-être indigène qu'aux senli-
(1) Cf. Dossiers des Gozis. La Ras était situé près du bourg de Langy. Les
Morainville semblent originaires de Normandie.
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TREIZIÈME EXCURSION
345
ments de piété conjugale et à l'imagination poétique du seigneur de
Larras.
La sculpture des tailloirs, des modillons est très grossière. Au-des¬
sus de la porte d’entrée de la sacristie, on distingue, gravés plutôt
que sculptés, un informe Christ sur ia croix, deux têtes humaines,
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
(l'une grosse, l’autre plus délicate), un poisson, enfin un serpent, dans
lesquels on peut, avec Ms r Crosnler, voir Adam et Ève venant, les pre¬
miers, jouir du bénéfice de la-Rédemption représentée par le Crucifix
et le poisson figurant du Sauveur pour les chrétiens de la primitive
Eglise. Le serpent, qui tuit, figure le tentateur et rappelle la faute de
nos premiers parents, rendant nécessaire le sacrifice de la Croix.
Cette œuvre parait être à peu près contemporaine de l’église. Mais
elle a pu être exécutée plus tard par un tâcheron du pays.
CRÉCHY. — A la mémoire de M. l’abbé Martin.
Les exigences du retour nous ont fait « brûler » l’étape de Créchy.
Et, en nous dirigeant vers Billy, nous saluons au passage ce qui
reste du château de Fouz-sur-Créchy qui, à la Révolution, apparte¬
nait au couvent de la Visitation de Moulins et dont la vue évoque une
page de l’histoire religieuse de ce pays sous la Terreur. Les souvenirs
traditionnels de notre confrère, M. Villeneuve, la commentaient
pour nous:
C’était, en effet, son trisaïeul Joseph Martin qui, en qualité d’in¬
tendant des Visitandines, habitait alors cette demeure et y cachait
les prêtres de la région restés fidèles (1). C'est de là aussi qu’est sorti
(1) Nous laissons ici M. Villeneuve évoquer ses souvenirs de famille relatifs
aux événements révolutionnaires :
« Martin était accusé d’avoir caché chez lui un prêtre réfractaire et d’avoir
un magasin d’armes.
« Ce prêtre réfractaire était l’ancien curé de la commune qu’habitait Martin.
Forcé d'en sortir, il alla un dimanche chez Martin pour demander un passe¬
port.
« Il était de notoriété publique que ce prêtre ne vivait que d'aumônes. Mar¬
tin, que son coeur portait à plaindre l’homme et à secourir le malheureux,
garda cet ex-curé à dîner.
« Le même jour, un rassemblement de cinq à six cents hommes armés des
communes de Creuzier-le-Vieux, Creuzier-le-Neuf et Mourgon (Saint-Ger-
main-des-Fossés), ayant à leur tète la municipalité de cette dernière com¬
mune, parcourant les villages sous prét<xte d’arrêter les prêtres réfrac¬
taires et de désarmer les aristocrates, arriva chez Martin, sema la terreur et
la désolation dans sa famille, s'empara du prêtre et de quelques mauvais
fusils rouillés, incapables de servir, que le maître de la maison avait trouvés
dans la succession de son père.
o La tradition nous permet de compléter l'histoire ; ce n'était pas un, mais
deux prêtres réfractaires auxquels Martin donnait asile ; l'un, vieux et im¬
potent, fut emmené par les sans-culottes et mourut en chemin sous les mau¬
vais traitements de ces énergumènes. L'autre, plus jeune, prévenu à temps,
put s'échapper. Pendant notre enfance, nous avons entendu prononcer leurs
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TREIZIÈME EXCURSION
347
Bon fils qui devait illustrer l’état ecclésiastique et contribuer pendant
un quart de siècle à former des vocations sacerdotales.
Né le 21 février 1793 (1), M. l’abbé Jean-Baptiste-Célestin-Joseph
noms, notre mémoire ne les a pas conservés, par contre nous n'avons pas
oublié un épisode joyeux survenu au milieu de cette scène de désolation.
• Rosalie Martin, tante de Célestin Martin, était une maîtresse femme. Elle
assistait à la visite domiciliaire des soi-disant patriotes et ce tut avec indigna¬
tion qu'elle aperçut un des plus fougueux faiseurs d'inventaires plonger ses
doigts dans les pots de confitures garnissant une des monumentales armoires
de ce temps et déguster d'un geste gourmand les délicieuses gâteries qu'elle
conservait pour ses neveux. « Citoyen, lui cria-t-elle, tu es ici pour chercher
des armes et non pour manger mes confitures 1... » Et d'une main vigoureuse,
elle saisit le peu délicat citoyen et le jeta dans l'escalier, lui appliquant en
même temps un superbe coup de pied et l'y faisant rouler meurtri et confus.
Ces souvenirs du patrimoine familial n'ont pas manqué d'influer sur l'esprit
de ceux qui en furent dépositaires.
• Ils expliquent la tournure d’esprit religieux et traditionnaliste qui perce
dans les nombreux écrits de l’un d'eux, André Steyert, l'auteur de la Nou¬
velle Histoire de Lyon, arrière-petit-fils de Martin de Créchy et élève de
son oncle, & Yzeure.
a Nous n’ajouterons qu'un mot à cette relation, c'est que Marie Saulnier,
mère de Célestin Martin, avait un trère, l'abbé Jacques-Claude Saulnier, su¬
périeur du grand séminaire Saint-Sulpice d'Autun. »
(1) s — Aujourd'hui vingt-deux février mil sept cent quatre-vingt-treize,
l'an second de la République française, s'est présenté par-devant nous Joseph
Martin, citoyen de cette paroisse, lequel nous a déclaré que Marie Saulnier,
son épouse, s’est accouchée d'hier, à neut heures du soir, d'un enfant mâle,
auquel il a donné le prénom de Jean-Baptiste-Célestin-Joseph.
« Ce qui nous a été certifié par Joseph Garau et Gabriel Forêt, domestiques
audit Martin, âgés l'un de quarante-deux ans, l'autre de quarante-quatre ans,
desquelles déclarations nous avons dressé le présent acte.
« Fait et clos au lieu ordinaire des séances de notre municipalité, le même
jour et an. »
A cause des malheurs du temps, l'enfant ne fut baptisé que trois ans plus
tard, comme en témoigne un extrait (daté de 1807), des registres déposés aux
archives de la Préfecture :
• Je soussigné, prêtre du diocèse de Clermont, déclare avoir baptisé l'en¬
fant dont l’acte de naissance est ci-dessus relaté en la maison de Henriette
Grand, locataire de M. Noailly, l'an mil sept cent quatre-vingt-seize, le
26 juin, lorsque je me trouvais dans la paroisse de Créchy, l'enfant était
alors âgé de trois ans, le parrain fut Jean-Baptiste-Claude Dacher, la mar¬
raine Posalie Martin, représentant Célestine Coefiier, religieuse aux dames
de Sainte-Marie de Moulins.
« En foi de quoi, j'ai signé le présent certificat pour valoir ce que de
raison.
« Fait â Montaigu-le-Blin, le 10 décembre 1807.
« Meydieu,
« Succursaliste à Montaigu-le-Blin. »
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Martin, ancien supérieur du petit séminaire d'Yzeure, — dont une
belle lithographie et un médaillon de marbre reproduisent les traits
austères (1), — est une figure trop sympathique et trop vénérable, la
place que ses talents et ses vertus lui ont faite dans l’histoire reli¬
gieuse bourbonnaise du xix' siècle est trop graDde pour que nous
puissions être dispensés, en passant, de rendre à sa mémoire un
hommage de déférente gratitude.
L’église Sa!nt-Cyr et Salnte-Julltte de BILLY
Billy, ancienne ville forte, n’a rien conservé de sa chapelle urbaine
de Saint-André qui assurait les secours de la religion aux habitants,
lors des guerres, ni de la chapelle Saint-Martin (2), dont il reste les
murs, à l’intérieur du château.
Seule l’église paroissiale, située à 500 mètres des anciennes mu¬
railles, desservie par un curé et des communalistes (3), subsiste aujour¬
d’hui. Mais elle a été très remaniée. Sur une crypte romane dédiée à
saint Georges — dont nous avons donné ailleurs une courte descrip¬
tion accompagnée de dessins (4) — on éleva à la fin du xn* siècle,
peut-être au suivant, le sanctuaire et le chœur. Une chapelle, dédiée
à saint Etienne, fut édifiée au nord de l’église en 1522 par la généro¬
sité de Nicolas Monnier (5). Le clocher, qui primitivement surmontait
le chœur, fut reconstruit en 1751 sur la façade. En 1834, un barbouil¬
leur italien, Zannini, qui habitait Thiers, peignit sur la coupole et
l’arc triomphal une page qu'il convient d’ajouter au livre des méfaits
de la bande à Zaccheo qui, pendant plus de trente ans, a sévi plus
particulièrement dans l’arrondissement de La Palisse et les paroisses
environnantes (6) ; enfin, en 1882, une dernière restauration fut faite
par M. Jean Moreau, architecte à Moulins.
(1) Il est conservé dans la crypte de l’église d’Yzeure, auprès du tombeau
de M, l'abbé Martin. Le Musée départemental possède la maquette de cette
œuvre.
(2) Mentionnée dans de nombreux actes, notamment en 4315.
(3) Archives départementales, G, 19.
(4) Les Cryptes des églises bourbonnaises , imp. Auclaire, 1895.
(5) « En ceste chapelle fondée de saint Etienne en l’église parrnchialle de
Billy, gist Nicolas Monnier, fondateur d'icelle. » (Fondation de messes. Par¬
chemin avec cadre enluminé, daté de 1528. Arch. dép.. G, 19.)
(6) On trouve cette spécialité de peinture en trompe-l’œil et en ronde-bosse
jusque dans l’église d'Archignat, dans le canton d'Huriel, presque sur les
limites de la Creuse. Les personnages sont généralement horribles ; les ner¬
vures seules témoignaient d’un faire habile mais aussi du parfait mauvais
goût de ces plâtriers italiens.
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TREIZIÈME EXCURSION
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L'église conserve quelques bonnes peintures de chevalet, une Fla¬
gellation et les A'oces de Cana, sur bois, du xvi' siècle. Ces panneaux
ont du caractère. Dans le dernier, fort endommagé malheureuse¬
ment, vingt-deux personnages en¬
tourent le Christ. Deux autres
petites toiles représentent la Sa¬
maritaine et la Descente de Croix
qui parait inspirée par le tableau
fameux de Rubens, du musée
d'Anvers. Le Crucifiement, qui est
pendu en face de la chaire, est
une œuvre sans valeur du xviii'
siècle.
Quatre autres toiles modernes,
dons de l'Etat ou des particuliers,
retracent les scènes de la Résur¬
rection, Y Apparition du Sacré
Cœur, le Rosaire et le Martyre de
sainte Julitte et de saint Cyr.
Les deux cloches datent de 1816
et de 1856.
L’église de
SAINT-GERMAIN-DES-FOSSÉS
Loin du bourg actuel, qui fut « une des
\illes cl «ses » du Bourbonnais, se dresse
l'église de Saint-Germain, dépendant d’un
prieuré qui relevait de l'abbaye de Mo-
zat, près Riom.
C'est une très intéressante construc¬
tion romane de la fin du xi* siècle qui
est, dans la région,le type le plus parfait
de l'art auvergnat. A part la chapelle
seigneuriale ouverte au x\" siècle sur
le flanc nord, les remaniements de quelques fenêtres et la perte de
ses anciennes peintures murales, l’église est à peu près ce qu'elle
était lors de sa construction.
Elle se compose de trois nefs de trois travées terminées par des
absides semi-circulaires. La nef centrale est voûtée en berceau sans
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
doubleàux. Les bas-côtés ont des voûtes en quart de cercle. Plusieurs
des chapiteaux à entrelacs et à feuillages sont dignes de remarque.
Les modillons de l’entablement Imitent les bouts de solives ouvrés,
à copeaux auvergnats.
Une statue de la Pieta, très vénérée depuis les guerres de religion
___, et qui parait dater de la fin du
•y I fi I
Jt I
Saint-Oermaln-des-Fossés
Découverte de la statue
xv* siècle, a été honorée du cou¬
ronnement solennel le 2 juillet
1896.
De l’ancien château féodal qui
défendait Saint-Germain ne sub¬
sistent plus qu'une partie de tour
et la petite chapelle qui sert d'an¬
nexe à la paroisse. C’est un petit
édifice roman composé d’une nef
unique s’ouvrant sur une abside
voûtée en cul-de-four. Les murs
de la nef sont renforcés de hautes
arcatures sur colonnes engagées
dont les chapiteaux sont d’une assez bonne facture. Une fenêtre
« Renaissance » aux jolis écussons, aujourd'hui martelés, a été pra¬
tiquée sur la façade dont le pignon supporte un modeste campanile.
Au xvi’ siècle, de grandes meurtrières elliptiques ont été pratiquées
dans les murs, afin de faire concourir le monument religieux à la
défense du château et de la ville.
Abbé Joseph Clément.
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Quelques Ex-libris intéressant le Bourbonnais
Ce Livre appartient a
Madame la COMTESSE
Desgouttes , Douairière.
7 ïi»
1 t * ♦ ♦ i
Aune-Françoise de Coubladoux, veuve de Gaspard Le Long sei¬
gneur des Fougis, devint dame des Gouttes par son second mariage
avec François de Charry, veuf de Jeanne du Buysson.
Elle appartenait à une famille originaire du Puy-en-Velay qui pos¬
sédait, aux environs de Saint-Pourçain-sur-Sioule, le château de
Briailles.
Comme douairière des Gouttes dans la première moitié du xviu* siè¬
cle, après la mort de son ûls Antoine, elle plaida longtemps contre
sa belle-ülle, Marie-Céienie Guillaud de la Motte, dame de Châtel-
perron, réclamant des droits et cens revendiqués au même titre par
sa bru.
Nous possédons dans notre collection un super-libris de Jean-
Antoine de Charry, marquis des Gouttes, chef d’escadre de Sa Ma¬
jesté, qui épousa, le 5 avril 1747, Charlotte-Françoise de Menoux.
(Collection L. Grégoire.) M. D
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
CHATEAU de VEAUCE
N?
Charles-Eugène de Cadier, chevalier, baron de Veauce, né à Paris,
le 1" janvier 1820, de Marle-Amable, épousa en Angleterre Isabelle
de Perceval.
Nommé représentant de l’Ailier au congrès central d’agriculture
de Paris, 11 établit dans sa terre de Veauce un haras de chevaux pur
sang, fonda une société de courses ; élu député au Corps législatif
après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, membre du conseil général
de l’Ailier (1852) ; réélu député en 1857, 1863, 1869, il s'acquit l’estime
de ses collègues et de ses électeurs, par ses travaux consacrés à l'amé¬
lioration de la propriété foncière et au bien-être des classes des cam¬
pagnes.
Devenu veuf en janvier 1864, le baron de Veauce épousa, le 2 juin
1865, demoiselle de Wykerslooth de Weedesteyn, Allé du baron,
chambellan du roi de Hollande, et de Charlotte-Joséphine, princesse
de la Trémoille.
Officier de la Légion d’honneur, Charles-Eugène de Cadier mourut
à Paris en 1881.
Les Cadier portent : d’azur, au rencontre de cerf d’or. Les de Veauce :
de gueules, semé de fleurs de lys d'argent.
(Collection M. Dénier.)
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
353
H» Xia I»
ïifCIUni) D ’fUMGNV.
La famille Richard d'Aubigny semble originaire de Lorraine et se
fixa en Bourbonnais, au milieu du xix' siècle, à Aubigny et Gon-
dailly.
L'ex-libris que nous reproduisons ci-dessus est celui d'un ancêtre
d’Arthur-Louis-Henry Richard d’Aubigny, baron d’Uberherrn, né vers
1828 de Paul-Louis, baron d'Aubigny, et d’Armande Charpentier.
11 épousa Marie-Clotilde du Prat, fut longtemps maire de la com¬
mune d'Augy, camérier du pape Léon XIII, et mourut en son château
d’Aubigny en novembre 1898.
11 fut parrain d'une cloche de l’église de Bourbon-l'Archambault ;
son nom et ses armes y figurent ; ce fut lui qui fit exécuter les reli¬
quaires destinés à contenir la sainte Epine et le fragment de la Vraie
Croix de Bourbon.
Richard d’Aubigny porte : Ecartelé aux 1 et 4 de gueules au lion
d’or, au chevron d'argent brochant sur le tout chargé sur le montant
dexlre de trois étoiles de sinople et sur le montant senestre d’un rameau
de même ; aux 2 et 3 tranché d’argent sur gueules à deux roses en
barre de l’un en l’autre.
(Collection Sèque.) M, D.
© O ©
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
La famille des Lignerls est devenue bourbonnaise par le mariage
du marquis des Llgneris, ancien page du roi Charles X, avec la Allé
de Charles Thourou de Bertinval de Bressolles et d’Anne Laurence
Julienne d’Origny. C'est à ce titre que l'ex-libris ci-dessus doit trou¬
ver place dans notre travail ; son possesseur Louis-François des
Ligneris. seigneur de Méréglise, dont la terre fut érigée en marquisat
en 1776, est l’auteur de la branche actuellement possessionnée à Bres¬
solles.
La marquise douairière des Ligneris, propriétaire actuelle du châ¬
teau, née Jeanne Freteau de Pény, fille du baron Hercule-René-
Jean Baptiste-Emmanuel, ancien référendaire à la cour des comptes,
épousa le 12 octobre 1874, au château de Voisenon, Charles-Nicolas-
Marie-Anne-Théodore des Ligneris, lieutenant au 12* dragons, ré¬
cemment décédé, chef d’escadrons de cavalerie territoriale, chevalier
de la Légion d'honneur.
Des Ligneris portent : de gueules /relié d'argent au franc quartier
d’or chargé d’un lion de sable.
Ces armes figuraient sur un vitrail de l'église Sainte-Foy de Char¬
tres, représentant un chevalier en prière (René des Ligneris), vêtu
d'une cotte d'armes armoriée. Les armes primitives : le lion rampant
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
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sur un ècu plein se voient sur une des portes de la cathédrale de
Chartres (Bouillet : Dictionnaire de la noblesse d’Auvergne ) et sur une
cheminée de l'hôtel Carnavalet (1).
(Collection Louis Grégoire.) M. D.
© ® O
Cet ex-libris anonyme est aux armes des Pellissier de Féligonde
qui portent : A'asur au pélican d’or sur sa piété de gueule, au chef
d'argent chargé de trois mouchetures d'hermines de sable.
Originaire d'Auvergne, cette famille peut être revendiquée par le
Bourbonnais. Dès 1761 Michel Pellissier de Féligonde acheta la terre
et le château du Chalelard, à la limite exacte du Bourbonnais et de
l'Auvergne, dépendant de la châtellenie de Chantelle. Ce château
n’est pas sorti des mains de ses descendants qui le possèdent encore.
Depuis 1789, le Chatelard est compris dans notre département, et son
propriétaire actuel a fait pendant de longues années partie du conseil
général de l’Ailier, après avoir été juge de paix du canton d’Ebreuil.
En second lieu, mais au xix* siècle seulement, les Pellissier ont
possédé la terre et le château de Ronnet, près Marcillat, où une autre
de leurs branches a actuellement son domicile.
Michel Pelussier de Féligonde, écuyer, seigneur de Saulce,
Beaurepaire, le Chatelard, naquit le 8 février 1729 de Pierre et d’Anne
le Court. Marié deux fois, il épousa en premières noces, le 13 mars
(1) Renseignements aimablement communiqués par Mme la Marquise
des Ligneris, à qui nous adressons nos respectueux remerclments.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
1750, Jeanne Carmantrand. Devenu veuf au bout de quelques mois,
SI prit de désespoir l'habit de Chartreux, mais ne tarda pas à rentrer
dans le monde et épousa en secondes noces, le 24 avril 1754, Elisa¬
beth-Jeanne-Catherine du Four de Villeneuve, fille de Jean François,
intendant de Bourgogne. Celle-ci lui survécut et mourut le 12 mars
1814, après avoir hérité en 1797 de son frère la terre de Villeneuve,
qu’elle transmit à ses enfants.
Littérateur émérite, il était membre de l’académie de Dijon : il a
laissé plusieurs mémoires historiques, non publiés, conservés à la
bibliothèque de Clermont (1).
(Collection M. Dénier.). M. D.
(1) Que M. Charles de Féligonde veuille bien trouver ici l'expression de
tous nos remerciements pour les renseignements qu'il a bien voulu nous
fournir.
CHRONIQUE
Le dimanche 22 octobre, sous la présidence de notre compa¬
triote le général Chevalier, a eu lieu l’inauguration du monument
élevé à Moulins à la mémoire de notre regretté confrère le colonel
Laussedat.
Dû à la collaboration de l’éminent sculpteur François Sicard et de
l’architecte distingué René Moreau, le monument forme un hémi¬
cycle dont la partie centrale s’élève en une haute stèle qui supporte
le buste du colonel ; à ses pieds, une femme assise, le bras appuyé
sur une borne frontière, détourne son regard attristé. Une carte géo¬
graphique est dépliée sur cette borne et la main droite pend comme
lassée, tenant un compas. Cette femme symbolise la Soience au ser¬
vice de la Patrie vaincue.
Après la remise du monument à la ville de Moulins, plusieurs dis¬
cours ont été prononcés, notamment par MM. Tisserand, membre de
l’Institut ; Bouquet, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers ;
Doumer, ancien président de la Chambre des députés, et par le géné¬
ral Chevalier, délégué du Ministre de la Guerre. Après nous avoir
retracé les multiples travaux du colonel, les divers orateurs se sont
efforcés de nous faire tin tableau fidèle de sa vie si laborieusement
remplie :
Toute à la Science pour son pays.
Le Gérant : P. FLAMENT.
Moulins. — lmp. Etienne Auclairb.
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PROCÈS-VERBAL
ASSEMBLÉE QÉNÉRALE DU 6 NOVEMBRE 1911
Présidence de M. Morand
r
E taient présents : MM. le chanoine Berthoumieu, Besson,
Capelin, le chanoine Clément, Dénier, Leutrat, Milcent,
Pays et Tiersonnier.
— Excusés : MM. de Brinon, R. Chabot, Delaigue, Flament, Joly
et Viple.
— Après lecture et approbation du procès-verbal de la dernière
séance, le Président procède au dépouillement de la correspondance :
Lettres de la Compagnie fermière de l’établissement de Vichy, qui
nous adresse la somme de 20 francs pour l'apposition d'une plaque
commémorative sur la maison mortuaire du compositeur Maillard ;
— de M. Paul Duchon accompagnant l'envoi d'une note bibliogra¬
phique ; — de M. Charles Bourdery annonçant un lot de divers actes
notariés offerts à la Société.
— Ouvrages offerts. — De M. Léopold Bernard : Les idées révolu¬
tionnaires dans les campagnes ; — de M. Claudon : son Rapport annuel
et une Notice sur les Archives de la Côte-d’Or ; — du commandant
Dulac : le deuxième volume de son ouvrage, Les levées départemen¬
tales dans l'Ailier sous la Révolution ; — dans la collection des Cahiers
du Centre : Stéphane Servant, Fragments d'œuvres ; — de Madame
du Chollet de Costebelle : un exemplaire delà reproduction d'un Che¬
min de Croix peint par elle et ornant l'église de Châtillon-sur-Loire.
— Travaux déposés. — M. Denier présente un extrait de Y Armorial
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358 SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Général de France concernant Y Election de Gannat.— M. Morand dé¬
pose, au nom de M. Orsel, une lettre de M. Rué des Sagets adressée
à son père le 14 thermidor an VIII, datée de Romano, armée d'Ilalie,
relatant la mort de Desaix. Ces travaux sont renvoyés au Conseil
d'administration.
— Le Président lit ensuite le compte rendu, fait par notre biblio¬
thécaire M. Joly, des publications reçues depuis la dernière séance :
« Dans le Bulletin de la Diana de juillet-décembre 1910,1e procès-
verbal de la réunion du 15 novembre de cette Société reproduit la
lettre par laquelle notre président, M. Flament, a informé la Diana
qu'elle avait été admise à l'unanimité au nombre des membres hono¬
raires de la Société d'Emulalion du Bourbonnais.
« Après avoir lu à l’assemblée la lettre de M. Flament, M. le prési¬
dent de la Diana ajouta : « Je dépose cette lettre dans les archives de
« la Diana ; elle y restera comme un bon souvenir de la charmante
a journée du 13 juin 1910 et comme un témoignage indiscutable des
a sympathiques relations qui ont toujours existé et qui ne cesseront
« jamais de régner entre les travailleurs des deux provinces voi¬
ci sines.
« J'ai remercié de mon mieux M. Flament du grand honneur qui
« était fait à la Diana ; vous vous unirez tous aujourd'hui pour lui
« renouveler officiellement la vive expression de notre sincère recon-
« naissance. »
« — La livraison de septembre-octobre du Bulletin de la Société his¬
torique et archéologique du Périgord contient un acte de vente de serf
faite devant l'official ou juge épiscopal de Périgueux, en 1277. C'est
une pièce rare signalée par le noucel archiviste de la Dordogne,
M. G. Lavergne, notre compatriote.
« - Dans le Bulletin historique et scientifique de VAuvergne du mois
de juin 1911. le procès-verbal de la séance tenue le î" juin par
Y Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Clermont-Ferrand
relate la fondation par M. le marquis de Montlaur d’un nouveau prix
de vertu, avec cette double condition qu’il ne sera pas divisé et sera
attribué alternativement au département du Puy-de-Dôme et au dé¬
partement de l’Ailier. L’Académie a décidé que le nouveau prix por¬
tera le nom de Montlaur de Chamerlat. « Le prix pourra être donné
dès cette année », car le généreux fondateur, « en attendant que son
intention soit consolidée, met à la disposition du trésorier de l’Aca¬
démie une somme de mille francs ».
et Le même Bulletin publie également une étude intitulée : La Vie
et les Œuvres d'Antoine d'Aiicergnc, compositeur, directeur de l'Opéra
( 1713-1797). L’auteur de cette docte étude, M. le baron du Roure
de Paulin, débute ainsi :
« Ce célèbre compositeur n’est pas auvergnat. Je sais bien que tous
« les dictionnaires biographiques le font naître à Clermont ; hélas !
« il n'en est rien, et c’est Moulins qui peut réclamer l’honneur de
« l'avoir vu naître. Néanmoins son père, qui fut premier violon au
« Conservatoire de notre ville, et son nom le rattachent à nous. D’ail-
« leurs, la municipalité de Clermont-Ferrand a partagé cette ma-
« nière de voir et, en 1820, n'a pas hésité à rendre hommage à notre.
« pseudo-compatriote en donnant le nom d'Antoine d'Auvergne à une
« rue qui part de la place de Michel-de-l'Hospital. »
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PROCÈS-VERBAL : '&S9
« Antoine d'Auvergne (1) ou Daüvergne naquit dans la paroisse
d'Yzeure.
« Voici la conclusion de M. le baron du Roure : « Evidemment, ce
« ne lui pas un grand génie, ni un administrateur remarquable ; se
« musique aujourd'hui est très oubliée, mais cela tient surtout au
o changement des goûts musicaux. Si notre pseudo-compatriote &
« eu le tort de se servir de vieux livrets faibles et mal laits, il dé-
â ploya néanmoins beaucoup de talent, et beaucoup de ses morceaux
a auraient du succès s'ils étaient repris à un théâtre lyrique. Enfin, '
« n’oublions pas qu'il lut le créateur d'un genre: l’opéra comique Iran-
« çais, et môme, à ce seul titre; sa mémoire ne doit pas être oubliée,
« et il sied à notre Compagnie de s’associer aux hommages que
« la municipalité de Clermont a rendus jadis au compositeur Antoine
« d'Auvergne. »
« l.e compositeur Antoine d’Auvergne lut baptisé non dans l’église
Saint-Pierre d'Yzeure, mais à Moulins même, dans l'église Sainb-
Pierre-des-Ménestreaux, comme en lait loi son acte de baptême qui sp
trouve aux archives municipales de notre ville.
« Une étude de M. Grassoreille sur le compositeur moulinois, pu¬
bliée en 1886 dans la Reçue bourbonnaise , a reproduit cet acte de bap¬
tême »
— M R. de Frémont adresse en communication un passeport déli¬
vré le 27 prairial an X à Pierre-Joseph Vernin, se rendant de Mou¬
lins à Paris, porteur d’une mission auprès du gouvernement.
— Notre'ancien confrère, M. Charles Bourdery, actuellement fixé
à Cannes, nous adresse pour nos collections, en outre de divers acteé
notariés intéressant notre région, quelques pièces et médailles, ainsi
qu’une empreinte du sceau du district de Cusset. De vifs remercie¬
ments ont été adressés au généreux donateur et, sur son autorisa¬
tion, les titres seront versés aux archives départementales.
— M. Morand présente une copie du manuscrit du Donjon, dont
il a été parlé dans une séance précédente, et donne lecture de quel¬
ques extraits curieux pour l’histoire de notre province. Ce manuscrit
est renvoyé au Conseil d’administration.
— M. l’abbé Clément entretient la Société d’un brevet sur parche-
(J; Linsuccès de Daüvergne comme administrateur eut pour cause princi¬
pale, sinon exclusive, son caractère autoritaire et difficile qui le rendait in- 1
supportable à ses artistes, gent souvent susceptible et irritable. Son carac¬
tère explique aussi l'animosité de Grimm contre notre compatriote. Ses suc¬
cès les plus indiscutables, Grimm les transforme en échecs lamentables ; il
prend plaisir et met un véritable acharnement à dénigrer et à rabaisser le
maître moulinois. Le Mercure de France parait donner la note juste quand
il loue notre compatriote, parle des applaudissements unanimes qui accueil-!
lent chacune de ses œuvres musicales. Selon la remarque de M. Grasso¬
reille, il rie pouvait être un homme de mince valeur, le compositeur qui a
produit en peu d'années un grand nombre d'oeuvres, toutes bien accueillies
du public et souvent même suscitant un véritable enthousiasme.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
min que lui a communiqué notre confrère M"' Thonier La Rochelle.
Par ces lettres, « Elisabeth d'Autriche, reine douairière de France et
duchesse de Bourbonnais.concède en 1585, à Charles Fauconnet,
l'office de notaire royal en la sénéchaussée du Bourbonnais, chaslel-
lenie et résidence de Bessay ».
— Appelée à statuer sur une demande de rachat de cotisation
adressée par M. de la Chauvlnière, en vertu de l’article 3 des statuts,
l'assemblée fixe ce rachat au paiement d'une somme égale à quinze
fois le montant de la cotisation, o'est-à-dire 180 francs pour les mem¬
bres titulaires, 150 francs pour les membres correspondants. Les
membres ayant racheté leurs cotisations figureront dorénavant sous
le titre de membres à vie. En outre, tout membre qui fera don d’une
rente égale au montant de sa cotisation recevra le titre de membre
perpétuel et son nom figurera à perpétuité en tête des membres de la
Société. Les membres à vie et les membres perpétuels jouiront leur
vie durant de tous les droits et avantages des autres membres de la
6ociété.
— Sur la demande de M. le chanoine Clément, il est décidé que do¬
rénavant des convocations seront adressées aux membres de la So¬
ciété pour les assemblées générales et, d'autre part, que la réunion
mensuelle d'août sera supprimée et remplacée par une réunion qui se
tiendra le premier lundi d'octobre.
— Sur la proposition de MM. les chanoines Berthoumieu et Clé¬
ment, de MM. Deiaigue, Dénier et Flament, et conformément à l'ar¬
ticle 3 des statuts, après lecture d’un rapport motivé de M. Deiaigue,
la Société, réunie en assemblée générale, décide que le titre de mem¬
bre d’honneur sera décerné à notre confrère M. Claude-Jules-Victor
Roy, professeur à l’école des Chartes.
— Est élu membre titulaire : M. Louis-Charles Picard de Grand-
champ.
— Sont présentés comme membres titulaires : M. l'abbé Louis Fo¬
restier, curé de Billy, par MM. Morand, les chanoines Berthoumieu
et Clément.
M. Hackspill Alfred, ancien chef de section des chemins de fer
de Bône à Guelma, 92, avenue d'Orvilliers, à Moulins, par MM. Joly,
le chanoine Clément et Dénier.
M. le docteur Paul Roy, 19, rue Hautefeuille, à Paris, par MM. De¬
iaigue, le chanoine Clément et Flament.
M. Gaétan-Marcel Sanvoisin, 51, rue de Refembre, à Moulins,
par MM. Philippe Tiersonnler, le chanoine Moret et Dénier.
— L'assemblée procède ensuite au renouvellement des membres
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PROCÈS-VERBAL
361
du Bureau soumis à la réélection. Sont élus : vice-présidents, MM. le
chanoine Clément et Delaigue ; secrétaire-adjoint, M. Capelin ; di¬
recteur du Bulletin, M. Flament.
En outre, sont élus membres du conseil d'administration de la So¬
ciété : MM. le chanoine Berthoumieu, le docteur de Brinon, le doc¬
teur Chopard, C. Grégoire, le marquis de Las-Cases, Milcent,
R. de Quirielle, Sabatier et Tiersonnier.
— M. Tiersonnier, déclarant qu'il ne peut accepter aucune fonction
dans le conseil d’administration de la Société, prie de le considérer
comme démissionnaire de ses fonctions d'administrateur.
— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 h. 1/2.
M. D.
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Une victime de la Terreuf en Bourbonnais
FRANÇOIS CHABRAL, Prétrb
(Suite et fin.)
L es menaces du représentant Vernerey portèrent leurs fruits à
Sauvagny : Jean Soudry, dit Desmaillet, chez lequel était caché
Chabraî, eut l'intention de le chasser ; il en parla même à sa
fille Elisabeth Soudry, femme de Jean Labbaye ; il le garda cepen¬
dant ... Mais quelques semaines après, Chabral était dénoncé par Jean
Gayot et Charles Beaume, tous deux habitants de Sau vagny-le-Comlal.
Aussitôt, dans la nuit du 27 au 28 iloréal an II (16-17 mai 1794), il fut
arrêté, ainsi que Jean Soudry,comme en fait foi le procès-verbal sui¬
vant que nous transcrivons dans son intégrité :
■ Aujourd’hui 23 floréal an II de la République une et indivisible, à l’heure
de six du matin, nous, maire et officiers municipaux de la commune de Cosne,
en présence de l’agent national, nous nous serions rendus en la maison d’nr-
rèt de ce lieu où étant, le citoyen Tixier, commandant de la garde nationale,
aurait dit qu’tn exécution de notre réquisitoire du jour d'hier, il aurait fait
traduire en la dite maison d’arrêt un inconnu et le nommé Desmaillct, domi¬
cilié dans la commune de Sauvagny, qui auraient été arrêtés sur la dénon¬
ciation qui nous en avait été faite par Jean Gayot et Charles Beaume, ci¬
toyens de la commune du dit Sauvagny ; le dit inconnu comme ci devant
prêtre réfractaire, qui était dans l’habitude depu's plusieurs mois de se retirer
pendant le jour dans le bois de Suave, où il avait pratiqué une retraite dans
le lieu le plus couvert, et qu’il se retirait de nuit dans la loge du dit Des¬
maillet, située à l’entrée du même bois ; le dit Desmaillet aussi traduit pour
avoir donné retraite au dit inconnu. En conséquence de quoi, le dit Tixier,
commandant la garde nationale, en présence et conjointement avec douze
gardes nationaux qui formaient le piquet à raison de la dite recherche, et les
dits Gayot et Beaume, dénonciateurs, enquis de faire leur rapport, ont dit et
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FRANÇOIS CHABRAL
363
déclaré qu’étant munis de notre réquisitoire, à l’heure de minuit dernier, ils
se seraient rendus au domicile du dit Desmaillet qu’ayant entouré la maison,
ledit commandant ayant frappé à la porte et demandé à Desmaillet s’il avait
quelque étranger de logé chez lui, a répondu non ; la porte ayant été ouverte
après d’itératives représentations faites sur le danger qu’il encourait s'il nous
célait quelque étranger qu’il pouvait avoir chez lui, il nous a fait l’aveu que
l'inconnu détenu y était effectivement, dans une chambre attenante^ la sienne ;
dans laquelle étant entrés, nous y aurions trouvé un lit qui annonçait avoir
servi à l’heure même à quelqu’un. Il résulte de notre recherche que nous y
avons trouvé une paire de souliers avec boucles, un mouchoir sur le chevet,
une tabatière auprès des culottes sur le lit, et sur un coffre un volume intitulé :
Défense de la religion contre les difficultés des incrédules, par François,
tome III, seconde partie ; un volume intitulé: Le Spectacle de la Nature,
tome III. Ces indications ne laissent aucun doute que le détenu était.rangé
dans le fenil de ladite maison (sic), après diverses invitations, ledit Desmaillct
nous en a également fait l’aveu, et y étant monté lui-même, il l’aurait amené
avec lui ; et l’ayant fait habiller, nous l’aurions requis de nous indiquer ses
effets ; et après une recherche exacte en présence dudit Desmaillet, nous
aurions trouvé dans un panier de ladite chambre un Réglement du ci-devant
archevêque de Bourges pour des prières pendant la tenue des Etats géné¬
raux, qui avait été adressé à Joudioux, ci-devant curé de Neuville, un cou¬
teau dans le lit où il couchait à manche de buis platiné, trois chandelles dans
un mauvais coffre, trois chemises de toile, de plus une paire de bas de laine,
un bonnet de laine et un de coton, le tout sans aucune marque ; l’ayant
sommé de déclarer si les dits objets lui appartenaient, a répondu que oui, à
l’exception des deux livres et du mandement : vu quoi, nous avons traduit
les dits détenus en ladite maison d’arrêt.
« Ce fait, nous dits maire et officiers municipaux, en présence de l’agent
national, avons requis ledit détenu de nous dire son nom, prénom, son âge,
le lieu de sa naissance, sa qualité, et les motifs qui l’ont attiré dans le lieu
où il a cté trouvé : a répondu s’appeler François Chabrsl, Agé de 38 ans,
natif d’Aigueperse, district de Riom, ci-devant prêtre, fait prêtre à Clermont
depuis environ onze ans ; qu’il a vicarié en la commune de Tronget, district
de Montmarault, depuis 1789 jusqu’au mois de septembre 1792 ; qu’il a quitté
ladite commune pour prendre domicile chez le citoyen Sénat, locataire en la
commune de Buxière-la Grue, où il a fait un séjour de 3 A 4 mois ; de là,
qu'il s’est retiré chez le citoyen Feilder, domicilié dans la commune de Sau-
vagny, où il a demeuré l’espace de deux mois, et s’en est retiré parce qu’il
lui payait 50 livres par mois et que ses facultés ne lui permettaient pas de
faire cette dépense ; de là, il s’est retiré chez ledit Desmaillet où il a demeuré
jusqu’à ce jour. Requis de dire les motifs pour lesquels il avait quitté la com-
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
mune de Tronget, son costume, et s’il avait prêté les serments requis par les
lois : a répondu avoir prêté en la commune de T ronget le premier serment
qui fut ordonné par la loi, et qu’aux époques des autres serments il ne rem¬
plissait plus les fonctions de prêtre ; qu’il a quitté son vicariat parce que le
ci devant curé chez qui il était avait de mauvaises manières pour lui ; et avoir
adopté le costume de laboureur par la raison que celui de ci-devant prêtre
était en horreur et qu’il était poursuivi de toutes parts. De plus, a déclaré
qu'il a laissé en dépôt un habit, une veste et une culotte, quelques chemises,
des mouchoirs de col, une paire de bas de coton bleu et un chapeau, chez
le dit citoyen Feilder, lesquelles hardes étaient du costume de ci-devant bour¬
geois, depuis un an environ qu’il a adopté ceux qu’il a sur lui, lesquels lui
ont été remis par la citoyenne veuve Bernon, métayère du dit citoyen
Feilder.
• Et à l’instant ayant fait fouiller ledit Chabral, il s’est trouvé muni de
cinq mouchoirs de 61 et coton bleu, et d’un portefeuille de peau noire qui
contenait quinze assignats de chacun cinq livres, huit de quinze sols, un de
cinquante sols, dix de dix sols et un mandat de Montluçon de trois sols ; plus
une reconnaissance de cinq cent soixante et dix livres que lui avait consentie
le citoyen Hervier, d’Aigueperse, son beau-frère, le 6 février 1792 ; plus une
quittance de cinquante-neuf livres, cinq sols, trois deniers, du 2 juillet 1792,
de Joly, receveur du district de Montmarault ; et finalement la copie d’un
discours contraire aux principes révolutionnaires et capable de produire des
insinuations moqueuses parmi le peuple. Ledit Chabral a observé qu’il avait
copié ce discours dans le Journal de Fontenay (1), il y a environ deux ans,
pour le communiquer au ci devant curé de Chavenon, qui ne l’a pas vu ni
qui que ce soit ; et même que c’est par oubli s’il ne l’a pas fait brûler. Les¬
quelles trois dernières pièces, ainsi que les deux volumes de livres et le Man¬
dement ont été cotés et parafés en présence dudit Chabral. Enquis de décla¬
rer s’il avait autre chose à dire, a répondu que non et après lui avoir fait
lecture de son interrogatoire, a déclaré n'avoir aucun changement à y appor¬
ter. Sommé de signer avec nous, a déclaré le vouloir et en conséquence a
signé. Ainsi signés Chabral, ci-devant prêtre ; Pauvre, maire ; Augot,
agent national ; Levistrb et Tixier. secrétaire greffier.
« De suite nous avons interrogé ledit citoyen Desmaillet, et enquis de nous
dire son nom, prénom, son âge, demeure, qualité, et depuis quel temps ledit
Chabral, autre détenu, s’était retiré chez lui, s’il avait des connaissances sur
son état primitif et des motifs qui l’avaient déterminé à lui donner retraite,
enfin des circonstances qui peuvent avoir rapport aux exercices journaliers du
( 1 ) Le Journal de Fontenay, dont le véritable titre était Le Journal Géné¬
ral, était un journal politique rédigé par labbé de Fontenay.
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FRANÇOIS CHABRAL 365
dit Chabral et de sa conduite : a répondu s’appeler Jean Soudry dit Des¬
maillet, âgé de 74 ans, demeurant dans la loge sur le rein (sic) du bois de La
Suave, commune de Sauvagny ; qu’il est manœuvre, qu’il ignorait le nom
du dit Chabral, sa qualité primitive, ni' qui il était ; que depuis environ deux
mois, il.était dans l’habitude devenir coucher dans sa maison de nuit, et que
pendant le jour il faisait des courses sans savoir où il allait, attendu que lui
Soudry était continuellement occupé à ses travaux de manœuvre ; que ledit
Chabral était toujours muni du pain nécessaire pour sa nourtiture ; qui est
tout ce qu’il a dit savoir. Lecture faite a déclaré n’avoir rien à changer ; en-
quis de signer, a déclaré ne le savoir. Ainsi signés : Fauvre, maire; I.e-
vistrb, Augot, agent national, et Tl xier, secrétaire greffier.
■ Nous, maire et officiers municipaux, l’agent national ouï, statuant sur
les circonstances et les interrogatoires des dits deux détenus, déclarons l’un
et l’autre en état d’arrestation, ordonnons qu’ils seront traduits au tribunal
révolutionnaire de Moulins pour leur procès y être fait ; pour cet effet, les
avons laissés à la garde et charge du commandant de la garde nationale du
dit Cosne, lequel leur établira bonne et sûre garde, et les fera traduire de¬
main dans les prisons de Moulins par un piquet de cinq hommes de ladite
garde nationale, le commandant duquel piquet sera porteur d’une copie du
procès-verbal d’interrogatoire de ce jour, des pièces, livres et Mandement y
énoncés, pour par lui faire la remise du tout au greffe du Tribunal révolution¬
naire ; à l’égard des assignats dont Hénumération a été faite, nous les avons
remis au dit Chabral, et avons signé ledit jour, heure de dix du matin. »
Le lendemain, Chabral et Desmalllet furent transportés à Moulins
et incarcérés à la maison d'arrêt, qui était la Tour-Carrée. Le D" Cor-
nillon trace un tableau lamentable de cette prison ( 1 ). Il nous montre
les détenus presque privés de nourriture, au moins ceux qui étaient
au cachot et auxquels on ne donnait que du pain et de l’eau ; les
autres recevaient un peu de soupe maigre trois fois par jour. Toute
relation avec le dehors étant sévèrement interdite, il y avait impos¬
sibilité matérielle de recevoir des vivres, des lettres et des visites.
Enfin, l'insalubrité matérielle du local, l'insuffisance et la mauvaise
qualité de la nourriture, le défaut d’aération, y causèrent une épidé¬
mie meurtrière. Mais Chabral ne fit que passer à la Tour Carrée : son
procès devait être instruit dans le plus bref délai.
Procès de Chabral
Le 30 floréal, dans la soirée, François Chabral et Jean Soudry
dit Desmaillet furent conduits en l'auditoire du Tribunal criminel du
(1) Le Bourbonnais sous la Révolution française, IV, 2 et 3.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
département de l'Ailier ; là ils furent interrogés « publiquement et
en présence de l'accusateur public par Antoine-Ignace Audiat, juge
du tribunal du district de Cérilly. séant à Burges-les-Bains (Bourbon-
l’Archambault), et actuellement juge de trimestre audit tribunal cri¬
minel, commis et délégué à cet effet par le président dudit tribunal,
conformément à l’article 10 du titre VI de la loi du 29 septembre
1791 ». Christophe Sayet, accusateur public, était absent et fut rem¬
placé dans ses fonctions par le citoyen Cornai ; Boussac était gref¬
fier.
L’interrogatoire de Chabral fut long et minutieux, et il serait fasti¬
dieux de le reproduire dans son intégralité. Dès les premières ques¬
tions. il fut visible que le juge Antoine Ignace Audiat n’aurait guère
de ménagements envers le pauvre prêtre. Chabral s’en rendit compte
assurément ; il chercha à sauver sa tête, comme en témoignent quel¬
ques réponses embarrassées et ambiguës, particulièrement au sujet
de la rétractation de son serment. C'est ainsi qu'il déclara « qu'un
jour, dans le mois de juillet dernier, quelque temps avant de quitter
la commune de Tronget, à l'issue de la messe paroissiale, il fit un
discours par lequel 11 déclara en quelque sorte qu’il rétractait le ser¬
ment par lui ci-devant prêté ; qu'il ignore s'il a été dressé acte de
cette rétractation par quelques autorités constituées ». Interrogé si,
en prononçant le discours dont il vient de parler, il l'avait fait dans
l'intention de rétracter son serment, il répondit « que plusieurs ci¬
toyens ayant mauvaise opinion des prêtres assermentés, il avait pro¬
noncé le discours dans l'intention de radoucir tous les esprits».
Chabral fut aussi interrogé minutieusement sur les papiers trouvés
dans son poriefeuille. 11 déclara que le citoyen Hervier, son beau-
frère, lui avait payé la somme de 570 livres portée en sa reconnais¬
sance du 16 février 1792 et qu’il en avait reçu décharge. Il n’y avait
là, du reste, rien de subversif ; mais un autre papier était beaucoup
plus compromettant : c'était le petit discours manuscrit dans lequel
le juge croyait trouver le texte même de la rétractation du vicaire de
Tronget. Chabral reconnut sans difficulté qu’il l'avait écrit de sa
main, mais il nia en être l’auteur ; le texte lui en avait été commu¬
niqué par un certain abbé Gouat, de Moulins, qui l'avait lui-même
copié dans le journal de Fontenay ; Chabral avait reçu cette copie
seulement pour en prendre lecture ; son intention était de la faire
brûler, et c’est par oubli qu'il l'avait gardée dans son portefeuille ;
enfin, il déclara formellement que ce n’était point là le texte de la
rétractation qu’il prononça dans l'église de Tronget.
Chabral fut encore interrogé très longuement sur toutes les per-
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FRANÇOIS CHABRAL
367
sonnes qui lui avaient prêté assistance ou lui avaient donné asile, et
c'est ainsi que le juge Audiat apprit les noms des « complices » de
Chabral : Gabriel Feilder, Louise Marquoy, femme Feilder, François
Sénat,'Gilbert Tourret. Magdeleine Sivade, veuve Bernon, Elisabeth
Soudry, femme de Jean Labbaye, et Gilbert Plllot, chirurgien.
Chabral aurait dû être jugé dans les vingt-quatre heures. Cepen¬
dant, le jugement ne fut pas rendu de. suite : il fallait arrêter et inter¬
roger ses complices et, d'autre part, le représentant du peuple Ver-
nerey venait d’arriver dans les murs de Moulins, avec mission spé¬
ciale de réformer, d 'épurer — pour employer ses propres expressions
— le Tribunal criminel et les autres corps constitués de la commune
de Moulins.
Vernerey succédait à Noël Pointe, autre représentant du peuple,
dont la trop courte mission n'avait pu faire oublier le cynisme et la
cruauté du sinistre Fouché. Il n’était pas inaccessible à la pitié et,
comparé au farouche terroriste, il pouvait passer pour un modéré.
A peine arrivé à Moulins, il fut accablé de pétitions par les malheu¬
reux suspects incarcérés par les agents de Fouché ; c'est par cen¬
taines que les demandes d'élargissement lui parvenaient. Il en ac¬
cueillit un grand nombre, mais il semble avoir été plutôt sévère pour
les prêtres et les religieuses (i).
Connaissant l’arrivée de Vernerey, Chabral eut peut-être une lueur
d'espoir, mais elle fut certainement de courte durée. Malgré la mo¬
dération relative du nouveau représentant du peuple, le régime de la
Terreur ne devait pas disparaître encore à Moulins. On le vit bien à
la Société républicaine et populaire, où Vernerey prononça un dis¬
cours : « ... Les moments de révolution, disait-il, sont des momen's
de crise ; celle manière d'exister ne peut pas durer toujours dans un
gouvernement. Mais quel pourrait être l’individu qui se croirait assez
sage pour en déterminer la durée ? Malheur à celui qui voudrait
entraver la marche ou précipiter le terme de notre révolution ! C’est
au peuple, ou plutôt c’est à la Convention nationale, revêtue de ses
pouvoirs et investie de sa confiance, à être en quelque sorte le centre
(1) Un exemple : il rejeta la pétition des habitants de Villeneuve deman¬
dant que leur ancien curé Roche puisse rester à Villeneuve : » Nous 1 appe¬
lâmes, disaient-ils. pendant quelque temps du nom de curé ; mais nous pou¬
vons t'assurer qu'il n'en eut jamais l'esprit, ni les opinions... » — Autre
exemple : la liberté est refusée à Claude Aladane, chanoine de Moulins, âgé
de 82 ans, infirme, détenu depuis plus de huit mois dans la maison de réclu¬
sion, où il manque de tous les secours que son grand âge et ses infirmités
exigent.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
régulateur de ses mouvements età fixer l'époque où elle pourra finir,
sans compromettre l’intérêt de la liberté du peuple français. La Con¬
vention nationale a pesé dans sa sagesse ees considérations, d’où dé¬
pend le salut de la République, et c'est ce qui l’a déterminée à orga¬
niser le gouvernement révolutionnaire... »
La même impression se dégage encore plus nettement d’une sorte
d’homélie prononcée par Vernerey, dans le temple consacré à l’Être
suprême (c’est-à-dire l'ex collégiale), le 2 prairial, quand ll« épura »
les autorités constituées de Moulins : « Citoyens, en proclamant au
milieu de vous les autorités constituées, je l’ai fait au nom du peuple
français, qui a revêtu momentanément la Convention nationale de ses
pouvoirs.
« J'ai pris les membres de ceux qui les composent dans les hommes
du peuple et parmi les sans-culottes ; telle a été l’intention mani¬
festée de la Convention nationale ; je les ai choisis au milieu de vous
et parmi vous, sur les témoignages que vous m’avez rendus de leur
probité et de leur patriotisme ; et en les proclamant, c’était en quelque
sorte proclamer votre vœu et votre propre ouvrage. Mes vues ont été
droites et mes intentions pures : toutes mes opérations ont été pu¬
bliques; c’est à ceux qui m’ont entendu, qui m’ont vu agir, à ceux
même qui m’ont connu jusque dans ma conduite privée, à me juger.
Je n'ai désiré que le bonheur du peuple et le maintien de la Répu¬
blique...
« Prenez-y garde, citoyens, les malveillants et les intrigants qui
cherchent des places calomnieront près de vous vos magistrats"; ils
saisiront toutes les occasions pour leur enlever votre confiance ; si
quelques-uns d'entre eux avaient le malheur de se tromper dans la
chose la plus indifïérente, ils chercheront à exagérer leurs erreurs à
vos yeux, à la transformer en crime. Méfiez-vous de ceux qui voudront
leur enlever votre estime ; à coup sûr, ils ne sont pas de bons ci¬
toyens, ils ne sont pas des hommes révolutionnaires.
« L’homme révolutionnaire, citoyens, doit être ferme, inflexible,
hardi ; mais il doit être probe, et surtout il doit être juste ; il est
franc, loyal, toujours vrai, jamais astucieux ; il est fier parce qu’il
est brave, mais jamais insolent. Il n’outrage point les autorités cons¬
tituées, il ne censure point leurs opérations, mais il les éclaire, les
encourage ; il cherche à ranimer leur zèle ; il soutient leurs efforts ;
il leur dénonce les abus pour les réprimer, les intrigants pour les dé¬
masquer et les malveillants pour les punir.
« L’homme révolutionnaire est bon, humain, bienfaisant pour ses
frères, mais il est intraitable pour les méchants. Il pardonne les
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FRANÇOIS CHABRAL
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erreurs, les faiblesses môme qui ne nuisent pas à la chose publique ;
mais il est sans miséricorde pour lout ce qui peut porter atteinte à la
liberté, à la sûreté ou à la tranquillité de sa patrie. 11 aime le3 pa¬
triotes, qui sont ses frères, par l'impulsion d'un sentiment naturel à
son cœur. Il n’éprouve des mouvements de haine que contre le vice,
les malveillants et les conspirateurs. Il aime la Patrie comme sa
mère, mais il aime la liberté jusqu'à la jalousie : en un mot, il ne vit
et ne respire que pour le triomphe de la révolution. »
Il est clair qu’aux yeux de Vernerey, François Chabral ne pouvait
passer pour un « homme révolutionnaire ». Le Tribunal criminel
l’avait compris d’avance, car le matin même du 2 prairial, dès sept
heures, avant par conséquent d'avoir reçu 1’ « épuration » officielle,
il s’était réuni extraordinairement au grand complet pour Juger Cha¬
bral. Marien Meillet présidait ; Joseph Piron, Sébastien Cornât, An¬
toine-Ignace Audiat, juges, siégeaient ; Boussac remplissait ses fonc¬
tions de greffier.
Christophe Sayet, accusateur public, se présenta en la chambre du
conseil et a dit que la garde nationale de Cosne, district de Cérilly,
a conduit dans la maison de justice de Moulins, en vertu d’un man¬
dat d'arrêt des officiers municipaux de la commune de Cosne, le
nommé François Chabral, ci-devant prêtre, qui paraît avoir été sujet
à la déportation, et le nommé Jean Soudry dit Desmaillet, manou-
vrier de la commune de Sauvagny-le Comtal, district de Montraa-
rault, prévenu d’avoir donné retraite audit Chabral ; quelesdits Cha¬
bral et Soudry ont été interrogés par Audiat, l’un des juges du tribu¬
nal ; que de leurs interrogatoires il résulte que ledit Chabral, depuis
la loi du 26 août 1792 qui ordonna la déportation des prêtres réfrac¬
taires, a demeuré chez différents particuliers qui l'ont tenu caché
chez eux, entre autres les nommés Sénat, journalier en la commune
de Buxières-la-Grue, Feilder, propriétaire et cultivateur, et Tourret,
aussi Journalier, ces deux derniers demeurant en ladite commune de
Sauvagny ; que le ci-devant curé de Neuville a favorisé sa retraite
chez lesdits particuliers ; que la nommée Bemon, métayère audit
Feilder dans le domaine Bois-Merle, lui a procuré les habillements
sous lesquels il s'est travesti en paysan ; que le nommé Pilaud, offi¬
cier de santé à Bizeneuille, l’a traité chez ledit Feilder et que ce
Pilaud est violemment soupçonné d'avoir eu connaissance que Cha¬
bral était ci-devant prêtre et se tenait caché ; qu'aux termes de la loi
du 30 vendémiaire ledit Chabral et ledit Soudry doivent être jugés
dans le plus bref délai par le Tribunal criminel, mais que, comme
ledit Chabral paraît avoir eu grand nombre de complices et que pour
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
les convaincre plus aisément il est indispensable de les mettre en
jugement avec ledit Chabral, il pense qu’il est à propos de suspendre
le jugement dudit Chabral et qu'il soit décerné des mandats d’arrêt
contre tous les particuliers ci-dessus dénommés; qu'il regarde éga¬
lement comme très essentiel, pour la parfaite instruction de cette
affaire et pour connaître toutes les manœuvres employées par ledit
Chabral et toutes les personnes qui l'ont favorisé, de faire apposer le
scellé’sur les papiers et autres effets desdils particuliers et d'en retirer
tout ce qui peut avoir rapport à l’affaire pour être déposé au
greffe. »
Le tribunal flt droit au réquisitoire de Sayet et ordonna qu’Audiat
et l’accusateur public se transporteraient, assistés du greffier, d'un
huissier et de la force armée, partout où besoin serait.
Sans perdre une minute, Audiat se mit en route pour Sauvagny, où
il fit procédera l’arrestation des «complices» de Chabral, ainsi qu'en
fait foi le procès-verbal suivant :
« Aujourd’hui 2 prairial, l'an II de la République française une et
indivisible, moi Antoine-Ignace Audiat, juge du tribunal criminel du
département de l’Ailier, délégué pour l'exécution de son jugement
de cejourd hui, me suis rendu avec l’accusateur public, assisté d'An¬
toine Joseph Chaput, que nous avons commis à cet effet pour rem¬
placer le greffier ordinaire dans l'opération dont il s'agit, ayant dudit
Chaput préalablement pris et reçu le serment aux cas requis et ac¬
coutumés, et étant aussi accompagné de Jean-Gilbert Laroche, l'un des
huissiers du tribunal, et d'un détachement de la gendarmerie natio¬
nale de la commune de Moulins, dans le domicile du nommé Feilder,
propriétaire et officier public de la commune de Sauvagny-le-Comtal,
district de Montmarault ; où étant arrivé à l’heure de minuit, nous
n’avons trouvé dans ledit domicile que la femme dudit Feilder, et
comme elle n’habite qu'une seule chambre, nous n'avons pas «ru
nécessaire d’apposer le scellé. En conséquence ayant fait faire ouver¬
ture par ladite femme Feilder de deux armoires, nous en avons retiré
tous les papiers qui s’y sont trouvés, lesquels ayant examiné en sa
présence, nous n’en avons trouvé aucuns relatifs à la révolution, les
avons remis de suite à ladite Feilder. Et, attendu que nous avons été
instruit que le ci-devant curé de Neuville, contre lequel le tribunal a
lâché un mandat d'arrêt, a été déporté ; que les autres prévenus né
sont que des cultivateurs qui ne peuvent avoir aucune correspon¬
dance ; que dès lors notre transport y devient inutile, ne pouvant-
avoir lieu à aucune apposition de scellés, nous sommes restés dans
le domicile dudit Féilder et avons remis au détachement de la gen-
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FRANÇOIS CHABRAL
871
darmerie nationale les différents mandats d’arrêt contre lesdils pré¬
venus. Fait le 3 prairial, à l'heure de quatre du matin. »
Audlat et Sayet étaient satisfaits : cette fois, la « fournée » était
complète. En toute_hâte, on retourna à Moulins, emmenant avec les
accusés Louis Bidot, de Sauvagny, témoin à charge contre Chabral.
A Tronget, on s’arrêta au passage pour prendre trois autres témoins :
Jacques Guillermet, François Meillet et Louis Joyon. Les accusés
durent arriver très tard à Moulins, dans la soirée du 3 prairial.
Dès le lendemain, le Tribunal se réunit et le président Marlen
Meillet interrogea les prévenus chacun en particulier. De nouveau, il
fit comparaître Chabral et lui posa encore quelques questions. Le
malheureux vicaire répondit qu’il avait prêté le serment ordonné par
la loi du 27 novembre 1790. article 2, et la peur lui fit ajouter « qu’il
n’avait Jamais rétracté son serment, attendu qu’il n’avait signé aucun,
acte qui le constate » Cette réponse peu courageuse, probablement
inspirée par Meillet lui même dont la modération était bien connue,
fut inutile. Audiat et Sayet avaient bien pris leurs précautions.
Sayet fit aussitôt comparaître les témoins qu’il avait amenés.
Jacques Guillermet, âgé de 30 ans, fermier et maire de Tronget ;
François Meillet, âgé de 57 ans. propriétaire ; Louis Joyon, âgé de
48 ans, propriétaire, vinrent déclarer que Chabral avait rétracté pu¬
bliquement son serment, à la messe paroissiale, un peu avant de quit¬
ter Tronget. et que Meillet. en sa qualité de membre de la municipa¬
lité, en avait dressé un procès-verbal qu’il porta au tribunal deMont-
marault.
Louis Bidot, Journalier à Sauvagny, vint aussi déclarer « qu'il y
avait quelque temps il vit dans la maison du métayer du domaine
qui appartient à Feilder, en ladite commune de Sauvagny, un homme
à lui encore inconnu et qu'il reconnaît maintenant pour être François
Chabral, présent à l'audience ; que lui ayant demandé son passeport,,
l’inconnu lui répondit que son passeport était au bout de son bâton
et qu’il lui en f__ trois ou quatre coups. Un autre jour, le même
inconnu lui dit : Ecoute donc, Bidot, l'on dit que tu m’as vendu ;•
moi-même je te dénoncerai. A quoi lui, Bidot, répondit qu’il ne crai¬
gnait rien et qu'il n’avait vendu personne. »
Le président Meillet interrogea ensuite Gilbert Pilaud, chirurgien
à Bizeneuille, dont le seul crime, nous l’avons vu, était d’avoir exercé
sa profession en faveur de Chabral malade. Contre lui, Sayet fit com¬
paraître Jean Tuélin, âgé de 34 ans, et Jean-Baptiste Duranton, âgé
de 38 ans, tous deux voituriers à Cosne ; les deux témoins rappor-
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372 SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
w
tèrent la conversation qu’ils avaient eue avec Pilaud, sur la route de
Cosne à Montluçon, et que nous avons déjà racontée..
Puis Sayet prononça son réquisitoire en ces termes :
« L'accusateur public a requis que le tribunal déclare François Cha-
bral convaincu d'avoir été sujet à la déportation, qu'il soit ordonné
qu’il sera livré à l’exécuteur des jugements criminels pour être mis à
mort dans les vingt-quatre heures et que ses biens soient déclarés
acquis et confisqués au profit de la République ;
« Que Gabriel Feilder soit condamné en six années de fers et préala¬
blement exposé pendant six heures aux regards du peuple, attaché à
un poteau placé sur un échafaud dressé sur la place publique de la
commune de Moulins ;
« Que Louise Marquoy, femme Feilder, soit déclarée suspecte et
comme telle détenue jusqu'à la paix ;
a Que François Sénat et Gilbert Tourret soient condamnés en trois
mois d'emprisonnement ;
« Magdeleine Sivade, veuve Bernon, et Elisabeth Soudry, femme
Labbaÿe, soient mises en liberté ;
« Que Gilbert Pilaud soit renvoyé par-devant le Tribunal révolu¬
tionnaire et que le jugement à intervenir soit imprimé et affiché dans
l’étendue du département » (1).
Aussitôt après, le jugement fut rendu. « Le tribunal, après avoir
délibéré en la chambre du conseil et opiné à l’audience à haute voix,
à commencer parle plus jeune des juges,
« Considérant que François Chabral était prêtre et vicaire en la
commune de Tronget à l'époque de la loi du 27 novembre 1790 et qu’il
a rétracté en 1792 le serment qu'il avait prêté,
« Considérant que Gabriel Feilder a recélé chez lj)i ledit Chabral, le
sachant prêtre, depuis la loi du 26 février 1793, et antérieurement à
celle du 30 vendémiaire dernier,
« Considérant que François Sénat, Gilbert Tourret et Jean Soudry
ont reçu chez eux ledit Chabral, mais que ces cultivateurs ont ignoré
qu’ils recevaient un prêtre qui se présentait sous l'habit d'un labou¬
reur, que néanmoins ils se sont rendus coupables en ne faisant pas à
leurs municipalités la déclaration prescrite par la loi du 26 février
1793, à l’égard de ceux qui logent des étrangers, mais qu’il est dans
( 1 ) Deux ans plus tard, Sayet lui-mème devait être envoyé devant le tri¬
bunal criminel, sous la prévention de vols, de pillage et d'assassinats ; em¬
prisonné le 27 vendémiaire an IV, il tut élargi le 3 brumaire, grâce 6 une
amnistie générale.
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FRANÇOIS CHABRAL
373
r
les principes d'humanité que la détention qu'ils ont encourue soit
moins longue pour ledit Soudry, vieillard de 74 ans ;
« Considérant qu'il n’est résulté aucune charge contre la femme
Feilder, la veuve Bernon et la femme Labbaye, et que ladite femme
Feilder étant sous la puissance de son mari n’est pas supposée avoir
eu le droit de l'empécher de recéler ledit Chabral ;
« Considérant enfin que Gilbert Pilaud n’est pas convaincu d'avoir
recélé ledit Chabral, mais qu'il est convaincu d'avoir tenu les propos
les plus contre-révolutionnaires et que ce délit est de la compétence
I exclusive du Tribunal révolutionnaire séant à Paris ;
« Faisant droit sur le réquisitoire de l’accusateur public, déclare
ledit Chabral, natif de la commune d'Aigueperse, district de Riom,
département du Puy-de-Dôme, convaincu d’avoir été sujet à la dépor¬
tation ;
« Ordonne en conséquence qu'il sera livré 4 l'exécuteur des juge¬
ments criminels pour être mis à mort dans les vingt-quatre heures ;
« Déclare les biens dudit Chabral acquis et confisqués au profit de
la République (1), conformément aux articles 5,10,14,15 et 16 de la
loi du 30 vendémiaire, ainsi conçue et dont lecture a été faite :
« Art. 10. — Sont déclarés sujets à la déportation, jugés et punis
comme tels les évêques, les ci-devant archevêques, les curés conser¬
vés en fonctions, les vicaires de ces évêques, les supérieurs et direc¬
teurs des séminaires, les vicaires des curés, les professeurs de sémi¬
naires et de collèges, les instituteurs publics et ceux qui ont prêché
dans quelques églises que ce soit, depuis la loi du 5 février 1791, qui
n'auront pas prêté le serment prescrit par l’article 39 du décret du
24 juillet 1790, et réglé par les articles 21 et 38 de celui du 12 du
même mois et par l'article 2 de la loi du 27 septembre de la même
année, ou qui l'ont rétracté, quand même ils l’auraient prêté depuis
la rétractation.
o Article 14. — Lea ecclésiastiques mentionnés en l’article 10 qui,
cachés en France, n’ont point été embarqués pour la Guyane fran¬
çaise seront tenus, dans la décade de la publication du présent décret,
de se rendre auprès de l’administration de leurs départements respec¬
tifs, qui prendront les mesures nécessaires pour leur arrestation,
embarquement et déportation, en conformité de l’article 12.
«Art. 15. — Ce délai expiré, ceux qui seront trouvés sur le terri¬
toire de la République seront conduits en la maison de Justice du tri¬
bunal criminel de leur département, pour y être jugés conformément
à l’article 5.
« Art 5. — Ceux de ces ecclésiastiques qui rentreront, ceux qui sont
rentrés sur le territoire de la République, seront envoyés à la maison
de justice du tribunal criminel du département dans l’étendue duquel
ils auront été ou seront arrêtés et, après avoir subi interrogatoire
dont il sera retenu acte, ils seront dans les vingt-quatre heures livrés
( 1 ) Le 16 vendémiaire an III, les biens meubles de Chabral étaient acquis,
pour la somme de 53 livres, par la femme Deterre.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
à l’exécuteur des jugements criminels et mis à mort, après que les
Juges du tribunal auront déclaré que les détenus sont convaincus
d'avoir été sujets à la déportation.
« Art. 16. — La déportation, la réclusion et la peine de mort pro¬
noncées d'après les dispositions de la présente loi emportent confis¬
cation des biens.
« Déclare Gabriel Feilder convaincu d’avoir recélé chez lui posté¬
rieurement à la loi du 6 février 1793 ledit François Chabral, le sachant
prêtre sujet à la déportation ; en conséquence le condamne à la peine
de six années de fer ;
« Ordonne que préalablement il sera conduit sur la place publique
de la commune de Moulins ; qu’il y sera attaché à un poteau placé sur
un échafaud, qu’il y demeurera exposé aux regards du peuple pen¬
dant six heures et qu'au-dessus de sa tète un écriteau sera inscrit
portant en gros caractères ses noms, profession, son domicile, la cause
de sa condamnation et le présent jugement, conformément à l’ar¬
ticle 4 de la loi du 26 février 1793 et à l’article 28 du litre premier de
la première partie du code pénal, desquels il a été fait lecture ;
« Condamne François Sénat et GilbertTourret à trois mois d’empri¬
sonnement, conformément aux articles 1,2 et 3 de la loi du 26 février
1793, desquels il a été fait lecture ;
« Ordonne que lesdites Louise Marquoy,femme Feilder, Magdeleine
Sivade, veuve Bernon, et Elisabeth Soudry, femme Labbaye, seront
mises sur le champ en liberté :
« Ordonne que Gilbert Pilaud sera traduit au tribunal révolution¬
naire, pour être statué à son égard sur le délit résultant des propos
contre-révolutionnaires par lui tenus ;
« Ordonne en outre que le présent Jugement sera exécuté sans re¬
cours au tribunal de cassation, conformément à la loi du 27 brumaire
dernier, et qu’il sera à la diligence de l’accusateur public imprimé
jusqu'à concurrence de trois cents exemplaires et affiché dans toute
l'étendue du département.
« Fait, Jugé et prononcé les jour et an susdits (4 prairial an II), à
l'audience publique du tribunal, à laquelle siégeaient les républicains
Marien Meillet, président, Joseph Piron, Sébastien Cornât et Antoine-
Ignace Audiat, juges dudit tribunal, qui ont signé la minute du pré¬
sent jugement avec le greffier Boussac. »
François Chabral était donc condamné à mort. L’instruction de
son procès avait été menée rapidement, trop rapidement même,
puisque le tribunal se borna à entendre les accusés et quelques témoins
& charge ; aucun témoin à décharge ne fut cité à la requête des pré¬
venus ; nul défenseur ne prit la parole en leur faveur. C’est ainsi.
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FRANÇOIS CHABRAL
375
qu’à cette époque, au nom de la liberté, on traitait de pauvres prêtres
coupables seulement d’avoir exercé leur paisible ministère en faveur
de leurs ouailles restées fidèles à leur religion. Il faut remarquer ce¬
pendant, avec le docteur Cornlllon (1), « que ce reproche atteint le
législateur et non le juge. Chargé d'appliquer la loi, le tribunal n’avait
pas à l’interpréter. Du moment que le fait était reconnu constant, il
ne lui restait plus qu'à rédiger la sentence ».Sans doute, mais, si Au-
diat et Sayet n'avaient pas mis tant d'ardeiir et de hâte à leur sinistre
besogne, il n’est pas douteux que le tribunal n'eût été plus clément.
Le lendemain, 5 prairial, François Chabral paya de sa tète les
quelques mois de ministère sacerdotal qu'il accomplit dans le bois de
la Suave : il fut exécuté place Brutus (aujourd’hui place d’Allier).
Que devinrent les autres condamnés ? Quelque temps après la réac¬
tion de thermidor, le 14 septembre 1794, le tribunal révolutionnaire
de Paris acquittait et mettait en liberté un officier de santé du nom
d’Etienne Pillot ; c’était vraisemblablement notre Gilbert Pilaud. Ga¬
briel Feilder mourut, à 56 ans, dans la prison de Moulins, le 6 bru¬
maire an III (27 octobre 1794) (2). Les autres retournèrent en leur
pays, après l'accomplissement de leur peine.
On pourrait croire l’affaire Chabral terminée : ce serait mal con¬
naître l’esprit et les coutumes de l’époque de la Terreur.
Le 21 thermidor suivant, Christophe Sayet expose au tribunal cri¬
minel que o parmi les effets qu'avait Chabral, lors de son arresta¬
tion, se trouvent : 1* un petit discours manuscrit prononcé par ledit
Chabral lorsqu’il a rétracté son serment civique ; 2* un règlement im¬
primé du ci-devant archevêque de Bourges pour des prières pendant
la tenue des Etats généraux La première pièce n'offre, comme on
s'en doute bien, que des principes contre-révolutionnaires. Quant à la
seconde, elle n'est bonne qu'à réveiller le fanatisme, l'un des plus
cruels ennemis de notre révolution. De tels écrits ne doivent pas
souiller plus longtemps le greffe du tribunal ; il faut, au contraire,
livrer aux flammes ces infâmes et inutiles productions, qui ne doivent
le jour qu’à la plus puante (sic) aristocratie. En conséquence, l’accu¬
sateur public réclame qu'il soit par le tribunal ordonné que le dis¬
cours de rétractation au serment et le règlement susmentionnés soient
brûlés par l’exécuteur des jugements criminels, en présence du gref¬
fier du tribunal qui en dressera acte ».
Le tribunal criminel s'empressa de faire droit au réquisitoire de
( 1 ) Le Bourbonnais sous la Rtvolution, III, 175 .
( 2 ) Louis Audiat, La Terreur en Bourbonnais, II, 65 .
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Sayet et, gravement, le greffier Boussac lacéra et brûla les deux
pièces, sur la place Brutus, le 25 thermidor.
La tète de Chabral était tombée, ses papiers étaient brûlés : la révo
lulion ne courait plus aucun danger !
Conclusion
Quelques réflexions pour en finir avec François Chabral. Nous
avons déjà suffisamment expliqué que son serment prêté à Tronget.
et dont nous ne connaissons pas même les termes, n’enlève rien à
son orthodoxie ni à son courage ; il le rétracta, du reste, au bout de
peu de temps.
11 n’en est pas de même de ses réponses ambiguës au tribunal cri¬
minel de Moulins. 11 faut l'avouer, on aimerait trouver chez lui plus
de courage et de fermeté, puisqu’aussi bien il n'avait alors plus rien
à perdre. Mais il ne faut pas oublier qu'il n'était pas seul en jeu : à
la sienne était liée la cause de ceux qui lui avaient donné asile et
porté secours, et une trop grande franchise de sa part aurait pu coûter
cher à ceux qu'on appelait ses « complices ». On peut donc supposer
vraisemblablement que c’est par un sentiment de charité sacerdotale
qu’il chercha à atténuer la gravité de son cas.
Quoi qu’il en soit, il n'en reste pas moins vrai que François Chabral
eut le courage de demeurer au milieu des fidèles de Sauvagny et des
environs et de leur continuer les secours de la religion. Comme tant
d’autres, il eût pu s'expatrier, ou encore abandonner momentanément
le ministère, en attendant des jours meilleurs : il préféra rester prêtre
en exercice, et par là même exposer sa vie. Au jour de son ordina¬
tion, il s’attendait assurément à mener une vie humble et Ignorée
dans une paisible cure du diocèse de Clermont : l'avenir lui réservait
au contraire la glorieuse palme du martyre sur la place Brutus de
Moulins.
Abbé G. Audin.
La Bataille de Mazengo
D'H PRÈS U fi Témoifl BOURBONNAIS
D epuis quelques années, il a été publié un grand nombre de
mémoires sur la Révolution et le premier Empire, grâce aux¬
quels l’histoire de cette époque se dessine de mieux en mieux.
Notre confrère Orsel conserve pieusement un certain nombre de
lettres de son arrière-grand-père Gilbert Rué des Sagets, officier à
l'armée d’Italie. Il a bien voulu nous autoriser à publier l’une de ces
lettres, écrite au lendemain de Marengo.
Gilbert Rué, fils de noble Charles Rué des Sagets, conseiller du roi,
et de dame Ravier de la Mollière, naquit à Roanne en 1775 et fit ses
études au collège d’Autun. On sait que Joseph et Napoléon Bona¬
parte furent élèves de ce collège en 1778, mais la différence d’âge
semble s’opposer à ce que Rué ait pu Jouer aux billes ou aux échecs,
ses jeux préférés, avec le futur empereur.
La période sanglante de la Révolution, la Terreur, était finie,
l’épopée militaire commençait lorsqu’à la suite d’une intrigue amou¬
reuse, Rué s’engagea comme volontaire au 1" hussards (ci-devant
hussards de Bercheny). Après avoir combattu à l'armée du Rhin, puis
en Italie, il se retira avec le grade de capitaine en 1802 et alla se fixer
à Semur en Brionnais où, pendant la période des Cent-Jours, en 1815,
il accepta l’écharpe de maire. Ici se place l'épisode tragique suivante.
Après le désastre de Waterloo, l’armée de Lyon, commandée par le
maréchal Suchet, duc d’Albufera, refusa de reprendre la cocarde
blanche et voulut aider les ouvriers lyonnais à s’opposer à l’occupa¬
tion de leur ville par les Autrichiens de Bubna, les fidèles alliés du
roi. Cette armée, forte d'environ seize mille hommes, était composée
de gardes nationaux mobilisés des départements du Rhône, de la
Loire et du Puy-de-Dôme, des dépôts des 14', 42° et 52' de ligne, d’un
bataillon delà jeune garde, d’un bataillon d’anciens officiers en demi-
solde, de deux escadrons de dragons et de canonniers de la marine-
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378
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Le 17 juillet, les généraux et les deux préfets Pons (bonapartiste) et le
comte de Chabrol (royaliste) signèrent avec les Autrichiens une capi¬
tulation aux termes de laquelle les gardes mobilisés et les corps francs
étaient licenciés, les troupes régulières devaient se retirer au delà de
l’Ailier ; mais à peine sorties de la ville, ces troupes, accusant leurs
officiers généraux de trahison, se mutinèrent au cri de « Vive Napo¬
léon II » et se répandirent dans tout le Forez où, ne recevant ni solde
ni vivres, elles vécurent d'aumônes ; on les appela les Brigands de
la Loire (1). Vers le 25 Juillet, elles envahirent Montbrison et Roanne,
forçant partout les municipalités à arborer le drapeau tricolore : on
envoya contre elles une armée austro-sarde sous les ordres d’un gé¬
néral au nom bien français, le général autrichien Latour (2). Une
nuit, on vint prévenir le maire de Semur que des dragons de La¬
tour avaient envahi le château de Saint-Martin-de-la-Vallée, appar¬
tenant au baron de Semur (3). Aussitôt Rué des Sagets court à la mai¬
rie, prend le lambourde ville, réveille son voisin Semet, ancien trom¬
pette, et les voilà tous les deux l’un battant, l’autre sonnant la charge
sur le chemin de Saint-Martin ; les dragons, se croyant en présence
de toute une armée, prirent la fuite et l'on retrouva M. le baron et
et M" la baronne sains et saufs. Mais quelques heures plus tard, les
Autrichiens envahirent le château des Sagets (commune d'Artaix) et
assommèrent à coups de crosse de fusil Charles des Sagets, le père
de notre hussard de Marengo, qu'ils trouvèrent à déjeuner, l'accusant
d'avoir pactisé avec les brigands de la Loire.
Gilbert Rué des Sagets mourut à Semur en Brionnais le 1" août
1835. G. M.
« Au citoyen Rué Dessagets, propriétaire aux Sagets, département de
Saône-et-Loire, par Marcigny-sur-Loire.
« Romano, le 14 thermidor an VIII.
« Mon cher Père,
« Je suis enfin satisfait puisque j'ai de vos nouvelles. Mon impa-
(1) J’ai connu de vieux médaillés de Sainte-Hélène qui se faisaient un titre
de gloire de pouvoir dire : « J'étais des Brigands de ta Loire. »
(2) Cette armée austro-sarde, sous le commandement du général Latour,
avait occupé Grenoble le 7 juillet après un combat où elle perdit 500 hommes.
(3) Jean Dupuy, écuyer, seigneur de Saint-Martin, acquit en 1693 de Jean
de Vigot l'engagement à la baronnie de Semur et depuis ses descendants se
qualifièrent barons de Semur (Courtépée, t. IV, p, t83).
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MARENGO
379
tience était à son comble et Je ne savais qu'augurer d’un silence de
trois mois.
a Je ne doutais pas que ma présence à la bataille de Marengo ne
vous fit plaisir. Ce sera une des époques les plus belles de ma vie et
cette journée sera à Jamais présente à ma mémoire.
a Je m’applaudis d'avoir pu suivre Buonaparte dans la plupart de
ses actions et d'avoir pu admirer ce grand homme. Je ne crois pas
que dans toute l’armée il y ait personne qui ait pris plus de soin que
moi de se trouver à portée de comparer si sa conduite se rapportait à
ce que l’on disait de lui. Partout j'ai vu un homme extraordinaire, vif
dans l’action, prompt dans l'exécution, embrassant d'un coup d'œil
les fautes de son ennemi, sachant en profiter sur-le-champ et donnant
ses ordres au milieu d'un tumulte et d'une confusion où personne ne
s'y reconnaissait que lui.
« Au moment de la déroute qui eut lieu sur nos derrières, Buona¬
parte arrivait avec le dernier corps de réserve. Il aperçoit une com¬
pagnie de grenadiers qui se retirait. « Et vous aussi, grenadiers, vous
« abandonnez le poste de l’honneur ! Qu'on me remarque le numéro
a de cette demi-brigade et qu'on retienne les noms des officiers. J’ap-
« pelle les plus braves à mol... » Pas un n’est resté en arrière, tous
l'ont suivi au pas de charge et se sont ralliés à lui.
a Deshaies, le brave général à qui l'on doit en partie le gain de la
bataille, venait d'être tué et Buonaparte, à cette nouvelle, dit : « Que
« ne m'est-il permis de pleurer ! »
o II s’avance en même temps comme pour effacer par sa présence
l'impression que la perte de Deshaies avait pu faire sur le soldat.
A peine était-il arrivé au milieu de la première ligne qu’un boulet
emporta deux Jambes au cheval de son premier aide de camp qui
était à ses côtés. Toute sa garde cria spontanément : « Retirez-vous,
« premier consul ! ce n’est pas ici votre place !» — « Non, mes amis,
« dit-il, la victoire n’est pas encore de notre côté et j’ai besoin d'être
« ici encore quelques minutes. » — « Non, retirez-vous ; nous gagne-
« rons la bataille, soyez-en sûr ! » Il céda aux sollicitations de la
troupe et des officiers supérieurs qui l'entouraiënt, se retira sur la
deuxième ligne d'où il fit porter ses ordres dans les premiers rangs si
à propos que l’ennemi, culbuté, fut acculé sur la Bormida en moins
d’une heure.
« Le soir, en parlant de Deshaies, il dit : « Il vaudrait mieux pour
« la République qu’elle eût perdu 10.000 hommes de plus ; cet homme
« est trop difficile à remplacer. » On dit que s’il eût survécu à cette
affaire, il aurait été nommé, à la place de Masséna, général en chef.
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380
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
« Comme il était porté par quatre grenadiers qui le plaignaient tout
haut : « Parlez bas, mes amis, disait-il, prenez garde à décourager les
« soldats. Dites au premier consul, en s’adressant à son aide de camp
« qui l'accompagnait, que tout mon regret est de n’avoir pas assez
« fait pour passer à la postérité. » Et il expira.
« Je ne sais quel intérêt il m’avait inspiré, mais sa mort m’a réelle¬
ment alïecté.
« Quelques jours avant la bataille, il était près du consul, sur le
chemin de Tortonne, où la troupe sous les armes attendait les clefs
de la ville. Selon ma coutume, Je m’étais approché du cercle des gé¬
néraux, de manière à tout voir et tout entendre. Deshaies, Buona-
parte, Murat et Berthier étaient d’abord seuls, les trois derniers cou¬
chés sur l’herbe et le premier debout. Celui-ci était en simple lévite
bleue, avec un chapeau sans galon et un sabre en sautoir suspendu
par un cordon de soie, il avait une cravache à la main. De bonne foi,
je le prenais pour quelque garde-magasin principal et Je me rappelle
que je réfléchissais à la raison qui pouvait lui procurer l’honneur de
se trouver en si bonne compagnie, lorsque les généraux Victor, Gar-
danne et Kellermann fils arrivèrent auprès du consul et, comme par
un mouvement de surprise, se tournèrent du côté du particulier vêtu
en bourgeois, le saluèrent respectueusement et s’empressèrent, en se
rangeant auprès de lui, de lui demander de ses nouvelles et de le féli¬
citer de son retour. Je demande quel est cet homme et on me répond
que c’est le général Deshaies dont j’ai si souvent entendu parler. Il
ne portait jamais la décoration de son grade et on le voyait toujours
sous l’extérieur le plus simple. Sa physionomie annonçait un homme
bon, réfléchi et qui paraissait avoir quelque chagrin. Au moins, il
m’a paru tel les deux fois que je l’ai examiné.
« Nous avons quitté Bergame pour venir à Romano, petit bourg qui
nous sert de cantonnement. Je suis toujours indisposé comme à Paris.
Tout le bataillon a une espèce de dysenterie qui rend tous les soldats
presque hors d’état de faire leur service.
« Ce pauvre Simon est encore plus malade qu’un autre. Il se plaint
souvent à moi de son sort et il voudrait bien changer son sabre contre
une bêche ou une pioche du Bourbonnais.
« Je vous remercie des deux louis que vous me faites passer. La
poste est bien établie en ce moment et les mesures sont prises pour
assurer dans les divisions le transport de l’argent. Ainsi, si vous pou¬
vez me faire passer encore quatre louis, Je pourrai subvenir à mes be¬
soins et payer ce que je dois. 11 me faut rieu moins que cette somme
pour me remettre dans mes affaires un peu délabrées en ce moment
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MARENGO
381
et qu’il ne tient qu’à vous que je rétablisse en me faisant toucher
96 francs de plus.
« Je vous écrirai avec d’autant plus de plaisir tous les trois ou quatre
jours que ce m’est une preuve de votre amitié et de l’intérêt que vous
mettez à recevoir des nouvelles d'un fils absent depuis si longtemps.
« Mandez-moi ce qui s'est passé en France et les nouvelles de la
capitale. Rien ne pénètre ici et je me perds en conjectures. Un prêtre
m’a montré un dialogue en italien dans lequel le prince Charles s’en¬
tretient de la paix avec Buonaparte, mais je regarde cet écrit fait à
plaisir.
« Je suis, mon cher père, votre fils très respectueux et soumis.
« Rué des Sagets,
« Au2' bataillon de la 10V demi-brigade l u dicision
de l'aile gauche , à l'armée d'Italie. »
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Quelques Ex-lris intéressant le Bourbonnais
Cet ex-libris typographique est celui de Claude-Antoine Thonier
de V illiers de Montbillon ( I ), üls de G il bert, s'de Villiers, et de Marie-
Jeanne Foucault. Il naquit à Beaucotray, paroisse de Rodes, le 23 mal
1767. Officier de santé à Salnt-Sornin, il mourut le 1" lévrier 1854. Il
avait épousé à Montmarault. le 17 nivôse an III (6 Janvier 1795), Marie-
Anne Michelon, fille de Gilbert, député de l'Assemblée nationale, et
de Marguerite Guy.
De son mariage, il n’eut qu’une fille unique, Eugénie, qui épousa
Charles-Eloi Desmercières, conservateur des forêts, et mourut à
Moulins, en 1886, âgée de 89 ans.
(Collection M. Dénier.)
M. D.
(1) Ainsi dénommé dans un acte de parrainage du 31 mars 1788 à Saint-
Sornin. (Archives de i'Allier, E. suppl.556.)
• « «
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
383
François Joseph Ménage de Mondésir, écuyer, secrétaire du roi,
seigneur de la Chapelle-sous-Creux en Brie, originaire du Maine,
épousa en secondes noces une Bourbonnaise, Ellsabeth-Aimée Revan-
ger, fille de Nicolas-Joseph Revanger de Bompré et d’Henriette Héron.
Le 22 mai 1751, il se rendit acquéreur du château de Bressolles ;
en 1754, il fut parrain d'une cloche de l’église et, l’année suivante, il
fit bénir la chapelle Sainte-Catherine, particulièrement affectée aux
seigneurs de la baronnie de Bressolles.
En 1748, sa fille du premier lit, Anne-Gabrielle-Flore, née en 1729,
épousa Charles-Simon Millet, receveur général des finances de la
généralité de Moulins, fils de Charles-François, aussi receveur géné¬
ral des finances du Bourbonnais, et de Anne Le Tixier de Menetou.
François-Ioseph Ménage, baron de Bressolles, mourut en 1783, lais¬
sant de son second lit un fils, François-Camille, lieutenant aux dra¬
gons de Contl.
Ménage de Mondésir porte : d'azur au chevron d'or, accompagné en
chef de deux croissants d'argent et en pointe d'une tour du second
émail.
(Collection M. Dénier.) M. D.
O <4 «
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884
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Charles-Philippe-Albert de Bure, descendant d’une vieille famille
de libraires parisiens, naquit à Paris, le 25 Juin 1822, de Paul-Marie-
Guillaume et d’Eléonore Lestourgie. Il fut le premier de son nom qui
vint s’établir à Moulins, à la suite de son envoi comme conseiller de
préfecture en 1850. Le charme du pays le conquit, il donna sa démis¬
sion en 1853 et s’installa définitivement dans notre province. Il fut
successivement adjoint au maire de Moulins, conservateur de la bi¬
bliothèque municipale jusqu’en 1877, membre de la commission des
hospices, président de la Société d’Emulation du Bourbonnais.
Il mourut à Moulins le 27 décembre 1904.
11 avait épousé à Paris, en 1845, Virginie Bellaigue, dont il eut deux
enfants.
De Bure porte : d'azur à trois fasces d'argent.
(Collection M. Dénier.)
M. D.
© © ©
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QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS
385
Cet ex-libris (d'après un ancien cuivre) est actuellement employé
par notre confrère Georges Pégat pour sa riche bibliothèque du châ¬
teau de la Croix de-l’Orme (commune de Billy).
Notre confrère est devenu bourbonnais par suite de son mariage
avec M"* Adeline de La Rochette. La famille Pégat ou de Pégat, ori¬
ginaire de Montignac en Bas-Languedoc, fut 3noblie en 1655 en la
personne de Jacques de Pégat (1) et depuis a donné de nombreux
magistrats ou officiers de finances. Elle figure sur l'A rmorial de Riets-
tap (tome II) et l’on compte un Pégat sur la liste des consuls de Mont¬
pellier.
Le père de M. G. Pégat, décédé en 1879, fut président à la Cour
d’appel de Montpellier et notre confrère, magistrat lui-môme, démis¬
sionna en 1880.
Les Pégat portent : d'or à la fasce de gueules chargée de trois mo¬
lettes de sable et accompagnée de trois aigles éployées de même, deux en
chef et un en pointe. L'écu, soutenu par deux Pégases, est timbré
d'une couronne de comte.
(Collection M. Dénier.)
G. M.
(1) Archives de l'Hérault.
• « O
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BIBBIOa-BAPHIB
F. Claudon, conservateur des archives de la Côte-d’Or. — Notice
sur les archives de la Côte-d'Or. Dijon, 1911, in-8°, 134 p. et
5 planches.
Les archives de la Côte-d’Or comptent parmi les plus riches de
France et aussi les mieux ordonnées. Notre confrère M. Claudon, an¬
cien archiviste de l’Ailier, vient d’en écrire l’histoire avec le soin mi¬
nutieux dont il est coutumier. On trouvera dans son travail, non seu¬
lement des détails particuliers sur les archives de la Bourgogne,
mais encore bien des renseignements sur l’histoire des archives en
général. Et on y verra qu’à Dijon comme ailleurs le dépôt eut à souf¬
frir de l'indifférence des pouvoirs publics et du pillage dévergondé
que des intéressés pleins de zèle lui firent subir pendant toute la pre¬
mière partie du xix* siècle : cette ère est close, fort heureusement.
P. F.
Dulac (lieutenant-colonel). — Les levées départementales
dans l’Ailier sous la Révolution (1791 1790)... Tome //.Valeur
morale des volontaires ; correspondances et états de ser¬
vices. — Paris, Plon-Nourrit et C ie , 1911, in-8“, 518 p., portraits.
Voici, en quelque sorte, les pièces Justificatives de l'étude du lieu¬
tenant-colonel Dulac dont le premier volume a été sommairement
analysé dans le Bulletin du mois de mai 1911. L’auteur donne,
dans ce tome second, les états de services des olflciers, des sous-offi¬
ciers et des caporaux de volontaires par bataillon, et des réquisition-
naires. Il y ajoute des extraits, plus ou moins copieux, mais tous très
attachants par le parfum de sincérité qui s'en dégage, des correspon¬
dances dont il a pu avoir connaissance. Du tout, il a su dégager,
dans un chapitre de début, une impression personnelle sur la valeur
de ces bataillons : « A part quelques exceptions, dont il n'y a pas lieu
de s'étonner chez une jeune troupe, nous pouvons affirmer que les
volontaires de l'Ailier sont bons ; ils sont bons parce que leurs chefs
sont dignes de les commander. » La composition du corps d’officiers
de l'Ailier est incontestablement remarquable ; « leurs états de ser-
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BIBLIOGRAPHIE
387
vices et leurs correspondances en sont l'irrécusable preuve ». On sait
que la nomination des officiers appartenait aux volontaires ; il ne
semble pas que l'on doive se plaindre des résultats donnés par ce
système, pour dangereux qu'il paraisse en des circonstances ordi¬
naires. Sur un total de 198 ofAciers, 46 avaient servi sous l'ancien ré¬
gime, dont 10 comme ofûciers ; 7 furent tués à l'ennemi, 7 autres
moururent de leurs blessures, 18 moururent aux armées et 62 y furent
blessés ; 2 eurent leurs chevaux tués sous eux ; 13 servirent encore
sous la Restauration et 2 sous la monarchie de juillet. Le lieutenant-
colonel Dulac donne également un tableau résumant les états de ser¬
vices des sous-officiers et un tableau des états de services de la
troupe.
A vrai dire, aucun volontaire de l’Ailier ne devint un grand homme
de guerre, mais plusieurs officiers réussirent aisément à gravir les
échelons supérieurs de la hiérarchie militaire. Jean Rabusson, fils
d’un boucher de Gannat, volontaire au 2’ bataillon en mai 1793, est
lieutenant en 1804 seulement, mais capitaine en 1807, chef d'escadrons
en 1811, colonel en mal 1815, maréchal de camp en 1826, commandant
une brigade de cavalerie en 1831 ; il meurt à la retraite en 1848, avec
73 ans et 11 mois de services, campagnes comprises, ayant reçu vingt-
deux blessures, dont dix-sept sur le champ de bataille d'Eylau :
Larrey, dans ses Mémoires, dit comment, au sortir des rangs de
l’infanterie russe, il put le sauver de la mort en suturant les
plaies qu’il portait à la tète et qui rendaient son aspect « effrayant ».
Gilbert-Joseph Tortel, Als d'un tanneur de Moulins, ancien soldat
sous Louis XVI, prit sa retraite en 1815 comme adjudant-comman¬
dant. Claude-Joseph Jabin, de Montluçon, servit depuis 1792 au
2* bataillon, passa en 1805 au service de l’Italie et fut admis à la re¬
traite en 1823, comme lieutenant-colonel, après être rentré en 1814 au
service de la France ; il avait reçu deux blessures, dont un coup de
sabre à la tète et un coup de feu à la hanche droite. Etc.
Le lieutenant colonel Dulac suit aussi les volontaires originaires de
l'Ailier qui passèrent dans d'autres formations elles soldats de l'Ai¬
lier qui furent incorporés dans les demi-brigades, comme le comman¬
dant Place, mort en 1842.
D’après ces notes trop brèves, on voit que l'auteur a rempli avec
une conscience dont on ne saurait trop le louer le cadre qu’il s’éfait
formé. L'étude de détail sur les volontaires de l'Ailier n'est plus à faire ;
c'est avec une satisfaction, hélas ! trop rare, qu’on achève la lecture de
cet excellent travail, définitif.
P. F.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Notre confrère M. Flament, archiviste de l’Ailier, vient de faire
paraître une plaquette à la librairie Grégoire dans la collection des
Curiosités bourbonnaises et qui contient des Lettres inédites de
Pascal-Antoine Grimaud, vicaire épiscopal du département de
l'Ailier, membre do la Commission temporaire de Lyon (décembre 1793-
mai 1794).
Disposées dans l'ordre chronologique, accompagnées seulement
des notes indispensables à l’intelligence du texte et précédées d’une
lumineuse et substantielle préface, ces lettres sont « des documents
relativement rares » et d’une sincérité incontestable. Aussi consti¬
tuent-elles une précieuse contribution à l'histoire de la Révolution
en province, ainsi qu’à la psychologie des agents de la Convention
dans les départements.
P. J.
CHRONIQUE
Le ministre de l'instruction publique vient de classer au nombre
des monuments historiques plusieurs objets mobiliers, au nombre
desquels : à Souvigny, dans l’église, la Pieta en pierre peinte du
xvr siècle, un pied de cierge pascal en bois de Tépoque Louis XVI ;
à Moulins, au Sacré-Cœur, la Pieta en bois polychromé du xvi' siècle,
et, à la cathédrale, plusieurs panneaux, toiles et sculptures énumérés
dans l’arrêté du 30 septembre dernier.
Le Gérant : P. FLAMENT.
Moulins. — lmp. Etienne Auclairb.
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PROCÈS-VERBAL
SÉANCE DU 4 DÉCEMBRE 1911
Présidence de M. Morand
r
E taient présents : MM. le chanoine Berthoumieu, Besson,
le docteur Chopard, le chanoine Clément, Delaigue, Dénier,
Flament, L. Grégoire, I.eutrat, Linglin, Milcent et Pays.
— Excusés : MM. R. Chabot et Joly.
— Après lecture et approbation du procès-verbal de la dernière
séance, le Président procède au dépouillement de la correspondance.
Lettres : deM. Charles Delagrave relative à la publication des Guides
artistiques et littéraires des pays de France ; — de M. C. Lassalle, de
Toulouse, relative à la publication de \' Album de paléographie et de
diplomatique ; — de M. Laude, bibliothécaire municipal de la ville
de Clermont, annonçant la prochaine réalisation de notre projet de
publication de VArmorial de Guillaume Revel et demandant à notre
Société de vouloir bien lui accorder son patronage. La Société charge
son président de transmettre à M. Laude son acceptation en même
temps que ses vifs remerciements ; — bulletin de souscription à un
ouvrage de M. Portallier ; Tableau général des victimes et martyrs de
la Révolution en Lyonnais , Forez et Beaujolais.
— Le Secrétaire donne ensuite lecture d’une lettre de M. Jules
Roy, professeur à l'Ecole des Chartes, remerciant la Société de lui
avoir décerné le titre de membre d’honneur :
« La Société m’ayant consacré bourbonnais, j'ai été flatté de cette
distinction, je lui dois un vif remerciement et je vous prie de le lui
offrir de ma part. Je mets au nombre des heureux événements de ma
vie les circonstances qui m'ont conduit dans votre province et m’ont
mis en contact avec votre Société, qui se recrute, à son grand hon¬
neur, dans une élite solide et rélléchie, laborieuse et loyale. Elle con¬
serve les traditions des corps savants avec une jalouse attention ; elle
a soin d'écarter l’élément corrosif qui tend à dissoudre les agréga¬
tions humaines et elle forme un terrain neutre, une sorte de champ
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
d'asile ouvert aux opinions honnêtes de toutes les nuances, où l’har¬
monie se maintient par des concessions mutuelles sans lesquelles un
corps scientifique ne saurait subsister. Ce sont les qualités que j'aime.
Messieurs et chers Confrères, et parce que je les aime, il me semble
que le jour où vous voulez bien me conférer un honneur envié, l'idéal
qui n’a été longtemps pour moi qu'un eilet d'imagination est converti
par vos sufïrages en une réalité. Je vous en suis plus obligé que je ne
saurais dire et, pour commencer à vous témoigner ma reconnais¬
sance. je fais tous les vœux de bonheur pour la petite patrie que vous
honorez si noblement, ainsi que tous les souhaits de longue vie pour
la Société qui en est l'expression la plus sincère et la plus élevée. »
— Ouvrages offerts. - De M. Henri Poincaré : Les Sciences et les
Humanités; — de M. Jacques Madeleine : Les Stances, de Jean de Lin-
gendes ; — de M. Frédéric Maigret : Les proches parents de Henri
de Di/nant. La Société adresse ses remerciements aux donateurs.
— Le Président fait ensuite le compte rendu des publications re¬
çues :
« Dans les Annales de la Loire, à citer la relation d’une excursion
à Charlieu. bien faite pour nous inciter à diriger un jour nos pas vers
cette jolie ville si pleine de beaux restes des siècles passés.
« Les Antiquaires de Picardie, en outre de leur Bulletin, nous ont
adressé un magnifique album : Les Chants royaux et les Tableaux de
ta confrérie de Kotrc-Damc u'Amiens, qui renferme 48 photogravures
de ces tableaux des xv' et xvi' siècles, d’après le manuscrit conservé
ft la Bibliothèque nationale. A noter spécialement pour nous, bour¬
bonnais, la première planche de dédicace qui n’est autre que le por¬
trait de Louise de Savoie.notre dernière duchesse de Bourbonnais, à
qui fut offert le manuscrit. Peul être devrions-nous demander l’auto-
risaiionà qui de droit de faire reproduire cette planche pour notre
Bulletin. »
— M. le docteur Chopard donne lecture d’un travail sur des décou¬
vertes gallo-romaines faites à Vichy et spécialement sur une statuette
de pierre représentant le dieu Taranus (le dieu au maillet), dont il
fait circuler d'excellentes photographies, ainsi qu'un petit bronze de
sa collection représentant lui aussi le dieu au maillet (1). Notre
confrère termine en nous entretenant d'une tombe arabe trouvée
dans la rue Callou, à Vichy. (Ce travail est renvoyé au conseil
d'administration.) M. le docteur Chopard donne, en outre, une cu¬
rieuse description d’une tapisserie allégorique vendue cet été par un
antiquaire vichyssoîs.
— Sur la proposition de M. l'abbé Clément, l’assemblée décide de
maintenir dans sa rigueur l'article 10 du règlement intérieur et la tra¬
dition de notre Compagnie et, à l'instar des autres sociétés, de ne con¬
sacrer un article spécial de bibliographie qu'aux ouvrages offerts ; on
réservera seulement la mention, dans le compte-rendu ordinaire des
(I) Notre confrère. M. Bertrand, a lu. à la séance de la Société du 2 juin
19(>8, une intéressante notice relative à ce « dieu au maillet ».
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PROCÈS-VERBAL
391
séances et à titre de communication habituelle, aux ouvrages qui
pourraient offrir un intérêt littéraire, artistique ou scientifique.
Notre confrère fait ensuite passer sous les yeux des membres di¬
verses photographies de Pieta qui décorent l’une la face orientale du
clocher de l'église Saint-Pierre de Moulins, l'autre une maison qui
fait le coin des rues du Rivage et Jean-Bart. La première lui parait
surtout intéressante parce qu’elle est datée de 1663 et offre le type
des Pieta de la fin du xv' siècle ; la seconde est une des belles œuvres
d’art provincial du milieu du xvii' siècle. M. l'abbé Clément montre
une photographie prise par noire confrère, M. Verdeau, du beau
Sépulcre ( ou Mise au Tombeau t de la cathédrale de Moulins. Cetle re¬
production d’une œuvre remarquable du xvr siècle est destinée à une
étude que prépare le docteur Paul Richet, membre de l’Académie de
Médecine et de celle des Beaux-Arts, ancien élève du pensionnat
Saint-Joseph de Montluçon.
Enfin, M. l’abbé Clément ajoute qu’il a reçu de M*' la marquise
des Ligneris une demande de rectification à la notice qui accompa¬
gnait l’ex-libris des Ligneris dans le numéro d’octobre dernier :
« M“' Anne-Laurence d’Orignv ne portait pas le prénom de Julienne ;
au lieu de Vaisenon, il faut lire Vaux le-Pény ; enfin, M*' des Ligne¬
ris déclare n’être pas propriétaire du château de Bressolles. »
— M. Delaigue propose de reprendre pour l’excursion de 1912 un
projet qu’il n’avait pas pu soutenir cette année et qui comporte la
visite de Toury, Belleperche, Bagneux, Villeneuve, Baleine et
Avrilly. Le Président prie notre confrère de vouloir bien étudier cet
intéressant projet, qui sera soumis à l’assemblée au mois de Janvier,
en même temps que les différents autres qui pourraient être pré¬
sentés.
— A propos de l’excursion et sur demande de M. Milcent, la Société
décide que chaque monument visité au cours de notre pérégrination
annuelle sera l’objet d’une description et d’une courte causerie sur les
lieux mêmes et le jour de notre visite.
— Sont élus membres titulaires : MM. l’abbé Louis FonESTiER,
Alfred Hackspill, docteur Paul Roy et Gaëtan-Marcel Sanvoisin.
— Est présenté comme membre titulaire : M. André Joyeux de Lan¬
çon, professeur de dessin à l’Institution Saint-Gilles, par MM. Jacques
Pays, Louis Grégoire et par le chanoine J. Clément.
— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 heures.
M. D.
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ADDITIONS
AU
COMPTE RENDU DE LA XIII e EXCURSION
ChaugY
D ans le compte rendu de l'excursion de la Société d'Emula-
tion. à l’article « Sainl-Gérand-le-Puy », page 288, il est ques¬
tion de Jacques de Chaugy, qui joua un rôle considérable
au début des guerres de reiigion,
Jacques de Chaugy, alias Changy, chevalier, seigneur dudit lieu et
d’Urbise, appartenait à une famille chevaleresque du Forez. Il
épousa Françoise de Culant le 25 février 1530, fille de haut et puis¬
sant seigneur François de Culant, chevalier, seigneur de Bois-Grenon
en Berry, et de Pernelle de Blot(l), laquelle l’ernelle, devenue veuve,
épousa Gilbert, de Chaugy, père de Jacques (La Thaumassière, Hist.
ilu Berry. — Gén de la maison de Bosredon , par Tardieu). Jacques
de Chaugy et Françoise de Culant eurent non pas « une fille », mais
au moins trois filles.
1* Jeanne, qui épousa par contrat du 8‘décembre 1551, reçu Jacques
Fauvre, notaire au bailliage de Forez, Gaspard de Mars, écuyer, fils
de René de Mars, écuyer, seigneur de Rossegnat, Châtelroux, Baleine
(areh.du vicomte Jurien de la Gravière).
Jeanne de Chaugy, par son contrat de mariage, renonce à la suc¬
cession de ses père et mère en faveur de ses frères et sœurs, moyen¬
nant une dot de mille livres tournois.
Tout le monde sait que les Mars, comme quelques gentilshommes
bourbonnais, avaient adopté la religion réformée.
2' Marie, mariée par contrat du 2 septembre 1569 à Antoine Fradel,
(i) Pernelle de Rlot était fille de Gilbert de Chauvigny de Rlot et de Cathe¬
rine Loup de Beauvoir (Les Cliauvigny, par le commandant DU Broc de Se-
üange).
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ADDITIONS A L'EXCURSION
393
écuyer, fils de Pierre Fradei, écuyer, seigneur de Jarry, et de Mar¬
guerite Treille (Bibl. nat., cabinet des Titres, coll. Chérin, vol. 86,
actuellement fonds français, vol. 31.648. doss. 1740).
3° Catherine, qui épousa, non en « 1592 », mais en 1572, Charles
d'Apvrillon, écuyer, fils de Pierre d’Apvrillon, écuyer, seigneur de
Saint-Bonnet (Aubert de la Faige, Fiefs du Bourbonnais).
Saulzet
Les Saulzay, alias Saulzet, seigneurs de Chermont, « ne tirent pas
leur nom du petit Jlef de Saulsat ou de Sauhaic, situé en la paroisse de
Saint-Etienne-de-Vicq », ainsi qu’on le dit dans le compte rendu de
l’excursion de la Société d’Emulation du Bourbonnais, page 308. Ja¬
mais ils ne furent possessionnés dans cette région.
Le premier fief que je leur connais estGravière, paroisse de Saint-
.Rémy-en-Rollat, où ils touchaient encore des cens en 1611, car, par acte
du 20 juin de la même année, Claude du Saulzet, écuyer, les vend à
Thomas d’Apchon, abbé de Saint-Gilbert, prieur de Saint-Germain-des-
Fossés (arch. de Chermont). M. Tiersonnier et M. l’abbé Peynot incli¬
nent à donner aux Saulzet de Chermont, Rax et la Chapelle, la même
origine qu’aux Saulzet de la Rivière (X' excursion de la Société
d’Emulation du Bourbonnais, art. Saulzet, p. 132). Je n’en ai pour
preuve qu’un acte que m’ont communiqué MM Duchon et Gravier du
Monsseau, où il est dit qu’en 1570 noble Jean des Granges, écuyer, sei¬
gneur de Sanssat, fait une vente aux frères du Saulzet de Chermont
et de la Riciàre.
Les prénoms sont aussi les mêmes chez les Saulzet de la Rivière et
chez ceux de Chermont, de Rax et de la Chapelle.
La filiation donnée dans le compte rendu de l'excursion est abso¬
lument controuvée.
Claude du Saulzet, qui y est qualifié seigneur de Chermont en 1551,
n’épousa pas Antoinette Corrier, mais Jeanne Morel (arch. de famille ;
— Aubert de la Faige, Fiejs du Bourbonnais).
De ce mariage deux fils :
1° Noël, seigneur des Fontaines, qui épousa Catherine Cornillier
par contrat passé devant Arnoult, notaire, le 10 septembre 1573, et fut
l’auteur de la branche de Rax et de la Chapelle, dont MM. de Chaca-
ton et moi sommes les descendants.
2* Gaspard, seigneur de Chermont, qui, le 7 avril 1587, acheta la
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394
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
seigneurie de Pouantde Pierre d’Epinac, archevêque de Lyon, abbé
de la Bénissons-Dieu. C'est Gaspard qui épousa Antoinelte Corrier,
d'une lamille de Cusset. Il n’eut qu’un fils, Claude , qui ne fut jamais
lieutenant général du roi (?) et qui se maria avec Antoinette Gaudon,
fille de Jean Gaudon, seigneur de Souye et deFoulet, lieutenant gé¬
néral du domaine de Bourbonnais, et de Marguerite de Villaines.
De ce mariage naquit une seule fille, Antoinette du Saulzet, qui
épousa par contrat du 26 novembre 1622, reçu Revanglé et Berlié,
notaires, Jean Guérin, contrôleur général des rentes en la généralité
de Rouen, fils de noble Jean Guérin, demeurant à Cusset, et de Claude
Lallemant. C'est ainsi que Chermonl passa aux Guérin (arch. de
M. Ph. Tlersonnier).
Antoine du Saulzet, époux de Marie du Buysson, qu’il épousa, non
en « 1634 », mais en 1650, par contrat passé le 7 février devant Vi-
gier, notaire, n’est pas le « /Ils de Noël » du Saulzet cité plus haut,
mais son petit-fils et, par conséquent, il n'appartient pas du tout à la
branche de Chermont.
Il était fils d’Emmanuel du Saulzet, seigneur des Fontaines, et de
Marie Dobeilh Cet Emmanuel hérita de son frère, Jean du Saulzet,
archiprêtre de Cusset, seigneur des Dupuis, qui, le 22 juin 1621, avait
acheté la terre de Champblanc et celle de la Chapelle, paroisse de
Périgny, saisies sur Claude de Champblanc, écuyer (décret de la terre
de Champblanc, arch. de famille ; — Aubert de la Faige, Fie/s du
Bourbonnais). Le môme Emmanuel se rendit acquéreur, le 4 août
1636, de la terre de Rax que lui vendit Sébastienne Degan de la Nes-
son, veuve de Denis de Chargère, écuyer (mêmes sources). C'est, en
effet, d’Emmanuel du Saulzet que descendent les Chacaton et les Fra-
del, parce que les deux dernières héritières des du Saulzet de la Cha¬
pelle et de Rax, tilles de Gilbert-Emmanuel du Saulzet, écuyer, et de
Elisabeth Delageneste, ont épousé, l’alnée. Marie-Antoinette, Gas¬
pard de Fradel, chevalier, le 9 septembre 1766, et la seconde, Lau¬
rence, Nicolas de Chacaton, président trésorier de France en la géné¬
ralité de Riom,le 17 mai 176S (registres paroissiaux de Périgny ; arch.
de famille, contrats de mariage).
Les Saulzet portaient pour armes : d'asur, à une tour bretessée de
cinq pièces, posée sur une terrasse de sinople, et accostée de deux
étoiles d’argent. Vécu timbré d'un casque de profil orné de lam¬
brequins d'asur, d'argent et de sinople. (Lettres de confirmation de
noblesse de 1698. Bibl. nat, nouveaux d'Hozier, vol. 301, dossier
6944).
Ce sont les mêmes armes que les Saulzet du Berry, barons de Conr
tremoret (La Thaumassière, Hist. du Berry).
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ADDITIONS A L’EXCURSION
395
Dès 1616, les Saulzet obtinrent des lettres de confirmation de no¬
blesse (arch. de famille, inv. des papiers de défunt Annet du Saulzet,
fait par Morand, notaire).
En 1698, par lettres patentes données à Meudon, le roi accorde con¬
firmation de noblesse à « Gilbert-Emanuel de Saulzei, écuyer,
« s'de la Chapelle, pour les services considérables rendus aux rois ses
« prédécesseurs dans l’épée, tant par led. Gilbert-Emanuel que par
« Antoine de Saulzei son père, écuyer, s' de la Chapelle ; par Ema-
« nuel de Saulzei son aïeul, écuyer, s' des Fontaines, et par Noël
« de Saulzei, écuyer, s' des Fontaines, son bisaïeul, tant dans l’infan-
o terie, cavalerie que gendarmerie..., lesquels ont servi pendant plus
a de soixante-dix années sans disconlinuation et se sont trouvés à cin-
« quante sièges et prises de villes, à huit batailles ou rencontres, etc. »,
signées Louis, scellées du grand sceau de cire verte sur lacs de soie
rouge et verte, enregistrées au Parlement le 30 août 1700, signées Du-
tillet, etc... (Bibl. nat., nouv. d'Hozier, vol. 301, doss. 6944.)
Notre regretté confrère M. Emile Aubert de la Faige avait l'inten¬
tion dè faire une notice sur cette famille importante tant par ses états
de services militaires que par les fiefs qui lui ont appartenu dans
notre Bourbonnais.
C"“ e DE FfiADEL.
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ERRATA
DU COMPTE RENDU DE L’EXCURSION
Page 261, à la noie : Prirent part à l’excursion, au lieu de MM. Joyon,
Monnier... Scheitk, lire MM. Joyeux de Lançon, Manier... Sc/ielc.
Page 268,17' ligne : au lieu de Péronnelle, lire Pétronille.
Page 271,12' ligne : au lieu d’interrogatoire du 25 mars, lire inter¬
rogatoire du 25 août 1524. ,
Page 277, 9' ligne : au lieu de : ce (ut cette dernière, etc., lire : ce (ut
cette dernière, qui avait épousé M. Goyet de Livron, qui devint
propriétaire du Méage ; sa fille épousa M. de Chantemerle de
Villette, grand-père de notre conlrère Guy de Villette, etc.
Page 289, 1" ligne : au lieu de : Jacques de Changv ne laissait qu’une
fille Catherine, lire : Jacques de Changy laissait plusieurs filles
1 dont Catherine qui fut dame de Saint-Gerand ci épousa en 1572
Charles d’Apvillon, etc.
Page 299, 12' ligne : au lieu d’Alix, lire Agnès de Bourbon.
Page 308, 25' ligne : au lieu de : de son mariage avec Annette Corrier,
lire : de son mariage avec Jeanne Morel naquirent, etc.
Page 308, 28' ligne : au lieu de : un üls, lire : un petit-fils de ce dernier,
Antoine, etc.
Page 308, 31' ligne : rétablir une ligne omise. Gaspard de Saulzet, de
son mariage avec Antoinette Corrier eut un seul fils, Claude
du Saulzet, seigneur de Chermont, etc.
Page 316, 18' ligne : au lieu de : Marguerite d'Albon, femme d’Ar¬
taud III, lire: ceuee d’Artaud III.
Page 319, 27' ligne : au lieu de régicide, lire rëgicole.
Page 322, 22' ligne : au lieu de : les prieurs de Saint-Germain, lire :
les seigneurs de Saint-Germain.
Page 324, 7' ligne : au lieu de 1665, lire 1655.
Page 326, 21' ligne : au lieu de : le prieur était curé, lire : les prieurs
étaient curés.
Page 328, 3' ligne : ajouter les lignes omises. Celte navigation que
l'on rendit praticable sous Louis XIV pour l'Ailier jusqu’à Brioude
et pour la Dore jusqu’au Pont de Pechadoire, ainsi que l'établit un
arrêt du conseil d'Etat du 2S février 1669 fixant les droits et
devoirs des mariniers sur l’Ailier....
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^Société d’émulation du Bourbonnais
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tyote sw une statuette de Taranas
TROUVÉE A VICHY <«)
Q u'il me soit permis d'ajouter une mention à l'obiluaire ar¬
chéologique qu’est trop souvent notre Bulletin. Tous ceux
d'entre nous qui s’occupent d'art gallo-romain savent que
le sol de Vichy était (permettez cette expression à propos d'une ville
où l'on fait tant de cuisine et de la si bonne) littéralement farci d’ob¬
jets des premiers siècles de notre ère. On en a tiré des monceaux.
Beaucoup se sont perdus.
La plupart des autres sont allés enrichir des collections lointaines.
Notons pour mémoire que, pour sa seule part, le jour où il quitta
Vichy pour aller chercher fortune à Paris, Aymé Rambert en em¬
mena avec lui trois pleins wagons. Et il en commerçait depuis plu¬
sieurs années déjà. L’énumération des trouvailles effectuées à Vichy
couvrirait les exemplaires de plusieurs années de notre Bulletin. Il
n’en est pas moins vrai qu’il n'v a pas l'ombre d'installation de musée
dans ia première station thermale du monde.
Maintenant que le sol de Vichy a été retourné de tous côtés, les
trouvailles se font rares. Aussi, la dernière de quelque importance
qui y a été faite n’en mérite-t-elle que mieux une mention. Une partie
des objets est revenue au propriétaire du fonds. J’avais l’espoir de
conserver dans le pays les objets gardés par l'inventeur, mais ils s’en
sont allés je ne sais où. Cette série gallo-romaine, désormais disper¬
sée et qui, réunie, aurait fait honneur au plus grand musée, appar¬
tenait à l’époque Antonine et fut retirée en 1908 des fondations d'une
maison de la rue Callou.
Elle comprenait :
1” Quatre statuettes d'environ 25 centimètres de haut et représentant
Jupiter, Mercure. Mars et Vertumne.
(i) Communication lue à la séance de décembre.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
2" Trois statuettes de 10 centimètres environ : Apollon, Mercure,
Hercule.
3 6 Une statuette en pierre calcaire du Vernet, de 18 centimètres de
hauteur, dont la photographie est jointe à cette note.
4* Un plateau de bronze de 60 centimètres de diamètre couvert de
graines de céréales carbonisées.
5" Une grande faulx de bronze brisée en quatre fragments.
6’ Un vase de terre rouge sigillée d'une hauteur approximative de
40 centimètres, comme le sous-sol de Vichy en a tant livré. Mais il
était d'une forme potiche assez rare. Malheureusement, cette belle
pièce était brisée en plusieurs morceaux.
7* Une grande coupe de verre également brisée.
8* Enfin, soixante-cinq monnaies d'Hadrien et d'Antonin, dont une
demi-douzaine présentait des revers rares.
Des quatre grandes statuettes, le Vertumne seul avait un socle.
Celui-ci était quadrangulaire. La pièce ainsi montée ressemblait abso¬
lument^ la gravure que Duruy a donnée de cette divinité dans la
grande édition de son histoire romaine. Ces quatre statuettes étaient
du plus bel art classique. Malheureusement, comme elles étaient
tombées dans un brasier, sans doute lors de la destruction de l’autel
qui les portait, leur patine était grumeleuse et comme farineuse à la
surface, quoique d’assez belle couleur verte.
Les trois petites statuettes de bronze, qui avaient dû être mieux
protégées grâce à leur petitesse même, par le tas de grains avec lequel
elles étaient tombées, paraissaient avoir moins souffert de l’action du
brasier. Leur patine était d’assez belle venue. La statuette d’Apollon
reproduisait les traits aussi connus que caractéristiques de l’empe¬
reur Néron, son front bas surmonté d’une couronne de cheveux drus,
son cou épais et court, sa face large, son petit menton et ses yeux en
boule de loto. On sait que Néron avait fait élever sa statue avec des
proportions colossales et les attributs d’Apollon, dans le lieu où les
Flaviens construisirent après sa destruction l'amphilhéâtre qui en prit
le nom deColosseum. Nous savons par Pline l'Ancien que, pour édi¬
fier cette statue, Néron avait fait venir d'Arvernie le sculpteur Zéno-
dore, qui avait élevé la statue colossale de Mercure dans le grand
temple de la cité des Arvernes. J’ai vu à Lyon une statuette d’Apol¬
lon à peu près contemporaine de celle de Vichy et où l’on retrouvait
les traits de Néron, mais ils y étaient moins nets.
Chaque divinité avait un type assez défini généralement créé par
quelque grand maître de l’art grec. Il se peut que, depuis l’œuvre de
Zénodore, les traits de Néron aient servi, au moins pendant un cer¬
tain temps, de modèle pour les Statues d’Apollon.
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NOTE SUR UNE STATUETTE DE TARANUS
399
Chacune des trois petites statuettes de bronze avait son piédestal,
véritable bijou. Mais elles en étaient détachées. Je me rappelle très
nettement l’un d'entre eux, petit plateau de bronze flanqué de deux
mignons escaliers semi-circulaires, délicat ensemble qui faisait son¬
ger à une miniature de reposoir de la Fête-Dieu.
La pièce la plus remarquable de cet ensemble est, à mou avis, la
statuette en pierre du Vernet. Elle représente un vieillard barbu et
courbé. Un grand manteau l'enveloppe. Ses cuisses paraissent cou¬
vertes de la braie gauloise ou braye, comme disent encore les paysans
auvergnats en parlant de leur pantalon. Les braies semblent finir en
molletières. De la main gauche, le vieillard porte un long maillet,
dans la main droite, un objet sphérique.
A sa partie postérieure, un arbre se dessine sur le manteau. Cette
attitude et ces divers attributs rappellent la statuette donnée dans
l’ouvrage précité de Duruy comme la représentation de Taranus, le
dieu au maillet. Les Gaulois avaient une vénération mêlée de crainte
pour cette divinité génératrice du tonnerre et l’invoquaient dans les
occurrences désespérées. On sait que Vercingétorix la fit évoquer à
Alésia, par une druidesse, la veille du jour où il se rendit à César.
Le souvenir de la vieille déité gauloise subsiste encore dans divers
noms de localités et de personnes du centre delà France, par exemple
Tarenteix et Taragnat, localités du Puy-de-Dôme; Tarare, dans le
Rhône ; Taravent, nom porté en Auvergne.
Qu’on ne s’étonne pas de ces longues persistances linguistiques. Vous
savez mieux que moi, Messieurs, que si un Longnon s’appliquait dans
nos régions à l'étude méthodique des noms de lieux dits et de per¬
sonnes, il ferait une moisson extraordinaire de remarques curieuses.
Veuillez me permettre à ce propos une réminiscence et un rappro¬
chement que je n'ai vu écrit nulle part : la déilé indo-germanique des
tempêtes, vous le savez tous, avait nom Ægir ; l’empereur d'Allemagne
nous l’a rappelé il y a quelques années en composant, paroles et mu¬
sique, son hymne à Ægir. Eh bien ! le souvenir de cette déité, pour
le moins aussi vieille que Taranus, subsiste encore dans une dénomi¬
nation courante des montagnes du Mont Dore. Là, les paysans appel¬
lent « Ecyrs » les orages accompagnés de grands mugissements d’air,
mais sans tonnerre. Veuillez excuser cette digression, je reviens à
mon sujet.
Notre statuette ne présenterait pas de difficulté de diagnostic sans
deux particularités. Première particularité : la jambe gauche se re¬
lève au-dessous d'une pointe de manteau et s’appuie sur un ton¬
nelet. On sait que déjà le tonneau était d'usage en Gaule, tandis que le
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
vin était enfermé en Orient dans des outres de peau et à Rome dans
de grandes amphores en terre dont le mont Testaccio enferme encore
tant de débris. Notons en passant que l’usage du tonneau dans la Gallia
bracchata explique la rareté relative dans nos régions des graudes
urnes à vin ; elles ne commencent à être rencontrées fréquemment
que dans la vallée du Rhône.
Deuxième particularité : de dessous la partie du manteau qui est
relevée sort, horizontalement, l’extrémité d’un récipient, urne, am¬
phore ou gourde en terre.
Je pensai d’abord que gourde et tonnelet étaient une charge carica¬
turale et signifiaient que ce Taranus était l’œuvre de quelque mé¬
créant juif ou chrétien, à l'instar des déesses Mères à tête de gue¬
non, dont quelques spécimens ont été rencontrés tant en Auvergne
qu’à Vichy. Mais aujourd'hui, je crois qu’il est plus simple de suppo¬
ser que le sculpteur était un croyant et nous a représenté Taranus
avec des attributs plus complets que ceux que nous lui voyons ordi¬
nairement, notamment dans les statuettes de provenance lyonnaise,
dont est, je crois, le Taranus de Duruy. En même temps qu’il en¬
gendre le tonnerre, Taranus verse l’orage. La gourde renversée ne
symboliserait-elle pas celui-ci, comme l’urne penchante des divinités
fluviales symbolise l’eau qu elles épandent ?
Le type représenté par Duruy n’a pour faire le bruit du tonnerre
que son maillet. Cet outil peut suffire pour l’attribution symbolique,
mais il est incontestablement insuffisant en tant qu'instrumentation.
Avec un maillet seul, si gros soit-il, vous ne ferez jamais de bruit.
Avec un maillet frappant sur un tonneau, vous pourrez en faire beau¬
coup. Le maillet seul est le symbole réduit à sa plussimple expression.
Ce symbole devient complet par l'adjonction du tonneau au maillet. Le
premier tambour a dû être un tonneau. M. Ferdinand Desbrest, pro¬
priétaire de la statuette dont j'ai l’honneur de vous entretenir, l’a
montrée à deux spécialistes et à différents amateurs. Notre confrère
M. Bertrand lui a dit que « c’était un Dls-Pater » ; c’était déjà beau¬
coup de vérité. Taranus était incontestablement une déité émanée de
l'idée de la toute-puissance divine et, dans ses représentations, il
emprunte d'une façon non moins incontestable une figure très ana¬
logue à celle que les artistes donnent au Dis-Pater. Les exégètes
païens qui, au second et au troisième siècles, se mirent à imiter les
méthodes et la subtilité de'la théologie chrétienne auraient pu le
définir peut-être une modalité du Dîs-Pater.
M. Déchelette, l’éminent directeur du musée de Roanne, qui a vu
aussi notre statuette, se proposait d’écrire une note sur elle. Je re-
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NOTE SUR UNE TOMBE ARABE
401
grette plus que personne que les importants travaux archéologiques
qui l’ont occupé ces dernières années le lui aient (ait oublier. Je sou¬
mets humblement mon interprétation à ces deux savants et à tous
nos collègues qui s'occupent d’archéologie gallo-romaine.
Parmi les amateurs, les uns ont proposé Bacchus, ce qui ne tient
debout d’aucun côté ; d’autres, la représentation d’un vigneron gau¬
lois, ce qui dénote de leur part un certain sens artistique, car cette
statuette, avec tous ses attributs divers, est d’un réalisme charmant.
Enfin, les amateurs les plus frottés d’archéologie gallo-romaine vi-
chyssoise ont affirmé que c’était l'ex-voto d’un vigneron guéri par.
les eaux, ce qui est peut-être possible, le souvenir du donateur s’étant
perdu. Mais pour ex-voto, il a oilert l'image du dieu qui pouvait faire
beaucoup de mal à sa récolte.
Ajoutons enfin que la statuette présente diverses taches noires,
souvenir du brasier dans lequel sont tombées divinités et offrandes.
Cette sorte de petit trésor gallo-romain est évidemment le reste d’un
de ces oratoires publics comme il en a été trouvé en différents points
du sous-sol de Vichy. Au-devant de lui passait un chemin romain
dont j’ai vu défoncer l’infrastructure en béton de ciment dans la rue
Callou. J’ai même recueilli entre deux graviers de celle-ci une mon¬
naie d’Agrippa. La religiosité fut très développée dans les premiers
siècles de notre ère, depuis le règne d’Auguste, contrairement à la
période de scepticisme qui avait précédé celui-ci. 11 y eut même à
Vichy une confrérie de Dianenses, ainsi qu’en témoigne le massif
anneau votif qui fut vendu au musée de Saint-Germain par Aime
Rambert, qui l’avait acheté de terrassiers travaillant dans le vieux
Vichy.
Ce Vichy gallo-romain fut détruit par un grand incendie, ou plu¬
sieurs grands incendies successifs. Ce qui cause la joie des archéo¬
logues a fait le désespoir des contemporains.
Les belles découvertes archéologiques sont presque toujours le fruit
des catastrophes et, toutes proportions gardées, il en est de môme à
Vichy qu’à Pompéï. D r Chopahd.
- —.—-s— — ■
Note sur une tombe arabe trouvée à Vichy
Vis-à-vis l’immeuble Desbret se trouve, dans la rue Callou, l’hôtel
de la Concorde. Lors de sa construction, il y a quelque vingt ans, on
trouva au fond des fondations de l'aile gauche un tombeau sarrasin,
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402
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
caveau d’un mètre cinquante de largeur, de deux mètres de longueur
et recouverte d’une voûte très vétuste. Dans la construction de ce
caveau entrait un grand nombre de gros cailloux rcueillis dans le lit
de l’Ailier ou du Sichon. Le terrain de l’hôtel de la Concorde dépen¬
dait de l’ancien couvent des Capucins et l’emplacement du caveau
correspond, ce me semble, à la salle d’ombrage des Pères portée sur
le plan de Vichy du xvui' siècle.
’ Au début de la période carolingienne, il y avait déjà en cet endroit
un monastère habité par des moines obéissant à la règle de saint
Benoît. La tradition et des chartes disent qu’il fut détruit par les Sar¬
rasins vers l’époque de la bataille de Poitiers.
Ce caveau renfermait un squelette à moitié consumé dont les dé¬
bris furent enlevés avant que j’aie pu les examiner. De chaque côté
de la tête étaient tombées deux minces boucles d’or de 3 centimètres
de diamètre environ. Le squelette était orienté de l’ouest à l’est,
comme le caveau. Entre la paroi ouest de celui-ci et la tète, il y avait
une de ces pierres comme on en rencontre fréquemment dans les
cimetières musulmans, pierre quadrangulaire à sa base et s'évasant
à son extrémité supérieure qui présentait une concavité en forme de
bol. Un ancien capitaine de zouaves l’acheta comme souvenir arabe
en même temps que les boucles. Je ne sais ce que tout cela est devenu.
La vétusté du caveau, le choix de ses matériaux de construction qui
démontre la hâte de son édification et enfin l'état du squelette me
font penser que cette sépulture était celle d’un chef sarrasin mort à
l’époque de la destruction du couvent bénédictin et déposé là par ses
compagnons dans un caveau construit à la hâte peut-être avec quel¬
ques débris du couvent.
On ne pourrait arguer contre cette hypothèse de la proximité de
l’ancien cimetière de Vichy. Cette sépulture arabe se trouvait à
30 mètres au moins du mur de cet ancien cimetière. L’état du sque¬
lette et du caveau la date de plusieurs siècles. Or, le cimetière qui
entourait l'église du moutier n'a été ouvert au public que depuis la
Révolution. Depuis l’époque carolingienne jusqu’à celle-ci, il y a tou¬
jours eu là un monastère.
En dehors de notre hypothèse, il n'est pas admissible qu’on ait
enterré un musulman dans cette terre deux fois sainte.
D' Chopakd.
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BIBlvIO ŒR iLFH œ
En montagne bourbonnaise,, parle D'Brisson. Souchier, édi¬
teur à Roanne.
Ce sont des souvenirs que publie l'auteur ; ils ont l’attrait des pages
émues, ils ont aussi l'attrait des pages évocalrices qui sauvent de
l’oubli les traditions locales et fixent pour les générations futures
l'image des générations disparues. Les souvenirs de son enfance ont
fourni au docteur Brisson le chapitre sur les mœurs et les coutumes ;
les souvenirs de sa carrière médicale,c’est-à-dire de son âge mûr, lui
ont fourni le chapitre sur la superstition et les sorciers. De 1860 à
1910, c'est un demi-siècle qui se déroule sous nos yeux comme dans
un cinématographe.
I.’auteur évoque, pour nous, ces printemps de jadis qu’inaugurait
la Chanson du Mai, que les jeunes gens chantaient au son de la vielle
ou de la musette devant toutes les maisons où habitaient des jeunes
filles ; — et ces festins des C/iarriaisons où, dans de pantagruéliques
ripailles, s’effondraient les montagnes de gàtiaux, de galettes, de
flans, de pompes , de gouërons, en attendant que la bourrée mit tout
le monde en branle aux accents traînards de la ritournelle ; — et ces
lundis de Pâques où, dans les prés, se faisait la roule des œufs teints ;
— et cette tant belle foire d’Arfeuilles où, le 20 juin, se faisait la loue
des domestiques ; les garçons et les Allés arrivant bras dessus bra3
dessous avec des cris joyeux, les garçons arborant au chapeau une
feuille de noyer, les Ailes épinglant une rose au corsage ; à côté d’eux,
le charlatan vêtu d’oripeaux polychromes débitant ses discours et
vendant son baume ; les chanteurs de complainte frappant une pan¬
carte illustrée et se lamentant sur un très grand malheur ; un peu plus
loin, la danseuse de corde ; plus loin encore, sur le plan de foire, le3
hommes vêtus de limousines ou de biaudes et les femmes revêtues de
leurs capes, discutant sur le sort d'un grand porc noir à grandes
pattes, méchant comme un sanglier, ou d’une petite vache multico¬
lore, grosse comme une bourrique ; — et ces longues journées d'hiver
qu’on passait dans la grange à écouter le bruit cadencé des Aéaux ; —
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404
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
et ces longues veillées d'hiver qui, sous un seul toit, réunissaient
tout un hameau pour teiller le chanvre ou casser les noix, en racon¬
tant des contes fantastiques, des légendes de loups-garous, des his¬
toires terrifiantes de chasse-maligne et de feux follets ; — et ces nuits
féeriques des Brandons où, pour fêter le premier dimanche de ca¬
rême, on constellait tout le pays de mille feux-figols qui brûlaient
l’effigie de carnaval et autour desquels jeunes et vieux, rassasiés de
bignons, se traînaient parla main en rondes Immenses,en farandoles
échevelées et bruyantes.
L’auteur s’est laissé aller à revivre son enfance de montagnard et
le lecteur le suit avec émotion à travers ses impressions poétiques,
sentant à certains détails, à certaines scènes, à certains mots, que déjà
ce sont les récits d’un monde disparu.
Où sont ces métiers pittoresques qui faisaient, à des époques déter¬
minées, changer la physionomie du village ? Ces argouli ou savetiers
ambulants qui rapetassaient toutes les vieilles chaussures en plein
air : ces megnins ou magnins, qui rétamaient, soudaient, plombaient,
fondaient le plomb, l’étain et la ferraille de tous les ménages à la
fois ; les taillens à domicile, qui s'installaient chez vous pour vous
habiller. Où sont môme ces minois ou maouni madrés, dont les mou¬
lins se transformaient tout le long de l’année en mailleries pour le
chanvre, en pressoirs pour le cidre, en fabriques d'huile de uoix ?
Tout à coup, comme au seuil d’une ère nouvelle, surgit l’année ter¬
rible, 1870,avec les défaites, la démoralisation. On voit les montagnards
qui commencent par songer aux cachettes pour leurs objets les plus
précieux, puis aux projets de fuite dans les Bois Noirs. L’héroïsme
reprend le dessus : on constitue dans la mairie du Breuil un poste de
garde nationale où, jour et nuit, veillent des factionnaires qui se re¬
layent de deux heures en deux heures et qu’onabreuvedevins chauds;
les hommes font l'exercice comme ils peuvent, chaussés de sabots
blancs ou noirs, vêtus de toutes sortes de vieux uniformes, armés de
t,Hiles sortes de vieux fusils; le zouave,muni d’une carabine à pierre,
est au coude à coude avec le lancier, muni d'un fusil de chasse; l’exer¬
cice fini, on scrute l'horizon pour guetter l’arrivée possible des bal¬
lons de Paris. Un jour, les pompiers de tous les bourgs de la mon¬
tagne, sè sentant suffisamment entraînés et se mettant au-dessus des
larmes de leurs familles, résolurent « de porter à la France agoni¬
sante le secours de leurs bras vengeurs » ; casque en tête, ils par¬
tirent. Assis dans des chariots qui étaient ornés de drapeaux neufs, ils
passèrent à travers les villages, aux roulements des tambours et aux
sonneries des clairons jouant éperdùment la Marseillaise. A Saint-
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BIBLIOGRAPHIE
405
Germain-des-Fossés, où ces volontaires devaient prendre le train, il y
eut un malentendu et ils revinrent dans leurs familles, mais leur in¬
tention avait été généreuse.
C’est sur cet épisode guerrier que se termine le chapitre des sou¬
venirs d’enfance du docteur Brisson et que commence le chapitre des
sorciers.
Qu’il s'agisse du panseur qui soigne les maladies aiguës ou chro¬
niques, du gougneur qui remet en place les ventres décrochés , du re¬
bouteur ou rhabilleur qui raccommode les fractures et les foulures, ou
bien qu’il s’agisse des médecins de bestiaux, tous les sorciers dont
parle l’auteur ne sont en réalité que des médecins marrons, des chi¬
rurgiens empiriques, des masseurs sans diplôme, des vétérinaires de
fantaisie ; c’est à peine si, dans l’exercice de leur art, quelques orai¬
sons. quelques signes de croix dessinés avec le pouce conservent une
allure de surnaturel, c’est à peine si quelques pommades à la graisse
de vipère, quelques cataplasmes de terre de cimetière conservent un
relent de sabbat.
Pour retrouver la vraie sorcellerie, fille des Magiciens, il faut que,
par des on-dit, le docteur Brisson nous fasse remonter à 1830, avec
l’anecdote de la Sorcière de Cëron. La sorcière de Céron découvrait
l’avenir, jetait ou levait les sorts — à la bonne heure ! voilà de la vraie
sorcellerie. Elle habitait Céron, sur les frontières du Bourbonnais et
du Charolais, on l'appelait la. Dccinc et nos montagnards étaient au
nombre de ses plus fidèles clients. Un paysan d'Arfeuilles voyait son
cheptel dépérir tous les jours. Pas de doute : un sort avait été jeté.
Le sorcier d’Arfeuilles nommé Beurrier, dit Coquelicot, fut soupçonné
d'être l'auteur du maléfice ; mais encore fallait-il en être certain et
fallait il surtout faire lever le sort. Notre malheureux homme eut re¬
cours à la Devine de Céron.
« Oui, un sort a été jeté sur ton bétail, lui dit-elle, et j’en connais
l’auteur. Il habite la commune. A partir de maintenant, c’est la lutte
entre Lui et Moi. Fais seulement ce que je vais te dire, on verra qui
triomphera. Trois jours de suite, entre onze heures et minuit, rends,
toi à une croisée de chemins où se dressera une croix, et là; tourné
du côté où le soleil se lève, fais ta prière et regarde ! Si le troisième
jour, tu n’as rien vu, c’est que j’aurai été vaincue. »
La bourse vide, mais le cœur plein d’espérance, notre homme revint
et, sans plus tarder, le soir même, il se rendit au carrefour de la Croix-
des-Chabannes, point culminant qui domine le bourg et qui remplis¬
sait toutes les conditions imposées par la sybille.
Il ne vit rien ; le second jour, pas davantage ; le troisième jour,
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
apeuré par la solitude et le silence de la nuit, il faisait anxieusement
sa prière quand, juste en face de lui. au-dessus du bourg, des flammes
s'élevèrent dans le ciel. Un incendie, sans doute. Le tocsin sonna, en
effet. C'était la maison de Beurrier qui brûlait. Le lendemain, dans
un étang, près du bourg, on trouva le cadavre de Beurrier avec une
pierre au cou : il avait mis le feu à sa maison avant d’aller se noyer.
La sorcière de Céron était victorieuse !
En vérité, voilà une belle diablerie. Elle date de 1830 ; le docteur
Brisson n'en a pas été témoin ; il l’a seulement entendu raconter.
Mais il a au contraire connu et même endormi une autre devine,
appelée Catherine Maupertuis ou la Dormeuse de la Palisse. Il pa¬
rait que les prodiges qu'elle a accomplis sont scientifiques et font
partie du bagage de l’hypnotisme; pour les profanes, c’est tout.de
même de la sorcellerie. La Dormeuse de la Palisse , une fois hypno¬
tisée, jouissait de la double vue. Elle a donné une séance concluante à
l’Académie de médecine de Clermont, puis elle a été examinée et en¬
dormie par le docteur Brisson lui-même. Dès qu’elle fut hypnotisée
elle décrivit avec une vérité saisissante et dans tous ses détails une
scène qui se passait au même instant à 20 kilomètres de sa maison.
Les conseils d’une voyante sont toujours salutaires ; on pense bien
que la dormeuse de la Palisse avait une clientèle de gens qui venaient
la consulter pour leurs affaires, pour leur santé et pour les affaires
et la santé de leurs familles. Or, un cultivateur était allé la consulter
pour la santé de sa femme qui, malade, gardait le lit. La voyante
avait, en esprit, gagné le domicile de la malade, elle donnait des
détails sur l’état dans lequel cette personne se trouvait alors,’ lorsque
tout à coup elle devint hésitante et poussa une exclamation. « Ah !
ce que je vois !! » — « Quoi donc ? » demanda le paysan. — « Un tré¬
sor ! » répondit-elle. — « Vous devriez bien me l’indiquer », dit
l’homme stupéfait. Elle répondit par ces mots très prosaïques : « Je
veux bien, mais vous me donnerez vingt francs. » Il ne les avait pas,
et puis c'était cher, il refusa. Un soir d'hiver, les enfants de notre
paysan s’amusèrent à frapper contre le mur de la cuisine ; à côté de
la cheminée, il y eut une résonnance si particulière que l'homme
Intrigué pensa au trésor. Il ne douta pas un instant que ce ne fût la
cachette : il perça le mur et fit bien. Une mince cloison céda au pre¬
mier choc : elle masquait l’ancienne niche où l’on mettait autrefois
le c/ialeu et les chenevottes : il n’y trouva ni chaleu ni chenevottes,
mais un pot à lait et, dans ce pot à lait, une fort belle somme en
monnaies anciennes. C’était le trésor annoncé. Quelle était son impor¬
tance V On ne l'a jamais bien su : on a parlé de huit mille francs.
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BIBLIOGRAPHIE
407
Toujours est-il qu'à la place de la chaumière s'élève à l'heure qu’il
est une maison proprette, couverte en ardoise et que ceux qui l’ha¬
bitent bénissent la Dormeuse.
N’est-il pas vrai que cette femme était un peu fée? Elle est cepen¬
dant morte à l'hôpital en 1882.
Le volume du docteur Brisson est émaillé de ces histoires palpi¬
tantes qui alternent agréablement avec des histoires humoristiques
et avec des histoires gauloises, entre lesquelles nous recommandons
celle de La Cheville du Sorcier et celle de La Chèore ensorcelée.
P. Duciion.
Léon Bideau. — Bellenaves. Tome I. — Chez l’auteur. 1909. In-8%
215 p. — L’ouvrage de M. Léon Bideau est le fruit des longues et
patientes recherches qu’il a consacrées à l’étude de son pays natal.
Bien écrit, très documenté, il lui a valu le diplôme d’études supé¬
rieures d’histoire et de géographie devant la Faculté des Lettres de
Clermont.
Il est divisé en quatre chapitres : 1* les origines et le Moyen-Age ;
2* les temps modernes ; 3* la Révolution ; 4° le xix e siècle. Dans les
deux premiers chapitres, M. Léon Bideau s'efforce d'établir la liste
des divers possesseurs des fiefs, notamment des fiefs de Bellenaves
et du Peschin. Mais il ne borne pas là son étude et il consacre des
pages intéressantes à la condition des populations rurales de celte
époque.
C’est une préoccupation qui mérite d’être signalée, car elle échappe
à la plupart des auteurs de monographies rurales. L'histoire d’une
localité n’est pas plus celle de la famille seigneuriale que notre his¬
toire nationale n'est celle des rois de France. Et, avec raison, il a songé
. Aux défricheurs de lande et de broussaille
Qu’à l’horizon choisi rien ne put arracher,
Qui s’unirent jadis autour de ce clocher
Et de qui l’âme encore dans la cloche tressaille !
Dans le troisième chapitre, il faut regretter quelques lacunes im¬
putables à la disparition des registres des délibérations des assem¬
blées municipales ; il importe toutefois de mentionner la curieuse
figure du conspirateur royaliste Herre Molette, agent de l'émigration
dans la région de Gannat.
L’auteur termine son ouvrage par un hommage ému à « ceux qui
pieusement sont morts pour la patrie » et il en dresse la liste depuis
l’an II jusqu’en 1870.
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SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
En écrivant ce livre, M. Léon Bideau a poursuivi un but que nous
ne saurions trop encourager. Instituteur, chargé de donner l'ensei¬
gnement aux enfants de nos campagnes, il a compris l’utilité qu’il y
a de donner une place importante à l’histoire locale dans les pro¬
grammes de l’école. Faire connaître et aimer le pays natal, c’est encore
le meilleur moyen de retenir fidèles au village, d’enraciner à la terre
ceux qu’un vent d’ambition ou de découragement pousse sur le che¬
min de l'exode. C’est élever aussi l’esprit des populations rurales, leur
donner un idéal, faire naître en elles un rêve qui les arrache à la
vie purement matérielle à laquelle elles sont condamnées.
Tant de choses à notre époque divisent les habitants non seulement
des villes, mais des plus humbles hameaux, qu’il est heureux d'en
rencontrer une, comme l’histoire locale, qui puisse encore les unir
tous dans une môme pensée, dans un même sentiment, dans un même
élan du cœur. Malgré la diversité des opinions, malgré la lutte ar¬
dente pour leur triomphe, malgré les rivalités plus ou moins violentes
qui les agitent et qui les troublent profondément, tous, sans excep¬
tion, sont restés fidèles à l'amour du pays natal, à «cette lente et chère
accoutumance » dont parle André Theuriet, qui « attache l'homme
à la province où il est né, à la maison où il a grandi, aux pierres, aux
arbres, aux horizons contemplés chaque jour ».
Entretenir cet amour de la petite patrie, c’est donc accomplir une
œuvre de paix et d'union.
L'enseignement de l'histoire locale a une portée plus haute encore ;
en élevant l'esprit au-dessus des mesquineries de la vie journalière,
en lui montrant ce que pèsent peu dans la suite des siècles les événe¬
ments les plus importants, il le rend plus large, plus tolérant, plus
dégagé des contingences de l'heure présente. C'est là une œuvre mo¬
rale. sociale et patriotique, dont M. Léon Bideau a compris la gran¬
deur et, à cette tâche, il a donné tout son cœur !
Joseph Viple.
Frédéric Maigret. — Les proches parents de Henri de Dy-
nant. — Bruxelles, impr. de Ilayez, février 1911, in-16, 26 p.
Henri de Dinan, le célèbre tribun liégeois, sans lequel l’insurrec¬
tion de 1253 eût sans doute été de longtemps retardée, vint mourir,
vers 1260, à Valencienhes, à la cour de Marguerite la Noire, com¬
tesse de Flandres, femme en secondes noces de Guillaume de Dam-
pierre et, par là, bru de Mahaut I", notre dame de Bourbon. Dans
son mémoire généalogique, notre confrère cherche à prouver, ce que
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BIBLIOGRAPHIE
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M. G. Kurth avait déjà précédemment avancé, que la maison de Di-
nan appartenait au puissant lignage de Saint-Servais.
P. F.
Jean de Quirielle. — L'Œuf de verre. — Paris, Méricant. in-16.
Notre confrère Jean de Quirielle vient de justifier une fois de plus
la qualité d'homme de lettres qu’il arbore fièrement, comme un dra¬
peau, à la suite de son nom, dans la liste des membres de notre docte
Compagnie. Il a pondu l'œuf de verre et l'éditeur A. Méricant s'est
chargé d'oflrirun nid au fruit fragile de l'imagination de notre com¬
patriote. L'Œuf de verre fait partie d’une série, celle des récits mysté¬
rieux auxquels se plaît Jean de Quirielle. Analyse-t-on le mystère, le
rêve ? Non, n’est-ce pas ? Aussi n'attendez pas de moi un pâle
compte rendu de ce roman. Si vous voulez percer le mystère, faites
comme moi et gobez l'œuf. Peut-être trouverez-vous que l’auteur pré¬
sente une singulière these de dédoublement d’âme, mais les rêves se
piquent-ils d'orthodoxie et de logique et un récit mystérieux est-il
autre chose ?
Ph. T.
Les idées révolutionnaires dans les campagnes du Bour¬
bonnais, étude publiée dans le « Journal des Débats ». Par Léopold
Bernard. — Montlu<;on, Herbin, 1911, in-16, 62 p.
Notre sympathique confrère, M. Léopold Bernard, avait donné une
forme exclusivement littéraire à ses études sur la désertion des cam¬
pagnes et sur le divorce (1). Son nouvel ouvrage, Les idées révolu¬
tionnaires dans les campagnes du Bourbonnais, est, d’un bout à l'autre,
une argumentation précise et serrée qui met à néant les impudents
mensonges des politiciens. Léopold Bernard n’est pas seulement un
avocat de talent, un psychologue pénétrant, il est aussi merveilleuse¬
ment documenté sur les questions agricoles. Appartenant à une fa¬
mille d’agriculteurs bien connus dans le canton de Bourbon, l’auteur
ne s’est pas contenté de regarder de loin le paysan, il l'a observé dans
sa vie privée, l’a maintes fois confessé. Les comptes de la Saint-
Martin lui ont permis d'établir le bilan des budgets campagnards. La
clairvoyance de L. Bernard et sa documentation nous fixeront sur la
situation actuelle des classes rurales en 1911.
Tout d’abord, l’auteur prouve jusqu’à l’évidence que le métayage,
forme ancienne de la culture en Bourbonnais, est plus avantageux
( 1 ) Suprême détresse. — Claire liergeron.
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SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
qu'aucun autre système. Le métayer peut avoir besoin d’avances et
l’aide du propriétaire lui permet de passer, sans presque s’en aper.
cevoir, les mauvaises années. L’impôt coionique, ce thème des décla¬
mations socialistes, ne (ait ressortir qu’à un taux infime les sommes
souvent considérables fournies par le propriétaire. L’éminent profes¬
seur Berthault avait tiré les mômes conclusions lors d’une enquête
agricole faite en 1910. Si les Bernard et les Berthault se rencontrent
ainsi, c’est qu'ils ont le souci de la vérité et non le désir d'entraîner
de « vagues humanités • à des espérances dangereuses autant que
criminelles. La question du fermier général arrive à son tour et Léo¬
pold Bernard nous montre celui-ci comme l'artisan du progrès et l’un
des auteurs de cette transformation du Bourbonnais misérable en une
province privilégiée.
Chemin faisant, l'auteur constate que le paysan a toujours été le sa¬
tellite du parti au pouvoir et, s’il ne cite pas le vieux proverbe : «Oi¬
gnez vilain », il en évoque le souvenir.
Pour les besoins de la cause, un politicien a logé le paysan bour¬
bonnais dans des maisons boiteuses ou des cabanes en terre battue.
Comment se fait-il alors qu'on vienne non seulement des provinces
voisines, mais de l'étranger, étudier le modèle de nos constructions
rurales ï S’il se rencontre des masures chétives, délabrées dès leur
achèvement, elles appartiennent à ces petits propriétaires qui atten¬
dent avec tant d’impatience le partage des grandes terres et qui ne
sont pas du tout partageux, mais preneurs.
L'anarchie est partout. Si le métayer hait son propriétaire, à son
tour il est haï par ses domestiques, désobéi par ses propres enfants.
Le respect et la subordination ont disparu. L'honnêteté, cette pierre
angulaire de toute société, est considérée comme une duperie. La
haine démagogique est telle qu’un propriétaire rural, habitué à dis¬
cerner la vérité à travers les réticences et les hypocrisies des paysans,
estime que sa vie ne serait plus en sûreté à la moindre commotion
politique. Doux pays !
Les gages qui augmentent, le bien-être partout répandu, l’aisance
générale ne suffisent plus. La classe rurale veut une nouvelle révolu¬
tion qui permettrait à chacun (?) d’arrondir son lopin. Si ce moment
tant désiré arrive enfin, il apportera de nombreuses désillusions.
Telles sont, rapidement analysées, les principales propositions trai¬
tées dans l’ouvrage de Léopold Bernard. Il faudrait pouvoir citer aussi
les chiffres qui corroborent les assertions. Ce qui est mieux encore,
c’est de lire le livre entier et de le conserver dans sa bibliothèque.
Cette étude marquera une phase de l’histoire bourbonnaise, non la
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CHRONIQUE
411
plus gaie ni la plus honorable. Léopold Bernard se plaît à espérer que
cette période de haines sociales et d'agiiations stériles n’aura qu'un
temps. « Notre race aujourd'hui sommeille : Dieu veuille que demain
elle retrouve sa vigueur. » Associons-nous à ce vœu. Utinam !
E. Capelin.
CHRONIQUE
Notre confrère, M. Valéry Larbaud, vient de concourir pour le prix
décerné chaque année par l'Académie Goncourt ; on sait que ce prix
a été attribué à M. de Châteaubriant pour son roman Monsieur des
Lourdines.
M. J.-H. Rosny aîné, membre de l’Académie Goncourt, interwievé
à ce sujet par plusieurs journaux de Paris, a déclaré que M. Larbaud
n’a dû son échec « qu'à sa situation personnelle de fortune », et que
l'Académie, ne s'cn tenant pas seulement à ses statuts, mais bien
plus aux volontés des fondateurs du prix, a voulu couronner un au¬
teur peu fortuné, pour lui permettre de réaliser d'autres productions
et de poursuivre son œuvre à l’abri du besoin.
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LISTE DES IBEffiBRES
DE LA
Société d’Emulation du Bourbonnais
(Lettres, Sciences et Arts)
COMPOSITION DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
Bureau
Président (1910-1912) : M. Morand (Gabriel), avenue Nationale, 20 (I).
Vice-Présidents (1912), 2* année : M. le chanoine Joseph Clément,
rue du Chambon, à la Madeleine — (1912), 1" année ; M. De-
laigue (Ernest), A. correspondant de la Commission des
monuments historiques, boulevard de Courlals, 5.
Secrétaire général honoraire : M. Gustave Bernard, place del'Ancien-
Palais, 3.
Secrétaire général (1908-1912) : M. Marc Dénier, rue du Lycée, 6.
Secrétaire-adjoint (1912) : M. Edgard Capelin, propriétaire, rue Mi-
chel-de l’Hospital, 28.
Trésorier (1910 1912) : M. II. Frobert, banquier, avenue Nationale, 22.
Directeur du « Bulletin » (1912) : M. Flament, A. archiviste du
département, correspondant du Ministère de l'Instruction pu¬
blique, 4, rue Michel-de-l’Hospital.
Conservateur des collections (1910-1912) : M. Gustave Queyroi, ancien
ollicier d’infanterie, 34, rue de Bourgogne.
Bibliothécaire (1910-1912) : M. Joly (Léon), A. Q, ancien professeur
d'histoire au lycée de Moulins, 10, boulevard du Chambonnet.
Administrateurs
MM. Berthoumieu (chanoine), rue Bertin, 5.
Brinon (C" Henri de), docteur en médecine, b 1 ' de Courtais, 25.
Chopard (docteur Emmanuel), 172, rue de Nîmes, Vichy.
Grégoire (Camille), I. O- 9• juge de paix à Sainl-Pourçain-sur-
Sioule.
(1) Toutes les adresses non suivies d'indication de ville sont de Moulins
toutes celles non suivies d'indication de département sont de l'Ailier.
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LISTE DES MEMBRES
413
MM. Las-Cases (Marquis de), conseiller général, maire de Coulandon,
château de la Presle, Coulandon.
Milcent (Georges), ancien olïicier de cavalerie, agriculteur, rue
de Villars, 25.
Quirielle (Roger de', propriétaire-agriculteur, Montaiguët.
Sabatier (Aimé-Henri-Auguste), notaire, rue de Paris, 19.
MEMBRES DE DROIT
M« r I’Evêque du diocèse de Moulins.
M. le Préfet du département de l'Allier.
M. le Maire de la ville de Moulins.
M. le Général commandant d’armes de la place de Moulins.
MEMBRES HONORAIRES
M. le Comte de Chabannes, ancien officier d’artillerie, place Belle-
cour, 30 bis, Lyon (Rhône'.
M. Claudon (Ferdinand), I. archiviste de la Côte-d'Or, Dijon.
M. Roy (Jules), #, professeur à l’école des Chartes, directeur à l’école
pratique des Hautes-Etudes, 19, rue Hautefeuille, Paris.
La Diana, Société historique et archéologique du Forez, Montbrison.
MEMBRES TITULAIRES
MM. Advenier (Louis Marie-Henri), notaire, rue Diderot, 25.
Aubert de la Faige (D r ), à Bussolles, par la Palisse.
M"' Auclaibe (Alice) (impr. E. Auclaire), place de la Bibliothèque.
MM. Audin (Abbé), curé de Treteau.
Baer (Gustave), architecte, place de la République, 7.
Bailleau (Abel), ing.-agronome à Pierrefltte-sur-Loire.
Balorre (Frédéric Imbert, Comte de), château de la Cour Con-
tigny, par Saint-Pourçain-sur-Sioule.
Bardet (Augustin), avoué, cours de la Préfecture.
Bargnoux, industriel à Cusset.
Barriquand, à la minoterie de Sept-Fons, par Dompierre.
Battu, avocat, château des Laurents, par Lusigny.
Baury (J.), architecte, 38, avenue Meunier.
M*' Beauchamp (Michel), château de Vaumas.
MM. Beaumont (Abbé), professeur au Sacré-Cœur de Moulins.
Béguet (Louis), banquier à la Palisse.
Benoit (D' Paul), à Saint-Gérand-le-Puv.
Bernard (Léopold), avocat, rue du Cherche-Midi, 91 bis, Paris.
M*' Bertrand, à la Pacaudière (Loire).
M. Bertrand (Alfred), I. Q, conservateur du musée départemental
et municipal, cours de Bercy, 10.
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414
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
MM. Besson (Gabriel), rue du Lycée, 10.
Bidault (François 1 , agent d’assurances, 6, avenue Meunier,
Moulins.
Bideau (Léon), répétiteur à l'école des Arts et Métiers de Châ¬
lons-sur-Marne.
Biernayvski (Louis), archiviste-paléographe, r. Lucas, 19, Vichy.
Blondeau (F.i, entrepr. de menuiserie, 9, r. du Vieux-Palais.
Bodard (Georges), A. <&, à Cérilly.
Boirot (Max), rue Lamartine, 26, Paris.
M"' Boisé de Courgenay (Joséphine de), château de Chabenet, par
Saint-Marcel (Indre).
Boissieu (de', château de la Forêt, à Toulon-sur-Allier.
M"' Bonand (Françoise de), rue de Bourgogne. 29.
MM. Bonnerot (Abbé), château du Plaix, par Montluçon.
Bonnet, notaire, place de la République, 22.
Bonneton (René), château de Corgenny, par Chantelle
Bouchet, pharmacien, rue François-Péron.
Boucomont (Antoine), docteur en droit, avocat-avoué, rue de
Cours, 18, Cosne (Xiè're).
Boudeville (Jean-Baptiste , entrepr., à Dompierre sur-Besbre.
Bouillon (Abbé Benoît), curé de Nocq-Ciiambérat, par Iluriel.
Bourbon-Busset (Robert, Comte de', rue de Paris, 38.
Boutal (Louis), agriculteur, avenue Meunier, 23.
M*' Broc de Sf.gange (du), château de Segange, par Moulins.
MM. Bujon (Abbé Charles!, avocat, missionnaire apostolique, à No-
mazy, par Moulins.
Bure (Georges de), agriculteur, chât. de la Besche, par le Donjon.
Bukelle (Jean-Baptiste', juge au trib. civil de la Châtre (Indre).
Buvat (Paul), négociant et antiquaire, rue Voltaire.
Cailiie, conducteur des ponts et chaussées en retraite, rue du
Lycée.
Ciiabannes-La Palice (Jean. Comte de), officier de marine de
réserve, château d’Avrilly, à Trevol, par Moulins.
Chabot (Abel', rue de Bourgogne.
Chabot (René), propriétaire agriculteur, bd du Cbambonnet, 9.
Chacaton (Maurice de), chev. d'honneur et de dévotion de
Tordre de Malte, chât. de Chermont, par St-Germain-des-Fossés.
Chambron (Lucien), industriel, rue de Bourgogne, 30.
M"' Champeaux (Marquise de), rue de Bourgogne, 10.
MM. Champfeu (Léon, C" de), *, capitaine de frégate en retraite, 62,
via Sistina, Rome (Italie'.
M"' Champigny (de), château de Champigny, par Hérisson.
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LISTE DES MEMBRES
415
MM. Champs de Verneix (Victor des), à Cusset.
Chanier, grenier du tribunal de commerce, b d Ledru-Rollin, 52.
Chapoutot (Docteur), à Buxières-les-Mines.
Chauchard (André), agriculteur, château de Mézangy, à Pouzy.
Clayeux (Edmond), château des Gouttes, par Jaligny.
Collas (Eugène), maire de la Ferté-IIauterive, rue Choisy, 7.
Cordez (André), château des Chaulets, par Souvigny.
Corne (Paul), maire d’Yzeure, château du Parc.
Coulhon (Pierre), I. $>, cher div. à la Préfecture, r. des Grèves.
Crépin-Leblond (Marcellin), imprimeur, directeur du Courrier
de l'Ailier , rue Jean-Jacques Rousseau, 15 bis. ■
Crochet (Abbé), curé de Thionne, par Jaligny.
Croizier (Eugène), notaire, rue des Potiers, 24.
Cueillat (Abbé), curé de Saint-Germain-des-Fossés.
Debesson (Abbé), curé de Saint-Victor.
Décran (Docteur), boulevard Ledru-Rollin, 25.
M*' Defaye (Albert), à Dompierre-sur-Besbre.
Defaye (Maurice), au chât. de la Motte, à Dompierre-sur-Besbre.
DÉHNiÈRE(Léonce) .entrep'dedéménag., bibliophile,r.d’Enghien.
Deschamps (Chanoine R.), rue de Paris, 51.
Deshommes (Abbé), à St-Clément, par le Mayet-de-Montagne.
Desmaroux de Gaulmin (baron), chât. de St-Allyre, par Saint-
Gerand-le-Puy.
Desnoix (Abbé), curé de Lurcy-Lévy.
Desrosiers (Abbé Athanase), à Cuiïy (Cher).
Devaulx (André), propriétaire, à Saint-Gerand-le-Puy.
Devaulx de Chambord (Albéric), château de Chambord, à Tré¬
teau (Allier).
Devidal (Abbé), curé d’Autry-Issards.
Didier, régisseur à Avrilly, par Trevol.
Dreuille (H .comte de), agricult', chât. de Dreuille, Cressanges.
Dreuille (Jean, comte de), 54, rue de Ponthieu, à Paris.
M"' Duchet (Léonie), boulevard de Courtais, Montluçon.
MM. Duchollet de Costebelle, à Champfeu, commune d'Avermes.
Duchon (Paul), à Cusset.
Dumont (Abbé), professeur de rhétorique à l’Institution du
Sacré-Cœur, rue de Paris.
Dunan (Maurice), ancien professeur agrégé de l'Université, rue
de Bourgogne, 118.
Dupont (Chanoine), rue Pape-Carpentier.
Dupuis 'Abbé Ch.), 7, place de la Bibliothèque.
Durât (Vicomte de), château du Ludeix, par Marcillat.
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416
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
MM, Duriat (Abbé Abel), curé de Gennetines.
Durieu de Lacarelle (Comte Etienne), château de la Grillère,
Monétay-sur-Allier, par Châtel-de-Neuvre.
Durin (Chanoine), rue de Paris, 23.
Fabre (Docteur Paul), membre corresp. de l'Acad. de méde¬
cine, prés, de la Société des médecins de l’Ailier, Commentry.
Faulquier (Joseph), rue de Bourgogne, 35.
Faure (J -B )., #, I. y, de l’Opéra, b d Haussmann, 52, Paris.
Faure (Pierre), libraire, rue d’Allier.
Favardin (Docteur), maire de Sauvagnv, par Cosne-sur-l'Œil.
Forestier (Abbé Louis), curé de Billy.
Fourny (Maurice), rue de Charonne, 127, Paris.
Fradel (V" Jehan de), château des Morelles, par Broüt-Vernet.
M*’ Fradel (C 1 "" L. de), chanoinesse du chapitre noble de Sainte-
Anne, 3, place de la République.
MM. Frémont (R. Martin de), avocat, rue de la Boétie, Périgueux
(Dordogne).
Gagnière (Abbé Gilbert), missionnaire diocésain, au Réray.
Garmy, A. O, juge de paix à Commentry.
Gaulmyn (C" de), château de Rimazoir, par Souvigny.
Gautier, directeur de l’Enregistrement, rue de Decize, 27.
Gavelle (le Chanoine), curé-doyen d’Ebreuil.
M" Gaymy (Berthe), château de Godet, par Yzeure.
MM. Gédel, sous-intendant militaire de réserve, rue Gaston.
Gendre (Eugène), expert-géomètre, représentant de la « Mu¬
tuelle de l’Ailier », à Varennes-sur-Allier.
Généraud, Directeur de la Société Générale à Moulins.
Girard (Emile), avocat, rue de l’Oiseau.
Giraud, architecte à Moulins.
Golliaud (André), château des Bédores, commune de Trevol.
Gomot (Maurice), docteur en médecine, rue Michel-de-l’Hospital.
Grand-Pacha (Pierre), ancien Directeur général au ministère
des Travaux publics (Egypte), rue de Nîmes, 48, Vichy.
Gravier du Monsseaux, rue Verrier, 3, Vichy.
Grégoire (Louis), libraire, rue François-Péron, 2.
Grellet-Dumazeau (Albert), avocat général à Lyon, 10, rue du
Plat.
Griffet de la Baume (Georges), 88. rue de l’Université, Paris.
Hackspill (Alfred), 92, avenue d’Orvilliers.
Jaladon de la Barre (Raymond), château delà Prée, par Chan-
tenav-Saint-Imbert (Nièvre).
Joly (Stéph.), agrégé des lettres, 111, rue de Rome, Marseille.
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LISTE DES MEMBRES
417
MM. La Boulaye (Paul Georgette du Buisson de), artiste-peintre,
rue Grenier, 5.
La Boutresse (Roger Préveraud de), chât. des (Juillets,Trezelles.
La Chauvinière (Léon de), château du Parc, Yzeure.
Laguérenne (Henry de), avenue Nationale, Saint-Amand (Cher).
Lamaugarny (Arthur Josset de), agriculteur, château de Ma-
gnette, par Audes.
Lamaugarny (Camille Josset de), château d'Audes, à Audes.
La Planche de Fontenille (Arthur de), agriculteur, château des
Magnoux, par Meaulne.
Laplanche (Louis de), chât. du Bevrat, commune de Bellenaves.
Larbaud (Valéry), licencié ès-lettres, avenue Victoria, Vichy.
La Tourfondue (Comte de), industriel, rue Portes-des-Forges,
Montluçon.
Le Brun (Eugène), directeur des Guides Conty, rue Thiers,
12 bis, le Vésinet (Seine-et Oise).
Le Febvre (Baron Maxenee), ►&, château de la Ronde. Yzeure.
Leutrat (Henri), propriétaire, rue des Potiers, 35.
Lévêque (Alexis), architecte à Ebreuil.
Lièvre (Félix), architecte-expert, place de la République, 1.
Ligier (Abbé', anc. curé de Bressolles, au Iléray, par Villeneuve-
• sur-Allier.
M" Ligneris (Marquise des), château de Bressolles.
MM. Limagne (Abbé), directeur de l’Inslit. Saint-Joseph, MontluçoD.
Linglin, contrôleur des contr. directes, place de l’Horloge.
Mareschal (Johanny), 64, rue de Miromesnil, Paris.
Maresciial (Xavier de), docteur en droit, agriculteur, château
des Magnoux, Voussac.
Martin (Maurice), à Saint-Pourçain-sur-Sioule.
Meilheurat (François-Henri), I. 0, inspecteur primaire en re¬
traite, rue de Paris, 68.
Meilheurat (Gabriel), avocat, château du Seu, par Saint-Léon.
Méplain (Docteur Firmin), rue du Lycée, 7.
Méplain (H.), château du Coude, par Montaiguët.
Michel des Modières (Edouard), chât. des Modières, par Néris.
Michel de Trétaigne (Baron), chevalier magistral d’honneur et
de dévotion de l’ordre de Malte, conseiller général de l’Aisne.
12, rue de Condé, Paris.
Mitton (Michel), architecte, rue des Couteliers, 46.
Moitron (AbbéEmile),chan. bon.,doyen de St-Pourçain s Sioule.
Monicat (Pierre), avocat, avenue Vietor-IIugo.
Montagne (Louis-Gabriel), juge de paix, St-Germain-des-Fossés.
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418
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
MM. Montlaur (Georges de Villardi, comte de), ancien officier de
cavalerie, rue Choisy, 6.
Moreau (René), A. Q, architecte, avenue Nationale, 9.
Moret (Chanoine J.-J.), rue Diderot, 10.
Moulin (Maurice), château de la Pommeraye, par St-Menoux.
Nény (Chanoine), vicaire général, rue Regnaudin, 8.
Noblet (Comte de), #, ancien officier de cavalerie, château de
Pomay, par Lusigny.
Olivier (Ernest), A. y, directeur de la Reçue Scientifique, châ¬
teau des Ramillons, Chemilly, et cours de la Préfecture, 10.
Olivier (Commandant Henri), &, agriculteur, ancien membre
du Conseil général, rue d’Allier. 77.
M”' Orcet (Vicomtesse Aragonès d’), rue de Bourgogne, 10.
MM. Orsel, notaire à Billy.
Paturet (A.), pharmacien à Ebreuil.
Pays (Jacques), directeur du pensionnat Saint-Gilles de Moulins.
Pégat, au château de la Croix-de-l’Orme, par Billy.
Perrot (Abbé Louis), curé-doyen de Ferrières-sur-Siehon.
Peynot (Abbé Michel), curé de Jenzat.
Picard de Grandciiamp (Louis Charles), à Pierrefltte-sur-Loire.
Pichonnet, entrepreneur de transports, rue du Lycée.
Plainciiant (Gabriel), A. avocat, rue de Villars, 8.
Planchard (Léon), ingénieur, rue de Refembre, 47.
M’* Prieur (Léon), rue de Decize, 9.
MM. Provenchères (Henri de), agriculteur, rue de Decize, 24.
Quirielle (Jean de), homme de lettres, Montaiguët.
M" Quirielle (Roger de), Montaiguët.
MM. Ranglaret (Docteur A.), rue Michel-de-l'Hospital.
Raymond, imprimeur à Saint-Pourçain-sur-Sioule.
Renaud de Fréminville (Edgard), rue Michel-de-l’Hospital, 2,
M'" Rogier (Marguerite), château de Reaulon, à Beaulon.
M" Ronseray (Comtesse Louis de), rue Paul-Bert, 25.
MM. Roquefeuil (Comte Edouard de), château de Jenzat, à Jenzat.
Roux (L.), grellier de la justice de paix, correspondant de la
« Mutuelle de l’Ailier », Chantelle.
Roy (Docteur Paul), 19, rue Ilautefeuille, Paris.
M*' Saint-Laumer (Comtesse F. de), boulevard Ledru-Rollin, 5.
MM.Sampigny (Henri, Comte de), ancien officier de cavalerie, châ¬
teau de Pannessière, par Geunetines.
Sanvoisin (Gaëtan), 19, rue de Refembre.
Sarrot (Philippe), à Saint-Pourçain-sur-Sioule.
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LISTE DES MEMBRES
419
MM. Sarrot (Pierre), docteur en médecine, courtier d’assurances,
place des Marronniers, 2, Nanterre (Seine).
- Saulnier (Félix), avocat à la Palisse.
Sauroy (A.), A. O, artiste-peintre, rue Racine, 8, Tours.
Sayet (Hippolytc), avocat, agréé près le tribunal de commerce
de la Seine, rue de Valois, 11, à Paris.
Sèque, industriel, bibliophile, rue de Lyon, 80.
Sorin de Bonne (Louis), ancien s.-préfet, chât. d'Estrées, Molinet.
Tabouet (Edmond), château de Reterre, par Saint-Désiré.
Thomas (A.), représentant de la Société des Arts graphiques de
Genève, 52, route de Paris, Montluçon.
Thonier (André), château de la Busserie, par Tronget.
M"' Thonier-La Rochei.i.e, 5, rue de la Croix-Verte, à Montluçon.
Thonnié :Jean-Baptiste>, #, avocat, rue de Paris, 4L
M*' Tiersonnier (Charles), 4, rue La Bruyère, Versailles.
MM. Tiersonnier Philippe', donat d’honneur et de dévotion de pre¬
mière classe de l’ordre de Malte, licencié en droit, inspecteur
de la « Mutuelle de l’Ailier », 3. place de la République.
Tissier (Léon), avocat, rue Diderot, 20.
Tixidre (Auguste), à Doyet.
Tortel (Pierre), maire de Chapeau, rue de Bourgogne, 16.
Treyve (François', horticulteur, architecte-paysagiste, à Foulet,
par Moulins.
Tulle (Alexandre de', cours Choisy, 12.
Varax (V" Paul de Riverieux de), château de Rochefort, par
Amplepuis (Rhône).
Veauce (V" de Cadier de), 39, rue La Boétie, Paris.
Verdeau (Henri), photographe, avenue Nationale, 5 bis.
Vignier (Paul), commis des postes, rue du Moulin, â Montluçon.
Villatte des Prugnes (Robert), ingénieur-agronome, château
des Prugnes, par Vallon-en-Sully.
Villeneuve (Antoine), correspondant de la « Mutuelle de l’Ai¬
lier », 8, cours Lafayette, Cusset.
V illequetol’t (Jules Le Fervre Charbonnier de), r.Voltaire, 20.
Villette (Guy Jacçuelot de), château de Sommery, par Gilly-
sur-Loire (Saône-et-Loire).
Viple (Joseph), substitut à Moulins, boulevard du Chambounet.
Waldner (Baron de), au château de Lévy, par I.urcy-Lévy.
MEMBRES CORRESPONDANTS
. MM. Billiet, rue Bonnabaud, 26, Clermont-Ferrand (P.-de-D i.
Bodinat (Xavier de), 59, rue des Murlins, Orléans (Loiret).
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120
SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS
MM. Chevalier (Jacques), professeur de philosophie au lycée de
Châteauroux (Indre).
Doucet (Jacques) (bibliothèque d'art et d’archéologie), rueSpon-
tini, 19, à Paris.
Feydeau (Henri de), contrôleur général de l’armée du cadre de
réserve, avenue du Maine, 70, à Paris.
Froment (Dorothée de', à Montlevic, par la Châtre (Indre'.
Gautier (Pierre), archiviste de la Haute-Marne. Chaumont.
Maigret (Frédéric), boulevard Militaire, 93, Ixelles (Belgique).
Monery (Louis), rue de la S.-Préfecture, 9, Roanne (Loire).
Reure (Chan ), prof, à la Fac. calb., aux Chartreux, Lyon (Rhône).
ABONNÉS AU BULLETIN
M. Asher, libraire, 73, Unter den Linden, à Berlin (Prusse).
M"* Benoid-Pons de Fréluc, rue de Paris, 43.
MM. Bernasconi-Sceti, place d’Allier.
Bibliothèque de l’Evêciié de Moulins.
Cayot (Abbé', curé d’Avermes, par Moulins.
Cercle Bourbonnais, à Moulins.
Ciiateaubodeau (C" de), capilaine au 2' dragons, 66, roule de
Gênas, Lyon (Rhône).
Collas de Chatelperron, ancien colonel du 7' cuirassiers, à
Châtel-Perron (Allier).
Croi/.ier, propriétaire, à Liernolles.
Dardant, ancien notaire, à Saint-Pourçain sur-Sioule.
Déguisé, horloger, à Beaune (Côle-d'Or).
Dulac (Lieutenant colonel), 11' dragons, à Belfort.
Dulaw, 37, Soho-Square, à Londres (Angleterre).
Etablissement Thermal, à Vichy (deux abonnements’.
Fagot, propriétaire au Donjon.
Féjard (Marc), au Prieuré, Souvigny.
Fournier, tapissier, rue du Théâtre, 19.
Givois, boulevard de Courtais, 46.
Lalain Chomel (de), rue de l’Université, n° 5, à Paris.
Lefort, 54, rue Blanche, à Paris.
Luylif.r de Couture, château de Couture, par Cosne sur-l’Œil.
M*' Pâtissier, à l’Eglantier, par Souvigny.
M" Picard, château de Montperroux, par Saint-Léon.
MM. Reigneaud. juge suppléant, rue Croizier, à Riom (Puy-de-Dôme).
Saint-Hillier (de), capitaine au 17' chasseurs, Lunéville 'Meur¬
the-et-Moselle).
M*' Thomas, 13, rue de Deeize.
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SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES
421
MM. Tracy (M" de), à Paray-le-Frésil.
Trochereau (de), rue Pape-Carpentier.
Vacher (Marcel), ancien député, à Montmarault.
Ville, sénateur de l'Ailier, à Moulins.
Messieurs les Membres de la Société et Abonnés sont priés de si¬
gnaler au Directeur du Bulletin les erreurs ou omissions commises
dans l'inscription de leurs titres et adresses.
SERVICE GRATUIT DU « BULLETIN »
Membres de droit et honoraires. — Biblioth. munie de Moulins.
— Dépôt Légal. — Dir. et Secrétariat P.-L.-M., 88, r. S'-Lazare, Paris.
— M. Ronchaud, rue de Bourgogne. 53 (Trésorerie de la Société).
Sociétés Correspondantes
Abbeoille. — Société d'Emulation.
Agen. — Société d'Agriculture, Sciences et Arts.
Alençon. — Société historique et archéologique de l'Orne.
Amiens. — S té des Antiquaires de Picardie.
Angoulême. — Société Archéologique et historique de la Charente.
Aurillac. — Société de la Ilaute-Auvergne.
Aulnn : Société Eduenne. — Société d’Histoire naturelle.
Auxerre. — Société des Sciences historiques et naturelles de l’Yonne.
Beaune. — Société d’Archéologie.d'Histoire etdeLittératuredeBeaune.
Beauvais. — Société académique de l’Oise.
Besançon. — Académie des Sciences, Lettres et Arts. — Société
d'Emulation du Doubs.
Béziers. — Société Archéologique, scientiflque et littéraire.
Blois. — Société des Sciences et Lettres du Loir-et-Cher.
Bourg. — Société d'Emulation de l’Ain.
Bourges. — Société historique du Cher. — Antiquaires du Centre.
Boulogne-sur-Mer. — Société Académique.
Brest. — Société Académique.
Brioes. — Société d’Archéologie.
Caen. — Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres.
Cambrai. — Société d'émulation.
Chàlons. — S té d’Agriculture, Commerce, Sciences et Arts de la Marne.
Chalon-sur-Saône. — Société d'IIistoire et d'Arehéologie.
Chambéry. - Société savoisienne d’Histoire et d'Arehéologie. — Aca¬
démie des Sciences, Lettres et Arts.
Chartres. — Société Archéologique d’Eure-et-Loir.
Cherbourg. — Société académique.
Clermont-Ferrand. — Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres.
— Société des amis de l'Université (Revue d'Auvergne).
Dijon. — Commission des Antiquités de la Côte-d'Or. — Académie
des Sciences, Arts et Belles-Lettres.
Draguignan. Société d'Agriculture, scientiliquect littéraire du Var.
Dunkerque. — Société dunkerquoise des Lettres, Sciences et Arts.
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422
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Gannat. — Société des Sciences médicales.
Guéret. — Société des Sciences naturelles... delà Creuse,
Langres. — Société d’Histoire et d’Archéologie de la Haute-Marne.
Laon. — Société académique.
Laval. — Commission historique et archéologique de la Mayenne.
Le Mans. — Société Historique et Archéologique du Maine.
Le Puy. — Société d'Agrlculture. Sciences, Arts et Commerce.
Lille. — Société des Sciences, de l’Agriculture et Arts.
Limoges. — Société Archéologique, Historique et des Arts.
Lyon. — Académie des Sciences et Belles-Lettres. — Bulletin histo¬
rique du diocèse de Lyon.
Mâcon. — Académie de Mâcon.
Montauban. — Société Archéologique du Tarn-et-Garonne.
Montbéliard. — Société d’Emulation.
Montbrison — La Diana, S'é Historique et Archéologique du Forez.
Moulins. — Sociétés : d’Agriculture ; — d'Horticulture. — Revue
Scientifique du Bourbonnais et du Centre de la France.
Nancy. — Académie Stanislas.
Nantes.- — Société Archéologique. — Société Académique.
Ncccrs. — Société nivernaise des Sciences, Lettres et Arts.
Nimes. — Académie du Gard.
Niort. — Société Scientifique et Littéraire des Deux-Sèvres.
Orléans. — Société Archéologique et Historique de l’Orléanais.
Paris. — Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. — Comité des
travaux historiques et scientifiques. — Société des Antiquaires
de France. — Sociétés : de l'Histoire de France ;— d'Anthropo-
logie de France; — de l’Histoire de Paris et de i’Ile de France.
— Musée Guimet. — Société Française d’Archéologie. — Union
bourbonnaise.
Pau. — Société des Sciences et Arts.
Pèrigueux. — Société Historique et Archéologique du Périgord-
Poitiers. — Société des Antiquaires de l’Ouest.
Reims. — Académie de Reims.
Rennes. — Société Archéologique du département d’Ille-et-Vilaine.
Rouen. — Académie des Sciences, Lettres et Arts.
Saintes. — Société des Archives historiques de Saintonge et Aunis.
Saint-Dié. — Société Philomatique Vosgienne.
Saint-Lô. — Société d’Agriculture, d’Archéologie et d'Histoire natu¬
relle du département de la Manche.
Saint-Malo. — Société historique et archéologique de l'arr. de S' Malo.
Saint-Omer. — Société des Antiquaires de la Morinie.
Semur. — Société des Sciences historiques.
Sens. — Société Archéologique.
Soissons. — Société Archéologique, Historique et Scientifique.
Toulouse. — Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres. —
Société Archéologique du Midi de la France.
Tours. — Société Archéologique de Touraine.
Vendôme. — Société Archéologique du Vendômois.
Vesoui. — Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la H"-Saône.
Vitry-le-François. — Société Archéologique.
Publications échangées
Revue du Berry. Direct' :M. Pierre, chât. de Charon, par Cluis (Indre).
Revue Mabillon. Directeur : Dom Besse, Chevetogne, par Leignon,
province deNamur (Belgique).
Revue des Etudes historiques. 82, rue Bonaparte, Paris.
Cahiers du Centre. Gérant : M. Buriot, b 1 * du Chambonnet, Moulins.
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TABLE DES MATIÈRES
Admission de nouveaux Membres
M" de Champigny, 104 ; C"“' de Ronseray, 148 ; M"" de Boisé de
Courgenay et Thonier-Larochelle, 104 ; MM. Bargnoux, 69 ; D’Benoît,
104 ; Bouchet, 182 ; Cailhe, 182 ; abbé Crochet, 212 ; b“ B Desmaroux
de Gaulmin, 104 ; A. Devaulx. 148 ; Devaulx de Chambord, 5 ; Doucet
(bibliothèque d’art et d’archéologie), 250; Duchollet de Costebelle,
104 ; C" Durieu de Lacarelle, 212 ; abbé Forestier, 391 ; Grellet-Duma-
zeau, 104; Hackspill, 391; de Laguérenne, 36; Martin, 250; Orsel,
104; Pays, 69; Pégat, 104; Picard de Grandchamp, 360; Robin, 104;
D 1 Roy, 391 ; Sanvoisin, 391 ; b°" de Waldner, 104.
Articles et principales communications
Pages.
Audin (abbé). Une victime de la Terreur, François Chabral. 251, 362
Bodard (G.). Notice sur le « sépulcre » de l’église de Cérilly . 192
Boirot (Max). Une page de l’histoire d’Ebreuil. 74
Brinon (D* de). Sépulture du Montet (Chronique). 202
Capelin (E.). Compte rendu de la 13' excursion. 261
— Bibliographie (Tournier, Les conventionnels en exil) . . 243
— — (Bernard, Les idées révolutionnaires dans
les campagnes du Bourbonnais) . 409
— D’une « Salle Banville » au musée de Moulins (commu¬
nication) . 100,146
Chabot (R.). Quelques ex libris intéressant le Bourbonnais
(Le Brun de Royecourt). 169
Chopard (D'). Les communautés agricoles de nos régions. . . 30
— Note sur une statuette de Taranus ; — sur une tombe
arabe trouvée à Vichy. 397
Clément (chanoine). Les portraits des Bourbon dans les ver¬
rières de la S'*-Chapelle de Champigny-sur-Veude. . 149
— Les édifices religieux de la région visitées par l’excur¬
sion de juin 1911 . 338
— Les armoiries épiscopales de Ms r Penon (Chronique). . 242
Delaigue (E.). Le rétable de Saint-Menoux. 37
— Un réglement de compte en l'an IV. 213
Dénier (M.). Les Bourbonnaises de Saint-Cyr. 153
— Quelques ex-libris intéressant le Bourbonnais (Du Li-
gondès, A. d’Urfé, de Bonnay, Salvert-Montrognon,
424
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Pages.
hôpital de la Charité d’Ebreuil, Ferrand de Fontorte,
Chaumejean, D. de la Gaugulère, Chavagnac, Le Gen¬
dre, Frères des écoles chrétiennes de Moulins, Rollet
d’Avaux, Champflour, Barrois, Longueil, Dubouys-
Delan, comtesse Des Gouttes, Cadier de Veauce, Ri¬
chard d’Aubigny,Des Ligneris.PellissierdeFéligonde,
Thonier de Villiers, Ménage de Mondésir, de Bure)
26, 89,140, 168, 170,198, 351, 382
Duchet (L.). Coup de main tenté à Hérisson en 1650. 71
Duchon (P.). La complainte des Pions. 221
— Bibliographie (Brisson, En Montagne bourbonnaise) . . 403
Flament (P.). Fragments de comptes bourbonnais. 116
— [Note relative à la réponse de M. Pérot à M. Tiersonnier.] 166
— Notes de lecture. 239
— Bibliographie (Bujon, Journal des voyages d'Alinda Bru-
namontî) . 63
— — {Inventairesommaire des Archives du Puy-
de-Dôme, série C, t. V). 95
— — (Dulac, Les levées départementales dans
VAllier sous la Révolution) . 174,386
— — (Bois, Le socialisme et la conquête des
paysans) . 176
— — (Claudon, Notice sur les archives de la
Côte-d’Or) . 386
— — (Maigret Les proches parents de Henri de
Dynant) . 408
— Note sur une brochure de J. Fallier, curé de Bagneux
(communication!. 103
— Sur un terrier des communalistes de Saint-Pourçain
(communication). 181
Fhadel (C“" de). Additions au compte rendu de la 13' excur¬
sion, Chaugy, Saulcet. 392, 393
Frémont (R. de). En marge de la « Contribution à l’héraldique
bourbonnaise » ; les armoiries des Chevarrier. . . . 219
Génermont (Maurice). Sur un passage de Marie-Thérèse de
Savoie à Moulins (communication). 177
Grégoire (L.). A propos du voyage d'un gentilhomme breton
à Bourbon-l’Archambault. 183
Joly (L.). Bibliographie'(Flament, Lettres inédites de P.-A. Gri-
maud) . 388
Lavergne (G.). Note sur Pourçain Mallat (communication). . 147
Montagne (L.). Le trésor de Rongères. 52
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TABLE DES MATIÈRES
425
Pages.
Montagne (L.). Programme de la 13' excursion. 105
— Une sculpture de l’époque de la pierre polie. 108
— Compte rendu de la 13' excursion, [Notes historiques.]
Varennes-sur-Allier. 329
Morand (G.). Coligny-Saligny (1617-1686). 56, 76
— Compte rendu de la 13'excursion. [Notes historiques.]
Gayette. 266
— — Togue. 274
— — Le Méage. 276
— — Prenat. 277
— — Montaigu-le-Blin. 278
— — Poncenat. 284
— — Saint-Gerand-le Puy. 286
— — Larras. 291
— — Les Angles. 292
— — Créchy. 293
— - Billy. 293
— — Chermont. 308
— — Saint-Germain-des-Fossés. 311
— — Le prieuré de Saint-Germain-des-Fossés . . 320
— — Le port de Saint-Germain-des-Fossés . . . 327
— La bataille de Marengo d’après un témoin. 377
— Quelques ex-libris intéressant le Bourbonnais (Pégat). . 385
— Bibliographie (R. de Frémont, Les doléances financières
du tiers-état du Périgord en 1789) . 62
— — (Viple, L'acenir de l’agriculture et le socialisme
agraire) . 94
— — (Journal de Jean Grégaine , 1589-15SG ). 205
— — (Laguérenne, Notes et soucenirs relatifs à l'ancien
couvent des Ursulines de Montluçon) . 207
— Le Salon [de 1911], (Chronique). 172
— D’une « salle Banville » au musée de Moulins. (Com¬
munication) . 146
Pérot (F.) Réponse à M. Tiersonnier. 163
Quirielle (R. de). Quelques ex-libris intéressant le Bourbon¬
nais (G. de Vichy, A. de Vichy-Champrond). 54
Sabatier (A.). Jaroutllet, notaire à Moulins, guillotiné à Paris
pendant la Terreur. 11
Tiersonnier (Ph.). Quelques médisances sur des personnages
intéressant le Bourbonnais du xvn' siècle. 20
— Miettes d’histoire bourbonnaise. 396
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426
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Pages.
Tiersonnier iPh.). Quelques ex-libris intéressant le Bour¬
bonnais (Béraud des Rondards). 200
— Le sabotage de l'histoire bourbonnaise. 134
— Bibliographie (J. de Quirielle L’homme qui fit parler
les bâtes ; — J. de Quirielle, L'œuf de verre) .... 96, 409
— Monnaies trouvées aux Gourllers. (Communication) . . 101
Viple. Bibliographie (Bideau, Bellenaoes) . 407
Statuts de la Société. 6
Règlement intérieur (approbation du). 69
Compte de gestion 1909-1910 et projet de budget pour 1911. 66, 67
Rachat des cotisations. 360
Envoi de convocations pour les assemblées générales. 360
Séance d’août remplacée par une séance en octobre. 360
Décision relative aux comptes rendus bibliographiques. . . . 399
Attribution à M. J. Roy de la qualité de membre honoraire. 249,360
Elections du Conseil d’administration.. . 360
Souscription Philippe Thomas. 2, 246
Vœu pour l'inventaire des archives de Gannat. 147
Plaque sur la maison où est mort le compositeur Maillard . . 210
Procès-verbaux des séances. 1, 33, 63, 97, 143, 177, 209, 245, 357, 389
Chronique. 32, 144, 172, 202, 242, 356, 388, 411
Nécrologie : MM. A. Defaye. 63
— Brugière de Lamotte. 64
— Mazzla. 97
— Ducrot. 245
Liste des membres et abonnés. 412
Sociétés correspondantes. 421
DONS A LA BIBLIOTHÈQUE
MM. R. de Frémont, Les doléances financières du Tiers-Etat du
Périgord, 2.— Flament, Un compte de la châtellenie de Souvigny, 2 :
cirtes postales, 34 ; Lettres inédites de P.-A. Grimaud, 245. — L. Gré¬
goire, cartes postales, 2 ; carte du département de l’Ailier, 98 ; dessin
représentant la porte de Varennes-sur-Allier, 181. — Bréhier, Les
mosaïques mérovingiennes de Thiers, 34. — Caillet, lot de brochures
sur la région lyonnaise, 34.— J. de Quirielle, L'homme qui fit parler
les bêtes, 66. — C. Grégoire, Le bureau des finances de Moulins, 98.
— Lebrun, Procès-verbal de la prise du château d’Hérisson, 98. —
Dulac, lot de photographies, 145; Les levées départementales dans
l'Ailier sous la Révolution, 145, 357. — M"" de Tulle, collection de
la semaine religieuse, 179. — L. Bernard, Les idées révolutionnaires
dans les campagnes bourbonnaises, 357. — Claudon, rapport annuel
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TABLE DES MATIÈRES
427
sur les archives de la Côte-d'Or, 357. — M" Duchollet de Coste-
belle, un exemplaire de la reproduction d’un chemin de croix peint
par elle, 357. — M. Lefèvre-Pontalis, Congrès archéologique de
France, 76' session (à Avignon), 245.
DONS AUX COLLECTIONS DE LA SOCIÉTÉ
MM. Baury, monnaies diverses, 4. — Lieutenant-colonel Dulac,
carreau de terre cuite provenant de Verneuil, 148. — Tiersonnier,
aquarelle de M. Mouret représentant la rue des Orfèvres à Moulins,
148. — Bourdery, liasse d’actes notariés, pièces et médailles, 359.
ILLUSTRATIONS
(Pour les planches hors texte [h. t.], la pagination indique la place où
elles doivent être insérées.)
Page*
Ex-libris du Ligondès. 26
— d’Antoine d’Urfé. 27
— de Bonnay. 28
— de Salvert-Montrognon. 29
Le trésor de Rongères. 52
Ex-libris de G. de Vichy. 54
— d’A.-Cl.-M. de Vichy-Champrond. 55
Jean, comte de Coligny-Saligny (h. t.). 57
Armoiries des Coligny-Saligny. 88
Ex-libris de l’hôpital de la Charité d’Ebreuil. 89
— de Ferrand de Fontorte. 90, 91
— de Chaumejean. 92
— de D. de la Gauguière. 93
Carte de la 13' excursion. 106
Sculpture de l’époque de la pierre polie (h. t.). 113
Ex-libris de Chavagnac. 140,141
— de Le Gendre de Saint-Aubin. 142
— des Frères des écoles chrétiennes de Moulins .... 143
— de Rollet d’Avaux. 168
— de Le Brun de Royecourt. 169
— de Champtlour. 170, 171
Le château de Bourbon.\ . 184
Vue de Bourbon-l’Archambault (h. t.). 185
Saint-Menoux, intérieur de l’église. 188
Saint-Menoux, entrée. 189
Vue du moulin de Bourbon. 191
Ex-libris de J.-J. Barrois. 198
— des Longueil. 199
— de P. Béraud des Rondards. 200
— de J.-A. Dubouys. 201
Fers de reliure du prince de Soubise. 211
Armoiries des Chevarrier. 220
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428
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS
Pages.
CoifTe de Ferrières et de la Guillermie. 238
Armoiries épiscopales de Mg r Penon. 242
Groupe d’excursionnistes dans le château de Billy. 262
Cheminée du château de Gayette ....
Montaigu-le-Blin, une porte du château .
Billy, cul-de-lampe d'échauguette ....
Billy, linteau de porte.
Gayette, le donjon (h. t.). 266, 268
Le Méage (h. t.). 276
Montaigu-le-Blin, le donjon (h. l.j. 278
Montaigu-le-Blin, profil du château (croquis de Barriaut. . . 279
Montaigu-le-Blin, porte et plan incliné du pont-levis (h. t.). . 280
Poncenat, ruines (aquarelles de G. Fournier). 284
Billy, porte de la ville (dessin de J.-C. Grégoire). 294
Billy, le château vu de l'étang (dessin de J.-C. Grégoire) ... 296
Billy, porte du château (dessin J.-C. Grégoire). 297
Billy, enceinte du château (h. t.) . 300
Billy, tours (dessins de J.-C. Grégoire). 307
Porte de Varennes-sur-Allier. 334
Varennes, écusson sur une maison. 337
Rongères, église (h. t.). 340
Rongères, chapiteau. 341
Montaigu-le-Blin, /nota . 312
Langy, plan de l’église (par le chanoine Clément). 344
Epitaphe de Jacqueline de Morainville. 345
Chapelle de Saint-Germain-des-Fossés, plan et vue (par le cha¬
noine Clément). 349
Découverte de la statue de Saint-Germain-des-Fossés (par le
chanoine Clément). 350
La chapelle du château de Saint-Germain-des-Fossés (par le
chanoine Clément).. . 350
Ex-libris de la comtesse des Gouttes. 351
— Cadier de Veauce. 352
— Richard d’Aubigny. 353
— Des Ligneris. 354
— Pellissier de Féligonde. 355
— de Thonier de Villiers. 382
— de Ménage de Mondésir. 383
— d’A. de Bure. 384
— Pégat. 385
Le Gérant : P. FLAMENT.
Moulins. — lmp. Ltienne Auclairb.
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Année 1911
Janvier — N° l
BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION
DD BOURBONNAIS
Lettres, Sciences et Arts a-*—
MOULINS
IMPRIMERIE ÉTIENNE AUCLAIRE
1911
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SOMMAIRE
de la livraison de Juillet 1911.
TEXTE
Page»
Procès-verbal . 20?
Un règlement de compte en l'an IV, par M. Delaigue . 213
En marge de la contribution à l’héraldique bourbonnaise, par
M. de Frémont. 21?
La complainte des Pions, par M. Duchon . 221
Notes de lectures, par M. Flament. 239
Chronique . 242
Bibliographie . 243
ILLUSTRATIONS
Dans le texte :
Fers de reliure du prince de Soubise . 211
Armoiries des Chevarrier . 220
Coiffe de Ferrières et la Guillermie . 238
Armoiries épiscopales de Mgr Penon . 242
Toutes communications doivent être adressées à U. FLAUENT,
directeur du « Bulletin », 4, rue du Hichel-de-l'Hospital, à Moulins.
NOTA. — Les auteurs sont responsables des articles insérés
dans le « Bulletin ».
Dates des réunions mensuelles de la Société
pour 1911
6
6
3
1 er
12
3
6
4
FÉVIt.
MARS
AVRIL
MAI
JUIH
DÉCbre
Cette indication des jours des séances remplace
la convocation mensuelle.
Le conseil d’administration se réunit tous les mois, le vendredi qui suit
la séance de la Société d’Emulation, à la bibliothèque de la Société.
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Année 1911
Novembre. — N° 9
*^^^AM^»»>A»AMA«^M>AA^AAAOAAAftAAA«AA<UUUWAA<WIAAIUWlAAAA»«««« « ll ». » « «« ««««» V | V < Yyyy w
BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ D'ÉMULATION
DU BOURBONNAIS
Lettres, Sciences et Arts
MOULINS
IMPRIMERIE ÉTIENNE AU CL AIRE
1911
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SOMMAIRE
de la livraison de Décembre 1911.
TEXTE
Page*
Procès-verbal .. 389
Additions au compterendu de la XIII' excursion. Chaugy et
Saulzet, par M*' le C"*" de Fradel . 392
Note sur une statuette de Taranus trouvée à Vichy. Note sur
une tombe arabe trouvée à Vichy. Par le D’ Chopard. . . . 397
Bibliographie . 403
Chronique . 411
Liste des membres de la Société et des abonnés au « Bulletin ». 412
Liste des Sociétés correspondantes. . . . * . 421
Table des matières . 423
ILLUSTRATION
Hors texte :
Statuette du dieu Taranus, trouvée à Vicny en 1908 . 399
Tontes communications doivent être adressées à M. FLAHEMT,
directeur du < Bulletin », 4, rue Michel-de-l’Hospital, à Moulins.
NOTA. — Les auteurs sont responsables des articles inséré»
dans le « Bulletin ».
Dates des réunions mensuelles de la Société
pour 1912
8
5
4
1"
6
3
1 er
7
4
2
JANV.
FÉVR.
MARS
AVRIL
MAI
JUIN
JUILLET
OCT. |
SOV.
' DÉC
Cette indication des Jours des séances remplace
la convocation mensuelle.
Le conseil d’administration se réunit tous les mois, le vendredi qui suit
la séance de la Société d’Emulation, à la bibliothèque de là Société.
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Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée
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